Accueil Chronique de concert Les 25 ans de la Batuc'Azul ! (avec Gang'Jolo, Oumpack, Viagem Samba, Jimmy-Samba-Mix)
Lundi 22 juillet 2024 : 6564 concerts, 27139 chroniques de concert, 5414 critiques d'album.

Chronique de Concert

Les 25 ans de la Batuc'Azul ! (avec Gang'Jolo, Oumpack, Viagem Samba, Jimmy-Samba-Mix)

Les 25 ans de la Batuc'Azul ! (avec Gang'Jolo, Oumpack, Viagem Samba, Jimmy-Samba-Mix) en concert

Arènes Barnier, Saint-Rémy-de-Provence 1er juin 2024

Critique écrite le par


C'est alors qu'à 16h30, en plein milieu de la jolie petite place Favier, nichée au coeur du centre-village de Saint-Rémy-de-Provence, une grosse caisse bleue siglée Batuc'Azul fut négligemment déposée... Or nous étions là, à quelques mètres, attablés devant une mousse, par un pur hasard... Certes un oeil averti aurait peut-être pu distinguer que les 2 ou 3 terrasses étaient particulièrement chargées, et que pas mal de badauds semblaient également avoir convergé ici, sans malice. Ou pas... Hé, c'est que ce village provençal charmant et au pied des Baux-de-Provence, est très touristique par ailleurs !


Mais quand une femme a commencé à tourner autour, à taper dedans, puis s'est emparée de l'instrument, les masques sont tombés rapidement : des musiciens ont commencé à converger, en tapant eux aussi sur des choses... 1, puis 3 ou 4, puis des dizaines, sortis et arrivés de partout, en civil, avec des percussions de toute taille... et il n'a pas fallu plus de cinq minutes pour que cinquante musiciens, ayant évidemment coordonné (et répété) leur vile attaque postprandiale, déroulent ce superbe flashmob et nous donnent à entendre leur potentiel... Ouch ! Car par exemple à 12 grosses caisses sur une placette, ça dépote - le Hellfest lui-même n'aurait qu'à bien se tenir...


Pour notre part, comme tous les spectateurs qui ont suivi la déambulation partie de la place, ce fut déjà un bel un aperçu de la puissance de plusieurs dizaines de percussions brésiliennes rassemblées... "On a la puissance de feu d'un croiseur, et des flingues de concours !", comme disait l'autre... Bon, bien évidemment, sauf à avoir raté toutes les affiches, les locaux ne pouvaient pas ignorer que c'était le jour de célébrer les 25 ans de la Batuc'Azul, batucada officielle et emblématique du village, dans laquelle a officié une centaine de personnes !


Au fil des années, même à Marseille ou ailleurs, on a déjà croisé la vaillante équipe un certain nombre de fois. D'abord (et sans doute en partie sur sa génération précédente !) en 2010 à un pince-fesse guindé à la CCI de Marseille, ensuite à une déambulation au Parc Longchamp, et bien plus récemment au Carnaval d'Eyragues de 2023 ! Mais parmi les choses qui n'ont jamais changé, il y a évidemment la présence de notre ami Eric, vaillant batuqueiro (récemment quinquagénaire mais chut !) ! Donc non, une fois de plus on était pas là par hasard, c'est vrai, mais bien venus assister à cette belle célébration de longévité... de la batuc', je veux dire !


Accompagné de 4 autres compagnies invitées d'Arles, d'Avignon et d'ailleurs, tout ce petit monde nous a donc entraîné rapidement sur le lieu des festivités, où ils sont entrés triomphalement à 17 heures, sous l'oeil attendri de la police municipale (dont le travail principal ici semble être de faire des bisous !). Et donc, dans les anciennes et charmantes Arènes Barnier, un écrin idéal pour se réunir (en tout cas par beau temps comme ce samedi), avec food trucks, buvette, vestiaire pour la musique et DJ. Et dans l'optique de pouvoir tchicliclicli-patapata-roporopo-kchkchkchkch-uiuiuiui-bombombombom-er tous et toutes ensemble, jusqu'à plus soif, ou plus d'oreilles !


Le temps de se changer rapido (évidemment, les musiciens étaient en civil auparavant), et voici chaque équipe parée de ses plus beaux atours. Evidemment, les Saint-Rémois portaient haut leurs belles couleurs azuléennes, toujours équipés de leurs redingotes taillées dans des bleus de travail, avec casques de chantier et accessoires de bricolage ou de plomberie souvent accrochés dessus... Couleur bleue inspirée, d'après la présidente de la batuc', d'un personnage de Carnaval appelé la Chauche Vieille et manifestement... bleue ! Pour aujourd'hui et pour ne pas brouiller les codes, on utilisa un chef unique pour diriger (par le passé, on a vu la direction être partagée...).


Sur le style musical des batucadas, on a déjà étalé ici notre inculture : sur celui-ci, on peut certes larguer quelques noms (samba, maracatu, merengue, conga ?) mais il est assez loin de notre culture rock (voire hard rock...) Qu'à cela ne tienne, tant qu'il y a une rythmique et du spectacle, on peut apprécier sans problèmes ! Plus difficile, ne pas confondre les différents batuc', en espérant qu'elles seront indulgentes. A priori les premiers à dégainer furent les Oumpack (oranges) d'Avignon...


Mais assez vite, selon un processus qui allait se reproduire à chaque fois, le groupe leader fut rejoint par les autres : des bleus pré-cités, des blanc-verts, d'autres oranges, des bariolés... et finalement tous ! Et saperlipopette, s'il y a bien un truc qui pousse au cul, c'est 50 musiciens de batucadas qui jouent tous ensemble : ils avaient conseillé sur le flyer de prendre des bouchons d'oreille, et d'ailleurs ils en distribuaient à juste titre. Mais enfin nos oreilles metalleuses en ont vu d'autres, on n'a donc souffert à aucun moment du volume sonore, d'autant que la belle taille des Arènes Barnier permettait de se placer à la distance voulue du raffut général.


A propos de raffut, je ne pense pas utile de vraiment détailler ce que j'ai pensé des intermèdes du DJ, entre chaque partie jouée live. Après tout c'est peut-être un ami de la troupe azul ? Certes il a fait le job de boucher les trous, mais avec une programmation qui m'a paru très ... "mariage", donc pas particulièrement adaptée. Peut-être avait-t'il été mal choisi ? Pour d'autres circonstances, pas de réserves particulières, mais là j'aurais aimé plus de morceaux rythmiques, pourquoi pas cousins ou même consanguins des musiques sud-américaines à l'honneur ?


Pourquoi pas même, carrément Chaos AD ou Ratamahatta de Sepultura, vous connaissez ? Ca arrache du slibard, c'est brésilien et avec des percus... Avec 50 batuqueiros et batuqueiras venant improviser par dessus... Le sol se serait sans doute ouvert sous nos pieds, et j'en serais probablement mort de plaisir ! Je dis ça, je dis rien, mais pensons-y pour les 30 ans ! Et pour finir sur le DJ, une même pensée m'est surtout venue plusieurs fois, après avoir entendu 50 musiciens se démener et transpirer ensemble pour produire un beau volume sonore, le voir faire un bruit encore supérieur, trop facilement car rien qu'en appuyant sur un bouton : "... Feignasse !!"


Cependant c'est un fait que l'on ne peut pas cogner à cinquante pendant des heures d'affilée sur ses instruments tout en dansant, les pauses DJ étaient donc nécessaires (mais souvent un peu longues...). En tout cas, on nous y prêtait souvent notre batuqueiro préféré pour boire un coup avec nous et ça, c'était chouette. Sauf quand le bar a réalisé qu'il risquait de manquer et que notre ami est parti co-gérer la crise, smartphone à la main. En tout cas on a bien constaté qu'il y a eu de la bière jusqu'en fin de soirée donc, bravo à l'équipe du bar (très aimable par ailleurs), pour cette réaction appropriée !


Au rayon boire et manger, encore un mot sur les deux food trucks : évidemment sauf à céder à ses plus bas instincts, impossible de manger à la fois au burger-frites (qui faisait bien envie et dont on a partagé quelques belles frites maison avec les copains quand même !), et à l'exotique : on est donc allé à l'exotique et ca a été un bon wraps maison, en plus de produits dépaysants comme ces chips japonaises rectangulaires au miel pour l'accompagner... Ou encore, les moshis superbes à la pâte de haricots rouges, un délice qu'on a pu y prendre en fin de soirée. Excellent choix de cam'tar-à-manger dans les deux cas donc : on a manqué de rien, merci !


Mais revenons à la musique. Ce furent ensuite les verts-et-blancs qui prirent l'arène, Gang'jolo sauf erreur, avec une chorégraphie bien travaillée. Eux aussi rejoints par les autres assez vite : séquence superbe, mais un peu courte, pas loin de nous frustrer un peu. Mais pas de panique, tout un chacun a pu jouer plusieurs fois et ces musiciennes et musiciens au look particulièrement élégant ont pu rejouer à plusieurs reprises par la suite, avec les autres.


Ensuite après DJ, ce furent les Jimmy-Samba-Mix, peu nombreux mais emmenés par un personnage haut-en-couleur et jouant en cercle (et donc, rejoints aussi par les autres, en cercles concentriques). Sorte de gentil Golgoth, l'impressionnant Jimmy, en plus d'être littéralement "haut en couleurs", c'est-à-dire haut (pas loin de 2 mètres je dirais) et habillé en couleurs, s'avèra être un meneur phénoménal... Renseignement pris, c'était là un Mestre Jedi de batucada, du genre qui peut vous entraîner jusqu'à 100 personnes jouant à la féria de Nîmes !


Et en effet, il dirigea la manoeuvre au doigt et à l'oeil (pourtant bizarrement entravé de lunettes de soleil), avec brio et avec sifflet, dans un impressionnant tintamarre, ses sbires mais aussi tous les autres (Eric nous a dit qu'avec lui, on comprenait instantanément quand, comment et quoi jouer... y compris sur les morceaux que qu'on ne connaissait pas !). Un set particulièrement magistral, et heureusement un peu plus long que le précédent. On a aussi appris dans la soirée que le petit Jimmy (il y a quelques années donc...) s'était frotté au son de la Batuc'Azul étant jeune, qu'il avait été touché par ce son et l'avait travaillé jusqu'à en faire son métier... belle histoire de filiation !


Sur la séquence suivante, ce fut la Batuc'Azul dans toute sa majesté, en nombre (avec sans doute le renfort de quelques ex- !), 25 personnes au bas mot. Toujours les meilleurs à notre goût sans doute un peu chauvin pour les breaks, avec un chef très expressif et jouant excellemment du tambour en même temps qu'il dirigeait ! Rejoints par les autres bien sûr, jusqu'à former une belle rangée d'attaquant.e.s avec le smile devant, et jusqu'à 70 personnes derrière, pour une nouvelle séquence réjouissante.


... Un DJ set plus tard, fit irruption vers 21h10 la BACH, un commando de la Batuc'Azul Canal Historique, avec de beaux déguisements et des fumigènes bleus un peu nauséabonds. Le gang, derrière une nappe impeccablement floquée et dûment cagoulé de bleu, fit une déclaration qu'on pourrait qualifier d'un peu fumeuse pour les non-initiés, mais pleine de private jokes et qui réjouit les bleus plus jeunes.


Puis, la nuit tombante, vint le terrible temps des battles, face à face, un peu à la manière de danseurs de capoeira se défiant, ou encore de hakas soniques successifs. Chacun s'équipa en lumières comme il pouvait, sinon en fumées... Et avec sa fière allure toute en LED bleues, la Batuc'Azul fut notamment défiée par la vaillante et très technique Viagem Samba (qu'ils tentèrent lâchement de gazer au fumigène)... Equipe qui assura néanmoins comme une bête !


Les blancs-et-verts revinrent alors du diable-vauvert avec une très jolie séquence chantée a capella (mais d'une belle puissance tranquille) avant d'envoyer toute leur purée, appuyés sur un chef hyper expressif et une grosse rythmique, rapidement renforcée par la bande à Jimmy sur leurs arrières. Fatalement l'affaire dégénéra au final en baston (sonique) générale où, une fois admis que le vrai boss était Jimmy, tout le monde se cala sur lui (y compris le public qu'il fit participer, merci !)


A partir de là, il se peut que le chroniqueur perdit un peu le fil : en tout cas ça joua avec gourmandise pendant encore une bonne heure, la Batuc'Azul avec les 4 autres, au moins jusqu'à 22 h 30 avant de rendre les armes et les instruments, ivres de boum-boum et possiblement en transe... Le tout pendant que nous étions occupés à blaguer avec les copains et copines (dont la vaillante Nathalie, qui travaille avec des gens qui ont "un p'tit truc en plus" et que nous ne voyons jamais), ou avec une collègue de bureau de Marseille qui passait par là, ou encore avec notre autre amie Nanie, femme du "beau daron bleu" et qui tint courageusement la caisse toute la soirée...


Tandis que notre autre amie Cathou (batteuse à ses heures perdues), armée de l'instrument à deux cloches, s'était discrètement puis franchement intégrée à la sono générale dès la fin d''aprème, et y revint pour une bonne heure de concert résiduelle et finale ! Très belle fête où tout le monde a pu jouer tout son saoûl a priori, et dont il est difficile d'évaluer l'affluence. Une donnée objective pourtant : 600 (très jolis) gobelets prévus, sont tous passés et il a fallu en re-laver 100 ou 200 !


De là à dire qu'il y a pu y avoir 800 personnes, cela paraît très possible... En tout cas on a gardé le nôtre, de gobelet, toute la soirée et il nous fait un joli souvenir depuis. Sur le chemin du retour dans le village enfin endormi, on a croisé plusieurs instrumentistes hilares et épuisées. Elles nous on demandé si ça nous avait plu ? Oh que oui ! Car 6 heures de batucadas raffinées (et de sono moins raffinée) nous ont bien éclaté les oreilles et le reste !!


Alors merci et à bientôt, espérons-le, pour de nouvelles aventures soniques, azuréennes et buccorhodaniennes, avec l'invincible armada bleue... Où il semble bien que notre ami soit finalement prêt à rempiler, pour notre plus grand plaisir, et surtout pour le sien et celui de cette si belle équipe ! Alors Longue vie à Batuc'Azul !

Photos illustratives par Philippe (aussi), désolé s'il y a des manques...











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