Accueil Chronique de concert Etienne Daho - Interview à  l'occasion de son concert à  Cannes
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Etienne Daho - Interview à  l'occasion de son concert à  Cannes

Cannes 17 Mai 2001

Interview réalisée le 08 février 2004 par Simon Pégurier

Juste quelqu'un de bien

Etienne Daho est un des rares artistes a faire l'unanimité entre public et critique, alliant variété des plus sucrée, tube carabiné FM à des textes et une image d'une noirceur et d'une épaisseur authentiques dignes de l'underground New Yorkais. Une fois qu'on a rencontré le personnage tout ce qui reste est alors sa force et sa gentillesse, sa disponibilité et surtout son humilié. Il est rare dans ce milieu de rencontrer quelqu'un d'aussi sincèrement gentil. "Juste quelqu'un de bien, le cœur à portée de mains ....".


Considères tu ton dernier album "Corps et armes" comme un hymne a l'amour ?

Oui à l'amour, à la passion, à la déraison, à rentrer dans le monde tout simplement, mais surtout à aimer a fond. Oui bien sur c'est un hymne à l'amour, à la jeunesse du cœur, à la passion qui quelques fois nous fait faire n'importe quoi.

Tu sembles avoir de plus en plus envie de te produire sur scène ?

Oui, mais je crois que cela vient avec l'experience, au début c'était plutôt pour un esprit de fête, je ne me rendais pas compte du succès que j'avais, que ça allait si vite. Je crois d'ailleurs que c'est très bien que je ne me sois pas rendu compte de ce qui se passait autour de moi, car cela ne m'a pas abîmé, je ne me sens pas usé par 20 ans de carrière, par tout ce parcours.

La set liste de tes concerts est elle difficile à définir ?

C'est toujours dur à faire car maintenant il y a beaucoup de chansons, car je chante depuis longtemps, donc il y a forcement des frustrations pour moi et peut être aussi pour les spectateurs, comme je ne veux pas faire le juke boxe de radio nostalgie je vais présenter mon dernier album, et puis il y a des chansons qui font plaisir ce sont des additions avec les gens mais moi aussi je suis contant de les chanter. C'est donc une espèce de mélange. Je me suis pris la tête j'ai fait 200 listes, et il n'y en avait aucune d'idéale. C'est très très difficile de choisir.

Tu es un des rares français à être reconnu en Angleterre comment expliques-tu cela ?

J'ai été élevé en Bretagne, j'ai donc forcement plus d'affinités pour l'Angleterre que pour Paris et puis très jeune je suis toujours allé en Angleterre. Je comprends donc leur fonctionnement. J'ai aussi travaillé avec Saint Etienne qui ont repris "Week-end a Rome" ça s'appelle "He's on the phone" on avait vraiment fait ça pour se faire plaisir et contre toutes attentes on s'est retrouvé deuxième des charts et single of the week du New Musical Exprsess. Donc je sais que j'ai un profil qui leur convient. Et puis la majeure partie des artistes que j'admire et que je respecte ont déjà entendu parler de moi, ça me fascine.

Je trouve chez toi un paradoxe tu as une très grande culture : sur le cinéma tu cites régulièrement Lynch et consorts, en musique tu reprends le Velvet ou encore Syd Barret, tu parles souvent de littérature comme d'Arthur Miller dans Paris le Flore et pourtant tu fais de la variété. Je te verrai davantage sur un rayon plus rock, es tu vraiment à l'aise, à ta place ?

Oui bien sur c'est ce que je sais et que j'aime faire. J'ai a peu près tout essayé comme un disque avec William Orbit en 86 Pop Satori, qu'on peut également considérer comme de la variété. Moi j'aime certains styles de variété. Gainsbourg, Barbara, Jeanne Moreau, Brigitte Fontaine, tout ça c'est de la variété, mais c'est aussi autre chose. Moi j'aime vraiment la chanson et je crois que c'est dans la tradition française d'écrire des chansons, après on peut épouser diverses formes rythmiques ou sonores. Certains de mes albums sont plus ou moins des OVNI, je pense notamment au précédent "Eden" en 96, que j'aimais beaucoup, mais qui a été assez mal accueilli, car il ne ressemblait à rien. La majeure partie de mes albums sortent des sentiers battus, mais à partir du moment où un album OVNI commence à marcher il devient forcement de la variété. La variété n'est pas forcement quelque chose de péjoratif pour moi. C'est péjoratif dans la mesure ou... Mais bon je vais pas parler des autres car je m'en fout, mais bon ça peu l'être.

Cultives tu ton image de "nouveau romantique" de "beaux ténébreux" pour être underground en dehors du système ?

Non je ne cultive rien de particulier. J'essaye simplement de faire exactement ce que j'ai envie de faire, ce que je ressent. Et si déjà j'arrive à ça, c'est bien. Après le reste c'est une projection que les autres ont sur moi.

Oui mais tout de même, ton visuel est très soigné, tes pochettes sont belles tes clips sont magnifiques.

J'aime les jolies choses. J'ai pu aussi travailler avec des gens supers avant qu'ils soient gros, encore bébé. J'ai par exemple bossé avec Jeunet le réalisateur de "Delicatessen" ou du "Fabuleux destin d'Amélie Poulain" sur le clip de "Tombé pour la France" en 85.

C'est toujours ton coté variété intello que l'on retrouve là, tu es quand même soutenu par la presse musicale à contenu comme Magic ! ou les Inrockuptibles qui font référence et qui sont intellectuels ?

Moi je ne suis pas un intello, je suis quelqu'un de totalement affectif, donc quand on est affectif on n'est pas intello, on n'organise pas. La seule chose à laquelle je me raccroche et que j'écoute c'est l'instinct, si mon instinct me dit que c'est bon, je fonce.

Toujours dans le même registre je suis surpris qu'il n'y ait pas un même groupe de musicien qui te suive depuis 20 ans ?

Se marier pour une tournée c'est déjà beaucoup. Ce n'est pas par lassitude c'est que je crois qu'il faut renouveler les gens avec qui on travaille. Par expérience il s'est avéré être une erreur de travailler longtemps avec les même personnes, parce que l'on ne se surprend plus, ou alors on se retrouve après s'être fâché, après des drames.

Le fait d'avoir retrouvé sur le dernier album "Corps et Armes" les Valentins, qui d'ailleurs se produisent avec toi est-ce une sorte de retour aux sources ?

Non non non non absolument pas, il ont été là sur mon parcours mais bien après que j'aie commencé. Un retour aux sources ce serait avec Jacno ou Marquis de Sade. Choisir des partenaires ce n'est pas simple, moi j'ai toujours travaillé avec des amis. Quand j'ai fait des tentatives avec des producteurs très chers ou très à la mode ça ne marche pas, ou alors il faut les trouver bébés quand il ne sont pas encore chers.

Tu dis fonctionner au plaisir c'est pour ça que tu es toujours chez Virgin depuis tes débuts ? Est-ce parce que tu y as une grande liberté, que tu t'y sens bien ?

Il y a eu un petit coup de feu l'an dernier parce que j'ai failli signer ailleurs. Mais c'est quand même une maison de disque a qui l'on peut dire non je ne ferai pas ça car artistiquement ça me gonfle. Ce sont des arguments qu'ils prennent en compte. C'est important pour moi. C'est aussi une maison de disque qui a une grande diffusion qui a accès au tous les médias, c'est important pour moi d'avoir la couv de Magic ! et de faire en même temps une 20H30. Moi je n'ai pas de problèmes avec ça, je suis la même personne, pour moi le coté très populaire et plus spécialisé c'est pareil, ça ne change rien, c'est bien de faire le grand écart sans la crampe.

Tu as tourné dans quelques films notamment un film d'Olivier Assayas "Désordre" et un autre de Virginie Thevenet "Jeux d'artifices", es tu attiré par le cinéma et quel style aimes tu ?

Jouer c'est un bien grand mot. On va plutôt dire que j'ai traversé le film en courant. C'était bien car c'était une expérience avec des gens qui parlaient à peu près le même langage que moi, c'était du cinéma d'auteur. Je trouvais qu'il y avait un propos. Ce sont presque des premières œuvres, il y a donc des maladresses, mais beaucoup de charme aussi. Si je dois un jour être acteur car on me propose pas mal de choses, il faudra que tout me convienne. Mais je n'ai pas très envie de faire du cinéma j'ai surtout envie de faire de la musique de monter sur scène, c'est ça mon vrai truc, le reste, c'est du superflu. Le cinéma que j'aime ? John Waters, Tim Burton, Hal Hartley, David Lynch ou encore Clouzot. Je me rends quelques fois au festival de Cannes mais uniquement pour voir des films et non pas pour l'ambiance. J'ai vu là-bas Twin Peaks de David Lynch, je suis un grand fan de la série, j'ai d'ailleurs vraiment hâte de voir son nouveau film présenté cette année, j'ai vu aussi à Cannes un film de Patrice Chereau.

On te sens serein

Oula c'est que je suis un bon comédien. Non ça va, j'ai une vie qui est bien, je ne vois pas de quoi je pourrais me plaindre, j'ai une passion qui est la musique, j'en vis. J'ai une vie passionnante je bouge.

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