25-27 septembre 2008 - Marseille Moment fort de la rentrée culturelle dans le Sud Est, le festival Marsatac explore depuis dix ans tous les territoires des musiques électroniques pour donner à voir et à entendre le meilleur de la création d’aujourd’hui : têtes d’affiches internationales, brochette d’artistes connus, inconnus ou même méconnus.
Les 3 soirées de cette 10° édition du festival se déclineront en 3 thématiques : le jeudi 25
septembre, une soirée d’ouverture connectée à l’Afrique. Le vendredi 26 avec une Hip-Hop
connection à la fois historique et novatrice et pour le grand final du samedi 27, le meilleur de la scène Electro/Rock.
Dernier soir qui visait le public rock et surtout electro venu plus tardivement que la veille, avec encore de plus ou moins bonnes choses.
Les hostilités commencent avec Nevchehirlian, le groupe de Fred de Vibrion qui avait ouvert ce même festival il y a quelques années, dans un registre plus slam/electro alors très original. Ce projet là est plus classique dans la forme, du rock à texte qui fait penser dans le meilleur des cas à Diabologum, Dominique A voire Noir Désir (les affiches partagées avec Serge Tessot Gay n'y sont surement pas étrangères), avec un chant scandé accompagné de deflagrations electriques qui font leur effet.
L'accueil est correct pour l'unique groupe local de la soirée, en attendant qu'ils fassent parler d'eux discographiquement l'an prochain.
Think Twice
Leur dernier album est passé innaperçu mais on est vraiment content de voir pour la première fois ici les Allemands de The Notwist, parmi les plus dignes émules de New Order. On aime la mélancolie du chanteur Markus Acher, cette facilité à enchainer morceaux electro pop très simples avec des choses plus rock, et ce goût de l'experimentation qui leur fait rallonger et rendre méconnaissables certains titres.
Et puis il y a ce facétieux Martin Gretschmann aux claviers qui commande ses machines avec des manettes de console de jeux, comme dans son autre groupe...Console.
Pas de "Chemicals" ou de "One with the freaks", tubes pourtant incontournables mais un beau "Pick up the phone" et surtout un enchaînement redoutable "Neon Golden"/"Pilot" avec pour ce dernier une version épique avec un long passage dub tout simplement bluffant.
A ceux qui trouveraient tout celà trop cerébral, les Polysics arrivent tout d'orange vêtus avec leur punk idiot vaguement inspiré par Devo, amusant quelques morceaux, notament pour une version de "My Sharona" un poil plus drôle que celle des Conards.
Mais les meilleurs blagues sont souvent les plus courtes, on se dirige vers l'autre scène qui accueille Chloé qui comme pour James Holden repose la question sur la pertinence de programmer des artistes issus de la scène minimale ou IDM dans un festival, si l'on est pas initié, on se fait chier.
Ebony Bones au contraire a toute sa place ici, bien que n'ayant pas encore sorti d'album, leur punk funk débridé est idéal pour enflammer le chapiteau. Depuis sa découverte en début d'année impossible de se passer de leur single "We all know about you" et agréablement surpris qu'une de leurs premières dates françaises soit ici, pour une fois AVANT les Transmusicales où ils vont cartonner à coup sûr.
La chanteuse et ses choristes sont fantasques, la section rhytmique tribale et chaque titre pulse d'énergie communicative, de "Don't fart with my heart" à "Love and boredom" c'est un des grands moments de cette édition, peut être le meilleur live avec Saul Williams la veille.
On ne s'attardera pas sur les pas très folichons Minitel Rose pour signaler le carton plein de Boys Noize dont le son saturé peut paraître un peu vain à la longue mais procure quelques sensations fortes et pousse indéniablement à se déhancher.
Le week-end s'arrête là pour ma part, on espère que Marsatac trouvera un lieu digne de ses aspirations l'an prochain (le J4 ne sera pas dispo) et une programmation encore plus intéressante, la forte affluence de ces trois soirs a démontré que Marseille n'est pas toujours une ville morte quand il s'agit de musiques actuelles.
et une petite de Think Twice : ici
et une petite de the Notwits : ici
et une petite de Polyzicz : ici
et une petite de Chloe : ici
et une petite de Minitel Rose : ici
et pour finir, une petite de Ebony Bones : là
Passage annuel d'une soirée à Marsatac qui ne finira finalement pas en Glastonbury : l'énorme averse qui m'a trempé jusqu'au slip sur mon vélo dans l'aprème est bien finie quand j'arrive sur le site, peu avant 22 heures, il fait même plutôt doux. Petite déception en arrivant, le contrat "Festival Ecologique" n'est qu'à moitié rempli... Points positifs quand même, il y a un tri des déchets fait par des bénévoles d'Aremacs, ainsi que des toilettes sèches pour les dames, mais ni garage à vélo ni, surtout, gobelets consignés ... et collectors. L'an prochain, peut-être ?
N'étant pas spécialiste de hip hop - thématique du soir, le rock est un peu oublié cette année sauf samedi où je ne pourrai pas venir (encore que sans les Willowz annulés sans prévenir le lendemain, esprit Rock en Seine, ça le fait carrément moins !). Ayant en outre raté Patrice pour cause d'autre chose à faire, je suis donc là principalement pour voir Saul Williams, le plus rock des slammeurs, dont j'adore le dernier album Niggy Tardust, d'ailleurs le seul que je connais ! Après une entrée un peu bouchonnée et le passage dans les pattes d'un videur aimable comme une fiche Edvige, on gagne le site pile au bon moment.
Entrée en scène de trois Noirs costumés : un guitariste doré, un clavier vampire et un MC bariolé et vénère envoient d'entrée un son énorme qui fait fuir les badauds et rappliquer les amateurs - pas grand monde au final, ce qui ne m'étonne pas franchement : j'ai déjà vu en très petit comité un fabuleux concert de Mogwaï ici même, il y a quelques années. Arrive une grand bringue multicolore et survoltée, iroquois de plumes sur la tête : Mr Saul Williams, dont la production déjà soniquement puissante va être jouée ce soir tous potards à fond, développant un son que n'auraient pas renié des metal-industrieux contondants à la, mettons, Killing Joke...
Tr(n)igger et son refrain addictif nous mettent déjà tous dans le rouge, le très virulent slammeur descend même dans la fosse haranguer les premiers rangs avec force. On repère quelques fans hardcore (qui chantent toutes les paroles, et pourtant dieu sait qu'il y en a beaucoup, respect !). Enchaînement sur un titre dancehall-joué-par-Rammstein, puis sur la plus calme Banged and blown through qu'il commence quand même debout sur un baffle, toisant la foule tel un Sitting Bull punk, le son s'améliore un peu, la guitare jouant la mélodie - c'est très bon ! Force est pourtant de reconnaître que le personnage a un côté Tricky, et pas seulement pour sa couleur, mais dans l'attitude suprêmement détachée, voire autiste. Qu'on soit 3 ou 30 000 à l'écouter ne doit pas faire une grosse différence pour lui ...
Il me fait en tout cas vaciller de bonheur en reprenant fabuleusement Declare Independance de Björk, le guitariste répétant la petite mélodie obsédante à l'infini tandis qu'il hurle comme un possédé. Suit un dub vocodé dans les graves où il me semble reconnaître un 'Je vous salue Marie, mère de dieu' en VO, puis la terrifiante Convict Colony et sa rythmique impossible (à 5 temps ?), sans doute la plus nineinchnailsoïde de toutes, puis encore un titre assez puissamment dansant, List of Demands, dont le riff descendant rappelle celui d'I wanna be your dog... Et voilà qu'à notre grande surprise, puis irritation, les 4 compères se barrent, nous jetant brutalement à la rue sans rappel, grmbl... et ce après 45 minutes en tout et pour tout. Pourtant pas faute d'avoir gueulé !
Pas de Sunday Bloody Sunday (la seule version de cette chanson que je supporte encore), pas non plus de la bouleversante Raised to be Lowered, le slammeur nous plante avec la tranquille assurance de celui qui sait qu'il a tout déchiré. Pas du tout généreux, mais conscient de sa valeur ! Sur la base de ma seule impression, je me serais dit que j'avais surévalué Saul Williams par simple excès de sympathie Reznorienne, mais le jugement ô combien plus cultivé en la matière de Sami (voir par ailleurs) qui a pensé la même chose, me rassure : Saul Williams a bel et bien éclipsé le reste de la soirée, ne serait-ce que par les décibels et la verve déployée...
Bien ternes en vérité, apparaîtront les Hocus Pocus pourtant pas totalement antipathiques sur disque, développant ici un son quand même plus variété que groovy. Et ce même s'ils ont drivé la plus grande partie du public. Une amatrice du groupe (qui n'est pourtant pas devant en train de danser) manquera d'ailleurs de m'estourbir quand j'oserai une comparaison que j'assume encore ici pour le côté groove-FM : on dirait Alliance Ethnik, allez, MC Solaar à la rigueur pour être gentil... Quoi qu'il en soit on peut procéder au traditionnel petit pipi face au Pharo et se ruer sur les pas mauvais mais un peu étranges hot-dogs et d'assez délicieuses nouilles sautées (la nourriture semble meilleure que l'an passé !), pendant que les HP mettent le feu à un public pas difficile - et tant mieux pour eux !
A peine plus passionné, mais là c'est sans doute par manque de connaissances en hip-hop, serai-je d'abord par Foreign Beggars, très honnête duo de toasteurs US au look intéressant et qui sonne en fait carrément plus, un peu à la Eminem. Par ailleurs ils parlent français et stimulent fortement leur public - prestation réglo en somme.
Peu après, Bauchklang et ses 5 human beat boxers : ça aussi ça sonne pas mal du tout, lent au début, rapide ensuite, le seul problème c'est que ça commence à être un peu trop à la mode (en local pour info, nous avons PHM qui en font presque autant à ... 2). Après 5 ou 10 minutes d'admiration de la technique, on finit par écouter la musique et il se trouve qu'elle ne casse pas trois pattes à un Korg...
De LoopTroop Rockers, j'ai surtout retenu le look et des dreadlocks impressionnantes, la musique serait elle (je cite mes notes) "à chier", puis "ok sans plus" - bref probablement des faire-valoir, sinon des bouche-trous, avant les très attendu De la Soul. Là encore (décidément c'est pas ma soirée), je confesse une ignorance presque totale. Très bon flow, gros ambianceurs qui font lever les mains à tout le monde, et derrière des chansons probablement culte mais qui, à cette heure-là, ne me parlent plus trop ... Le public en tout cas a l'air d'exulter, toutes mains en l'air, sûrement un très bon moment pour les aficionados !
Le temps de rigoler un peu avec des amis, et je regagne mes pénates, plutôt content malgré plusieurs prestations à mon goût anecdotiques - rien que de passer une soirée en plein air à écouter de la musique sur le J4 en bonne compagnie, mérite déjà le déplacement. On restera donc fidèles à Marsatac, en espérant qu'ils trouvent un site toujours agréable - le fait qu'ils soient théoriquement intégrés au dispositif "Marseille Capi'Cul' 2013" devrait au moins, espérons-le, dégager leur avenir ... qui ne l'a pas toujours été.
Egalement sur Concertandco, une soirée à Marsatac 2007, 2006 et 2005.
Photos ratées/assumées par Philippe, + 1-2 vidéos par ici !
Deuxième soir à la tonalité hip hop et très grosse affluence comparée à la veille, et de bons concerts dans l'ensemble.
J'arrive trop tard pour les Platinum Pied Pipers dont j'ai eu de bons échos, je me rabats sur la fin du set de Patrice.
Un peu perdu de vue depuis son premier EP (le beau "Lions" en 99), j'ignorais qu'il avait un tel succès au point de remplir à craquer le grand chapiteau, un vrai plebiscite d'entrée de jeu. En même temps à Marseille on aime le reggae et le ska festif et dans le genre l'Allemand et son groupe sont plutôt efficaces et dansants, avec des morceaux taillés pour la scène comme "Soulstorm" ou "Up in my room" dans des versions musclées dirons nous.
Atmosphère nettement plus sombre et electrique sur la scène Major avec sans conteste le meilleur live de la soirée, Saul Williams. Son passage en 2005 au Moulin est encore dans toutes les mémoires, une claque magistrale confirmé par ce concert encore plus apocalyptique. Toujours accompagné du sorcier des platines dj Ex Kidtronix avec cette fois un clavier et un guitariste furibard, il captive, choque, agresse, vocifère, scande ses textes avec une énergie et une conviction telle qu'on est scotché voire étouffé du début à la fin. Son repertoire parle de lui même, des brulôts "Grippo" et "Black Stacey" qui ont déjà fait leurs preuves au plus récents "TR(n)igger", "World on wheels" et "Niggy Tardust", c'est une nouvelle attaque massive dont on ne sort pas vraiment indemne et à coté de laquelle le reste va fatalement moins marquer.
Voir paraître bien fade comme l'inexplicable succès d'Hocus Pocus, dont l'approche musicale louable ne peut excuser une telle indigence, que ce soit au niveau des textes pontifiants ou du flow digne de Manau.
On va plutôt découvrir les Anglais de Foreign Beggars qui surprennent agréablement, niveau son le dj Nonames la joue résolument old school avec quelques incursions electro bienvenues et coté Mc's, Orifice Vulgatron et Metropolis font un peu penser un Roots Manuva qui freestylerait avec Eminem.
Cerise sur le gateau, un impressionant beatboxer gringalet, un certain Rix One (pas sûr de l'orthographe) vient dynamiter la fin du set avec des prouesses bucales qui rendent un peu caduque le live de Bauchklang sur la grande scène, de toute façon déjà vus lors d'une précédente édition.
Cette fois on ne quitte pas la grande scène (ndP : et on rate les energique Looptroop Rockers) pour la tête d'affiche De La Soul, pour lesquels j'avais peur d'être déçu vu les concerts en demi teinte d'autres légendes du genre.
Eh bien malgré une crainte légitime lors des premières minutes de réglage c'était vraiment chouette de voir ces idoles s'amuser comme à leurs débuts, avec leur cargaison de tubes piochant dans quasiment tous leurs albums. ""Potholes in My Lawn", "Me Myself And I", "A Roller Skating Jam Named Saturdays", "Ego Trippin", "Stakes Is High", "Oooh.", "All Good?" et bien sûr leur premier hit en France ""Ring Ring Ring (Ha Ha Hey)" qui rappelle d'excellents souvenirs.
Pas inoubliable mais rien de désagréable dans ce concert qui a fait chapiteau comble, lequel commence à considérablement se vider après, mais il reste encore pas mal de monde pour les chantres du dubstep Benga & Skream.
Un son massif qui rencontre un bon accueil, avec des infrabasses sur lesquelles il est difficile de ne pas se remuer, d'autant que les mc's de Foreign Beggars s'invitent à la fête et viennent poser sur ces rhytmes prenants idéaux pour finir une soirée bien ficelée.
et une petite de Saul Williams : ici
et une petite de Bauchklang : ici
et une petite de Foreign Beggars : ici
et une petite de Hocus Pocus : ici
et une petite de Patrice : ici
et une petite de Platinum Pied Pipers : ici
et pour finir une petite de De La Soul : là