Critique de concert Ben l'Oncle Soul + Imany


S’il est à Lille une salle loin de tout, c’est bien le Splendid. Pourtant, sa programmation à la fois pointue et ouverte en fait un des lieux de référence de la vie culturelle de la Métropole. D’ailleurs, sa localisation n’a pas découragé les près de 900 personnes venues assister au concert de Ben l’Oncle Soul, complet depuis plusieurs semaines. L’une des révélations de l’année est en pleine tournée marathon à travers la France entière et même une partie de l’Europe, et il pose ce soir ses valises dans la capitale des Flandres pour la première fois.

En première partie, il a choisi Imany, une jeune chanteuse d’origine comorienne, illustre inconnue qui se présente sur scène seulement accompagnée d’un guitariste. Après s’être qualifiée elle-même d’ "Apéricube de la soirée", elle prend le micro et livre une prestation acoustique envoûtante. Sa voix grave, chaude et son timbre boisé ne mettent que quelques minutes à charmer un public déjà bouillant, qui l’accompagne en tapant des mains. Sa musique, à la fois calme et rythmée, à mi-chemin entre folk et soul, métissée par les six années que la chanteuse a passées à New-York, captive un auditoire qui ne fait pas mystère du plaisir qu’il prend. Généreux, les spectateurs lillois réservent une ovation méritée à l’artiste, qui avoue même en rougir avant de sortir sous des applaudissements nourris. Le pari de lancer la soirée avec une musique plutôt mélancolique était risqué, mais la jeune femme éclabousse la salle de tellement de talent que l’ambiance ne pouvait en être que plus belle.
De talent, le jeune humoriste qui vient animer l’entracte ne manque pas. Drôle, parfois même désopilant, ce qui est une qualité de plus en plus rare parmi la jeune génération de l’humour français, le jeune homme fait patienter agréablement un Splendid qui lui réserve à son tour une belle ovation.

Mais il est temps de passer aux choses sérieuses. Ben arrive enfin sur la petite scène lilloise et entame Crazy, reprise de Gnarls Barkley qui figure sur Soulwash, son premier EP. Sans laisser le temps au public de reprendre son souffle, il enchaîne avec Soulman, un de ses titres phares. On se délecte déjà des chorégraphies délicieusement désuètes que l’artiste a mises en place avec les deux choristes qui l’entourent et on admire le saxophoniste, qui prend des poses de rockstar, à genoux au milieu de la scène. L’ambiance est déjà brûlante, les spectateurs sont ravis, ils se balancent de droite à gauche, hochent la tête, claquent des doigts et tapent des mains. Trois nouvelles chansons passent (dont les plus calmes I Don’t Wanna Waste et Lise) qui voient Ben venir sans cesse au contact de son public, l’encourageant à donner de la voix. Sa reprise de Seven Nation Army vient clore un premier chapitre du concert, pendant lequel l’artiste ne se sera pas tellement adressé à la salle, mais l’aura déjà chauffée à blanc.

Pour calmer un peu le jeu, il plonge alors la scène dans une ambiance lounge-jazzy de bar d’hôtel enfumé et se met à raconter une petite histoire pleine d’humour, dans laquelle une jolie blonde l’accoste sur une plage. Tout ceci ne dure pas bien longtemps, ce n’était en fait que le prélude à une nouvelle reprise, cette fois-ci du kitschissime Barbie Girl des Danois d’Aqua, servi dans une version pleine de swing et chantée en chœur par tout le public. Le concert reprend son rythme effréné et il se met rapidement à déraper pour bientôt devenir complètement fou : sur Ain’t Off To The Back, Ben saute dans la fosse et bondit au milieu d’un public déchaîné, parcourant ainsi un bon bout de chemin avant de revenir finalement sur scène. Il cède alors la place à Ulrich Kwasi, l’un de ses choristes, qui s’offre une jolie reprise du romantique What’s Going On de Marvin Gaye. Un petit moment de répit qui est de courte durée puisque c’est déjà au tour du second choriste, Opé Smith, de lancer une reprise explosive de l’imparable I Feel Good de James Brown, qui vient galvaniser encore un peu plus un Splendid en feu. Vient enfin le faussement calme Come Home, pour lequel Ben reprend le micro. Sur la fin de ce titre qui va crescendo, le chanteur s’amuse à jouer à "un, deux, trois, soleil" avec les spectateurs, faisant s’arrêter puis repartir la musique. Il conclue ainsi brillamment son concert, dont il laisse le dernier mot au batteur, jusqu’alors plutôt discret, qui achève tout le monde d’un solo parfaitement maîtrisé.

Les musiciens quittent la scène et laissent la salle surchauffée, bouillonnante comme jamais, à deux doigts de l’hystérie collective. Le public fait un vacarme de tous les diables pour que la petite troupe revienne et ce sont les Soulwash Boys (les deux choristes) qui réapparaissent les premiers. Ils se mettent à haranguer encore la foule qui n’est bientôt plus qu’un long hurlement assourdissant. Ben revient finalement à son tour pour entamer Petite Sœur, un titre a priori à des années-lumière de l’ambiance sauvage qui s’est emparée du Splendid, mais dont il se sert au mieux pour faire encore danser ses fans, auxquels il lance qu’il "a envie de rester encore un peu". Il joue alors avec son public, qu’il fait chanter, crier et danser, un public auquel il donne tout ce qu’il a et qui le lui rend au centuple. La petite salle écarlate est remplie à ras-bord d’une énergie folle, la chaleur est devenue intenable, tout le monde est épuisé mais jette ses dernières forces dans la bataille pour finir ce concert en apothéose et rendre à l’artiste et à ses musiciens l’hommage appuyé qu’ils méritent.

Les lumières reviennent finalement dans la salle, chacun reprend doucement ses esprits et se dirige, encore un peu hagard, vers les escaliers. Il faudra aux plus téméraires attendre une quinzaine de minutes pour que leur idole vienne les saluer à la sortie et se prêter au jeu des autographes et des photos. Ben prouve ainsi qu’il reste un artiste accessible, aussi généreux en coulisses que sur scène. Ce soir, il aura régalé le public lillois au-delà de ses attentes. Il est plus qu’une révélation de la soul française, c’est un artiste complet, qui a su s’entourer de musiciens talentueux et qui s’est forgé en quelques mois une réputation de showman hors pair. Réputation plus que méritée. "Peace, Love, Soul, c’était Ben l’Oncle Soul"

Merci à Melisande Crozier.
Signature : fredcle 24/10/2010
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