Il est passé par Miles Davis, l'élecro, le hip-hop... Pianiste surdoué, légende vivante du jazz (mais pas que) Herbie Hancock a traversé styles et époques, faisant son miel de toutes les nouveautés sans abdiquer son propre style.
Herbie Hancock, Zaza Fournier, Omara Portuondo, Nneka (Fiesta des Suds 2008) - 18 octobre 2008 - Dock des Suds, Marseille
Fiesta des Suds 2008, donc, désormais aux pieds de l'énorme et arrogant phallus bétonno-capitalistique qu'est la tour CMA/CGM ... Ayant une simple invitation, j'ai tout fait pour être à l'heure et j'ai presque réussi : 20 h 10 ! Surprise à l'entrée : les entrées "invitations" étant bondées d'un moulon d'au moins 500 personnes, les videurs .../... La suite
Fiesta des Suds 2008, donc, désormais aux pieds de l'énorme et arrogant phallus bétonno-capitalistique qu'est la tour CMA/CGM ... Ayant une simple invitation, j'ai tout fait pour être à l'heure et j'ai presque réussi : 20 h 10 ! Surprise à l'entrée : les entrées "invitations" étant bondées d'un moulon d'au moins 500 personnes, les videurs by-passent les nouveaux arrivants, autrement dit : avec mon invitation je double d'autres gens avec des invites qui sont peut-être là depuis plus d'une heure, voire qu'on ne laissera pas entrer du tout ! Oh comme je n'aimerais pas qu'on me fasse ça ...
Bref. Herbie Hancock est à pied d'oeuvre sous la Passerelle et la scène a encore grandi depuis l'an passé, mais avec des écrans géants - enfin ! Je comprendrai pourquoi plus tard : la scène moyenne (dite Hangar à Sucre) a disparu, au profit d'un resto où des social-traitres dégarnis du Modem viennent s'emmerder gentiment... Du coup on perd l'effet "dilution" des masses, c'est clairement : tout le monde au gros concert n°1, tout le monde à la buvette, tout le monde au gros concert n°2, etc, etc. Cela entraîne des queues monstrueuses, à moins de faire de savants calculs pour fonctionner à contre-temps...
Par ailleurs la Fiesta a voulu, non pas copier mais adapter des idées qui marchent ailleurs : vendre des tickets pour éviter la queue au bar - mais ô consternation, ils ont inventé 2 tarifs de ticket et affiché toute la carte, donc le temps mis pour acheter est deux fois plus long "Chérie, tu boiras quoi après ton deuxième mojito, une bière ou du vin blanc ?". Autre idée : le gobelet consigné, mais seulement proposé (donc personne ne le prend sauf les écolos irrécupérables comme moi) - rappelons qu'aux Eurockéennes (au bas mot, 3 fois la jauge de la Fiesta), ça a marché sans problème à 100 %... Autrement dit et pour résumer (invitations/tickets/gobelets/scènes....) : c'est presque rassurant de constater à quel point les organisateurs de cette Fête sont toujours aussi ... euh, bref, au moins on est jamais déçus quoi ! On peut donc parler musique à présent !
Herbie Hancock était venu il y a quelques années enflammer le palais Longchamp avec St Germain, et j'avais adoré. Ce soir c'est plus classique (et j'ai moins les codes pour accrocher) : jazz virtuose sans être trop démonstratif, longs dialogues entre lui et ses musiciens (noté une trompette et un harmonica très doués), à mon goût trop de synthé et pas assez de piano pur - le piano me fait toujours vibrer, le synthé jamais, fut-il porté en bandoulière et imitant d'autres instruments... Pour plus de détails sur ce concert où je repasserai à plusieurs reprises mais sans passion, se reporter à la chronique de Stéphane Sarpaux, nettement plus calé en la matière... et puisqu'il a déjà nommé les tubes du bonhomme que je n'ai fait que reconnaître vaguement. En tout cas pour avoir vu la fin et les rappels : il fait un triomphe et ouvre une large population à un jazz relativement accessible - plutôt bien vu donc !
De mon côté, je visite en détail les installations : par définition pendant le gros concert, on circule tranquillement et c'est toujours aussi chouette : bars, expos artistiques, photos de trous du c... pouf pouf, de toréadors signées Eric Cantona, petite arène (mais pour raseteurs, rien à voir !) etc. Les stands de gauchos sont bien représentés, on peut même faire un court séjour dans un conteneur de l'Abbé Pierre qui, en quelques chiffres saisissants et quelques bruitages bien sentis, fait ressentir toute la problématique et la détresse du mal-logement... Organisation bidon mais scénographie soignée donc, soyons justes ! Par ailleurs les pompiers sont partout et efficaces, pour ramasser les gens qui ont trop bu - c'est toujours surprenant de voir à quel point il y en a beaucoup ici, peut-être parce qu'un partie du public de la Fiesta ne sort pas beaucoup le reste de l'année, et se lâche donc un peu trop dans les nombreuses et attirantes buvettes...
La fofolle Zaza Fournier aperçue jouant du Elvis au resto avec son accordéon, arrivera un peu plus tard à créer une belle ambiance dans la salle dite Cabaret (au fait : rendez-nous le Cabaret Rouge !) : avec sa voix gouailleuse et ses collants roses, à mi-chemin entre le titi parisien et Anaïs, la minette joue crânement sa chance avec ses chansons aux textes frais à découvrir, à défaut d'être transcendants : rigolo, enlevé et simple - ça le fait, d'autant plus que l'accordéon rend généralement les gens beaux.
Joli succès aussi pour un slow sous une boule à facettes, où les couples ondulent en rythme. Puis un single-tube annoncé (par elle) : La vie à Deux, tango pétaradant après lequel elle va nous faire cadeau d'un mini rappel ("je vous aurais bien fait attendre un peu plus, mais j'ai pas le temps !"). Bien sympa cette blonde à franges, gageons qu'on en reparlera très bientôt !
On regagne la passerelle pour voir la vaillante Omara Portuondo, 78 ans et toutes ses dents, mamie cubaine rescapée du mythique Buena Vista Social Club, qui ose quelques pas de danse en soulevant sa robe de façon un peu salace, sur des rythmiques bossa endiablées. Je ne connais pas ses albums, il me semble que c'est de la chanson cubaine assez standard. Et la voix, quoique relativement claire, chevrotte quand même dangereusement - heureusement le groupe est très bon, ce qu'on constatera d'autant mieux quand elle va quitter la scène un bon moment et les laisser s'ébrouer - à n'en pas douter, le meilleur moment du concert. Encore 1 h 30 avant la belle Nneka, on se dit qu'on aura au moins vu un membre vivant du BVSC avant qu'il casse son dernier Havane comme les glorieux Ferrer, Gonzalez et Secundo...
Une partie de ce temps sera comblée en faisant la queue à divers stands, en écoutant quelques instants la fidèle au poste Banda du Dock (Bella Ciao version funk, sympa) et à blaguer avec des collègues variés rencontrés sur le site. Je n'écoute que quelques instants Tumi & the Volume - ça a l'air très bien, furieusement groovy, mais il est rigoureusement impossible de voir quoi que ce soit puisque le minuscule cabaret est totalement blindé et qui plus est, au sommet de marches - mes 187 cm ne me suffiront pas - c'est encore du bar qu'on voit le mieux !
Une fois que la vaillante ancêtre a fini son set, une bonne partie des gens est partie : c'est tranquillement qu'on s'installe tout devant pour voir notre championne de ce soir, la nigérianne Nneka dont le deuxième et formidable album tourne en boucle sur notre iPod depuis sa sortie. On reconnaît du beau linge dans les roadies : le Dépanneur et Rock'n'Rud s'affairent (surtout le Dépanneur...) pour installer, à mon soulagement, un vrai groupe - j'avais très peur d'avoir un simple sound system.
Avec 10 bonnes minutes de retard, la belle arrive sur scène, boubou sur jean, cheveux en pétard, tout à fait charmante, et dégaine son Gypsy - il ne lui faut pas plus de 10 secondes pour enflammer les survivants - laid-back, groovy, le flow est puissant sans pour autant être frimeur, ça déboite. Le morceau est remixé, comme beaucoup dans le concert, qui aura juste une tonalité un peu trop reggae (et pas assez trip hop) à mon goût - contrairement à l'album... The unconfortable Truth, son premier EP que je découvre, très politique. Tel une Tiken Jah femelle, la petite s'est attaquée, excusez du peu, à ExxonMobil et aux autres compagnies qui ruinent son pays... et elle l'a quitté depuis, volontairement ou non.
Sur l'afro-beat, elle s'amuse et le public la suit, mais sur les rythmes soul, le charme agit encore davantage - par moments on croirait une véritable Janis Joplin black... Plus tard, elle prend la guitare pour une chanson calme qui ne tarde pas à s'enflammer. Ensuite elle s'absente un moment (une petite miction peut-être ?) pour laisser la place à un reggae de son clavier, puis encore à un slam d'un guest libérien appelé Genda - dans ces cas on est partagé, c'est sympa de laisser la place à d'autres mais ça écourte le concert de l'artiste... Cela dit ces messieurs assurent le job dans leurs styles, c'est très supportable.
Nneka revient accompagner le slammeur, et fait un petit discours avant la bombe à fragmentation Suffri, ce soir en version dancehall (pas mal du tout mais pas tout à fait aussi explosive que sur disque). Plus fidèle sera sa version de Heartbeat, manifestement son tube et en effet le climax du concert malgré quelques dérapages reggae... Suit une chanson pas reconnue où elle fait merveille - sa voix est encore plus prenante quand elle crie, on vibre... 1 h 15 et le concert est déjà fini, puis en rappel, une version là-encore modifiée de la mortelle Focus : guitare en arrière mais orgue en avant, la tonalité en est complètement changée. Surprenant vraiment, à croire qu'elle a complètement changé de groupes et d'arrangements depuis l'album ? Quoi qu'il en soit on est pas frustré de la prestation, grâce à sa présence rayonnante et ces réorchestrations étonnantes - ça valait certainement le coup d'attendre.
Au final, en exceptant les queues déraisonnables, on a globalement passé un bon moment dans cette grosse soirée au Docks des Suds, auxquels nous sommes de toutes façons condamnés à revenir, le doigt sur la couture du pantalon : le Commandeur s'y produit dans exactement 10 jours...
Photos à venir de Pirlouiiiit (hélas parti pour Nneka je crois - à vot'bon coeur !)
Plus de photos du debut de la soiree par Pirlouiiiit en cliquant ici
Herbie Hancock (Fiesta des Suds) - 18 octobre 2008 - Docks des Suds - Marseille
Contrairement à la soirée d'ouverture qui a été marquée par une fréquentation en net repli, la seconde soirée de la Fiesta des Suds affichait samedi soir complet. Et pour cause, elle accueillait ce soir-là Herbie Hancock. A 20h pétantes, la foule se presse sous la passerelle autoroutière pour applaudir comme il se doit l'une des dernières .../... La suite
Contrairement à la soirée d'ouverture qui a été marquée par une fréquentation en net repli, la seconde soirée de la Fiesta des Suds affichait samedi soir complet. Et pour cause, elle accueillait ce soir-là Herbie Hancock. A 20h pétantes, la foule se presse sous la passerelle autoroutière pour applaudir comme il se doit l'une des dernières légendes du jazz.
Herbie Hancock arrive tranquillement sur scène avec ses 5 musiciens. Il sourit, prend le micro et parle dans un français quasiment sans accent. "Bonjour Marseille, c'est beau ce public, c'est comme la mer". Puis il présente ses musiciens. Terence Blanchard à la trompette, le géant Lionel Loueke à la guitare, Kendrick Scott à la batterie, James Genus, l'un des plus grands métronomes de la scène jazz new yorkaise à la basse et le plus jeune de tous, Grégoire Maret à l'harmonica.
Herbie Hancock, s'installe devant son clavier et son piano et c'est parti pour 1H45 de bonheur. Car, contrairement à Vienne ou à la Roque d'Anthéron cet été où son récital était centré sur son dernier album : The river : The joni Letters, le concert de la Fiesta qui prend place dans une tournée européenne s'apparente plutôt à un Best of.
Et il va nous faire comprendre comment, en 40 ans de carrière, il a influencé aussi bien le jazz, le rock, le funk, le disco et le hip hop.
Le premier morceau, Chaméléon, de l'album Head Hunters (1973), place d'emblée la barre haut car on reconnaît immédiatement le thème jazzy et la dynamique rock. Le public ne s'y trompe pas, il applaudit à tout rompre. S'en suivra ensuite une séquence de 4 morceaux plus anciens et plus calmes qui donneront la part belle au trompettiste. Sous la passerelle où 7 000 personnes se collent, ça décolle.
Au bout de 40 minutes de concert, Herbie Hancock regarde une première fois sa montre. Une drôle d'attitude qui fait craindre le pire. Mais l'homme, qui s'est converti au Bouddhisme au début des années 70 (peut être avoir passé un peu trop de temps avec Miles Davis...), ne lâche pas le sourire qui est scotché à ses lèvres depuis le début du concert.
Nous non plus car le morceau suivant, inspiré par une rythmique africaine, nous réveille tout à fait. Nous sommes là en plein dans ce qui a fait la force de Herbie Hancock, le passage d'un style à un autre sans perdre un once de force et de justesse. Et comme tous les jazzmans, Herbie Hancock sait également s'entourer. A 70 ans, il a bien quelques compagnons de route de longue date comme James Genus, mais l'homme sait également se remettre en cause en invitant des musiciens plus jeunes.C'est le cas de Grégoire Maret à l'harmonica. Son solo et sa drôle de façon de jouer, en cadençant son souffle avec une sorte de génuflexion éclipsera tous les autres musiciens. Le public lui fera une véritable ovation.
Le morceau s'étirera sur plus de 15 minutes et le suivant n'en sera pas loin. Le batteur, qui avait été privé de solo, se lancera à son tour dans cet exercice de style et introduira avec toute son énergie rock le fameux Watermelon man, le morceau qui a fait connaître Herbie Hancock sur l'album Takin' Off. Là encore, les solos de chaque musicien se succéderont jusqu'au dernier, celui d'Hancock.
1h15 après ce concert vraiment exceptionnel, le groupe quitte la scène mais le public, chauffé à blanc, réclame bruyamment leur retour. Il ne sera pas déçu en voyant revenir Herbie Hancock qui a tombé la veste pour porter son clavier blanc portable qui a contribué à faire de lui une icône funk dans les années 70.
Après un départ funky, il partira ensuite en bœuf avec chacun de ses musiciens, changeant à chaque fois de sonorités sur son clavier. Finalement, bien que cela ait rallongé d'une bonne demi-heure le concert, ce n'était pas forcément le meilleur moment du concert, le son du clavier étant vraiment marqué années 70 avec ses sons métalliques. Cela a quand même permis d'apprécier la technique de chaque musicien, mais ils nous avaient déjà démontrés durant l'heure précédente leur classe.
Néanmoins, ce concert demeure un moment exceptionnel en compagnie d'une des légendes du jazz. Voilà pourquoi il m'a semblé superflu d'aller jeter une oreilles aux artistes qui avaient eu la lourde tâche de lui succéder par la suite.
NdPh : Ca ne fait rien, puisque moi j'y suis allé !
Plus de photos par Pirlouiiiit (qui trop loin n'est pas du tout rentré dedans) en cliquant ici
>> Réponse (le 23/10/2008 par Sami) Nul besoin d'en rajouter une chronique après un compte-rendu aussi détaillé.
Si ce n'est que le talent d'Herbie et ses musiciens pour rendre aussi accessible une musique aussi .../...La suite