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Chronique de Concert

The Legendary Tiger Man

The Legendary Tiger Man en concert

Le Poste à Galène - Marseille 13 mars 2014

Critique écrite le par

The Legendary Tiger Man/PAG 2014

"Put on Your (Rita) Redshoes, and Play The Blues..."

Depuis ses débuts discographiques déflorés aux abords de la bascule fatale vers un siècle présupposé "meilleur", Paulo Furtado (A. K. A. The Legendary Tiger Man) n'aura cessé de produire de grands disques - Naked Blues, Fuck XMas, I Got The Blues, Masquerade, Femina (et sa cohorte de gonzesses chantantes de duos) de même que quatre disques sous l'appellation Wraygunn -, de signer des vidéos fascinantes accompagnant la plus grande partie des titres (en N&B du grain de pellicule, la plupart du temps), de faire peu à peu évoluer son "son" de façon à ce qu'aujourd'hui on le reconnaisse quasi instantanément (à l'image du dernier True ou de son EP hommage à Nico intitulé : Ghost of Nico), de soigner au mieux sa belle présence scénique. Une avancée qui mériterait d'être bien mieux reconnue et vantée en nos magasins Indés, magazines "dits" spécialisés, ou nos chaines câblées souvent en "boucle", parce que toujours attachées aux basques des mêmes "têtes" reconnues d'aura ou adulées de "masse", du genre :Jack White, Pete Doherty, Josh Homme, Black Keys, John Spencer Blues Explosion...



Même s'il est notoirement reconnu pour son affection du modèle One Man Band, et apparu sur les écrans musicaux, dans cette conformité, cela résulte plus d'un concours de circonstances, d'un accident "heureux", en somme (comme il me l'avait confié lors de notre première rencontre) :
"Au début, il n'était pas prévu que ce soit un projet "solo", non... je répétais et essayais juste quelques chansons, équipé d'une guitare et de ma voix. Comme l'endroit où je répétais était équipé d'une batterie, j'ai donc commencé à tenir un rythme par-dessus pour m'accompagner sur quelques chansons, juste. Mais, j'ai trouvé que cela sonnait vraiment bien, et... c'est comme cela que ça a véritablement commencé ! Le premier album, Naked Blues, je l'ai entièrement joué "live" en studio, mais ce n'est devenu un véritable "projet" qu'après ! Je ne m'y suis investi avec beaucoup plus de sérieux, qu'à ce moment-là ! Je me suis senti plutôt à l'aise comme ça, en fait, même si ce fut dur, lors des premiers concerts ! Au Portugal, personne ne s'attendait à ce que je monte ce type de projet en solo ! Même si la formule n'est pas nouvelle, elle a plus de cent ans d'âge ! Dès le début, le public a été très réceptif, accueillant, et l'album s'est très bien vendu, ce qui est plutôt cool ! Ce fut malgré tout très dur, au début, d'arriver à se concentrer sur tous les instruments, vraiment ! Mais... j'ai depuis découvert que tout se passe bien à condition que je ne pense surtout pas ! Ne penser à rien, ou à tout autre chose ! Il me faut ignorer mes pieds et tout le reste : mes pieds feront ce qu'ils ont à faire, de toute façon ! Dès que je commence à penser à mes pieds, c'est catastrophique...". (Paulo Furtado/Marseille INTW-2003).



Dès son entrée sur scène, l'homme se rassure avec ce qu'il maîtrise au mieux, empoigne sa belle Gretsch millésimée et lance une vidéo (en Noir & Blanc) sur l'écran (derrière) sur fond de "retour espéré de sa belle en fugue à la casa" : "You say, you won't come home / You don't, pick up the phone / You just want, to stay away/ Please, do come home to me..." (Do Come Home).
Après un rapide coup d'œil jeté à l'assistance (que l'on eut souhaitée plus serrée du rang) retour à sa position préférentielle, celle du One Man Band : assis derrière la double caisse de sa batterie, guitare toujours en pognes, comme aperçu pour la première fois au défunt Balthazar lors de son initiale venue en nos contrées Phocéennes au tout début de ce siècle (2003) : "Je m'en souviens parfaitement, c'était mon premier concert en France, j'étais très nerveux, excité et triste à la fois, parce que l'on venait de me voler mes films sur pellicule, juste avant un festival que j'organisais au Portugal !" (conversation informelle d'après show, ce même soir de mars). Convoquée au parloir, Walkin' Downtown rafraîchi illico les esgourdes ou les décalamine sèchement, c'est selon, tout est toujours histoire de point de vue, de vécu et d'ouïe. Un retour aux origines, au séminal du genre, Kazoo posté à portée de bouche, juste au cas où.



Second extrait du très récent et emballant True, Wild Beast se voit doté d'un batteur de poids qui se pose immédiatement en mode "roulements de tambours de guerre Zulu" (puissant et métronomique). Texte scotché à ses pieds, pour cause de paroles encore mal maîtrisées, le gars Paulo monte en régime et se met à taper frénétiquement du talon, encore et encore, tandis que son acolyte ressemble de plus en plus à une machine à faire ramer du galérien jusqu'à extinction (ou explosion) du palpitant : deux Bêtes Sauvages en chasse qui déchirent la nuit de leurs envies inassouvies... impressionnant.

Moiteur et chaleur confirmée de foulée par un retour aux origines de son fameux Naked Blues (2002) : boosté par une vidéo qui aura fait date, à l'époque, toujours très hot et diabolique à la fois, débordante de sexe, alcool et nudité, conclue par cette image "dérangeante" d'un Furtado nu faisant l'amour avec la terre, la matrice, le sel de toute chose vivante, végétale ou minérale.
Immédiatement collée au cul à la précédente, & Then Came The Pain (w/Phoebe Killdeer, sur l'album Femina) opère la même montée en apnée, option suffocation, jusqu'au dantesque coup de gong final.



"C'est une chanson vaudou qui parle de filles !..." : tout est dit ici, en quelques mots. Notre Legendary Tiger Man est en effet en ligne directe d'avec ce qui fait le sel de l'antique Rock ‘n' Roll depuis l'aube de son temps sulfureux, graisseux et moite. Logiquement, l'homme qui aura chanté à l'anniversaire des Ramones (au débotté), visité les États-Unis du Blues et tenté de rendre visite à l'hurluberlu Fifties Hasil Adkins - "J'aurais du le rencontrer lors de mon dernier voyage aux States ! Un de ses amis m'avait filé son adresse et nous étions à 10 ou 15 kms, à peine, de sa maison. Il m'a quand même prévenu qu'il valait mieux avertir son manager d'abord, parce que Hasil Adkins n'aimait pas les étrangers et qu'il avait pris pour habitude de leur tirer dessus ! Malheureusement, j'ai perdu le numéro de téléphone de son manager et nous ne sommes finalement pas passés le voir. Pas le temps ! Si nous l'avions fait, peut-être que nous nous serions fait tirer dessus et abattre ! Je ne sais pas si c'est juste une légende, ou pas, mais, bon, il est fêlé... il en est capable !" (INTW/2003) - s'attaque bille en tête au fameux Route 66 de Bobby Troup (accompagné d'une vidéo déjà visionnée en ces mêmes lieux quelques années auparavant). Un hit intemporel qu'il se permet de lier à celui d'Eddie Cochran, le très jouissif 20 Flight Rock (souvent repris, rarement égalé) : une relecture sauvage, quoique "intériorisée" d'autant, jouée toute en retenue, du moins, jusqu'au sec et claquant débord final : "J'ai une petite amie qui habite au 20e étage...", lance-t-il alors dans la langue de Jean-françois Coppé (de nos jours plus prolixe que Molière en son temps, plus Tartuffe, que Tartuffe lui-même, plus Fourbe que Scapin, plus Ridicule que Précieux, Cocu Imaginaire, de ses méfaits passés...).



Tiens puisque nous parlons "infidélité", voici que s'avance LA voix hors-normes de Lisa Kekaula, ceci afin que de duétiser de virtuel (via computer) d'avec notre héros du soir, de chair et (sac) d'os, lui ; une escapade menée bien loin de sa moitié homme complétant habituellement les dynamiques The Bellrays, mais fort heureusement dénuée de tout appétit charnel (quoique plus bandante que les Cole "père et fille", plus musicale que l'Elvis sur écran derrière groupe, ou plus judicieuse que le fantôme de Michael J dansant sur fond de... non, rien à fouchtre, il me les a toujours pété, le gars Thriller, vivant, dansant, ou pas !).



Nonobstant le fait de faire bouger le popotin des filles présentes ici ce soir, Legendary tente également d'en faire monter une ou deux à ses côtés durant Dance Craze afin de s'y mouvoir en mode Go-Go Dancing ; peine perdue, il est vrai, la gent féminine ne consentant ce soir qu'à onduler des hanches dans la sombritude de la salle, rien de plus, pas question, no way "Tigre" (on le sent d'ailleurs fort marri, par cet échec tout relatif). Un morceau bâti pour la danse, en effet, et qui m'évoque, de par ses subites et violentes accélérations, l'épastrouillant Hang On Sloopy des mirifiques The Remains : LE groupe qui mériterait d'être célébré à vie au bal des grands oubliés des lointaines 60's ; des musiciens qui avaient tout pour eux mais qui se crachèrent en vol après avoir ouvert pour feu les Scarabées lors de leur dernière tournée US... snif !
Toujours féru des grands classiques de son genre, notre homme convoque le déjanté et bancal She Said (Adkins, encore et toujours) de quoi faire monter encore la pression en nos artères mitées de stress, pollution et malbouffe : "qui m'aime, me suive !", disait en son temps un grand ancien dont j'ai pourtant oublié le nom (faudra qu'j'vois s'il ne figure pas malencontreusement au sein des perfides enregistrements effectués sous le manteau par le très laid et pas très ardent Buisson Patrick, féru d'histoire et de grandeur, aux origines de son ère perturbée). Histoire que d'aller plus loin et plus haut, encore, il s'attaque bille en tète au frénétique 21st Century Rock'n'Roll : une descente en règle en mode Gengis Khan ou Custer fondant sur un village pour le raser, qui le verra même s'enfermer brièvement dans les toilettes (micro toujours branché) pour y hurler à la lune, à la mort, au sexe, au moite, au diable, au... delà ?



Jouée pourtant sans la gironde Rita Redshoes, Hey Sister Ray parvient sans peine à séduire puis emballer le tout, et sans forcer, encore.
Au fil des ans, notre homme n'aura eu de cesse que de se remettre en cause, de passer du basique et originel "homme + guitare + kazoo + batterie-kit" à un équipement hi-tech (ordi + boucles + samples + vidéos) épastrouillant, sans pour autant oublier d'y adjoindre cette année de l'humain (Mr Sega/batterie) en présence : pourtant, malgré cette exponentielle adjonction matérielle (et organique) on ne voit guère que LUI sur scène, au centre et à la baguette de toute chose : paradoxal et intense à la fois, vrai ? Tout comme le fait d'arriver à baver (pas) de virtuel sur une apparition via écran : l'incomparable Asia Argento, en l'occurrence, qui parvient momentanément à focaliser le regard de l'ensemble des mâles présents (malgré la rude concurrence des filles incarnées du soir, venues parfois accrochées à leur bras tatoué ! Qui tordent sec du nez et font même mine de ne pas s'en apercevoir, les "acides", jalouses à en crever, qu'elles sont, pour de vrai...). Life Ain't Enough For you, qu'elle nous susurre de moite, cette hyène qui crève l'écran et phagocyte les regards d'autant : "Je dis que la vie ne te suffit pas / Tu me dis : "qu'est-ce sur tu comptes faire ?" / Ne vois-tu pas que la mort ne sera jamais aussi belle, que notre vie l'est aujourd'hui / Je dis : "Baby, qu'est-ce sur tu comptes faire ?"...".
Notez que, pour cette seule et unique fois, nôtre Legendary aura semblé rapetisser au plus proche de l'invisible, en dépit du fait que lui assure SA partie (en direct) avec une incroyable dextérité, calé au "micron" près sur la bouche de la belle... intense et technique, ma foi !



Au moment de regagner mes pénates - après avoir échangé quelques courtes phrases avec notre homme en souvenir d'une première interview réalisée sur les abords du Cours Julien en 2003 ! - impossible de faire un pas sans me chantonner de plaisir, le très Giant Sand Love Ride : un True morceau tarabiscoté de cordes suaves et magnifiquement interprété d'envie une petite heure plus tôt, céans. Une petite pépite de vie qui prouve, une fois de plus, que, si l'homme Paulo Furtado peut s'enorgueillir de lier à la fois l'esprit du Rockabilly, du Garage, du Psyché, du Blues, du Punk, et de tant d'autres (genres musicaux) encore, il n'en reste pas moins porteur de sa propre marque déposée dans laquelle il vous serait de bon ton d'investir au plus vite, sous peine de devoir passer à côté de quelque chose de grand, original, et en tout point abouti. Rien moins.
Pour celles et ceux qui douteraient encore, un visionnage du DVD The Legendary Tiger Man & Guests : Coliseu, s'impose au plus vite : histoire que de mirer sur pièces à quel point notre homme s'y entend pour investir puis habiter une scène (d'autant plus qu'il y est, à cette unique occasion, accompagné de Lisa Kekaula, Claudia EFE, Rita Redshoes, Wraygunn, Mick Collins, Dead Combo, et consorts...). Un must du genre Rock masculin.

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