Un accueil sur mesure et un concert à guichet fermé pour l’Espace Culturel André Malraux de Six-Fours. La scène est grande et tout est déjà installé en doublon, puisque vont se succéder sur scène
Erik Truffaz et
Kyle Eastwood. En fait, je fais ma maligne, mais je suis arrivée en pensant que nous allions avoir le fils de notre cow-boy spaghetti préféré en première partie de soirée et l’incroyable jazzman suisse ensuite ... Mais, Oh Surprise, c’est
Erik Truffaz qui prend place en premier, accompagné de
Benoît Corboz au clavier,
Marc Erbetta (qui se fait un peu charrier pour son look de vacancier, "Tout de blanc vêtu", bermuda, tee-shirt et baskets !) et l’incroyable
Marcello Giuliani à la basse. Ces deux dernier étant ses compagnons de route depuis 1990.
Il prend place sur la scène, commence à écouter la musique, les yeux mis clos, entièrement habité par la mélodie qui monte. Le son de sa trompette s’élève comme dans une église. La dextérité de ses doigts sur les pistons est impressionnante et son attitude, intense dans une extrême simplicité, est incroyablement prenante. Son style est unique. Du Nu Jazz, tinté d’électro, avec une petite pincée de World Musique ... On entend le Tic-Tac d’une pendule en fond mélodique. C’est juste un pur moment de bonheur, une de ces parenthèses enchantées qu’offre parfois la musique.
A chaque instant, la trompette fait écho avec le clavier, amplifie sa puissance, offrant un contraste somptueux. Erik Truffaz semble en permanence écouter la musique, il danse légèrement sur place, rejette sa tête en arrière et semble porté par les harmonies de ses trois amis. Il prend parfois une posture à la limite du déséquilibre, le pied en appui sur un des retours. Ils sont toujours en parfaite osmose tous les quatre et leur complicité n’a besoin que de quelques regards pour s’exprimer.
Les enchaînements sont simples et efficaces. Ils parlent peu mais échangent beaucoup de regards. Akiko donne à chacun la possibilité de s’exprimer pleinement. Le clavier fait corps avec son instrument, le bassiste est quasiment impassible, mis à part ses grimaces de plaisir. Erik parcours la scène, part en coulisse pour se mettre en tee-shirt et revient tranquillement. On est juste bien avec eux, embarqués dans leur bulle. La trompette devient douce, toujours incroyablement moderne et innovante, nous offrant des sonorités auxquelles on ne s’attend pas d’un tel instrument.
Sa grande discrétion ne l’empêche pas de nous glisser quelques mots. Une petite pensée pour les souffrance du Japon avec Fujin. La batterie est toute éclairée de jaune, façon soleil levant. Marcello est monté se racrapoter sur son tabouret haut. Il y a plus de grave sur ce morceau, des sons très lents et beaucoup de notes tenues. Erik passe d’une trompette à l’autre. Ses mains magnifiques captivent réellement l’attention et rend tout cela magique. Il est impressionnant de voir un artiste pareil écoutez ses acolytes jouer, dos à la scène ou bien le regard empli d’admiration.
Ce n’est plus de la musique, mais plutôt un véritable langage poétique, qui laisse libre cours à l’imagination de chacun et nous insuffle un vent de liberté dans la tête. Un geste, un doigt, un sourire : tout n’est qu’accord parfait, dans une complicité artistique et un respect à 100% les uns des autres. Ce plaisir de jouer ensemble nous crève les yeux. On a des solos de toute beauté, à la trompette bien sûr, mais aussi à la basse (et Dieu sait que ce sont des instruments qui peuvent parfois passer pour inexistants dans une formation ... Comme quoi !!) Leur gestion des crescendos, tout en puissance et en finesse, est juste fabuleuse.
Pour les deux derniers morceaux, Benoît Corboz passe au piano. Le temps semble suspendu à ses notes et quand la trompette vient s’ajouter, avec les accords de basse en soutien, c’est d’une intensité incroyable. Pendant les ponts musicaux, Erik berce sa trompette comme on le ferait avec un enfant, tout en écoutant le piano. Mais, le rythme va reprendre son cours après ce petit bout de paradis. Il nous entraine dans un dernier tourbillon. Les premiers rangs frappent dans leurs mains et Erik Truffaz va même terminer le set en les accompagnant. Un set merveilleux, mais hélas beaucoup trop court (concert en deux parties oblige) .... Vraiment dommage de rester ainsi sur sa faim après un peu plus d’une heure de pur talent.
Après une courte pause, nécessaire à l’installation des instruments de son quintette,
Kyle Eastwood fait son entrée sur scène. Il est accompagné de
Graeme Flowers à la trompette,
Graeme Blevins au saxo,
Andrew Mc Cormack au piano et
Marlyn Kayne à la batterie. Dès le démarrage, on peut ressentir un univers bien différent de celui d’Erik Truffaz. On est ici dans un jazz plus conventionnel, mais inventif et tout en puissance. Un parfum un peu plus free jazz également, mais avec un montage somme toute standard : alternance de solo (que chacun des autres musiciens écoute avec passion) et de reprise à l’unisson.
Sa contrebasse est juste de toute beauté : très haute, petite et ventrue (ça peut paraître bizarre comme ça, mais c’est du plus parfait esthétisme). Ils sont tous les cinq totalement immergés dans leur monde et cela se manifeste principalement par leur manière de se mettre sur le côté de la scène pour écouter religieusement celui dont la partie est mise en avant. Excepté Kyle, qui reste omniprésent sur tous les morceaux, courbé sur son instrument qu’il manie avec un incroyable talent, quand il ne tronque pas sa contrebasse pour une basse électrique. Il fait office de fil conducteur et reste en point de mire durant toutes les digressions musicales de ses camarades de jeu.
Il nous glisse quelques mots pour introduire Marrakech, sorte de carnet de voyage ramené de sa rencontre avec le Maroc. Un démarrage de toute beauté avec un passage à l’archet pour Kyle et un touché direct, à même les cordes du piano, pour Andrew. Ils nous offrent là un son à tomber par terre, qui redescend ensuite sur un bon vieux jazz au retour des trois autres (avec une clarinette pour rester dans ces sonorités orientales). Leur plaisir de jouer est vraiment communicatif et leurs regards croisés emplis de complicité, un réel bonheur à voir.
Ils vont à plusieurs reprises jouer sur ces démarrages en duo, qui passent parfois par des quasi chuchotements, pour prendre ensuite leur pleine puissance avec l’addition des autres instruments. Les nuances sont utilisés avec maestria et la prestation de Kyle Eastwood à la contrebasse est sans doute comparable à l’incroyable talent à la trompette que nous a offert Erik Truffaz en début de soirée.
Le set va se dérouler ainsi. Le plaisir du public est presque palpable et à la fin du set, notre quintette ne va pas s’en sortir sans un petit rappel. "A very old song" nous précise Kyle ... Il nous fallait au moins cela pour terminer cette fort belle soirée.
Setlist
Marciac
Tonic
Cosmo
Marrakech
Letter From Iwo Jima
Andalucia
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Café Calypso
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