Cette année, les Eurockéennes de Belfort ont vingt ans et j'ai eu la chance invraisemblable de pouvoir assister à quinze d'entre elles d'affilée (je peux le prouver !!), les quinze dernières donc. Autant dire que le festival fait partie de mon patrimoine génétique du live, dont il en est même la colonne vertébrale. Pour le prestigieux anniversaire, sans s'emballer comme aurait fait n'importe qui en invitant une locomotive ruineuse et consensuelle (au pif, les Rolling Stones), les programmateurs ont gardé la tête froide qui les a toujours caractérisés, en privilégiant des têtes d'affiches pointues, des découvertes, des nouveaux projets et des collaborations.
Et tout de même pour attirer le chaland, on n'a pas oublié de convoquer quelques stars radiophoniques nationales et internationales que, autant vous avertir tout de suite, nous ne sommes de loin pas toutes allé (re)voir... Pour l'excellent mais vieillissant Ben Harper, la vibrionnante Camille, les insupportables piège-bobo de The Dø, les frimeurs de N*E*R*D, le gentil et plaisant Cali, le lourdaud Sinik et le vendeur de sonneries Moby, se référer à votre marchand de journaux habituels, donc, ou mieux : les chroniquer vous-même !
Niveau décoration du site, pas d'affolement des organisateurs non plus : pour tout dire, certes plus fonctionnel (plage agrandie par exemple, ou loggia ouverte avec un accès en plus...), il nous a semblé un peu moins beau que l'année dernière, du moins en débarquant de jour... abîmé par un peu trop de stands de pub à la con (c'est quoi ces saloperies de téléphones S-----g à la place de notre buvette habituelle de la Plage ?) Enfin ! Pas de quoi gâcher le plaisir annuel et sincère d'y entrer d'un pied encore ferme, armés comme tout un chacun d'un K-Way, de godasses garanties mud-proof et de breuvages artisanaux dans des bouteilles en plastique, vendredi par un chaud soleil dans la magnifique Presqu'Ile du Malsaucy.
A propos de plastique, les Eurockéennes ont eu le courage de tenter en très grand ce qui avait réussi en petit à Argelès l'an passé : basculer radicalement dans le gobelet consigné et perdre d'un seul coup, excusez du peu, 80 % de leurs déchets ! Avec l'association EcoCup, et la mise en place d'un système, sans doute complexe pour eux mais on-ne-peut-plus simple pour nous : tout ce qu'on a à faire, c'est garder son gobelet, et on vous le remplace sur demande ! Même si ça sème un peu le trouble dans les esprits parfois déjà embrumés des arrivants (créant des files inimaginables le premier jour...) "Mais euuuh m'dameuuh alors, j'ai le droit de le garder à la fin ou pas ?" Puisqu'on te le dit, et que c'est marqué, couillon !
Quant à la possibilité de se le faire rembourser, il faudrait vraiment être mesquin pour ne pas vouloir emporter un si chouette souvenir - parce qu'en plus d'être costauds, ils sont beaux ! Et puis, calcul pas bête : avec au moins 50 % des gens qui les gardent et les ont payé 1 euro, l'opération se finance toute seule, voire génère des recettes. Ecologique et rentable, c'est pas beau ça ? Bref les Eurocks l'ont fait, chapeau, c'est donc que c'est possible partout, CQFD - Madame, Monsieur, pour vos prochains festivals, exigez la qualité recyclée ! Fin du couplet écolo, désolé, parlons un peu musique maintenant voulez-vous !
Comme le veut la tradition, on rate en arrivant la plus grande partie de la première qu'on voulait voir : la vibrionnante Keny Arkana, encore peu connue au nord de l'Estaque mais qui retourne les foules à Marseille avec son rap engagé (pas qu'avec des mots d'ailleurs, elle se bouge vraiment) et surtout, sa pensée cultivée et cons-truc-ti-ve. On reconnait son fameux Nettoyage au Kärcher, un véritable baume contre le carlabrunisme, en faisant la queue à l'entrée, ainsi que son style de harangue si particulier. Le temps de perdre nos amis (une sombre histoire de file spéciale pour les pass presse...héhé, merci Amélie !) et d'attraper un sandwich, et on réalise qu'on peut encore en voir la fin !
Cela étant, la minuscule Pasionaria a l'air de très bien s'en sortir sans notre appui sur la grande scène, si on en croit la joie d'un public encore assez peu dense et la façon dont elle semble (comme toujours) le tenir dans sa main, ou encore le sourire radieux qu'elle affiche. Peur de la Liberté où je réalise que certains spectateurs connaissent quand même ses textes par coeur, et la très jolie 5ème Soleil viennent conclure un set apparemment fort en émotions : on a bien cru qu'elle allait pleurer de joie à l'ovation finale, la gamine Keny... occasionnant même une légère chair de poule, bien excusable de la part d'un marseillais en goguette non ?
Pour le pauvre Arno par contre, rien ne s'est passé comme prévu : dès le départ il annonce qu'il a perdu son guitariste - faut le faire (Mais putain de merde, c'est quand même pas un porte-clef ! comme disait l'autre dans Snatch !). A cette heure précoce de l'après-midi, il a pourtant l'air très en verve et remarquablement ... sobre : son jeu d'harmonica et sa voix sont meilleurs que la dernière fois qu'on l'a vu, il y a deux mois - on était d'ailleurs pas fou de joie de le revoir si vite, mais on dirait que ça va le faire, finalement !
Il fait toujours ses simagrées, déhanchements et langue pendante, au cours de nouvelles chansons (pas toutes géniales d'ailleurs), enfin il assure le steak quoi, et puis ses musiciens sont bons, jusqu'à ce que deux coupures successives de courant sous le chapiteau (dont une de dix minutes, quand même) viennent mettre un terme précoce à sa prestation - il quitte la scène avec l'air assez fumasse, ça se conçoit. Quand ça veut pas ... De notre côté on s'inquiète un peu, avec tout ce qu'on veut voir sur cette scène, mais la panne ne se reproduira plus du week-end !
Moi en tout cas je retrouve mes amis ainsi que l'excellent Vince Venckman (batteur d'un formidable groupe de rock marseillais bien trop méconnu, les Nitwits) - je ne cesserai de tomber sur des marseillais pendant ces trois jours ! Petit passage sur la Loggia (qui n'a plus de toit cette année !) pour A Place to Bury Strangers, un groupe de rock noisy décrit dans le programme comme le "groupe de rock le plus bruyant de New York"... Et en effet ça sonne un peu comme du Jesus & Mary Chain joué par Sonic Youth dans un mégaphone de Lutte Ouvrière - c'est proprement inécoutable de saturation. Nous quittons donc sans trop traîner ce déraisonnable dégueulis de décibels.
C'est le moment de rencontrer La Bande Originale, assemblage de sympathiques personnages de la chanson française tous déjà venus de produire ici, mis en musique par les excellents Vincent Segal et Cyril Atef aka Bumcello, ainsi que Sebastien Marterl et DJ Shalom... Bref la quasi-totalité des musiciens qui accompagnent -M- sur scène. Jolie kermesse où vont se succéder des duos improbables d'une bonne partie de tous ceux, et ils sont peu nombreux, qu'on aime actuellement en chanson française, dans une ambiance joyeusement bordélique mais avec quand même, et ça s'entend, du boulot de répétition avant !
Parmi les réussites notables (en gros, presques toutes les chansons sans le pataud Oxmo Puccino...): Camille et An Pierlé se font une version hystérique du Petit Train des Rita Mistouko ; Didier Wampas et un Labyala Nosfell... chevelu et barbu (!) déchirent tout avec I was made for loving you de Kiss ; Cyril Atef et Olivia Ruiz rappent sur du Run DMC (enfin je crois) ; Amadou, le croiriez-vous, joue (et bien !) du AC/DC à la guitare tandis que ce vieux cochon de Wampas fricote furieusement avec Olivia sur Whole Lotta Rosie ; Daniel Darc dédicace le Requiem pour un Con à not'bon président, puis chante Ca ne sert à rien avec Nosfell, et une Redemption Song braillarde avec Wampas ; la décidément délicieuse An Pierlé revient pour un délicieux donc, Killer Queen... de Queen.
A la question que je me posais - Arno est-il parti fou de rage ? Réponse, non, il nous donne La Fille du Père Noël (c'est An qui fait la fille), dans sa version "Jean Genie", excellente, puis un blues avec Amadou ; et voici donc, forcément, la rayonnante Mariam qui va donner avec son mari une reprise de Stevie Wonder, cette fois c'est sûr : Amadou can play the blues ! Pour autant, il arrive quand même à écouter Wampas s'incruster dans son duo Mon Amour Ma bien-aimée - pour un très touchant moment. Le final se fait sur un titre des Temptations (merci à Hervé pour les références soul !), tous ensemble - Daniel Darc est si déchaîné qu'il manque de faire l'amour à une caméra. Encore une vraie réussite de création belfortaine, sans esbrouffe inutile ni égos surdimensionnés - un succès !
Au risque de passer pour un goujat, voire un crétin, on ne fera qu'un passage bref à Catpower : certes cette fille a une jolie voix mais c'est pas trop notre came... et puis on aime pas son dernier album et le chapiteau est déjà plein ! En avant donc pour Comets on Fire, un groupe post-Led-Zeppelinien de 5 chevelus qui jouent des titres de dix minutes - un pur bonheur. Le chanteur chante peu mais bien (trois minutes de hurlements avec une voix excellentissime, avant 7 minutes instrumentales), les riffs sont énormes et hypnotiques... Excellente surprise bien cachée dans le programme en somme, qui nous a rappelé les formidables Datsuns !
Le retour 5 ans après de Massive Attack laissera une impression plus en demi-teinte, déjà parce que le light show est nettement moins ambitieux - même si l'on y voit toujours des messages subliminaux, des dépêches défilants à toute vitesse, ainsi que la météo, une proposition de texte pour l'impeachment de GW Bush, ou encore des horaires de vol pour Taipeï... Le mentor Del Naja est devant, avec un minuscule Korg, tandis que son compère Grant Marshall restera assis à peu près tout le temps. D'ailleurs, ils n'ont rien de nouveau à vendre à part un ou deux inédits. Bon, c'est vrai, le son est d'entrée énorme, provoquant une zombification du public qui commence à osciller en rythme.
On confesse connaître très mal le nom de leurs titres, sur des albums si excellents et trippants qu'on les a toujours écoutés d'une traite ! Disons simplement que Massive Attack donne un spectacle best-of, en espérant que le lecteur aura assez d'imagination ! Une chanteuse blonde (pas la même, on dirait) assure les parties féminines (Teardrop), 3 D murmure le reste de sa non-voix creuse et inimitable, dans une ambiance sombre et bleutée... et le charme agit un peu. Détail agaçant, une partie de l'assistance est assez dissipée (même tout devant) alors que ce type de musique ne marche que religieusement écouté... et qu'il n'y a vraiment aucune raison défendable de slammer dessus !
Enfin, après la blonde assez insignifiante et sa guitare factice (puisqu'elle n'en joue pas), arrive heureusement la Grâce de ce concert : Yolanda, une chanteuse black voluptueuse et ronde, à la voix de velours, et la seule qui a l'air contente d'être sur scène - il est vrai que le tirage de gueule a toujours été une marque de fabrique des Massive Attack, toujours très occupés à trafiquer des bidules aux réglages invraisemblables, comme ce synthé à huit pédales d'effet !
Avec l'augmentation de la cadence, les titres plus rythmés mettront enfin le public dans une ébullition raisonnable, comme Yolanda chantant superbement Unfinished Sympathy et Safe from Harm, ou le merveilleux Horace Andy (qu'on craignait de ne pas voir ce soir) venu comme toujours pour les magnifiques Angel et (je crois) Everywhen, qui créent enfin l'écoute appropriée, même les cancres étant enfin scotchés. Le final très speed, s'il n'enlève pas cette impression persistante de non-groupe qu'on avait déjà ressenti en 2003, met cependant le feu aux poudres et s'achève dans une clameur énorme. Vivement un nouvel album quand même.
On a beau être un chroniqueur sérieux, on fait comme tout bachelier quelques impasses - comme de ne pas réviser ni apprendre dEUS, honteuse lacune ! Pour être honnête je pensais que le sujet Ben Harper allait tomber - finalement je n'ai pas eu envie d'y aller du tout : déjà vu et revu à la grande époque (folk/blues/gospel), vraiment aucune raison d'y retourner pour entendre le reggae banal qu'il fait aujourd'hui ! Bref c'est d'autant plus regrettable que dEUS, sur le papier un des meilleurs groupes de rock en activité en Europe, l'est également sur scène - ça sonne formidablement bien, même si le groupe finit devant un chapiteau presque vidé de sa substance (effet Ben Harper toujours). Je reconnais quand même (si l'on peut dire) le tube classe et lancinant de Pocket Revolution qui conclut ce fort beau concert.
Evidemment sécher le bon géant afro à la guitare implique d'aller voir sur la plage la jolie et trépidante Missill : pour une fois qu'elle n'est pas programmée à 5 heures du mat', on ne se fait pas prier. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça pulse, entre techno séminale (production perso et remix des autres, Digitalism notamment) et remix de rock hardis de AC/DC comme de Nirvana, c'est la teuf sur la Plage (heureusement parce qu'il fait sacrément froid ...). L'enthousiasme communicatif de la gadjie, ainsi que l'arrivée de vrais instruments (guitare et batterie) achève de rendre le tout jouissif et décérébrant - on aurait bien filmé tout son set de partouze électro/bastard, pour se remonter le moral les jours de pluie !
Dernier gros rendez-vous de la soirée, le retour 2 ans après des Gossip, qui depuis ont explosé médiatiquement (et tant mieux !) avec la réédition de leur formidable disque éponyme. La chanteuse Beth Ditto qui est énorme à tous les points de vue (et c'est la seule mufflerie qu'on s'autorisera à ce sujet), apparaît dans une combinaison pour un déjà furax Yr Mangled Heart qui déchaîne le chapiteau. On remarque qu'il y a désormais un clavier en plus des deux honnêtes musiciens qui l'accompagnent, tandis qu'elle commence (déjà) à se déshabiller sur Coals to Diamonds ou sur Keeping you alive, pour se retrouver dans un très seyant déshabillé noir, qui contient à grand peine ses formes généreuses et sa très jolie voix - cette fille est belle comme un tableau de Botero !
La température augmente donc très vite, au fil de quelques chansons nouvelles et de titres imparables comme Jealous Girls et Fire with Fire, furies punk-soul, ou encore Eyes Open... Et on sait déjà que la diva nous empêchera de sombrer dans le sommeil comme la dernière fois ! C'est encore pour un nouveau titre qu'elle va chanter dans la fosse, qu'elle s'éclate par terre et en rigole ; sur Listen Up il faut se rendre à l'évidence, sa voix hargneuse et groovy est plus belle encore que dans notre souvenir ... mais c'est déjà fini - veulent-il nous faire croire sans avoir joué leur tube absolu !
Un rappel arrivera donc sans surprise mais à notre plus grande joie, qui commence par un long instrumental. Puis on comprend qu'il s'agit (évidemment) de Standing in the Way of Control : la demoiselle se présente carrément en sous-vêtements pour interpréter ce déjà grand classique. Pour ceux qui se demanderaient encore ce qu'elle fout à poil, la chanson dénonce diverses formes de censure ("control") et harcèlements des gens différents, homos, lesbiennes, et autres... grosses, revendiquant le droit à chacun de vivre sa vie comme il l'entend. La démarche de s'assumer les fesses à l'air prend alors tout son sens !
Et c'est encore par amour du public et envie de partager que Beth finira en plein milieu de la foule, couverte de mamours et en distribuant elle-même pour un final pétaradant et bordélique, en scandant un slogan bien connu de ces dangereux agitateurs qu'on appelle en Amérique les pacifistes : "What do we want ? Peace ! When do we want it ? Now !"... Tandis que tout le chapiteau danse les bras levés, un grand sourire aux lèvres - une belle bouffée d'oxygène donc : à part leur leader, les musiciens de Gossip ne sont peut-être pas de grands techniciens mais le charisme et l'enthousiasme de leur chanteuse sont proprement irrésistibles !
Après cette déjà copieuse première journée, le moment est venu de rentrer, puisque les recyclages 80's de Calvin Harris n'ont convaincu aucun d'entre nous sur sa page Myspace... Et c'est en partant qu'on remarque que le site est surtout illuminé... de l'extérieur, où il brille de mille feux et darde des rayons laser dans le ciel, au risque d'attirer par erreur les rares jeunes de la région absents des Eurocks, qui seraient à la recherche d'une boîte de nuit où écouter de la merde - hélas pour eux, la Presqu'Ile de Malsaucy ne serait précisément pas l'endroit approprié...
De vraies photos (réussies) à venir par Flore-Anne Roth, et des vidéos-souvenir par ici !
Egalement sur Concertandco, et sur ce vendredi : la version gonzo par mon collègue Vince Venckman, à lire ici !
PS : Réaction, insultes, félicitations, concerts ratés, n'hésitez pas à réagir ! Réagir à cette critique
>> Réponse (le 10/07/2008 par Fred) Pour ce qui est des gobelets ça devrait se généraliser sur tout les festivals, la semaine précédant les eurock, ils .../...La suite
>> Réponse (le 18/07/2008 par fab_solaire) salut les gars, je vois que les eurock se mettent au verre ! de quoi hésiter à balancer sur verre sur les autres... snif .../...La suite
Après une bonne nuit de sommeil et diverses activités reposantes, retour sur le site pour une journée qui s'annonce riche en cadors du rock, mais aussi en divers espoirs à confirmer. Côté ciel, on est plus près de la canicule que du déluge - Libé nous a promis un climat intermédiaire mais sait-on jamais, il est déjà arrivé ici qu'on ait plutôt les deux le même jour !
Samedi, un p'tit black en survet' tient tête à aux dieux du rock en scène
On rejoint Joeystarr, déjà vu et apprécié cette année en salle, qui harangue la foule en lui rappelant opportunément l'existence d'un problème - parmi d'autres - dans ce pays désormais de droite : So so so, solidarité, avec les sans-papiers ! qu'il enchaîne avec sa chanson sur la question Hot, Hot. Puis il nous sort son magnifique et terrifiant Métèque au son un peu en surchauffe (il faut dire qu'il est aujourd'hui accompagné d'un vrai groupe batterie-basse-guitare, les Enhancer). Il met en tout cas la grosse ambiance, incomparable avec celles des peigne-culs du WTC la veille.
La méchantissime Bad Boy est soutenue par une basse tellurique, et il la fait en entier cette fois-ci, tout autant que cette histoire de 9-3 qu'est d'la Bombe, bébé à base de Po po po po (qui réjouit les fans de son ancien duo). Il a le bon goût de moins provquer le public (qui n'est pas le sien) qu'en salle. Cela dit la célébration de la Seine St-Denis, ça devient un peu lourd sur 93 déboule. On s'éloigne discrètement pour écouter encore Carnaval (où il arrive à faire brasser la fosse, à gauche, à droite). On le quitte sur Pose ton Gun 2, toujours sympa en live même si on fatigue un peu. "Quoi qu'il en soit" (comme il le dit toutes les 2 phrases), force est de constater que le Jaguarr a bien repris sa carrière en main !
La grosse déception d'aujourd'hui sera Cold War Kids, pourtant pas désagréable sur album : le groupe de pop US pianistique est emmené par un sosie de Woody Harrelson (en moins beau), ce qui complète il est vrai le couple de tueurs nés avec Juliette Lewis hier. Hélas sa voix criarde et approximative s'avère rapidement pénible, il a d'ailleurs du mal à emballer le chapiteau même avec ses "tubes" Hang me Up to Dry ou We Used to Vacation. La vague parenté avec les White Stripes sur disque ne s'entend pas, un oeil sur le guide et nous trouvons un objectif pour fuire ce groupe qui n'a décidément de chouette que le nom !
Direction la loggia donc, pour passer un moment agréable avec Blanche, quatuor de country avec saillies rock authentiques (généralement sous forme de courts pétages de plomb en fin de chanson), adoubé par Jack White. On y reconnait le guitariste des explosifs Raconteurs/Greenhornes, avec son look de nerd improbable et aujourd'hui mandoliste. Look assez rigolo, voire énorme, pour ce groupe de personnages qui semblent tout droit sortis d'un (ou plusieurs) film des frères Coen, d'autant plus que le chanteur a une tronche ...Turturoesque. Jolies mélodies, chanteuse ravissante dans sa robe Scarlett, country pas trop crottée des pieds, Jack avait raison : l'expérience est convaincante.
Après la country, l'inévitable concert de pop-à-guitares (nous avons un ami gravement addict à ce genre de choses) mais coup de bol, celui-ci en est un (des rares) qu'on aime : Editors sans The, qui s'avère vieillir mieux, au rayon "enfants de Ian Curtis", que les épuisants Interpol ou les infects Bloc Party. Découverts pour moi en petit comité à Rock en Seine l'été dernier, la pop racée et volontiers discoïde, les guitares vrillantes typiques des éditeurs, font merveille en festival, au point que c'en est un plaisir d'assister à l'ensemble du concert.
Notre ami popaguitaropathe prend donc un pied énorme (comme nous) en enchaînant air drums, puis air guitar, sur les superbes titres que sont les déjà classiques Munich, Blood, Lights... Ainsi que sur The Racing Rats issue du récent et très prometteur nouvel album (acheté dès notre retour !). Pour ne rien gâcher le chanteur est pêchu, charismatique et terriblement efficace : il emballe définitivement l'assistance sur un Fingers in the Factories final de haute volée. Décidément, ces mecs ont la classe et vous tiennent une grande scène aussi bien qu'une petite...
On rate donc l'arrivée sur scène d'Abd Al Malik, slammeur talentueux qui a en plus le bon goût d'être accompagné d'un groupe de jazz, et l'un des objectifs majeurs du jour. Plus jeune que ce qu'on pensait, et plutôt petit dans son survet', la scène paraît d'abord trop grande pour lui. Sauf qu'à la force de son flow et grâce à son groupe de cadors (on pense au regretté St Germain), Soldat de Plomb et 12 septembre 2001 lui suffiront déjà pour tenir le chapiteau dans le creux de sa main - on avait pas du tout soupçonné sa formidable popularité ! Suit le trip-hop de Rentrer chez moi (rentrer, déjà, t'es sûr ?) et sa sublime ré-interprétation des Autres - le chapiteau prend officiellement feu sur le terrifiant afro-beat de Gibraltar.
Après avoir raconté la très déprimante bavure Saigne, il remet le couvert afro avec le Grand Frère ; il n'a plus qu'à présenter ses musiciens et recueillir un triomphe, qui semble l'étonner et le bouleverser lui-même. Je ne sais pas si un public de rappeurs (souvent dûrs avec le slam) lui ferait un tel accueil, en tout cas les Eurockéens sont en parfait délire. On savait déjà ses textes conscients et matures, moins gentils que ceux du sympathique Grand Corps Malade - il s'avère que la prestance scénique du strasbourgeois le place d'entrée dans la cour des grands. Sûr qu'il s'en souviendra, le petit black du Neuhof, de ses Eurockéennes, à tournoyer comme un derviche sous des acclamations assourdissantes... Labellisé confirmation du jour !
Après ça, et après les excellents Editors, dûr de s'intéresser à ce qu'on pourrait appeler (sans méchanceté) de la division 2 de pop-rock : les Maxïmo Park qui jouent sur la Plage ne déméritent pourtant pas. Compositions carrées et plaisantes comme Book from Boxes ou Graffiti, le groupe a un leader sympathique et enjoué, à défaut d'être flamboyant, en la personne de Paul Smith. "What a nice festival !" sera hélas une des seules choses comprises dans ce qu'il raconte à longueur de temps avec un accent horrible. Une fin plus entraînante nous laissera finalement convaincus. Plus en tout cas que par les Phoenix entendus de loin, et qui eux semblent sonner tout pourri, on dirait du U2...
Mais voici venue l'heure de la tête d'affiche, enfin pour les moins eurockéens du public, et qui justifie sans doute la présence de ces tous petits auditeurs sur le site aujourd'hui : la délicieuse Olivia Ruiz, bizarrement programmée sous un chapiteau trop petit et qui dégueule littéralement (le chapiteau, pas Olivia !). Perdant un peu le côté intimiste et impudique de ses concerts en salle, reste son rock français efficace et consensuel : qu'elle joue Quixote, le twist pogo J'aime pas l'amour, et la très rock Goutez-moi, et le public tout acquis à sa cause est déjà aux anges.
Alors évidemment, connaissant les auteurs de ses chansons, on est guère surpris par ses guests : le grand Christian Olivier pour Non-dits (on le revoit hurlant ici même unplugged avec ses Têtes Raides dans un tempête déchaînée, lors de la fameuse journée annulée de 2001), puis le formidable Mathias Malzieu (la seule personne au monde à avoir parcouru 2 fois le public entier de la grande scène en crowd-surfing) pour I Need a child. Plus étonnante, Adrienne Pauly (et non Catherine Ringer comme l'ont cru pas mal de gens, le journaliste de Libé y compris - il faut dire qu'elle l'imite bien) viendra interpréter un chouette Marcia Baïla. On écoute avec plaisir Thérapie de groupe et la jolie J'traîne des pieds, mais il semble que nous ayons une suffisamment bonne excuse pour nous éloigner pendant qu'elle triomphe sur son hit radiophonique La Femme chocolat.
Parce que bon, ok, Queens of the Stone Age, on les a déjà vus 2 fois dans d'excellents prestations, dont ici même en 2005 (pour l'anecdote, on nous voit même sur plusieurs plans de la vidéo, hi hi !), mais leur dernier opus Era Vulgaris est quand même venu nous rappeler, s'il le fallait, qu'ils étaient toujours (et j'assume cette affirmation) le meilleur groupe de rock sur scène du monde actuellement ! En plus cette fois-ci, c'est la nuit et c'est notre première nuit avec eux... Et ceci même si le groupe a toujours une géométrie très (trop) variable.
Exit le guitariste à tête de tueur à gages, exit la claviériste (dont la plastique nous manquera, snif...). Sans même parler du gotha qui a défilé par le passé dans ce groupe (et qu'on a même pas vus sur scène) : Dave Grohl, Nick Oliveri, Mark Lanegan... Reste donc le cerveau, le beau bébé rouquin Josh Homme, ainsi que ses acolytes Troy van Leuwen et Joey Castillo, comme seuls rescapés du line-up précédent. Et qui donnent le ton en commençant avec Burn the Witch : fini de rire, ça va être moins pop que sur la tournée Lullabies to paralyse ! T'en veux pour ton argent, du rock qui tabasse grave, et sans aucune facilité métal - pas trace de power-chord, encore moins de vulgaires doubles batteries, et même pas besoin de crier ?
Eh bien prends-ça, quelques titres en vrac et à peu près dans l'ordre, envoyés à une foule hébétée et en transe (on ajoutera pas d'adjectifs cette fois-ci aux chansons, disons que c'est juste une série de tueries) : Little Sister, Battery Acid (oumphhh) ,Turning on the Screw, In my Head, Go with the Flow (gargllll), I think I Lost my Headache (jamais entendu en live auparavant), Sick Sick Sick (arghhhhh), Mexico (une vieille ?), 3's & 7's (pitié, Maître) , No one Knows, Misfit Love (...couic !). Rien à signaler : les QOTSA nous laissent K.O. debout. "Comme d'hab". Vite, vite, un rafraichissement ! Temporairement saoûlé de musique, on passe un bon moment à blaguer avec Pierre Andrieu et ses compères - pour une fois qu'on ne se croise pas en coup de vent au début d'un concert ! On évite donc les sujets qui fâchent : Nosfell et les Pixies...
Le problème est qu'on est pas complètement tiré d'affaires en matière de violence gratuite : restent The Hives, le meilleur groupe de punk'n'roll du monde et qu'on attend de voir depuis des années ! Sans pitié et comme si on venait pas déjà d'en prendre plein la tronche, voilà donc que Pelle Almqvist et sa bande en noir et blanc en chemises, moustaches, bretelles et autres cravates classieuses, au mépris le plus élémentaire des règles de courtoisie, nous resservent de force un plâtrée de grenades dégoupillées, et qui plus est en les jouant exactement comme se joue ce style de musique : avec tous les potards à 11...
Le très agité chanteur a en plus plein de choses à nous raconter : il profitera par exemple de l'extraordinaire A.K.A. Idiot pour nous rappeler qu'elle fut composée en 1997 (mais quel âge pouvait bien avoir ce petit con à l'époque ?). Il se moquera aussi de notre "typically french disorganization" pour nous faire traduire Two-timing touch and broken bones (comme si qui que ce soit comprenait, ou voulait comprendre ce que ça signifie...). Il baragouine même parfois dans un franglais déconcertant et drôle ("La moon est full, we are le Hives and vous êtes le Rockéennes !"), quand il n'est pas trop occupé à grimper sur le premier rang ou à escalader les piliers de la grande scène.
Que peut-faire un tel groupe d'autre, je pose la question, que d'aligner sans coup férir ses petits bijoux, que des générations de punk-rockers vont vraisemblablement copier ensuite pendant 20 ans ? Il est à peine croyable qu'un seul groupe ait pu composer des singles aussi évidents et jouissifs que Walk Idiot Walk, Main offender, Outsmarted, Die ! Allright, Supply & Demand, Here We Go Again, Hate to Say i told you So... Et toutes sont jouées de façon absolument pétaradante, servies chaudes comme de la braise à un public exsangue... La banquise menace de fondre et les Hives habitent en Suède ? Je dis que ce n'est pas une coincidence, il faut éloigner ces barjos d'urgence, leur leader taré en tête. Encore une claque donc, nous repartons mourants de bonheur et de fatigue.
Et évidemment dans ces cas-là et à 2 heures du matin, seul un truc comme Digitalism peut encore vous arracher de l'énergie. Le duo allemand, moins flamboyant que Justice, est aussi moins flambeur et met une ambiance parfaite avec un son irréprochable, avec ses tubes électro-rock en devenir : In Cairo, Zdarlight, The Pulse, ou plus encore la phénoménale Anything New, d'autant plus relevée et légitime aux Eurockéennes qu'elle comporte du chant et de la batterie jouée en live ! Les enchaînements ne sont pas toujours terribles mais au moins ils permettent de respirer entre la vrillante Idealistic et le single Pogo. Soit un deuxième concert d'électro rock qui nous a tué au moins autant que le premier !
Alors après un tel enchaînement d'excellents concerts, force est de constater que ce samedi fut sans doute la meilleure journée et la plus dense de l'édition 2007 des Eurockéennes. Qu'on aime le rap, la pop, le rock stoner, la country, le slam, la chanson français, le punk-rock ou l'électro, il y a eu à boire et à manger... Y'a pas à tortiller, les programmateurs de ce festival sont décidément des génies.
Illustrations par Philippe
Toujours des petites vidéos de tous ces concerts, c'est par ici !
Olivia Ruiz - 30 juin 2007 - Eurockéennes, Belfort Je ne regrette pas de ne pas avoir emmené mon fils de 8 ans au concert d'Olivia Ruiz dont il est fan. Quelle rage !!! Sur scène et dans la salle. La petite Olivia a bien grandi !!!! Les mouvements .../...
Je ne regrette pas de ne pas avoir emmené mon fils de 8 ans au concert d'Olivia Ruiz dont il est fan. Quelle rage !!! Sur scène et dans la salle. La petite Olivia a bien grandi !!!! Les mouvements dans la foule des premiers rangs étaient plus qu'inquiétant. Aucun plaisir a écouté de la musique dans ces conditions. Déçue.
NdPh : public toujours un peu agité en festival, il est vrai. Emmenez-le plutôt la voir en salle ! Réagir à cette critique
Olivia Ruiz - 9 Mai 2007 - Cirque d'hiver (Paris) Ce concert était génial, la salle est magnifique. Sa disposition en cercle permet d'être au plus près de l'artiste et de l'entendre avec un son différent des autres salles.
Olivia Ruiz met une .../...
Ce concert était génial, la salle est magnifique. Sa disposition en cercle permet d'être au plus près de l'artiste et de l'entendre avec un son différent des autres salles.
Olivia Ruiz met une ambiance incroyable avec ses musiciens, elle marie les styles à merveille pour notre plus grand bonheur.
La chanson a capella en fin de concert ainsi que les duos avec son père et son oncle sont magnifiques.
De plus, la première partie (Dernier Pro et Enz) est géniale et j'espère entendre de nouveau ces deux artistes bientot! Réagir à cette critique
>> Réponse (le 12/05/2007 par Francis ARTHUS) CIRQUE D'HIVER PARIS - 11 mai 2007 J'ai passé une super soirée par la prestation d'Olivia RUIZ et toute son équipe au cirque d'Hiver à PARIS. Je suis .../...La suite
>> Réponse (le 24/05/2007 par Thierry Recher) Cirque d'hiver Paris - 9 Mai 2007 Fantastique. J'ai vraiment été bluffé. Je la savais originale, possédant un univers très personnel. J'ai découvert une .../...La suite