Pour cette deuxième soirée des Volcaniques de mars, le public investit la salle de concert d’Issoire. J’avais un assez mauvais souvenir de l’ambiance lors des deux concerts auxquels j’ai assisté ici : Tue Loup et Autour de Lucie. A Issoire, un samedi .../...
Pour cette deuxième soirée des
Volcaniques de mars, le public investit la salle de concert d’Issoire. J’avais un assez mauvais souvenir de l’ambiance lors des deux concerts auxquels j’ai assisté ici :
Tue Loup et
Autour de Lucie. A Issoire, un samedi soir, la pop calme est
persona non grata : les gens s’étaient mis à hurler
« Rock ‘n’ roll »,
« Dégagez » et autres amabilités. Il faut les comprendre essayez de danser le rock sur
Tue Loup, c’est un peu problématique !
Comme il ne faut pas rester sur une mauvaise impression, je fais les 33 km qui séparent Issoire de Clermont-Ferrand pour découvrir les locaux d’
Alakassa qui sont chargés de chauffer la salle. Autant le dire tout de suite, ce mélange de ska, de metal et de… blues (sur le deuxième titre) ne m’a pas du tout fait kiffer, pour parler comme les jeunes, nombreux ce soir. Il est vrai que ce style me fait rarement bouger, ce n’est donc pas de leur faute ! C’est un jeune groupe qui semble capable de progresser d’après les fans de ce genre musical. Le public a eu l’air d’apprécier et l’a fait savoir au groupe en lui demandant un rappel.
Les excréments volants, alias
Flying Pooh, arrivent ensuite sur scène. Ils ont enfilé leurs plus beaux déguisements. Une camisole de force pour le chanteur, des tissus à couleurs chamarrées pour le reste de la troupe : deux guitaristes, un bassiste, un clavier, un batteur et un deuxième hurleur. Ils ont baptisé leur musique
« Croon core » car ils jouent une sorte de hardcore avec un crooner au chant. Et bien moi, j’appellerais ça
« n’importe quoi core ». Le monsieur qui se démène pour paraître le plus idiot et déjanté possible, assure aussi le « chant ». Il a de faux airs d’
Ozzy Osbourne avec ses lunettes de soleil et sa tignasse noire. Il passe la plupart du concert, plié en deux, à hurler le plus fort possible. Tout ceci est fait avec pas mal d’humour, on passe de la musique musette au hardcore en passant par le néo metal et le ska. C’est un inextricable fourre-tout musical : il faut leur reconnaître un talent et un professionnalisme certains pour arriver à s’y retrouver et à présenter un labyrinthe sonore cohérent dans l’incohérence. Le chanteur mettra bien une heure à comprendre qu’il joue à Issoire et non pas à Clermont-Ferrand :
« ça bouge à Clermont ? »,
« vous êtes chauds à Clermont ? »,
« La prochaine va vous plaire, Clermont!». Il faut lire le programme avant de monter sur scène !
Flying Pooh est original et drôle mais sur la longueur, on sature un peu. Ils sont décidés à jouer jusqu’au bout de la nuit ou quoi ? Joyeux pogos et cris hystériques se succèdent dans le public jusqu’à la fin.
Pendant la pause, on a disposé sur scène un matériel digne des
Chemical Brothers de la préhistoire. Il est temps pour
Vincent Volt & Dick Hillowatt de repasser les costards et de se friser les cheveux au fer dans les loges ! Tout de noir vêtus (jusqu’aux lunettes), ils toisent le public de manière hautaine. Non, mais c’est quoi ça ? La mafia calabraise qui revisite la musique électronique ?
Men in black ?
Il paraît que c’est de la techno préhistorique : ils n’utilisent que des boîtes à rythme qui ont fait la guerre. Sur le premier morceau, ils lancent les machines et empoignent une guitare et une basse. Vincent n’hésitera pas à jouer le même accord pendant 8 minutes et à monter sur la table tandis que son acolyte sort de sa basse des sons transformés par de multiples effets. L’effet est particulièrement hypnotique : la répétition des boucles et les projections de
Kiki Picasso sur un écran géant transportent l’auditoire dans une dimension inconnue.
Certains se transportent même jusqu’au bar, choqués par la musique, par les projections ou bien par les deux ! Si la musique est assez extrême et provocatrice par son minimalisme et son coté répétitif, le film projeté vaut son pesant d’interdictions parentales. Le début : une pipe. Le milieu : deux femmes se masturbant et se broutant le minou. La fin : une séance de gode en gros plan. La ligne rouge est franchie ! Halte à la pornocratie ! Il est vrai qu’il est plus de minuit et qu’on est samedi soir : le porno du mois sans abonnement ! Les images sont brillamment retouchées (si je puis dire) de manière psychédélique, l’écran se divise en plusieurs parties, les images s’imbriquent les unes dans les autres pour créer un effet d’interpénétration qui colle bien au sujet.
Pendant ce temps là, la musique est toujours aussi tribale, les rythmes sont concassés et nous avons droit à de multiples solos de boîtes à rythme. Il y a un coté
Martin Rev et
Alan Vega dans la démarche de ces deux mauvais garçons. Comme chez
Suicide, plus le concert avance, plus ça part en couille ! Encore de la
« n’importe quoi musique» ! L’agression sonore fait fuir les gens, les plus courageux hurlent
« Dégagez »,
« Dehors »,
« Kargol’s ». Ce doit être jubilatoire de choquer les fans de ska punk en triturant deux potentiomètres pendant une demi-heure. Le public ne peut même pas se consoler en écoutant les textes, dignes de
Bob Dylan : répétition en boucle de
« Listen to love » et
« Allongé sur la plage » puis final sur
« Et ouais ». Virez-moi le parolier et engagez un véritable auteur, que diable ! Quand il ne hurle pas avec son ami Dick, Vincent pousse des hurlements dignes de
Roger Waters pendant
Careful with that axe, Eugene sur l’album
Ummagumma des
Pink Floyd.
HAAAAAIIIIIIIIIIIAAAAAIIIIIIEEEEEEE ! ! ! ! ! ! ! Il faut les faire passer tard dans une soirée electro : les gens venus pour danser devraient gravement péter les plombs sur une telle musique. La musique de
Vincent Volt & Dick Hillowatt donne parfois l’impression de se trouver sur le toit d’un hôpital psychiatrique en train d’assister au décollage problématique d’un hélicoptère, celui-ci finit d’ailleurs par s’écraser dans un fracas indescriptible. Palme d’or de l’originalité, de la provoc et des costumes pour Dick et Vincent !
Les jeunes demandent les
Kargol’s et ils ont gain de cause : les Perpignanais arrivent pour délivrer la bonne parole ska-punk-festif. Je n’arrive pas trop à faire la différence entre tous les groupes jouant cette musique. Il me semble que le concert de
Kargol’s est carré, bien envoyé, propice au défoulement mais bon, j’ai plus l’âge. Qui a hurlé :
« Ta gueule le vioque » ? Pendant que les jeunes sautent en l’air, slamment, pogotent, crient (en un mot, s’éclatent), je m’éclipse, vexé, pour prendre une infusion
« Saveurs du soir » en enfilant mes Charentaises.
(Photos prises au festival Osmose par Flore-Anne Roth, le 29 juin 2002.)Réagir à cette critique