Avec Pacific 231, Raphaël nous démontre qu'il a indiscutablement évolué. L'album est personnel, souvent critique, parfois électrique, parlé, brutal, expérimental, engagé. Raphael varie les styles et autant le dire tout de suite, le talent est au rendez-vous. La voix est plus .../...

Avec
Pacific 231,
Raphaël nous démontre qu’il a indiscutablement évolué. L’album est personnel, souvent critique, parfois électrique, parlé, brutal, expérimental, engagé.
Raphael varie les styles et autant le dire tout de suite, le talent est au rendez-vous. La voix est plus affirmée, les mots claquent, rebondissent, l’écriture semble avoir encore muri.
Raphael alterne titres rugueux -
Pacific 231, Prochaine station -, et ballades aux mélodies implacables, impeccables, accrocheuses,
Bar de l’hôtel, Versailles, Dharma Blues, Odyssée de l’espèce. La production est quant a elle particulièrement soignée, et les musiciens talentueux avec, entre autres,
Albin de la Simone au piano et synthés,
Adrian Belew à la guitare (
King Crimson, Talking Heads, David Bowie). Comme toujours,
Raphaël nous promène au gré de ses indiscutables influences avouées et assumées. Comme toujours il nous démontre sa capacité à faire revivre au sein de son œuvre des artistes dont il se nourrit. Et il lui faut une bonne dose de talent pour réussir à s’approprier avec tant de justesse, de finesse, de sensibilité, tous ces artistes qui le séduisent et parfois le hantent. Les influences sont ici si bien digérées, elles ne nuisent jamais à la cohésion d’un titre ou d’un ensemble de titres. Hier,
Raphaël nous faisait revisiter
Bob Dylan ou encore
David Bowie pour lequel il voue une admiration sans fin
« J'aime tous ses disques. Même ceux qui m'avaient déçu à leur sortie, je me suis mis à les aimer. J'ai découvert Bowie à 7 ans et, chaque fois que je l'entends, c'est le même éblouissement ». Aujourd’hui à l’écoute de
Pacific 231, comment ne pas songer à
Alain Bashung, Gérard Manset, Renaud, Christophe et bien d’autres. Retour en 2006, on se disait que l’instrumental « Funambule » (album « Caravane ») aurait eu sa place sur la Face A de l’album « Low » de
Bowie, quelque part entre « Sound and vision » et « Always crashing in the same car ». On se dit maintenant que le titre « Odyssée de l’espèce » (album « Pacific 231 ») pourrait figurer aux cotés de « Voyage en solitaire » de
Gérard Manset. On se dit aussi que « Bar de l’hôtel » aurait mérité de côtoyer « La nuit je mens » de
Bashung (album « Fantaisie Militaire »), ou encore que « Manteau jaune » n’est pas très éloigné de certains titres de
Christophe. A l’exercice de l’écriture, distance désabusée, humour, critique et noirceur ne nuisent nullement à la poésie, marque de fabrique de l’artiste :
« Qui a fait les orages et les cœurs brisés, ... Est-ce mon souvenir aux enchères, et cette détresse que je paye si cher, pour combien tu m’aimes, pour combien tu me laisses... »,
« Le conformisme des enfants qui ne savent pas aligner deux phrases, et le courage de leurs parents devant ce monde qui s’embrase », « La ville est construite sur une faille et j’espère que tout s’effondrera » « Même si les nazis meurent dans leur lit... j’ai la gueule de mon époque et toi tu ressembles à ta mère », « Un arc en ciel pour les pauvres, le bon Dieu rallume la nuit, quel temps fait-il ailleurs, les jours sont-ils aussi sombres ou bien meilleurs », « Ce qui compte c’est l’espèce, à mort l’individu, et nos cellules s’assèchent, s’affrontent et se tuent... on rouille et on s’oxyde et des falaises on se suicide ».
Finalement, en ce dernier opus, nous découvrons un
Raphaël auteur, compositeur, musicien, interprète plutôt engagé, bien dans son temps, qui colle d’ailleurs à l’actualité et s’amuse même, non sans humour, à dialoguer avec
Julien Clerc (titre
La Fée pour
Raphael - présent sur l’édition deluxe de
Pacific 231. Titre « Une petite fée » pour
Julien Clerc – issu de son dernier album.
Julien Clerc : « Comme je faisait bouillir de l’eau pour me faire un café, sur ma table est tombée une petite fée... tandis que le café brulait... mais elle a voulu s’en aller... aux ailes chiffonnées ».
Raphael : « moi aussi j’ai une fée chez moi, sur les gouttières ruisselantes, je l’ai trouvée sur un toit dans sa traîne brulante, c’était un matin ça sentait le café... et sa traîne est brulée... qui voudrait voler mais ne le peut pas ».