Accueil Chronique de concert Sixto Rodriguez
Samedi 16 janvier 2021 : 11352 concerts, 25885 chroniques de concert, 5284 critiques d'album.

Chronique de Concert

Sixto Rodriguez

Sixto Rodriguez en concert

La Cigale, Paris 5 juin 2013

Critique écrite le par




Fin décembre, début janvier, on a commencé à entendre parler de Sixto Rodriguez, ce looser magnifique de Détroit, dont deux albums fabuleux du début des 70's, ont rencontré un immense succès en Afrique du Sud et en Australie sans qu'il n'en entende jamais parler, ni ne touche le moindre dollar de royalties.

35 ans après, des fans l'ont cherché et retrouvé à Detroit ou il a n'a cessé de vivre en exerçant de longues années le métier d'ouvrier en bâtiment. Ils l'ont amené en Afrique du Sud ou il a fait une tournée triomphale. Cela lui a permis d'obtenir une reconnaissance méritée au vue de ces deux albums qui rivalisent aisément avec les meilleurs Dylan, comme "Desire".

Cette histoire est cruelle et belle est racontée dans l'excellent documentaire, récemment oscarisé "Searching for Sugar man".
Grâce à ce film, Sixto Rodriguez est clairement devenu l'attraction musicale de l'année auprès d'un public assez large.

L'annonce d'une tournée européenne, qui se voulait classique avec une date parisienne à la Cigale, salle plutôt intime se prêtant à merveille à l'ambiance de la musique de Rodriguez, a été le prétexte d'un engouement général. Deux dates au zénith (salle ne se prêtant absolument pas à la musique du Sugar Man) ont été ajouté pour répondre à l'afflux de la demande et pour contrecarrer un marché noir qui voyait les places de la cigale s'envoler autour de 300 euros .

Le phénomène s'est répété un peu partout en Europe et à l'arrivée, près de 80 dates ont été programmées à la place des 25 initialement prévues.

L'histoire était belle et l'attente des concerts parisiens particulièrement médiatisée (une de libération, de Rock ‘n'folk, sortie du DVD, passage radio ...). Prévoyant et chanceux, je m'étais procuré un billet pour la date de la cigale, qui était clairement "the place to BE".



Méfiant par nature, j'avais sondé youtube pour juger l'état du sugar man lors des concerts donnés dans des clubs européens ces deux dernières années au moment où il avait été (re)découvert, avant que le film ne sorte. Les voyants étaient au vert, la voix semblait encore clairement tenir la route, comme peuvent tenir la route les voix de certains de ses contemporains comme Crosby, Stills et Nash ou Neil Young. Bref j'étais remonté à bloc pour ce concert.

Pourtant de très mauvais échos fleurirent un peu partout à la suite des concerts du Zenith programmés avant celui de la Cigale. C'est donc, particulièrement dubitatif, que je retournais à la cigale (deux jour après un concert d'anthologie des Stone Roses) pour voir Rodriguez.

La première grosse inquiétude vint du public, assez hetéroclyte, composé de fans de musique, mais dans une grande majorité de bobos plus ou moins branchés n'ayant clairement pas l'habitude de s'aventurer pour écouter en concert ce type de musique. En étant à peine caricatural, je pense que beaucoup d'entre eux allait au concert en pensant voir une performance, genre Springteen. La réalité fut toute autre... et ils ont été très déçus



Sixto Rodriguez est monté sur scène accompagné par sa fille, car il est devenu aveugle. Visiblement à bout de force, et extrêmement fatigué, il a commencé le concert de manière plutôt réussie en faisant presque illusion durant trois chansons. Mais c'est au moment que tout le public attendait, quand il a entonné son "hit" Sugar man, qu'il a bien fallu se rendre à l'évidence, que le pauvre Sixto n'était malheureusement plus que l'ombre de l'ombre de lui-même. En plus de son mauvais état physique, sa voix n'arrivait pas à monter dans les aigus et à saisir le public comme celui -ci l'aurait tant espéré.

Le concert s'est poursuivi devant un public déçu, mais chaleureux et respectueux de la trajectoire de l'homme. c'est un moindre mal car cela aurait pu mal tourner... Visiblement au bout de lui-même, il entonnait des chansons qu'il avait du mal à finir ou qu'il écourtait. Même son groupe avait parfois l'air aussi désemparé que le public !

Pourtant, si le concert, qui s'est achevé au bout d'une petite heure par une reprise de Like a rolling stone, a attristé un public qui en attendait beaucoup trop à la base, on a quand même pu noter que Rodriguez n'a pas triché. Clairement, il n'est pas évident, de jouer 80 dates comme un professionnel, à 71 ans alors qu'on ne sait pas et qu'on n'est pas en état de le faire, et pourtant il semble qu'il ait donné le meilleur de ce qu'il était en mesure de donner. On se demande d'ailleurs s'il va être capable de mener sa tournée à son terme. Compte tenu de son état, il n'aurait jamais dû accepter cette tournée. Mais la hype qui a entouré le film a probablement créer trop d'envie et généré trop d'argent pour qu'il puisse rester tranquillement chez lui à Detroit.

Mais si l'on fait abstraction de cela, le concert était franchement limite car on avait l'impression d'assister au concert d'un amateur, au coin de la cheminée. Si cet aspect était sensible était douloureux à la Cigale, ce devait être un drame au Zenith.

Pour autant, tout n'était pas à jeter, et on peut lui pardonner par compassion certaines choses (chant faux, chansons baclées) que certains pardonnent aisément à Bob Dylan ou Lou Reed, dont les concerts sont largement aussi mauvais depuis plus de trente ans. Et en plus, eux n'ont pas l'excuse de l'amateurisme. La version de Like a rolling stone de Rodriguez surpassait nettement celles données par Dylan lors de ces derniers passages en France.

Au final, on a quitté la salle déçu, triste pour l'homme mais quelque part pas mécontents de lui avoir rendu hommage, mais il est clair qu'on ne retournera pas le voir et qu'on a une petite pensée pour les chanceux qui ont acheté leurs places au marché noir...



Photos du concert par Robert Gil (au Zénith de Paris). Retrouvez plus de photos sur son site photosconcerts.com/sixto-rodriguez-paris-zenith-2013-06-04-6940...

Sixto Rodriguez : les dernières chroniques concerts

Sixto Rodriguez en concert

Sixto Rodriguez par esirpem
Le Zénith, Paris, le 04/06/2013
Dieu sait si je l'attendais ce concert de Rodriguez au Zénith de Paris ! 5 mois que son premier album ("Cold Facts", sorti en 1970) tourne quasiment en boucle dans mon iPod.... La suite

Mr Oizo + Rodriguez + BLK JKS + The Japanese Popstars + The Carps (Les Transmusicales de Rennes 2009) en concert

Mr Oizo + Rodriguez + BLK JKS + The Japanese Popstars + The Carps (Les Transmusicales de Rennes 2009) par Pierre Andrieu
Parc des Expos de Rennes, le 05/12/2009
Jusqu'ici tout va bien : alors que l'on entame la dernière journée marathon des Transmusicales de Rennes 2009, le public se presse toujours autant aux concerts, l'ambiance... La suite

La Cigale, Paris : les dernières chroniques concerts

L'Épée (Emmanuelle Seigner + The Liminanas + Anton Newcombe) en concert

L'Épée (Emmanuelle Seigner + The Liminanas + Anton Newcombe) par Samuel C
La Cigale - Paris, le 14/12/2019
Croisé près de La Cigale, Anton Newcombe confie avant le concert de L'Épée qu'il n'arborera pas son célèbre t-shirt "Eat shit". Il l'a en effet porté la veille à l'occasion... La suite

Philippe Katerine (featuring Lomepal) en concert

Philippe Katerine (featuring Lomepal) par lol
La Cigale, Paris, le 16/12/2019
On ne savait pas vraiment à quoi s'attendre en allant voir Philippe Katerine en concert à la Cigale en ce 16 décembre 2019. En quittant la salle après 1h30 de spectacle, on n'était... La suite

L'Épée (Emmanuelle Seigner + The Liminanas + Anton Newcombe) en concert

L'Épée (Emmanuelle Seigner + The Liminanas + Anton Newcombe) par lol
La Cigale, Paris, le 14/12/2019
L'Épée, super groupe regroupant les Liminanas, la chanteuse et actrice Emmanuelle Seigner et Anton Newcombe, la tête pensante de The Brian Johnstown Massacre, défendait sur la... La suite

Ty Segall And The Freedom Band en concert

Ty Segall And The Freedom Band par Samuel C
La Cigale - Paris, le 10/10/2019
Ty Segall a investi La Cigale les 9 et 10 octobre. Il arrive sur scène à 20h30 avec sa tenue habituelle, soit un croisement entre le bleu de travail et la combinaison réalisée... La suite