Voilà déjà environ 8 ans que Muse occupe le terrain médiatique d'un rock "crossover" futé : assez consensuel pour passer en radio, et assez bien tourné pour que des amateurs de rock puissent l'apprécier quand même. C'est donc le groupe générationnel par excellence, pour un public .../...

Voilà déjà environ 8 ans que
Muse occupe le terrain médiatique d'un rock "crossover" futé : assez consensuel pour passer en radio, et assez bien tourné pour que des amateurs de rock puissent l'apprécier quand même. C'est donc le groupe générationnel par excellence, pour un public né au début des années 80 : en n'ayant pas une énorme expérience de concerts, il est possible d'adorer les prestations scéniques du groupe, comme en attestent de nombreux retours enthousiastes sur ce site ! En étant un peu plus blasé (car né dans la décennie précédente), et même en ayant mordu à l'hameçon du premier et bluffant
Showbiz, on les avait cependant trouvées, dès la première tournée en 2000 - et ça n'a fait qu'empirer depuis,
prétentieuses voire un peu grotesque. On y voit vraiment trop les grosses ficelles "emo" d'entertainers calibrant leurs chansons pour des stades - guitares vaguement méchantes, airs de synthé mélodieux, voix de crooner faussement torturé, lightshow d'enfer, baffles démesurées style
"our music is bigger than us"...
Il est vrai qu'en calquant très précisément une voix à la
Jeff Buckley sur des airs à la
Radiohead (époque OK computer), le malin trio de
Matthew Bellamy a trouvé le filon inépuisable. A force de refaire le même album, on a même fini - par amnésie collective sans doute - par parler de "style Muse" pour ces copié-collés honnêtes mais en aucun cas originaux ! Alors quand on entendu à la télé
"Muse sert désormais de modèle à des groupes comme Radiohead" (oui oui, ce groupe divin et pionnier, aux prestations scéniques totalement
bouleversantes et dont on n'échangerait pourtant pas le moindre
album contre l'oeuvre complète des productions industrielles de
Muse...), on s'est dit que leur attachée de presse était décidément trop douée, qu'il fallait réagir avec nos petits moyens et hurler :
Noooooooo !
Car ce dernier et 4ème album,
Black Holes & Revelations, est en tout points identique aux précédents : des chansons pêchues et mélodieuses, très faciles à s'approprier... et qui lassent dès la troisième écoute. La structure de l'album est immuable : maligne montée en tension chromatique sur
Take a Bow, puis
Starlight comme single évident car scientifiquement écrit pour plaire (on les soupçonne d'utiliser le fameux logiciel d'Universal...). Un peu de groove Prince-style sur
Supermassive Black Hole, histoire de pouvoir dire que ce n'est pas exactement le même album qu'
Absolution. Puis deux-trois singles putassiers à souhait (
Map of the Problematique), des slows pour les filles (
Soldier's poem) et un ou deux titres faussement méchants pout les garçons (
Knights of Cydonia), des expériences orchestrales assez anecdotiques voire urticantes vers la fin (
City of Delusion), et voilà un album facilement torché, quelques millions de sonneries de téléphone et autres T-shirts de vendus en plus ! Quand même pas de quoi sauter au plafond...
A l'instar d'un Tom Cruise au cinéma, les
Muse sont des gendres idéaux, qui ne prennent jamais aucun risque, font exactement ce que leur producteur attend d'eux, et jouent donc leur carrière sur du velours. Tandis que leurs modèles pré-cités appartiennent à jamais à l'Histoire du rock,
Muse risque cependant de sombrer bien vite dans un oubli bien mérité, déjà poussé vers la sortie par la prochaine fournée de
petits malins qui visent déjà, eux, la génération née dans les années 90 !
(2007)