St Augustine + The Delano Orchestra (Le Printemps de Bourges 2008) 17 et 18 avril 2008- La Hune, Bourges
Exercice difficile (jouer devant un public composé majoritairement de professionnels lors d'un concert d'une demi heure en plein après midi), les Découvertes du Printemps de Bourges sont un passage quasi obligé pour tout groupe désireux de se .../...
Exercice difficile (jouer devant un public composé majoritairement de professionnels lors d'un concert d'une demi heure en plein après midi), les Découvertes du Printemps de Bourges sont un passage quasi obligé pour tout groupe désireux de se faire connaitre en France. Les deux artistes clermontois envoyés dans le Berry cette année se sont parfaitement acquittés de leur tâche en présentant leur musique sous un jour convainquant.
St Augustine :
C'est St Augustine qui est le premier à passer le grand oral de Bourges... La folk music teintée de pop et de soul de ce jeune songwriter membre du label Kutu Folk a reçu un accueil chaleureux et enthousiaste. Comment aurait-il pu en être autrement avec des morceaux écrits de main de maître, une voix incroyablement émouvante et des arrangements aussi fournis que classieux (piano, guitare, batterie, banjo, violoncelle... ) ? Malgré une tension palpable, ce court concert truffé de morceaux promis à un bel avenir a donné une très forte envie de découvrir le premier enregistrement pro de St Augustine : un EP sorti pour l'occasion et contenant son lot de merveilles folk/pop/soul. A suivre de très près.
The Delano Orchestra :
Après sa prestation discrète mais bienvenue en tant que guitariste/banjoïste de St Augustine, Derek Delano présentait son projet The Delano Orchestra au même endroit, le lendemain... Les compositions magistrales du Delano Orchestra (entre folk murmuré, post rock stellaire et pop délicate) ont emporté l'adhésion malgré leurs atours parfois hyper intimistes et torturés. Les passages solo avec voix étranglée façon Sigur Ros et guitare sèche peuvent surprendre, mais quand le groupe au grand complet se met progressivement dans la danse pour créer un maelström sonore envoutant, il faut se rendre à l'évidence : ces morceaux oniriques, évocateurs et puissants sont véritablement superbes. Très bien éclairé et sonorisé, le Delano Orchestra au grand complet (trompette, orgue, basse, guitare électrique, batterie... ) a présenté son univers tourmenté et sidérant sous son meilleur jour. Un univers à retrouver sur le disque A little girl, a little boy & all the snails they have drawn...
Eric Truffaz Quartet / Cinématic Orchestra 19 avril 2007- La Hune - Printemps de Bourges Belle soirée électro-jazz à la Hune.
Les anglais du Cinématic orchestra ouvrent le bal précédés d'une belle réputation et de nombreux albums. La formation est etoffée : batterie, guitatre, clavier, saxo, basse et programmation ; parfois un .../...
Les anglais du Cinématic orchestra ouvrent le bal précédés d'une belle réputation et de nombreux albums. La formation est etoffée : batterie, guitatre, clavier, saxo, basse et programmation ; parfois un chanteur munis de quelques effets fait son apparition.
C'est très impressioniste et fait pensé à des ambiances de bandes originales de films. Mais la transposition des morceaux cinématiques sur scène est parfois laborieuse, même si la prestation est de qualité. On sent que le leader à la programmation est peu à l'aise et on se demande son utilité, mis à part lancer quelques boucles et des basses minimales et simplistes.
La maitrise incroyable se retrouve avec le Quartet d'Eric Truffaz vraiment impressionant. Le trompétiste qui ose depuis longtemps toutes les passerelles avec les musiques urbaines nous régale. Les styles se croisent : hip-hop avec un MC, le rock à l'aide d'un bassiste (Marcello Giuliani) très bon comme du batteur (Marcello Giuliani), la soul et le funk avec la prestation de Patrick Muller aux claviers. Truffaz place quelques ambiances jazzy, aidé par Ed Harcourt, un songwriter doué.
Ah si le jazz et les jazzmen étaient toujours aussi accessibles ! Réagir à cette critique
The Lost Communists (Le Printemps de Bourges 2006) 29 avril 2006- La Hune, Bourges
Une étrange secte musicale armée jusqu’aux dents de morceaux détonnants comme des cocktails Molotov !
Voilà un authentique groupe de passionnés de rhythm n’ blues garage n’ soul qui donnerait presque envie de partir illico presto à .../...
Une étrange secte musicale armée jusqu’aux dents de morceaux détonnants comme des cocktails Molotov !
Voilà un authentique groupe de passionnés de rhythm n’ blues garage n’ soul qui donnerait presque envie de partir illico presto à la recherche des communistes perdus (Georges Marchais, Henri Krasuki, Robert Hue etc) voire même, suprême audace, de voter pour Marie-Georges Buffet. Habillés en costumes de défilé de l’armée rouge, les Limougeauds (ils sont de Limoges, ça dérange quelqu’un ?) de The Lost Communists ont fière allure, mais ils n’en oublient pas pour autant d’assurer sur scène en chantant un morceau anti-guerre - Dead for nothing -, entre autres titres remuants. On s’en doute, pas de Kalashnikov ici, mais cette étrange secte musicale est armée jusqu’aux dents de morceaux détonnants comme des cocktails Molotov ! Dans lesquels ils utilisent des armes qui leur sont propres : guitare, basse, batterie, orgue Farfisa, micro. Sorte de Dirtbombs français, ce groupe virevoltant s’applique à prêcher la bonne parole R & B, soul, garage et rock. Le chanteur, noir et doté d’une voix gorgée d’âme, officie derrière un pupitre de prêcheur, et l’on jurerait qu’il se prend pour le fils légitime du révérend Al Green. Ses camarades font feu de tout bois, pour édifier des barricades anti morosité, mollesse et immobilisme. Et fort logiquement, dès les premières notes décochées par le groupe, une violente envie de se déhancher voit le jour. Qui ne s’arrêtera qu’après la sortie des artistes.
Pour la compagnie, Gaaaaaaaaaaaarde à vous !!!!!!!!!!
Entre temps, le public - très réceptif au brûlant mélange servi par la troupe -, avait pu apprécier la qualité des morceaux composés démocratiquement, cela va de soi… Et après tout, peu importe, à partir du moment où la musique proposé à des vertus communicatives. Ce qui est tout à fait le cas ici : les allées et venues du chanteur sur la scène, ses cris rocailleux, les rythmiques guitare/basse/batterie super groovy et le festival d’orgue Farfisa déluré sont autant d’invitations à faire une bringue de tous les diables. Sur scène et dans la salle, tout le monde est à fond, quasiment au garde à vous à chaque fin de morceau, pour montrer son approbation franche et entière. Rapidement en nage, le groupe commence à enlever ses vestes militaires ; l’énergie déployée sur scène ne permet en effet pas de les garder trop longtemps.
Et puis tout le monde s’énerve de plus en plus, à mesure que l’on se rapproche des fatidiques 30 minutes de concert ; l’organiste semble s’électrocuter dès qu’il frôle son instrument : il est pris de convulsions incontrôlables qui lui permettent de faire voler au vent sa chevelure de hard rocker ayant bien tourné. Après un morceau instrumental de fort bon aloi et deux ou trois facéties du général en chef/chanteur, le lider maximo du prometteur combo fait le salut militaire et regagne son campement de base, les loges. Ses hommes font encore un peu de bruit - une sorte de baroud d’honneur, quoi - et la cohorte obéit à la règle des Découvertes du Printemps de Bourges : « une demi heure tu joueras et après la place aux autres tu laisseras ». Beaucoup moins chiante qu’un congrès extraordinaire du parti communiste, la prestation des Lost Communists risque néanmoins d’avoir de graves conséquences pour certains : l’envoi au goulag médiatique pour bon nombre de groupuscules inoffensifs, ne supportant pas la comparaison avec ces communistes pas perdus pour tout le monde. Rompez !
The Craftmen Club (Printemps de Bourges 2005) 22 avril 2005- La Hune, Bourges
The Craftmen Club : une psycho blues explosion en règle.
A 15h, dans la (trop) confortable salle de La Hune, The Craftmen Club a annihilé toutes velléités de sieste en proposant un set en forme de boulet de canon aux professionnels de .../...
The Craftmen Club : une psycho blues explosion en règle.
A 15h, dans la (trop) confortable salle de La Hune, The Craftmen Club a annihilé toutes velléités de sieste en proposant un set en forme de boulet de canon aux professionnels de la profession venus faire leur marché. Malgré l’horaire peu propice des Découvertes du Printemps de Bourges, les sièges rembourrés et le côté dramatiquement blasé d’une partie du public, The Craftmen Club a, selon l’expression consacrée, fait le show. Sur scène (comme sur disque d’ailleurs), les morceaux « psycho blues explosion » du furieux trio breton sont servis brûlants ; le (gros plus) en live : l’attitude (ultra rock ‘n roll) adéquate et l’accoutrement idoine.
C’est à une course de vitesse pour enchaîner les titres - très marqués par le concassage en règle du bluuuuuues (à la Jon Spencer donc) et le psychobilly sale des Cramps - auquel le public assiste… Tout de noir vêtus, possédés par leur musique (du diable), avec l’envie d’en découdre avec la terre entière et un désir sauvage de massacrer leur matériel, les trois musiciens ultra énervés jouent comme un seul homme, qui en défonçant consciencieusement ses fûts, qui en extirpant des riffs punk ‘n blues de sa guitare et des cris de son gosier, qui en sortant de méchantes lignes de basse, plié en deux (au risque de se faire un lumbago, n’essayez surtout pas ça chez vous !)…
Juste en face de cette démonstration de force et de classe rock, on se retrouve carrément collé au siège, les yeux écarquillés, les oreilles en charpie et avec une petite idée derrière la tête : détruire les sièges en sautant à pieds joints dessus et les balancer en travers de la gueule des mollassons qui n’applaudissent que poliment. Retenez-moi ou je fais un malheur ! Benoît 16 (le père de Damien Saez ?) a vraiment raison : le rock ‘roll, c’est pas bien ; cela peut pousser un calme trentenaire à s’énerver dangereusement dans une salle de concert, alors qu’il pourrait tranquillement penser à ses points retraite, en priant le petit Jesus ! Bref...
Au bout d’une demi-heure de morceaux de blues ‘n roll lardés de samples de gimmicks de guitare entêtants, The Craftmen Club qui la scène, après une séance jouissive d’escalade de batterie, de dislocation de matos et de déclenchement de larsens, le devoir accompli : il a pu présenter ses morceaux sans aucune concessions et sortir de sa léthargie une bonne partie du public… Remettez-nous ça très rapidement, s’il vous plaît messieurs !
Tokyo/Overtones (Printemps de Bourges 2005) 21 avril 2005- La Hune, Bourges
Un concert classieux...
On avait déjà remarqué en 2002 sur l’excellent mini album The Polar Ep (2002) que le groupe havrais Tokyo/Overtones était un des espoirs les plus prometteurs de la pop made in France. Le concert classieux .../...
On avait déjà remarqué en 2002 sur l’excellent mini album The Polar Ep (2002) que le groupe havrais Tokyo/Overtones était un des espoirs les plus prometteurs de la pop made in France. Le concert classieux donné à l’occasion des découvertes du Printemps de Bourges 2005 a, quant à lui, permis d’apprécier une prestation scénique de grande qualité, mettant parfaitement en valeur la musique qui avait fait si bonne impression sur disque.
Malgré la faible durée du concert (une courte demi-heure, c’est le règlement), Tokyo/Overtones et son chanteur au timbre de voix saisissant ont propulsé le public dans leur fascinant univers, entre pop mélancolique, électronica recueillie et rock acéré. « Voilà un groupe qui sait écrire des chansons ! » : c’est la première chose qu’on se dit en découvrant les nouveaux morceaux présents sur l’album éponyme (autoproduit et publié en novembre 2004, puis réédité en mai 2005). Les éléments électroniques, les claviers, les guitares, la section rythmique et bien sûr la voix, superbe, arrivent sans problème à procurer des émotions fortes. Au détour d’une intonation vocale, d’un atmosphère ou d’un son, on pense aux compositions capiteuses des trop méconnus Français The Married Monk, mais aussi aux meilleurs passages signés Radiohead, Jay Jay Johanson ou Perry Blake. De bonnes fées se sont penchées sur le berceau de Tokyo/Overtones au moment de la composition, et ça s’entend… Quand on fait une musique aussi fine, toute la difficulté réside dans le fait d'arriver ou pas à en proposer une relecture scénique habitée, c'est parfaitement le cas ici... C’est donc vraiment à regret qu’on voit la fin arriver et le groupe quitter la scène. Pour combler le manque, il va falloir trouver un moyen de mettre la main sur le dernier opus… et guetter les dates de concerts. Souhaitons aux membres de Tokyo/Overtones de pouvoir sous peu bénéficier de la reconnaissance et du succès public qu’ils méritent…
Marianne Faithfull + Françoiz Breut (Printemps de Bourges 2005) 20 avril 2005- La Hune, Bourges
La ballade de Marianne et Françoiz.
A des années-lumière des découvertes du Printemps de Bourges (excellentes cette année) qui débutent leur carrière dans le Berry, Marianne Faithfull - qui a poussé la chansonnette pour la première .../...
A des années-lumière des découvertes du Printemps de Bourges (excellentes cette année) qui débutent leur carrière dans le Berry, Marianne Faithfull - qui a poussé la chansonnette pour la première fois il y a 41 ans ! - a surpris par la qualité de sa prestation vocale, une set list s'autorisant de nombreux retours vers sa – glorieuse – période passée et une joie d’être sur scène presque juvénile…
Relancée par son album précédent – Kissin time – réalisé en compagnie du gratin de la musique pop/rock du siècle dernier (Beck, Billy Corgan, Blur, Pulp… ) et la tournée 2002 – plutôt réussie - qui l’avait suivie, la sulfureuse égérie des inestimables Rolling Stones sixties n’a eu aucun mal à emporter l’adhésion d’un public berruyer venu nombreux pour l’applaudir. Comment en effet ne pas tomber rapidement sous le charme quand Marianne Faithfull est dans un bon jour et qu’elle déploie des trésors de charisme pour interpréter des titres de son dernier album coécrit avec rien moins que PJ Harvey, Nick Cave ou encore Damon Albarn, ainsi que les tubes ayant jalonné sa carrière ? Avec sa voix nicotinée (depuis ses débuts dans la chanson, la belle Marianne a dû fumer des millions de clopes, entre autres excès… ), sa présence quasi magnétique et son incroyable aura, la récente auteure du très bon Before the poisonest quasi irrésistible quand elle navigue à vue deux heures durant dans son répertoire en enchaînant les titres marquants récents (le poignant No Child of mine, le bouleversant Last song, et le fascinant Crazy love… ) les hits planétaires plus anciens (As tears go by, Sister morphine, The ballad of Lucy Jordan, Broken english, Working class hero, toujours imparables des années après leur sortie) ou les morceaux plus obscurs chers à son cœur (un titre de l’album écrit par Angelo Badalamenti). Comme elle est plutôt bien accompagnée par un groupe assez sobre (en particulier son compagnon, le guitariste Barry Reynolds dont les interventions sont souvent pleines d’à propos), le public passe une soirée de rêve en compagnie d’une des dernières divas des années 60. Bien sûr, on aurait souhaité un bassiste et un batteur discrets sur toute la longueur du show (il y eut une ou deux incartades démonstratives hors sujet), mais à part cela, il faut bien avouer qu’on a passé une soirée de rêve en compagnie de Marianne Faithfull ! So long Marianne…
La tête d’affiche avait en plus était précédée sur les planches par la divine Françoiz Breut, toujours aussi douée pour créer des ambiances douces amères avec sa présence presque inquiétante, sa voix superbe et l’apport des musiciens doués qui figurent sur son dernier opus, l’inépuisable Une saison volée... Malgré quelques hésitations sans doute dues à la pression (faire la première partie de Marianne Faithfull, ce n’est pas rien !) et à la proximité du début de la tournée faisant suite à une longue absence, Françoiz et ses acolytes ont dévoilé au public principalement venu pour la star anglaise une série de morceaux écrits et interprétés avec classe… Se sont succédés avec le même « bonheur », entre autres titres chanson/pop/folk impreignés de sons Western : Le ravin, Km 83 (où l’on retrouve la patte de Dominique A), Over all (composé spécialement par un des deux irremplaçables frangins Herman Düne, David Ivar) et Everyone kisses a stranger en final d’un concert définitivement trop court, première partie oblige. Qu’importe, on ne manquera pas de recroiser la route de la mutine femme en noir sou peu.