Accueil Chronique de concert Interview avec Stu Mackenzie du groupe King Gizzard & The Lizard Wizard à l'occasion de la sortie de l'album Flying Microtonal Banana
Samedi 24 juin 2017 : 10436 concerts, 24480 chroniques de concert, 5162 critiques d'album.

Interview avec Stu Mackenzie du groupe King Gizzard & The Lizard Wizard à l'occasion de la sortie de l'album Flying Microtonal Banana

Interview avec Stu Mackenzie du groupe King Gizzard & The Lizard Wizard à l'occasion de la sortie de l'album Flying Microtonal Banana en concert

Melbourne Mai 2017

Interview réalisée le 31 mai 2017 par Pierre Andrieu



Top ! C'est parti ! Je suis un groupe avec un nom à coucher dehors, je suis composé de sept musiciens hallucinants d'inspiration, de cohésion et de puissance quand ils jouent ensemble, je fais du rock psyché bien barré, je viens de Melbourne en Australie, je sors un nouvel album qui tue à peu près tous les ans, cette année je vais publier entre 4 et 5 disques, je suis actuellement en train d'assurer la promo d'un disque enregistré avec un accordage micro tonal, je serai en concert en France en juin pour jouer en live des extraits d'un recueil de morceaux intitulé " Banane volante micro tonale " (sic), par l'intermédiaire de mon excentrique leader Stu Mackenzie j'ai bien voulu accepter de parler pendant 45 minutes, je suis... je suis... King Gizzard & The Lizard Wizard !



Comment tu te sentais au moment de commencer l'élaboration de l'album Flying Microtonal Banana ?
Stu Mackenzie : C'est le premier disque qu'on a enregistré dans notre propre petit studio, on venait tout juste de le finir... En fait le lieu consiste en une seule pièce, qui fait penser à une boite en placoplatre. C'est là qu'on devait finaliser le disque, jammer sur différentes idées, tout en tournant beaucoup et en mettant en place cette histoire de guitare accordée de façon micro tonale. L'enregistrement c'est super bien passé, on était détendus, je suis arrivé avec quinze idées de morceaux et on s'est mis à placer les micros dans la pièce puis à jouer... La plupart des autres membres du groupe ne connaissaient pas les morceaux avant qu'on les fasse en studio, donc on allait là-bas le matin - heu, en début d'après midi ! - , je leur montrais mes idées de morceaux brutes de décoffrage, j'avais écrit quelques paroles, j'avais la structure générale des morceaux, on bossait dessus toute la journée et on faisait une prise dans la soirée. Prise qui au final était souvent celle qui figure à l'arrivée sur le disque... La plupart des chansons ont donc été mises en boite en une seule journée, même s'il y a eu beaucoup d'overdubs enregistrés après. On a réussi à créer une atmosphère cool dès le début, et on a vraiment bossé dur, mais sans s'en rendre compte... C'est l'avantage d'avoir son propre studio et de pouvoir faire autant de bruit que possible toute la journée sans emmerder qui que ce soit ! Bref, ça a été un disque agréable à faire ! Bien plus agréable que Nonagon Infinity !

Justement, parle-nous de l'album précédent, Nonagon Infinity... Comment avez-vous fait pour que tous les morceaux s'imbriquent pour former un seul titre ? Ça doit représenter une masse de boulot colossale, non ?
Oh putain, ce disque m'a presque détruit ! C'était super à faire mais ça a effectivement nécessité un travail de dingue ! Procéder de cette manière pour obtenir l'impression d'avoir un seul morceau avec différentes parties, c'est hyper déroutant au final... Il y avait plein de bouts de morceaux qui étaient impliqués dans d'autres titres, et je finissais par devenir dingue ! Quand on écoute le disque fini, l'impression est super, mais à faire c'est autre chose, mon cerveau tournait en rond, j'avais ces morceaux en boucle dans la cervelle. On a mis pas mal de temps à faire ce disque, on bossait sur certains titres de "Nonagon Infinity" avant de faire les albums "Quarters!" et "Paper Mâché Dream Baloon". Avant même d'enregistrer l'album "I'm In Your Mind Fuzz", on avait des premières versions de "Wah Wah", "Invisible Face" et "Evil Death Roll", ce sont les trois premiers titres qui nous sont venus pour "Nonagon". On les a joués en live, et comme ils avaient des structures assez flottantes, on a commencé à improviser dessus, à jammer, et puis on en est arrivé à penser qu'on ne savait plus trop ce qu'on allait en faire... Finalement c'est devenu un jeu entre nous de réussir à créer des motifs et des riffs qui s'intégreraient dans d'autres morceaux. Par exemple, sur "Gamma Knife", sur "Robot Stop" et sur une poignée d'autres compos, on a créé des liens entre les morceaux, tout a commencé à faire sens, les chansons ont commencé à être liées, on a réussi à les faire marcher par paire au lieu de les faire fonctionner séparément. A la fin ça a marché, mais c'était très, très difficile à réaliser !



Le résultat est génial, donc ça valait le coup ! Revenons maintenant à Flying Microtonal Banana... Comment est venue cette histoire de guitare avec un accordage micro tonal ? Ça a l'air d'être compliqué d'enregistrer avec ça, il faut racheter presque tous les autres instruments pour qu'ils soient adaptés...
J'essayais de jouer sur un balama, un instrument de musique turc qui fait penser à un luth ; il n'y a pas de frettes fixes comme sur une guitare pour savoir ou placer les doigts quand tu veux obtenir telle ou telle note. L'instrument est fait de telle manière que l'on peut jouer des trucs qui n'existent pas sur une guitare... J'ai commencé à écrire quelques morceaux avec ce balama, et puis je me suis dit que j'aimerais vraiment beaucoup jouer ces chansons avec quelqu'un. Mais je ne pouvais pas puisque personne ne peut jouer ces notes avec des instruments " normaux "... Quand tu as ces sons un peu bizarres dans la tête c'est difficile de les oublier, donc j'ai commencé à avoir l'idée de transposer ça sur une guitare spéciale. Et là il y a eu un truc de l'ordre de la sérendipité : un pote à moi m'a généreusement proposé de me créer une guitare juste pour moi pile à ce moment là ! Je lui ai donc demandé de me faire une guitare avec des frettes en plus pour reproduire le son du balama. Finalement, il n'y a pas de balama sur le disque mais c'est de là que tout est parti ! Il reste la guitare trafiquée !

Sur scène, vous allez faire comment pour jouer à la fois des nouvelles chansons avec un accordage bizarre et des anciennes chansons avec un accordage standard ? Il faudra tout changer entre chaque titre ?
En plus de ma guitare nommée " Flying Microtonal Banana ", on a modifié deux autres guitares et une basse pour jouer ensemble sur l'enregistrement... On va devoir tout emmener en tournée, ce qui sera un peu chiant mais il le faut, on va essayer de jouer la plupart du disque. On est en train de bosser dur là-dessus pour réussir notre coup !

Par quoi as-tu été inspiré pendant la création de Flying Microtonal Banana ?
On est toujours influencé par ce qu'on fait pendant la composition et l'enregistrement... J'ai été inspiré par un mélange un peu confus entre des films de science fiction et de fantasy et des documentaires sur des trucs extrêmes et super bizarres. Et à l'époque j'étais à fond dans "The Kraken Wakes", un livre de l'auteur de science fiction John Wyndham, et je pense que ça a dû plus ou moins inspirer le titre " Open Water "... Plus je fais de musique, plus je commence à y penser de manière visuelle : je pense à quoi la musique va ressembler, plus que comment elle va sonner ou comment elle devrait sonner... Et sinon, quand on bossait sur "Flying Microtonal Banana", on écoutait beaucoup l'album "Satori" de Flower Travellin Band, un groupe japonais du début des seventies...



Tu peux nous parler de la pochette, particulièrement étrange, de Flying Microtonal Banana ?
On a vraiment de la chance que notre super pote Jason Galea fasse tous nos visuels, enfin à peu près 99 %. Il bosse juste à coté de notre studio, juste derrière la fine paroi en placoplatre de l'endroit où on enregistre ! Donc je le vois presque tous les jours quand j'arrive... Forcément, il entend ce qu'on fait toute l'année, il sait sur quoi on travaille et la plupart du temps il a une idée d'enfer à nous proposer pour illustrer nos pochettes ! Ce mec, c'est le huitième membre du groupe ! Il est très impliqué, il nous fait des trucs pour le live également... Jason écoute beaucoup ce qu'on fait avant de créer une pochette. Sur celle-là, c'est la manière dont il nous voit, les visions que son esprit un peu fracassé a eues à partir de notre musique...

Comment fonctionne King Gizzard pour composer ? Qui fait quoi parmi vous ?
C'est différent pour chaque disque, ça fait partie du processus de création... Pour "Flying Microtonal Banana", j'avais des idées de morceaux, puis on a les jouées en répétition et elles ont évolué. Je pensais que cette manière de faire allait bien avec les morceaux, je ne voulais pas qu'on s'empêtre avec l'histoire de l'accordage micro tonal, donc on a privilégié les premières prises pour beaucoup de morceaux... Il y a neuf morceaux sur le disque, j'en ai amené six chansons, Joey est venu avec une chanson, " Anoxia "... Il y a une chanson que je n'arrivais pas à chanter comme je voulais donc j'ai proposé à Ambrose de l'interpréter, et du coup il a réécrit le texte. Et puis le dernier jour, on avait du temps devant nous, j'avais une idée de morceau, Joey également, et on a mélangé les deux pour en faire un titre différent ! Donc pour ce disque on a procédé de cette manière, une personne qui amène la plupart des idées puis on collabore de manière détendue pour finaliser le truc... Je n'ai pas dit " tu joues ça, tu fais ci, tu fais ça ", ça c'est fait naturellement...



Vous êtes capables de sortir des disques de folk psyché débranché puis d'enchainer avec des albums très électriques... Comment va sonner le prochain ?
Le prochain album sonnera un peu comme "Nonagon Infinity" dans le sens où ce disque était relié à "I'm In Your Mind Fuzz", c'est une sorte de suite, tout en étant différent parce que "Nonagon" c'était un seul univers... Le prochain est composé de petits chapitres repartis en 21 petites chansons, il y a un fil narratif qui les relie entre elles de manière cohérente. On joue ces chansons en concert depuis un certain temps... C'est un disque très bizarre je pense, on est en train de bosser dessus, il va bientôt être fini !

Votre musique donne l'impression de flotter dans l'espace c'est un truc qui vous fait fantasmer ?
Ah, oui c'est sûr que ce serait cool de faire ce genre de voyage et d'avoir une vue imprenable sur toute la galaxie... Mais pour le moment je n'ai pas encore les millions nécessaires pour me lancer là-dedans ! (rires) Peut-être un jour, mais en tout cas, pour le moment je suis très heureux sur Terre, ça me convient de vivre sur cette planète !

Concrètement, comment ça se passe pour être aussi productif et sortir autant de disques ? Vous êtes toujours en train de faire de la musique ?
En un sens oui, on est toujours en train de penser à ce qu'on va faire... Personnellement, j'aime bien connaître la destination finale avant de commencer à me mettre à marcher. J'aime bien savoir comment un disque va être avant de me lancer dans son enregistrement... Faire de la musique c'est comment construire un truc, c'est de l'architecture, de l'ingénierie, de l'art, si tu arrives à savoir ce que tu veux construire, même si tu as une toute petite idée, tu peux t'attaquer au montage d'une sorte de charpente en y mettant ta fibre artistique. C'est un authentique plaisir de faire des disques ! J'adore jouer en live, faire des tournées etc, mais ce que je préfère c'est enregistrer des albums !



Parle-nous du Gizzfest, votre propre festival pour lequel vous invitez plein de groupes (comme White Fence, Pond, The Murlocs etc) à jouer avec vous...
En fait, ça a commencé initialement il y a quelques années dans le seul but de réunir tous nos potes pour faire la fête... Au début, il n'y avait pas de groupes internationaux, on louait juste des lieux assez grands pour jouer avec pleins d'amis à nous. Et puis on a commencé à faire tourner le festival dans différentes villes en Australie. L'année dernière, fin 2016, ce n'était qu'un prétexte pour inviter tous les potes qu'on s'est faits sur la route au fil des années à partager la même affiche que nous ! On s'est bien marrés, c'était super !

Quand je vous ai vus sur scène à la Flèche d'or an 2016 j'ai été frappé par votre puissance de feu et par votre cohésion, et ce sur des morceaux très compliqués à jouer en live... Quel est votre secret ? La télépathie ?
Heu... (rires) On joue de la musique ensemble depuis super longtemps, et on se connaît très, très bien, donc ça aide à proposer un truc efficace en concert... Mais en début de tournée, je te rassure, les premiers concerts sont bordéliques !



Même si vous faites une musique différente, ce soir-là ton attitude, complètement hystérique sur ta guitare quand tu es sur scène, m'a fait penser à John Dwyer de Thee Oh Sees... Es-tu fan de ce qu'il fait ?
Ah oui, tout à fait ! J'aime beaucoup Thee Oh Sees ! En plus, John a été super cool avec nous depuis le début, on a fait plein de concerts avec lui, son label Castle Face Records a sorti certains de nos disques. Bref, John c'est le Boss !

Donald Trump a dit que Paris n'était plus Paris et qu'il fallait éviter de venir en France... Allez-vous quand même venir en juin au Cabaret Sauvage et au festival This Is Not A Love Song à Nîmes ?
Quoi ? Qu'est ce qu'il a dit ? (rires) Oui, t'inquiète, c'est sûr qu'on va venir jouer chez vous !


King Gizzard & The Lizard Wizard est en concert en France en 2017, dates & billets ici...



Aide précieuse pour la traduction des questions lors de la préparation de l'interview : Coline Magaud.



Chronique du concert donné par King Gizzard à la Flèche d'or à Paris en mars 2016 à lire ici...

Liens : www.facebook.com/kinggizzardandthelizardwizard, kinggizzardandthelizardwizard.com, twitter.com/kinggizzardband.

Photos live par Cédric Oberlin www.facebook.com/KristHelheim


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