Style :
Autres / Downtempo Alexandre Navarro a le goût des émotions et délivre avec Arcane une prose sonore singulière dotée d’une puissance évocatrice remarquable.
Pour faire vite , ce premier album laisse entrapercevoir un potentiel considérable (déjà présumé au travers des différents Ep produits ces 3 dernières années) tant cette poésie instrumentale enlaçant nappes et arpèges éthérés de guitares à un minimum mais efficace chapelet d'effets électroniques et de fields recording, prend aux tripes (le bouleversant Mystical Lane) et file le frisson (The Dawn).
Tirant ainsi des perspectives optimistes sur des axes plutôt contondants, Navarro propose en 10 titres, une musique downtempo et minimaliste qui, si elle s'acoquine sans soucis de quelques douceurs écarlates (l'idyllique ambient de Time), semble parfois, bien au contraire, préférer les recoins les plus sombres (l'inquiétant Primal). Autant d'atmosphères ambivalentes faisant malgré tout bloc et définissant avec minutie les contours d'un espace, ajouré et intime, offert ici en partage. Un beau geste et de belles promesses, que rêver de plus ?
Style :
Pop - Rock "Bienvenue chez les bobos" pourrait être le sous titre du premier album pop 'n soul de l'ex top model australien Micky Green intitulé White t-shirt... Produit par l'incontournable Renaud Letang et avec un featuring de Jason Beck - alias Gonzales au piano -, cet inégal opus comporte quelques belles réussites dans la droite lignée des tubes radiophoniques de la difficilement égalable canadienne Feist. Pile dans le cœur de cible de ce qui marche en ce moment (une belle jeune fille qui chante d'une voix suave des morceaux pop joliment teintés de soul, de folk, de blues et de jazz), Micky Green a le double mérite d'avoir écrit et composé quelques tubes imparables (Oh !, Shoulda, Begin the fade, Now it's gone... ), en ayant joué sur son propre disque s'il vous plaît... Tout en voyant clairement le plan marketing mis en place par la maison de disques (on refait le coup gagnant de Feist les gars, hein !), il faut toutefois avouer que le disque de Micky Green est assez rafraichissant, même si certains titres sont anecdotiques et inoffensifs. Conseillé en fond sonore pendant un apéritif en terrasse prélude à un rendez-vous amoureux se terminant par un échange de fluides corporels (ouf !), White t-shirt est à prendre pour ce qu'il est : un produit bien fait permettant de passer de bons moments.
Artiste :
Swell Titre :
South Of The Rain And Snow
Style :
Pop - Rock Le retour sur le devant de la scène du groupe américain Swell est à saluer : même réduit à son seul chanteur, l'obsédant combo poursuit sa carrière en délivrant à ses fans (et aux autres !) une époustouflante série de pop songs superbement lancinantes et velvetiennes en diable. Seul maître à bord d'un vaisseau lancé dans les brumes évanescentes flottant au dessus d'eaux troubles, David Freel a écrit de sidérants morceaux entre folk, pop et rock, le genre de titres qui embarquent l'auditeur grâce à leurs vertus cinématiques et oniriques... Si le nom du groupe est désormais à écrire entre parenthèses - (Swell) -, le talent du songwriter en chef n'est pas mis entre parenthèses, lui, bien au contraire ; sa voix troublante, ses mélodies insidieuses et ses choix d'orchestrations d'une sobriété à couper le souffle (guitares sèches, claviers étranges, rythmes discrets... ) sont un véritable bonheur. South Of The Rain And Snow est un disque à conseiller à tous les doux rêveurs amoureux de folk/pop planante...
Style :
Pop - Rock Romantique, délicat et mélancolique, le nouveau disque de Jean-Louis Murat arpente les chemins de l'amour en s'inspirant (librement) du mythe universel de Tristan Et Iseult. Retranché chez lui en Auvergne avec ses guitares vintage, ses carnets de chansons et son inspiration intarissable, Murat a enregistré tout seul, pour la première fois depuis longtemps. Et cette solitude lui va bien, les titres de Tristan sont là pour l'attester... L'alternance entre les disques calmement pop/folk et rock 'n roll permet de ne pas sombrer dans la monotonie, comme dans l'œuvre de Neil Young. Tel un troubadour indécrottablement passionné par les tourments de l'amour, JLM tisse patiemment sa toile entre pop langoureuse, folk alangui et blues rock apaisé... Textes inspirés, voix impeccable, musiques marquées du sceau de la classe, tout cela contribue à créer des chansons aussi charmantes d'irrésistibles... Chante bonheur, L'amour en fuite, Mousse noire, L'hermine, Tel est pris, Les voyageurs perdus et leurs consœurs réunies sur cet énième album de Murat prouvent une nouvelle fois l'élégante courtoisie de son songwriting. Tristan est un disque intime, sexy et brillant, à écouter tranquillement installé chez soi. Un disque qui - comme son prédécesseur Charles et Léo, avec des textes de Charles Baudelaire mis en chansons par Léo Ferré - a la grand mérite de tirer l'auditeur vers le haut, en lui donnant envie de se pencher sur les racines de l'inspiration muratienne.
Style :
Autres / Dead-Hop Fan des nineties, tu avances transi(e) de doutes vers ta platine, avec dans la main, ce carré bleu marqué d'un P doublé d'un 3. Il ne te reste plus qu'à suivre ton instinct, et les sourdes basses qui te prennent comme pour une dernière fois, t'emmenant danser, sans que tu t'en aperçoives vraiment, sur les cendres d'une fête attendue qui ne viendra plus.
Une voix, comme un miroir (celle de Beth), une autre qui t'explique le don de soi (celle du Grande Mestre de Capoiera, Claudio Campos à l'aplomb de l'exorde Silence). Tu écoutes avec courage, son écho sinistre et pénétrant. Il t'en faudra pour résister à l'appel du fond qui suit (Nylon Smile et ses arpèges cabalistiques puant la bile noire). Y aller, se laisser glisser dans cette abysse béante, et peut-être y trouver une nouvelle voie. Malgré le froid qui brûle les pupilles, engager une descente sans rémission ni violence (le synthétique The Rip). Une aridité quasi frigide enserre alors l'espace (ce groove claustro qui empoisonne tout l'album), t'obligeant à avancer à 4 pattes. Tu te sens malade, le coeur soulevé, révulsé presque (le cataclysmique We Carry On), un peu de peur aussi, la tête dans le coton, hantée de souvenirs acides qui caracolent comme des chiens fous le long du colimaçon diffracté de tes obsessions (l'enchaînement Deep Water et Machine Gun, ukulélé/tirs de Shrapnels, entre plaisir et castagne, le psychotrope parfait). Les infrabasses t'oppriment et bizarrement te libèrent petit à petit d'un poids, te couvrant d'ombre pour mieux te forer l'âme d'un tunnel sans fin. Elles voudraient la retourner qu'elles ne s'y prendraient pas autrement (Small, le sommet de Third, et la preuve irréfutable de la possession du trio). Tu ne les laisseras pas faire ? Demanderas-tu grâce ? Peu importe ton choix, le résultat est le même, contrairement à toi.
Ce retour à la sensation t'a effectivement changé(e) et surtout appris une chose : si l'attente ne fut pas vaine, elle n'a dorénavant plus lieu d'être. Aujourd'hui, halluciné(e) devant ta platine , tu comprends que le trip-hop n'est plus, tu viens d'en entendre l'ultime souffle (Hunter, soubresaut "dummyesque" définitif de Portishead), tu as vu les 3 de Bristol l'accompagner jusqu'à sa dernière demeure, et bordel quelle oraison funèbre. Oui, maintenant tu sais, ex-fan des nineties, elles comme lui ne reviendront plus.
2008 - Island Records
Leur MurdochSpace Signature :zeu western manooch Page Web Conseillée : http://loreilledemoscou.canalblog.com
Style :
Pop - Rock Deuxième album très réussi pour Laetitia Sheriff, quatre ans après un premier effort très marquant. La néo rennaise a de nouveau réuni ses (excellents) camarades de tournée - Gaël Desbois (batterie classieuse) et Olivier Mellano (guitares hallucinantes) - pour l'enregistrement de Games Over. Ce très bel opus bénéficiant d'arrangements (pop, rock, folk, bruitistes ou électroniques) aussi méticuleux que bienvenus permet au trio de délivrer une belle série de titres entre chanson pop intrigante (The story won't persist, Black dog... ), rock ébouriffant (Let's party, Hullabaloo (my T.V. Ratings), Solitary play) et pop aussi aérienne que mystérieuse (Memento, put her in the pictures... ). Laetitia Sheriff et ses acolytes proposent une impressionnante collection de morceaux inspirés, versatiles et originaux... Porté par une voix troublante, un songwriting de haut niveau et des idées de production remarquables, Games Over est un disque de nature à plaire durablement aux amoureux de musique aventureuse.
Style :
Autres / Industrial-Dub Une grosse année à peine après Naphtaline (qui tenait il est vrai plutôt du side-project), voilà déjà une nouvelle production du désormais quatuor Ez3kiel. Cette fois-ci, pour profiter des graphismes (et du son !) toujours sublimes du groupe, on a acquis la chose en vinyle, au moins pour bénéficier d'une des plus belles pochettes de ces dernières années (curieusement introuvable sur le web - ce n'est pas celle qu'on voit ici), avec un bateau échoué dans un théatre envahi par la glace...
La première face s'ouvre sur Adamantium, très gros dub machinique, esprit Nine Inch Nails mais avec des pointes de légèreté (de l'accordéon de-ci, de là). Puis un recyclage en version sombre d'un thème déjà utilisé sur le disque précédent, Volfoni, la revanche, qui termine très violemment dans une saturation des beats et guitares tout à fait réjouissante. Narrow Terrence prête son concours et ses voix détraquées sur l'intriguante Spit on the Ashes, suivi d'un dub percussif plus classiques et de The Wedding qui paraît du Morricone recomposé par Ez3kiel. Naphtaline était, à de rares exception comme Exebece, léger comme une bulle ou une danseuse-étoile - Battlefield en est le pendant sombre et teigneux, à l'instar de la très indus Break or Die qui pourrait aussi bien avoir été signée par Punish Yourself... Peu de ces mélodies au carillon qui font habituellement sa marque de fabrique, à part quand Blurum vient raper sur la délicate Alignment, et que Lull habille la face 3 d'un peu de soleil voilé. Après un titre court et presque incongru de violence destructrice, la face 4 folâtre dans une reprise jolie et un peu foutraque (percus jouées en partie au sac plastique) du fameux air de Romeo & Juliette de Prokofiev, qui vire à la violence comme à la mélodie de chambre au fil des mouvements. Le trip se termine sur Wagma, titre mi-figue mi-raisin... mi-3éme guerre mondiale.
Le collectif Ez3kiel serait-il en dépression, ou plus exactement, en colère contre la tournure bien sombre que prend notre monde ? Quoi qu'il en soit sa musique perd en poésie ce qu'elle gagne en intensité pré-apocalyptique : l'expérience Battlefield est donc aussi intéressante que les précédentes, nul doute qu'elle nous reprendra aux tripes comme le dernier concert vu du groupe dont nous sommes, pour mémoire, ressortis les larmes aux yeux... D'ailleurs un premier écho de cette tournée 2008 à Marseille semble confirmer cette impression - notre Pinguin local en est ressorti, je cite, groggy et bouleversé...
(Jarring Effects, 2008) Signature :Philippe Page Web Conseillée : www.ez3kiel.com
Artiste :
Air Titre :
Moon Safari 10th Anniversary Edition
Style :
Pop - Rock / Electro Dix ans après sa sortie et son succès dans le monde entier, le premier album du french band Air se voit aujourd'hui réédité de manière luxueuse (un joli coffret comprenant l'album original, un cd d'inédits - live ou remix - et un dvd retraçant la triomphale tournée mondiale 1998, Eating, sleeping, waiting and playing). Ce ne sera une nouvelle pour personne : les morceaux qui composent Moon Safari sont quasiment tous des tubes (Sexy boy, Kelly watch the stars, Remember... ) ou des morceaux devenus cultes (La femme d'argent, All I Need... ) et leur son aussi spatial que légèrement kitsch ou planant n'a pas pris une ride en dix ans... Fin 2007, la dernière tournée de Jean-Benoit Dunckel et Nicolas Godin (aperçue à la Coopérative de Mai) laissait d'ailleurs une large place aux titres de leur album inaugural dans un set impeccable, maitrisé et réellement saisissant. Le dvd et le cd bonus comprenant des pistes live inclus dans l'édition 2008 de Moon safari permettent d'appréhender les progrès réalisés en anglais... et dans les prestations scéniques. On se souvient d'un concert un peu timide (mais ultra prometteur) au Transbordeur de Lyon en novembre 1998 en pleine vague french touch ; cette énorme tournée en compagnie des musiciens de Beck et d'une chanteuse à voix avait permis de marquer les esprits et de s'affirmer en jouant partout. Le petit film (signé Mike Mills) retraçant le tourbillon musical provoqué par un enthousiasmant safari sur la lune est savoureusement drôle et décalé, il permet de découvrir les prémices d'une aventure dont le point final n'est pas encore mis.
Style :
Pop - Rock Premier album prometteur pour le trio pop/rock clermontois Quidam... Aguerris par de nombreux concerts partout en France et galvanisés par l'attente de l'enregistrement - en Belgique avec Niek Meul (Das Pop) et christine Verschorren (Ghinzu) - puis de la sortie du disque, Yannick, Pierre et Romain donnent tout ce qu'ils ont sur En eaux profondes, pour un résultat majoritairement convaincant. Les petits défauts du groupe (voix parfois trop maniérée, textes en français un peu adolescents, compositions calmes souvent trop mielleuses) sont très souvent placés au second plan grâce au talent inné de Quidam pour composer des tubes immédiats, à l'énergie impressionnante des trois musiciens et à leur remarquable puissance de feu... Quand il envoie le bois rock en s'inspirant des guitares tranchantes et des rythmiques martialo groovy du post punk des Rakes, Quidam évolue au dessus de la mêlée : De sang froid, Paris, Des nuits, Mes crimes impressionnent durablement. Le tube ultime Nos souvenirs, quant à lui, marque au fer rouge dès la première écoute et reste en tête pour longtemps, très longtemps... Cette chanson pop miraculeuse possède tous les atours du hit radio : un gimmick de guitare génialement simple, un texte gentiment mélancolique, une mélodie imparable... En eaux profondes est un bon premier album - avec ses défauts et ses qualités - pour un groupe sans doute promis à un bel avenir.
Style :
Chanson française Il y a maintenant 4 ans un jeune groupe au patronyme allemand (Leute = les gens en allemand) sortait une démo 11 titres #0 … le revoici un peu moins jeune (donc plus mur ?) avec un premier vrai album toujours intitulé numéro zéro dans lequel on retrouve la plupart des titres du précédent. Leute ferait il du sur place ? Non, pas du tout, car entre temps Etienne Le tourneur et les siens, à savoir Guillaume Mongens (contrebassine/basse/…), Jérémy Paulin (batterie/percus), Cyrille Levy (guitares), Emilie Rambaud (trombone/flûte/…), ont pas mal joué*, et pris le temps de bien enregistrer (et illustrer) ces 9 morceaux. Si le concept « la chanson qui s’écoute comme on lit un magazine » est un peu tiré par les cheveux, avec des chansons classées par thèmes, « société », « scoop du mois », « tendances », les morceaux qui composent ce « magazine » sont particulièrement réussis. Et après avoir feuilleté le livret avec amusement, on pourra se pencher sur ces paroles qui font mouche. Quelque soit le thème abordé, ceux qui prendront la peine de prêter une oreille attentive aux paroles ne pourront qu’être touchés par la fraicheur et la justesse de la plume d’Etienne. Le premier morceau dans l’air du temps (et ses pics genre « comme le mariage a fond la caisse depuis qu’on ne va plus à la messe ») résume d’ailleurs assez bien l’esprit de Leute. Musicalement de petites incursions blues (sur … dans mon pieu), country (sur Julie juillet), manouche (marcher), … montrent toute l’adresse des musiciens et apportent la diversité qui ne rendra l’écoute de ce disque que plus agréable. Coté parentés / convergences évolutives on pensera selon les morceaux à La Tordue, aux Ogres de Barback (surtout lorsque Etienne est accompagné par Emilie), ou encore aux Drôles de Drames (pour les parties les plus théâtrales comme sur la lettre du marin perdu). Bref un groupe à (re)découvrir au plus vite (sur scène en ce qui me concerne).
* il semblerait que depuis les musiciens aient changé