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Interview de Fred du WAAW

Interview de Fred du WAAW en concert

WAAW, Marseille 29 avril 2016

Interview réalisée le 02 mai 2016 par odliz


Nous voici avec Fred au Who-How -que l'on pourrait pertinemment traduire par le ‘Qui-Comment'- soit le local annexe du WAAW situé juste en face, un local qu'il définit comme un espace pour découvrir un peu plus qui sont les opérateurs culturels et comment ils travaillent, un endroit où l'on peut davantage privilégier l'écoute que sur la partie bistrot à travers des évènements, des rencontres, et mettre en place des actions avec plus de fond comme avec le théâtre Joliette Minoterie , le Frac . On peut faire des showcase, de la projection, de la vraie discussion. Ce n'est pas qu'une annexe.

De l'épicerie au WAAW, du petit bureau associatif à la toile d'araignée culturelle, y-a-t-il eu des moments de doute ? Quels ont été les plus belles surprises et quels seraient les moments à retenir et à cristalliser ?
Pour rappel, le WAAW a été monté par le triptyque de chic et de choc Isa, Fred et Anouchka, cette dernière étant rapidement partie pour d'autres aventures. Le WAAW aujourd'hui, c'est Isa et Fred, secondés de main de maître par leur fidèle dream team Antoine, Adèle, Sandra, Fabio et Simon.

Des doutes, il n' y en a pas eu ; tout s'est fait spontanément : on est parti assez vite, presque sur un coup de tête. On a commencé à réfléchir au projet en mai 2009, on s'est revu en septembre-octobre 2009 pour en parler un peu et on a ouvert en juillet 2010 ; donc en moins d'un an, le WAAW était né.
Les moments à mettre sous une cloche de verre, les derniers en date -parce que j'ai la mémoire qui flanche, hein ( !)- ce qu'on a fait avec le FRAC , l'ouverture de leur festival, les premiers apéros avec Marsatac dès septembre 2010 avec les Under Kontrol et un concours de beatbox avec des bonbons dans la bouche. C'est une petite fierté de festivalier marseillais qui, il y a quelques années, grattait ses places... Pour le MUCEM , on a été prestataire pour des soirées slam ; ils nous aussi demandé de tenir un bar sur le fort St Jean. Tu sers des bières au Fort St Jean, face à la mer ; ça prend tout de suite une autre dimension.
On a l'avantage d'avoir un petit lieu, et quand on a de grosses envies, on sort de chez nous ; c'est pas régulier et souvent sur des one shots.


Qui sont les petites mains, les waamis précieux qui gravitent autour ?

Il y a des personnes un peu repère ; je pense à Kannan qui travaille avec nous depuis le début en extra et qui est toujours disponible ; Max qui a designé l'intérieur du lieu et qui est toujours là quand on a besoin d'un coup de main, ou Boris, le compagnon d'Isa ( qui gère le WAAW avec Fred ), qui est expert comptable et nous fait toute la gestion depuis six ans. C'est vraiment un cadre, pour nous aider à nous développer correctement. Après, en partenaires culturels, il y a des gens qui sont là depuis le début, Le Merlan , notre partenaire historique, et Marsatac , des gens simples et sains qui se battent pour leurs projets. Depuis six ans, on a une présence sur site avec un bar. Je pense aussi à Fotokino , Laterna Magica , des partenaires privilégiés depuis le début de WAAW .
On est plutôt content de ce projet un peu hybride, un peu singulier à Marseille, d'être à la fois en entreprise et d'avoir un pied dans le culturel et dans le bien public, mais il y a plein de gens qui pensent qu'on est une asso et qu'on est blindé de subventions, et d'autres qui pensent qu'on est qu'une entreprise et qui ne se rendent pas compte de la dimension culturelle et qui se disent aussi qu'on est blindé de thune alors que notre économie est très fragile : la partie bar resto finance la partie culturelle, le site internet, l'animation des réseaux sociaux, les événements.

Avec quel autre lieu/ website le WAAW pourrait avoir des acquaintances en terme d'éclectisme et de diversité de l'offre ?

On n'est pas vraiment en lien ni sur la même ligne que des gens comme Tulavu , même si on les connaît un peu et qu'on aime bien leur travail, ou bien Oogie , qui est moins conceptstore qu'à une époque. En web, il y a La Nuit qui fait un super boulot, Ventilo aussi avec leur partie web, mais qui sont aussi fragiles économiquement. Quand on a ouvert en 2010, il n'y avait quasiment rien, là l'offre s'est considérablement développée.
On peut être complémentaire sur l'offre que l'on fait ; on a pris le parti d'être très éclectiques et de ne privilégier aucune discipline en particulier. Ce qui nous importe, c'est le rapport au public ; on est aussi un outil de médiation et c'est ce qui, je pense, nous différencie : les gens se sentent au WAAW un peu comme chez eux.
En étant un peu potache, un peu généreux, un peu simple, on désacralise les rapports et on arrive à s'adapter à l'interlocuteur, que ce soit La Criée ou l' Embobineuse , et c'est plutôt cool.


Quelles valeurs sont importantes pour vous dans une relation professionnelle ?

Je pense que c'est vraiment du feeling, de la générosité et la conscience du public. Il y a des lieux avec de belles programmations artistiques mais qui sont hermétiques et qui ramènent un public de cultureux ; tout ce qui est trop contemporain sans se soucier du public, ça ne nous intéresse pas trop. Ce qui nous motive, c'est d'aller transmettre une info à notre public et de la décoder.
Les gens qui travaillent avec nous au bar, ce ne sont pas des pros ; on les a recruté avant tout pour leurs qualités humaines. Après, on est exigeants, il faut aussi avoir des compétences. Avec cinq-six salariés et deux associés, il faut que ça tourne.

Comment vous répartissez-vous les tâches avec Isa, niveau logistique, administratif, évènementiel ? Y'a t-il des brainstorming réguliers ou les idées se proposent de façon spontanée ?

Je pense qu'il faut être opportuniste, dans le bon sens du terme, c'est à dire, instinctif et intelligent. Moi, je m'occupe de la partie restauration ( Fred a participé à l'ouverture des grandes tables de la Friche sur la gestion de la salle, l'accueil clientèle et le service ) - j'ai toujours aimé la cuisine - et de la partie événement, in situ. Isa va être plus sur la partie web, secrétariat général ; elle bosse aussi sur le rédactionnel du site et la com.
On ne travaille pas assez ensemble, il y trop d'urgences à gérer. Dernièrement, on a même fait une petite formation management, c'était un peu bizarre avec tous ces acronymes américains mais ça nous a aidé. On se croise, on s'échange des infos. Le google agenda, c'est un repère, notre garde-fou. Autant Isa et que moi, le fait de venir de l'associatif, ça nous a fait refuser en bloc la ‘réunionite'. En tant qu'entreprise, on n'a des comptes à rendre à personne, notre seul phare, notre seul signal, c'est d'être heureux et épanouis.
On a tous notre champs de manœuvre et on sait ce qu'on doit faire.
Avec Isa, on a la chance d'être sur la planète. On peut ne pas être d'accord, mais à froid, on en rediscute et on prend une décision. Au début, personne n'avait envie d'avoir le Chat sur la façade, on en a parlé pendant quelques temps, et puis j'ai réussi à les convaincre. On est moins gourmands qu'à une époque, on ne dit pas oui à tout. Globalement, on a une vraie belle qualité d'écoute, même si on fait un peu les choses dans l'urgence, parce que de toutes façons dans notre métier, il faut être réactif.


Qu'est-ce qui pourrait venir après le Chat peint sur la façade ? Ça serait une opportunité, une proposition ou un coup de cœur ?

Ce sera la lassitude qui fera qu'on changera la façade. Normalement, on la change tous les ans ; celle-là, on va la garder deux ans. On verra, peut être que la partie haute avec la peinture de Marseille restera ; peut-être que Banski prendra la suite (rires) ou alors ce sera un trashage collectifs de grapheurs marseillais. On va au moins garder notre façade telle quelle jusqu'à l'été 2017, après on avisera et ça se décidera un peu spontanément.

Aujourd'hui, quelle est l'ambition du WAAW ? Ouvrir un second lieu ? Créer de nouveaux partenariats ou explorer de nouvelles idées ?

Ce n'est pas du tout notre objectif d'ouvrir un second lieu ; on n'est pas motivé par la thune. Si on devait s'installer ailleurs, c'est qu'il y aurait une vraie dimension culturelle et qu'on pourrait étendre nos interactions avec le public et nos interlocuteurs dans un endroit plus symbolique, comme l' Espace Culture par exemple. On garde l'idée dans un coin de notre tête...
Quand on aura le temps, on aimerait faire de la production, poser un concept de soirée. On a suffisamment de réseau et de légitimité pour pouvoir monter un événement dans un lieu atypique. Retourner au Palais Carli ou créer un lieu éphémère. Encore une fois sur le principe du one-shot, c'est ce qui nous plait.
Quand on a ouvert, on a jamais fait le buzz, on a jamais essayé d'être à la mode ; je suis super fier quand je rencontre des gens dans le milieu de la culture et qui ne connaissent pas le WAAW . Je ne veux pas qu'on soit un effet de mode. On arrive encore à être une aspérité, à se renouveler et à surprendre.

Depuis toutes ces années que tu es basé sur le Cours Ju, trouves-tu que Marseille et le quartier ont changé, au niveau de la population, l'ambiance, le décor ?

Pas tant que ça. Marseille a changé mais une ville, ça change. Tu peux dire que la ville est peut-être moins alternative qu'il y a cinq ans, mais peut-être qu'elle le sera beaucoup plus dans dix ans ; tout évolue. J'aime ce côté populaire, libertaire ; ça le restera malgré tout, j'imagine. Les gens n'ont pas tous le même regard sur la ville ; moi je trouve que ça se cadre un peu. Marseille s'est ouvert sur le monde, la France, la Méditerranée ; il y a plus de bars bobos, arty qu'avant, ce qui est un peu logique, Marseille étant quand même la seconde ville de France. On n'est pas obligé d'accepter ça, mais chacun fait ce qu'il peut ou ce qu'il veut à son niveau ; je suis un acteur local du quartier mais je suis plus activiste que militant.
Le Marché de la Plaine, avec moins de contrefaçons, un peu plus clean, et avec un emplacement pour Emmaüs , des stands de créateurs et un parc pour les mômes un peu plus grand, ce serait pas plus mal. On est là pour cohabiter. Tu remarques que toutes les villes européennes se sont embourgeoisées. À Marseille, on arrive encore à vivre ensemble ; il y aura peut être de nouveaux flux migratoires, peut-être que ça va encore se remélanger ; on n'en sait rien. On n'est pas devin mais en tout cas, j'en ai marre des gens qui râlent !
Soyons un peu optimistes ! Surtout dans la société dans laquelle on est, et drainer des gens avec nous. Il faut donner son avis, créer de la richesse pour la partager.
Si je bosse que pour l'agent, je vais moins m'amuser. Si je m'emmerde, je vais m'éteindre, et mon équipe va s'éteindre avec moi, moins bien travailler, et tout va se casser la gueule.
"Gagner moins pour travailler mieux.", voilà !


Tu te vois comment dans 30 ans ? politicien pots-de-vin pour copains, vendeur de churros à l'Estaque ou reporter Nicolas Hulot de l'extrême ?

Dans 30 ans, je me verrais bien soit dans une paillotte je-sais-pas-où au soleil, genre au Maroc ou dans les îles avec des surfers qui viennent fumer des pétards et moi qui prépare des cocktails avec une équipe de potes. Ou politicien pas trop mafieux qui fait des cadeaux à ses potes.
Quoi qu'il en soit, je me vois dans un projet collectif, généreux et participatif. Une baraque dans le 04 avec des artistes, des résidences. Mais est-ce qu'on sera encore là ?..

J'aime pas trop les portraits chinois, mais là ça s'y prête ! Alors si le WAAW était un alcool, un cocktail, il serait quoi ?

Le Spritz ! ça fait très branché, mais du temps de l'Épicerie ( ancien projet de Fred, association de culture populaire basée dans les locaux du WAAW qui était alors un espace de co-working ), quand on l'a ouvert en 2001, on faisait ça avec Sophie, mon ancienne associée, à l'occasion de vernissages. Avec le WAAW , on a continué.
Ou alors, le Jägermeister, c'est pas un cocktail, mais c'est pour la connexion avec l'Allemagne.

Si le WAAW était un people, un local et un pas local, il serait qui ?

Philippe Katerine , que je rêverais de faire venir. C'est quelqu'un qui a une vraie trajectoire artistique et en même temps il ne se prend pas la tête. J'aime sa fantaisie, sa générosité.
En local, le chien-saucisse. Mais il est mort. Du coup, le patron du bar du Mistral dans Plus Belle La Vie... En vrai, Christian Mellon de Borderline qui a eu le mérite de créer à Marseille les premiers apéros sur les bateaux il y a 6-7 ans. Ou Philippe Foulquier qui a monté la Friche il y a 25 ans. C'est un grand monsieur.
Sinon, Florence Arthaud ou Camille Lacourt (rires).

Si le WAAW était une bande-son, ce serait quoi ?

Je vais encore citer Katerine , évidemment ! Super, génial, trop top, inouïe, trop beau, groovie, trop frais, cheesie, classieux, stylé, ok, funkie, trop drôle, samedi, trop cool, extra, sympa, puissant, dément, piscine, villa, champagne, taxi, hi-fi, dolby, bottox, glamour, sexy, crazy ... t'es trop VIP ! (VIP!). t'es trop VIP ! (VIP!)


...S'en est suivi un blind-test 100% local, remporté haut la main par Isa, l'associée-acolyte de Fred, qui nous a rejoint, ainsi qu'une session Pyramide dans le but sournois de tester leurs compétences managériales de dream team. La session Pyramide s'étant révélée plus complexe que prévue, nous ne reporterons pas ici les résultats du jeu. Maintenant, n'oublions pas que l'important est de participer et que 100% des gagnants ont tenté leur chance. Je ne m'en fais pas pour eux.
Longue et belle vie au WAAW *.


* en français dans le texte
sous-titre officiel = Wagon Atypique d'un Artistique Wikipédia
(la version film indé = Wacances Alcooliques de Warner
la version lover = Wilfried aime amoureusement Wanda
prochainement au menu = Wok aux Aubergines et Asperges Wasabi)