
Sur le film de
Joann Sfar,
Gainsbourg (vie héroïque) paru début 2010, les avis ont été notoirement partagés - trop anecdotique, incomplet, trop personnel sur un personnage public, etc. Reste que quelques comédiens,
Eric Elmosnino en tête (étonnant sosie du chanteur, en tout cas jusqu'à la période Gainsbarre), tiraient bien leur épingle du jeu dans une série de scènes "mythiques" souvent très réussies (l'apparition époustouflante de la Casta en Bardot, Katerine en Boris Vian, Anna Mouglaglis en Juliette Greco, Lucy Gordon en imitatrice convaincante de Jane Birkin, etc.). Et ceci même au chant, très soigné sur une bande originale qui aurait pourtant pu, comme pour
La Môme sur Piaf, se contenter de play-backs - solution de facilité !
La bande originale, 43 titres (!), comporte donc des créations originales et dignes d'intérêt, tout comme des réorchestrations culottées, à commencer par un
Nazi Rock noisy-punk (Elmosnino &
Dionysos)... Mais aussi
Je Bois vs Intoxicated Man, mélange amusant entre Vian et Gainsbourg (Elmosnino et
Katerine donc), un
Qui est in/Qui est out surf-rock déchaîné par
Emily Loizeau, un amusant
Poinçonneur des Lilas par les
Frères Jacques.
Eric Elmosnino se risque à quelques reprises tout seul, avec plus ou moins de réussite : pas génial sur
Elaeudanla Téitéia ou
Hôtel Particulier, il s'en tire mieux sur une superbe reprise d'
Aznavour,
Parce Que, où l'on ne cherche pas à entendre l'original, ou encore sur
Aux Armes Et Caetera...
Quelques morceaux rappellent par ailleurs les scènes cultes du film : une
Javanaise très coquine avec Greco/Mouglalis, interrompue par la première femme de Gainsbourg, inquiète, venant le chercher chez cette croqueuse d'hommes. Un
Bonnie & Clyde en cours de travail, où l'écervelée et sexy Casta/Bardot se trompe en plein milieu, un
Poinçonneur des Lilas interrompu par le père de Gainsbourg pour lui rappeler qu'il était parti peintre, et pas chanteur.
La Jambe de bois (Friedland) sifflée par la salle entière (sauf Boris Vian, bien sûr). Et même un souci de véracité dans la médiocrité, au besoin :
Sarah Forestier massacrant
Baby Pop aussi bien que l'originale, France Gall, a du le faire à l'époque,
Lucy Gordon chantant aussi mal que Jane Birkin débutante dans
Le Canari est sur le Balcon.
On peut encore citer, entre divers extraits de dialogues (comme le petit Gainsbourg charmant Sylvie Testud au point de réussir à la faire poser nue), quelques sucreries :
Antoine le Casseur par
Philippe Duquesne en travelo chic, Gainsbourg enfant chantant
La Coco avec Yolande Moreau/Mistinguett. Ou encore, seul playback du film, Joann Sfar déguisé en
George Brassens pour
J'ai rendez-vous avec vous. On y trouve aussi pas mal de parties instrumentales intéressantes :
Chez Dali revisitant
L'Eau à la Bouche,
Le salon de coiffure, adapté de
Flash Forward, superbe
La Rupture, remix de la
Symphonie du nouveau monde et de
BB initials, et quelques autres non identifiées, originales ou reprises méconnues (?), tantôt au piano, en musique de chambre ou en symphonie :
Flip Book, Les dessins cochons, et divers airs juifs rappelant l'enfance dans le ghetto du petit
Lucien Ginzburg...
Pour finir, les arrangeurs ont eu la bonne idée de ne pas remplacer
Serge Gainsbourg sur certains morceaux inatteignables :
Je t'aime moi non plus par Serge & Jane
themselves, et la fin comme en queue de poisson sur
La Valse de Melody... Cette bande originale constitue finalement un hommage riche et varié à l'oeuvre immense de l'Homme à la Tête de Chou, complément francophone idéal à la compilation
Monsieur Gainsbourg Revisited, réalisée exclusivement par la scène anglaise. En tant qu'admirateur éternel, on peut donc rester ronchonner arc-bouté sur son vinyle de
Melody Nelson, ou bien profiter de ces agréables et globalement très réussies relectures, qui ouvrent à une nouvelle génération l'univers passionnant de
Serge Gainsbourg...
(2010)