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Chronique de Concert

Nick Mason's Saucerful Of Secrets

Nick Mason's Saucerful Of Secrets en concert

Olympia, Paris 10 septembre 2018

Critique écrite le par

Cette tournée de Nick Mason en solo était inattendue à plusieurs titres... Tout d'abord car le légendaire batteur, aujourd'hui âgé de 74 ans, n'avait jamais tourné en dehors de Pink Floyd. En dehors d'un ou deux disques confidentiels parus au début des années 80 et de quelques apparitions en guest, il semblait privilégier sa passion pour la compétition automobile à la musique, et se satisfaire pleinement de sa vie de retraité multi millionnaire.

Au mois de juin dernier, alors que l'on sortait, un peu déçu, du gigantesque barnum de Roger Waters, on pensait que c'était probablement la dernière fois, compte tenu de leur âge, que l'on entendrait en live la musique du Floyd jouée par un de ses musiciens. C'est alors que, sorti de nulle part, Nick Mason annonçait son retour sur scène pour un concert totalement dédié aux premières années du groupe (de 1967 à 1972) ! Avec ce choix, il se démarque intelligemment des deux figures de proues du groupe (Roger Waters et David Gilmour) qui, en dehors de quelques titres de cette période ("One of these days", "Astronomy domine", "set the control to the heart of the sun"), concentrent leurs concerts sur le répertoire d'après 72 ( "Dark side of the moon", "Wish you were here", "Animals", "The wall" ...). De plus, plutôt que de monter un grand show pyrotechnique, il décide de tourner dans des salles plus humaines en se contentant uniquement de jouer sans show et sans fioritures, comme le faisait le Floyd d'avant "Dark side of the Moon".



Pour le fan ultime du Floyd que je suis, la perspective d'entendre en live des titres issus des albums "Saucerful of secrets", "The piper at the Gates...", "More", "Atom heart mother" ou "Meedle" est une chance unique qui ne se reproduira probablement jamais. Au moment de pénétrer de prendre place sur les sièges rouges de l'antre légendaire du boulevard des Capucines, l'inquiétude était toutefois de mise. Le concert allait-il tenir la route ? Y aurait-il une âme ou allions nous assister à une interprétation un peu cheap d'un "auto" tribute band ?

Ces inquiétudes furent balayées en moins de 30 secondes. A peine joué, le riff sauvage d'"Interstellar Overdrive" met tout le monde d'accord ! Le son est clair et excellent. Autour de Mason, qui ressemble à un retraité paisible et chic du Yorkshire, le groupe, formé de 2 guitaristes, d'un clavier et d'un bassiste ayant accompagné Pink Floyd après le départ de Waters, ne laisse aucune place à l'amateurisme en jouant extrêmement soudé et ne tarde pas à emporter le public dans une autre dimension avec les phases planantes et psychédéliques de ce morceau d'anthologie.



La set list est un véritable bonheur, emmenant dans un premier temps le public visiter les architectures étranges des morceaux composés par Syd Barrett avec "Astronomy Domine", "Lucifer sam", "Arnold layne". Musicalement c'est excellent, et hyper intéressant de voir comment ces morceaux assez complexes sont joués sur scène. Plus personne ne joue de la musique comme cela ! C'est à la fois envoutant, perché, original et musicalement extrêmement novateur et travaillé. Comment a-t-on pu passer en 40 ans de Pink Floyd à Maitre Gims et Végédream ? C'est la théorie de l'évolution à l'envers rapporté à la musique ...

On savoure pleinement un petit détour sur l'album "Meedle" avec une très belle version de "Fearless" et un petit détour sur le méconnu "Vegetable man" avant de se faire aspirer vers le premier sommet himalayen de la soirée consacré à "Atom heart Mother". Pendant près de 20 minutes, le groupe livre une relecture phénoménale de "If" mixée avec plusieurs parties d'"Atom heart Mother".

On comprend pourquoi les membres de Pink Floyd sont et resteront à jamais les génies absolus, incontestables et incontestés du rock progressif et psychédélique. En partant d'une simple ballade timide, le groupe nous transporte dans une succession d'atmosphères tantôt planantes, rock ou grandiloquentes en suspendant le temps. C'est un véritable voyage cérébral dans lequel nous sommes guidés et qui nous emporte très loin pour peu qu'on s'autorise à s'y abandonner avant de nous faire atterrir avec beaucoup de douceur en clôturant le morceau par là où il avait débuté : l'intro acoustique et timide de "If".



L'atmosphère change du tout au tout puisque le groupe s'attaque en suite à "The Nile Song", issu de la bande originale de "More" et qui est probablement le premier morceau grunge jamais enregistré, avec plus de 20 ans d'avance, et qui fait figure d'ovni dans la discographie du Floyd. S'en suit "Obscured by clouds" qui est un morceau plus gilmourien dans lequel les guitaristes s'illustrent par de beaux solos aériens, qui, ne cherchent pas non plus à copier à la note près le jeu de David Gilmour.

Les musiciens sont sur scène depuis plus d'une heure trente et se penchent alors sur de larges extraits de "Saucerful of secrets" qui seront le deuxième sommet de la soirée. On s'envole à nouveau très loin en redécouvrant "let there be more light" et en se faisant haper dans une autre dimension pendant plus de 10 minutes par une relecture fantastique de "Set The control of the heart of the sun". L'atterrissage se fait avec "See emily play" et "Bike", deux morceaux en apparence plus légers et enfantins issus du cerveau génial mais tourmenté de Syd Barrett.

Nous redécollons avec un "One of these days", qui fait toujours son effet en concert et qui conclut le set de belle manière. Le groupe revient pour un rappel de deux titres avec une très belle version du très planant "Saucerful of secrets" avant de conclure définitivement le concert par le méconnu "Point me at the sky" qui laisse à Mason une occasion de mettre en valeur son jeu de batterie aérien et si particulier.

Les retrouvailles de la musique de Pink Floyd et de Nick Mason à l'Olympia plus de 50 ans après leur dernière visite a été une franche réussite, et un grand moment musical pour moi ! La simplicité du show montre combien la musique de Pink Floyd se suffit à elle-même et n'a pas forcement besoin de l'immense, et pourtant parfois fascinant, barnum dans lequel les concerts de Gilmour et Waters se sont maintenant enfermés...

Photos : Manu Wino manuwino.com www.facebook.com/manuwino


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