Accueil Chronique de concert Interview de Jean-Louis Murat dans le cadre de la sortie le 24 novembre 2017 de l'album Travaux sur la N89
Samedi 16 décembre 2017 : 10872 concerts, 24778 chroniques de concert, 5189 critiques d'album.

Interview de Jean-Louis Murat dans le cadre de la sortie le 24 novembre 2017 de l'album Travaux sur la N89

Interview de Jean-Louis Murat dans le cadre de la sortie le 24 novembre 2017 de l'album <i>Travaux sur la N89</i> en concert

Clermont-Ferrand Novembre 2017

Interview réalisée le 22 novembre 2017 par Pierre Andrieu



Toujours insaisissable, Jean-Louis Murat sort de sa retraite - qu'il avait annoncée en 2016 et à laquelle on avait un peu de mal à croire... - en effectuant son retour discographique avec un nouvel album d'obédience électro hip hop R&B. Un disque très surprenant intitulé Travaux sur la N89 (chronique à lire ici) et qui tranche clairement avec les dernières productions du monsieur, orientées chanson blues rock (Babel) et jazz (Morituri)... Complexe et déstabilisant pour les fans, visiblement enfanté au prix d'un énorme chantier créatif en studio, cet ovni musical nécessite de nombreuses écoutes pour révéler sa substantifique moelle puis entraîner l'auditeur dans une sorte de transe. Peu loquace ces derniers temps, Jean-Louis Bergheaud a bien voulu répondre à quelques questions afin de délivrer les indispensables clés nécessaire à l'appréhension de sa dernière livraison en date... Qui en appelle visiblement d'autres puisque Murat dit avoir à nouveau enregistré très récemment. Entretien :



Après avoir annoncé ta retraite mi 2016, tu as surpris tout le monde tout d'abord avec l'annonce de la sortie de l'album Travaux sur la N89 pour le 24 novembre 2017 puis, ensuite, avec sa tonalité très expérimentale et teintée d'électro hip hop R&B... Raconte-nous depuis combien de temps tu préparais ce tonitruant retour et ce qui t'a inspiré pour qu'il sonne ainsi ?
Jean-Louis Murat : L'enregistrement de Morituri et la tournée qui a suivi m'ont été très pénibles. Ma petite activité de chanteur guitariste colonisé m'a semblé vaine. Ma petite chanson était ridicule. Depuis le Bataclan, déjà, je me sentais la " chique coupée ". Ma façon d'être chanteur n'avait plus aucun rapport avec le temps présent. Pendant plusieurs mois, j'ai pratiqué un sevrage volontaire. Ne plus écrire, ne plus composer, ne plus rien écouter. Lentement m'est venue l'idée de faire les choses à l'envers, un disque à l'envers. L'idée était lancée. J'ai pris quelques jours de studio chez Denis. Bing bing bing, la méthode " cul par dessus tête " et ça marchait.

Le disque a donc été enregistré en Auvergne chez Denis Clavaizolle, dans son nouveau studio... Parle-nous de l'endroit où il a été réalisé et de ce qu'a apporté Denis, qui cosigne les arrangements avec toi...
Le studio de Denis sent le bois. Il est ouvert sur l'extérieur. Des centaines de boîtes à rythmes et synthés ; ça m'a plu. J'ai loué un petit appartement et je suis devenu Cournonnais. Pendant un temps de canicule, nous avons travaillé 51 jours et le 52ème jour Denis m'a foutu dehors pour peu de choses ; il en avait marre je crois.

Il semblerait bien que ce soit ton disque le plus complexe au niveau de la production... Peux-tu évoquer son élaboration, assez longue visiblement...
Le disque s'est fait en improvisations successives avec l'idée de composer des mélodies et d'écrire des textes en fin de travail, à l'envers, très amusant. Je suis rentré en studio sans un seul mot, sans une seule note, travail " à l'hasard " (à prononcer avec l'accent de Raymond Goethals, svp), tout au pif. Evacuer toute idée de sérieux et détruire toute idée de chanson dès qu'elle apparaît (tu vois le dégoût profond du genre !). Nous nous amusions beaucoup en pensant à ceux qui ne comprennent rien à ce qui ne demande pas à être compris.



Parle-nous des invités présents sur l'album, Morgane Imbeaud, Sonia Hizzir, Matthieu Lopez et Alain Bonnefont...
On trouvait toujours quelque chose à enregistrer pour les amis de passage. Nous nous sommes beaucoup amusés. (j'ai d'ailleurs oublié Jérôme Caillon dans les crédits !).

Une fois de plus, tu mets en valeur la superbe voix de Morgane Imbeaud sur tes compositions... Comment travaillez-vous ensemble ?
Morgane est tellement talentueuse. Je ne lui demande rien. Elle chante comme elle aime, comme elle a envie. Nous sommes amis alors ça se passe avec peu de mots.

Tu écoutais quoi pendant la composition puis pendant l'enregistrement de "Travaux sur la N89" ?
J'écoutais à haute dose Frank Ocean, Mykki Blanco, James Blake... et bien sûr, ce "bien plus que Dylan" qu'est Kendrick Lamar.

Même si le disque sonne comme un ovni dans ta discographie, le gros travail sur les synthés, les bidouillages électroniques et le côté déstructuré des morceaux font penser à la manière dont tu avais déconstruit l'album Mustango pour la scène, travail sur le son qui avait ensuite abouti à la sortie du live Muragostang...
Déjà avec le groupe Clara, la déconstruction était notre dada. "Travaux sur la N89" est dans la continuité de ce que j'ai toujours fait. Même en poussant le trio power pop jusqu'à la lassitude, je suis passé par des détours enrichissants. Les fidèles savent qu'en concert j'aime surtout faire exploser les chansons.



Tu as conçu le disque pour être écouté d'une seule traite (il a été envoyé aux journalistes sous la forme d'une piste unique de 39 minutes, ce qui entraîne des effets bien trippants quand on laisse défiler en boucle), explique nous cette démarche...
L'idée en enregistrant était de plonger l'auditeur dans une petite transe, comme pour l'album Muragostang.

La chanson où tu enchaînes les noms d'oiseaux en ouverture "Feignasse, radasse, grognasse, pétasse, connasse, putasse etc" m'a beaucoup fait rire, on dirait que c'est ta version des textes de rappeurs américains qui enchaînent les propos sexistes... En ces temps de règne du politiquement correct, n'as-tu pas peur de créer une polémique avec ça ?
" Feignasse... etc. ", c'était pour la chanson française ! Enfin !

Ah ok, j'avais pas compris comme ça... Parle-nous du titre "Travaux sur la N89", où tu fais "J'aime pas les travaux, j'aime pas le travail... Je ne travaillerai jamais !" (un bien bel exemple pour la jeunesse et la génération start-up à la Macron... )...
" Je ne travaillerai jamais... " était plutôt un message envoyé à mes enfants : pas d'ordres donnés, pas d'ordres reçus, pas d'horaires ". Du rimbaldien à usage familial.

Leonard Cohen, une de tes grandes influences, est parti fin 2016, j'imagine que cela a dû t'attrister profondément...
Pas triste du tout, cette dernière tournée pour se refaire financièrement m'avait dégoûté. Belle vie ; mort cool ; je n'allais pas être triste. Il faut savoir tuer ses admirations.

Et pour conclure l'interview, as-tu envie de transposer le disque "Travaux sur la N89" sur scène et de reprendre les concerts ? Est-ce que le fait de ne plus en donner depuis un certain temps te manque ?
Je ne sais pas. J'avance au hasard. Je n'ai pas de projet particulier, même si nous avons déjà enregistré quelques nouveaux titres avec Denis, la semaine dernière. Je ne sais pas. Tout est possible...



Photos : Jean-Louis Murat



Liens : www.jlmurat.com, www.facebook.com/jeanlouismurat, twitter.com/jeanlouismurat, www.leliendefait.com, www.surjeanlouismurat.com...

A lire également, une chronique du dernier concert de JL Murat, à la Coopé, en juin 2016, un compte-rendu du concert au New Morning à Paris en 2014, une interview de JLM à propos de l'album Le Cours Ordinaire Des Choses en 2009, ainsi que des entretiens avec Murat en novembre 2006 (sur Taormina), octobre 2004 (sur A bird on a poire), octobre 2003 (sur Lilith) et juin 2003 (sur le concert pour Koloko)...


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