Accueil Chronique album : Evangelista - Hello, Voyager, par Senti
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Critique d'album

Evangelista : "Hello, Voyager"

Evangelista :

Autres / Post

Critique écrite le 19 janvier 2009 par Senti

De celui qui caresse à rebrousse poil. De celui qui crisse et grince. De celui qui sait troquer ses plumes pour des flocons de limailles. Le rock-post (anti-post-rock ?) d'Evangelista est de ceux-là. Hello, Voyager creuse son chenal quelque part au confluent du cauchemar hanté de Jarboe et du spasme vocal éthéré et aliénant de Diamanda Galás. Entre les deux, le Monde, et des écoutes successives qui font voler ce carcan en éclat. Evangelista enferme dans un même bocal, l'acide et le basique, la nervosité et le groove primaire. Dur comme une latte en acier. Âpre comme un vieux whisky à la bouteille opaque et salie. Ce disque se distille en nous avec le temps. Les strates gustatives, émotives et de couleurs ne se dévoilent qu'après avoir soufflé sur le message d'Evangelista à maintes reprises. Il faut lentement écarter la neige bruitiste, comme autant de grains de sable en surface de l'iris mélodique, pour dénicher le spectre harmonique. Le bancal, inquiétant et glauque, cache d'autres perspectives.
Carla Bozulich inocule le venin d'un crachat amer et l'instant d'après, adopte des postures sexy et bluesy ("Lucky Lucky Luck"). De l'Art de jouer avec les masques. Décisifs, les premiers instants montrent à quel point Evangelista parvient à faire cohabiter la rugosité d'un post-punk oxydé aux guitares tordues doublées d'une batterie martiale, et la surface veloutée d'instrumentalisation à la naïveté touchante ("The Blue Room"). Hello, Voyager est un album théâtral au possible, bande son d'un film décalé projetant les actes et les scènes dans une marmite bouillonnante d'acteurs schizophrènes. Les archers de feu Godspeed You! Black Emperor et A Silver Mt. Zion ne s'y trompent pas et, ponctuellement, communiquent le tourment maladif aux violons et violoncelles. Tout est fait pour venir rompre les codes établis.
Hello, Voyager est un tiraillement entre nostalgie musicale d'un temps révolu et rage industrielle inhérente à l'actuel tangible. Sans aucun doute, un des disques les plus atypiques du catalogue Constellation Records, reflet des ressentis aigre-doux de deux âmes extraordinaires (car la bassiste Tara Barnes y va de ses idées), en proie aux douleurs épidermiques et à la claustrophobie angoissée. Hello, Voyager. Attention, Danger.

Chronique initialement publiée sur www.metalorgie.com
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 Critique écrite le 19 janvier 2009 par Senti
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