(3/3, version charmée mais gonzo :) Quand je suis arrivée au Docks des Suds pour le concert d’ Alain Bashung , je ne pensais pas me retrouver en plein teknival. La salle n’est certes pas réputée pour son sens de l’organisation, mais là je dois dire qu’on avait rarement vu une atmosphère aussi foutraque. Outre la file des accred’ aussi grande que celle des entrées payantes (on comprend mieux le prix des places et le déficit des Docks ..), on pénètre dans un vaste chaos, entre stands de foire, containers Emmaüs et tickets de boissons pour boissons tout court (deux files d’attente pour le prix d’une, donc), duquel seul l’instinct musical (et de survie) parvient à nous sauver. Mes pieds trempés par un quart d’heure de flaques boueuses sur chantiers désaffectés décorant la cyber-base de la Joliette, j’erre entre les bourrasques de vent humide et la brume de pizzas électriques à la recherche de la première partie. Je joue des coudes, me glissant comme un personnage de jeu vidéo entre mille silhouettes statiques, et après une trentaine de chicanes et de virages brusques, d’escaliers et de faux plats, je trouve enfin le groupe.
Enfin, le duo. Nommé Rimbaud venu présenter leur premier album Ni même en Sibérie couronné de lauriers médiatiques (Prix Labels Sud 2008). Voilà pour les présentations. Une petite chanson française sympathique rehaussée de d’hiver (...) instruments, dont certain pittoresques (en vrac : guitare folk, électrique ; basse aux allures de folk ; violon, ; mini clavier rouge ; tambour et boîte à rythme), qui colorent le set d’un visuel divertissant, au même titre que leur étrange projection en arrière-plan, mix d’un montage d’images genre ‘film de vacances’ tournées en caméra subjective, et d’un fond d’écran Windows des années 70 (champ de mimosa pastel, rivière pixel d’un arrière-plan Derrickien, etc).
La voix de Monsieur Rimbaud n’est pas désagréable, quoique un peu fausse parfois, et rappelle un peu celle de Cantat dans le trémolo aigu. Le duo enchaîne gaiement leurs tunes champêtres ; on y cause rivière, lac et fleur des champs, sur des mélodies entraînantes et parfois litaniques, en boucles efficacement cousues. Frais.
Je retrouve avec enchantement le petit air amicalement glacial du dehors, et là j’assiste à une véritable foire à l’empoigne : le public hétéroclite venu en masse voir Monsieur Alain Bashung , se voit réduit à user du système D pour tenter de profiter de la soirée, entre les gouttes d’eau perlant de chaque côté de la passerelle d’autoroute, les pieds hors d’atteinte des gravats et autres flaques d’eau, et pour certains, une escalade forcée sur des chaises en plastique, histoire d’apercevoir un morceau de scène -enfin de l’ « espace » aménagé en tant que tel- sorte de rectangle de fortune cerné de palissades et encombré par l’auguste tribune nargueuse des very imposants people. Il n’empêche qu’à 21h pile, Bashung fait résonner les premières notes de sa voix dans une acoustique qui sauve un peu les meubles.
Monsieur Bashung , very smart, en costume, sunglasses, chapeau et folk noirs, auréolé d’un mini orchestre de talentueux cordistes. (Je tiens cependant à préciser que tout ce que je dis depuis le début du concert est approximatif et mal fondé, vu mon placement hasardeux en 153ème ligne, fuyant les luttes intestines des fans plus que fans, ainsi que mon neurone humide et brouillé de fluide glacial.) Hahem, en plus je ne suis restée qu’une heure vu les conditions malmenantes du concert et mes pieds mouillés, mais ce qu’ai j’ai vu -euh entendu- du concert ne m’a pas laissé indemne, cette fois ci dans le bon sens du terme.
La voix théâtrale de Bashung déchirant la pluie fine et les zébrures des phares appartenant aux voitures fusées, emplissait l’âme à défaut de réchauffer les pieds (pardon, ça tourne à l’obsession..). Une voix immense portée par des mélodies aux accents saturés, torturés presque, mélancolisés par le grave du violoncelle et allégé de tant à autres en petites touches folk à l’aide d’un banjo ou d’un harmonica. Bashung arrive à créer une intensité fébrile à partir de ses airs calmes d’apparence légers et inoffensifs ; Bashung nage en eau trouble et provoque le Malstrom. Sur ma tête, ricoche cette eau absurde et mystique, qui solennise ce dialogue ; Bashung et la foule, la voix et l’instrument, la vie et la mort.
22h01, je quitte à regret le terrain vague -pardon la ‘salle de concert’- affaiblie par tant de décharges. Derrière moi, j’entends sa voix qui nous parle d’un film. Le son me poursuit, l’écho demeure, soulève mes jambes, fait danser mes pieds mouillés. ‘Osez osez Joséphine’ , je tourne à droite, la voix se meurt, retourne dans ses abysses. À côté de moi, une twingo écoute fenêtres ouvertes ‘Bohemian Rhapsody’ . Je hausse les épaules ; ce soir, il ne m’a suffit qu’une voix, sans championnat d’octave ni fioritures, pour me bercer l’âme ; « dans le silence ou dans le bruit »..
BASHUNG TOUT SIMPLEMENT MAGIQUE, COMME IL NOUS A DIT EN DEBUT DE CONCERT:BON VOYAGE.
CE FUT LE CAS:VOYAGE INTERIEUR, DANS LE TEMPS, LES REVES,LES SENTIMENTS...
QUELLE VOIX PROFONDE QUI VOUS EMMENE ET VOUS ENVOUTE.QUELLE PRESENCE DISCRETE ET SI FORTE A LA FOIS
IL NOUS A FAIT VOYAGER DANS NOS SOUVENIRS CAR IL PARTAGE NOTRE VIE ET NOTRE EVOLUTION SANS LE SAVOIR SANS DOUTE.
ON L'AIME, JE T'AIME.
A BIENTOT, ICI OU AILLEURS...