Christian Brazier Quartet 20 mai 2010- Le Cri du Port - Marseille Le fraîchement sorti Circumnavigation est présenté ce soir. Le public est venu nombreux pour ce mouillage. Et quelle autre salle a un nom plus prédestiné que Le Cri du Port pour cet événement ? Car le Christian Brazier Quartet est un catamaran. Il va nous emmener sur les océans une heure et demie durant. Un océan de quiétude la plupart du .../... La suite
Le fraîchement sorti Circumnavigation est présenté ce soir. Le public est venu nombreux pour ce mouillage. Et quelle autre salle a un nom plus prédestiné que Le Cri du Port pour cet événement ? Car le Christian Brazier Quartet est un catamaran. Il va nous emmener sur les océans une heure et demie durant. Un océan de quiétude la plupart du temps.
Rémanence : Les vaguelettes proviennent tout d’abord du piano de Perrine Mansuy. Puis le vent se lève, matérialisé par la trompette de Christophe LeLoil, plus sage qu’à son habitude. Les balais de Jean-Luc Difraya et la contrebasse du loup de mer Christian Brazier sont savamment dosés.
Saveur Nomade : un tendre duo piano / contrebasse précède la première perturbation. Malgré sa sourdine, la trompette/tempête souffle fort et son association avec la batterie/orage ne nous laisse pas indemnes. Nous voilà secoués. Un grand moment d’émotion avant le retour au calme.
Dans La Plume : Christian Brazier nous livre la raison de ce titre : lorsque l’étrave d’un bateau coupe la mer, apparaît une mousse blanche qu’on peut considérer comme de la plume. Chacun des quatre instruments joue son rôle évocateur, de manière différente que sur l’album, notamment la batterie, plus présente.
Mai 68 : A l’annonce du titre, un murmure dans le public. Brazier : "Je vois qu’il y a des connaisseurs dans la salle". C’est étonnamment la pièce la plus calme de l’album. Douce mélodie jouée successivement par le bugle et la contrebasse accompagnés par des touches de piano frôlées et des peaux caressées par des balais. Mais on sent poindre la rébellion. Certainement le calme avant la tempête.
Loin D’Ici : Christophe LeLoil se rapproche de Perrine Mansuy pour un sublime duo trompette / piano avant l’envolée où trompette et batterie se déchaînent à nouveau. Quant à Brazier et sa contrebasse, ils ne font qu’un et nous emmènent loin d’ici.
Musica Danse : le seul titre joué ce soir qui ne figure pas sur l’album. L’occasion pour Perrine de pianoter électriquement, pour Jean-Luc Difraya d’effectuer des ponctuations euphoriques, pour le trompettiste de faire preuve de loquacité avec puis sans sourdine.
Escapade : LeLoil a perdu sa partition et ne la retrouvera pas. Qu’à cela ne tienne ! Son bugle sera le principal acteur de cette merveilleuse ballade.
Groenland : Beaucoup plus rythmée, voilà la parenthèse be bop de la soirée. La contrebasse de Christian Brazier me fait souvent penser à celle de Charles Mingus. Ici, c’est encore plus frappant.
Vox Populi : Poignant sur le disque, magique sur scène. Contrebasse variée, piano aérien, et la voix de Jean-Luc Difraya qui joue à chat perché avec la trompette. Une fin en apothéose, même si Saveur Nomade était peut-être davantage encore fournisseur de frissons. La vox populi se fait entendre : les cris du port retentissent pour réclamer quelques milles marins supplémentaires.
Christian Brazier Quartet : De gauche à droite : Christian Brazier (contrebasse) / Perrine Mansuy (piano) / Jean-Luc Difraya (batterie, chant) / Christophe LeLoil (trompette, bugle)
Manège : pas ma pièce préférée sur le disque d’abord à cause du son du Rhodes avec lequel mes oreilles ont quelques soucis. Ensuite parce qu’elle me touche moins que les autres compositions de Christian Brazier. Ca passe mieux ici. Est-ce parce que le clavier était un Korg ?
Plutôt parce que le timonier et ses trois matelots nous ont proposé une traversée pacifique sur une mer radieuse.
Jérôme Sabbagh Quartet 6 mai 2010- Le Cri du Port - Marseille En cette journée de mobilisation nationale pour la défense des Arts et de la Culture, Armelle du Cri du Port fait part de ses inquiétudes pour l’avenir du milieu du spectacle. De nouvelles réformes risquent de mettre en péril certaines salles et certains festivals qui, faute de subventions, pourraient bien disparaître du paysage culturel.
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En cette journée de mobilisation nationale pour la défense des Arts et de la Culture, Armelle du Cri du Port fait part de ses inquiétudes pour l’avenir du milieu du spectacle. De nouvelles réformes risquent de mettre en péril certaines salles et certains festivals qui, faute de subventions, pourraient bien disparaître du paysage culturel.
Cette salle attire ce soir le Jérôme Sabbagh Quartet. Les "New Yorkais" ont voyagé toute la nuit en provenance de la Grosse Pomme. Jérôme Sabbagh y vit depuis 1995, tout comme son batteur allemand, Jochen Rueckert.
Les deux autres sont de purs New Yorkais, Joe Martin, contrebassiste déjà apprécié aux côtés de Raphaël Imbert pour son N_Y Project et un guitariste apparemment culte, Ben Monder.
Une courte rythmique de défilé militaire surprend quelque peu. C’est l’intro de The Turn, une composition de Jérôme Sabbagh comme tout ce qui sera joué ce soir. Un joli thème et la mise en avant immédiate des deux instruments majeurs du quartet : le saxophone ténor et la guitare.
Electric Sound démarre comme une ballade puis prend du volume. Tel une rivière de montagne, le son du saxophone sinue entre les pierres, fait une pause, se fraie un passage, accélère, sinue à nouveau. La guitare est bien jazz malgré un son plus fusion qui évoque John McLaughlin. Splendide. La Comptine qui suit trop lente, trop hachée pour moi ne suscitera pas le même enthousiasme. Les baguettes de timbale puis les balais utilisés par le batteur me feront faire la comparaison avec celui de la semaine dernière ici-même. Autant Mourad Benhammou était expressif, donnait de l’émotion à son jeu, autant Jochen Rueckert paraît peu concerné. On pourrait faire la même remarque pour Ben Monder avec son visage impassible, son attitude de génie qui ne sourit jamais. Sont-ils toujours ainsi ou est-ce dû au décalage horaire ?
La pièce suivante, Vintage, se révèle beaucoup plus entraînante malgré quelques longueurs. Jérôme et Ben ont tous deux les yeux rivés sur leur partition. Moi qui pensais m’être bien situé, au premier rang légèrement décalé sur la droite, j’ai mal calculé mon coup. Le pupitre du guitariste me dissimule son instrument, celui du saxo est anormalement haut et me cache le visage de Jérôme Sabbagh dans l’alignement exact duquel se trouve Joe Martin. Quant à Jochen Rueckert, il se cache constamment derrière une cymbale. Je passe donc ma soirée à me contorsionner pour les apercevoir ou prendre une photo sans pupitre.
Qu’importe ! L’essentiel est la musique. Et le nouveau morceau qui suit, Mojo, avec ses faux airs de Concerto d’Aranjuez amorce une deuxième partie de concert plus conforme à mes goûts. Jérôme est alors au saxophone soprano et sa recette espagnole ne manque pas d’épices.
Puis, il reprend le ténor pour La Fée Morgane. Si le thème joué par le sax est médiéval, le solo de guitare qui suit crée un anachronisme. Ben Monder nous fait opérer un voyage dans le futur sur une improvisation décoiffante.
Encore un joli thème par la suite (sur Lighters ?) avec deux soli (guitare et saxo) parmi les plus habités de la soirée. On est toutefois loin du grain de folie déployé par les saxophonistes inconditionnels de Coltrane.
Les titres joués ce soir sont apparemment tous très récents. La ballade offerte en rappel donne à Joe Martin l’occasion sur l’ultime solo de la soirée de montrer qu’on peut être brillant et expressif à la fois. Elle se nomme Michelle’s Song.
A moins que le prénom ne soit au masculin et que ce soit un hommage à Michel Antonelli et aux membres de son équipe du Cri du Port. En quelques mois ils sont parvenus à attirer des pointures internationalement connues telles qu’Eric Legnini, Julien Lourau, Brad Mehldau, Fabien Mary, Jérôme Sabbagh et prochainement Christian Brazier pour ne citer qu’eux. Ils ont en outre permis de découvrir des dizaines d’autres artistes. Le paysage culturel marseillais ne peut se passer de tels lieux de création.
Jérôme Sabbagh Quartet : Jérôme Sabbagh (saxophones ténor et soprano) / Ben Monder (guitare) / Joe Martin (contrebasse) / Jochen Rueckert (batterie)
Fabien Mary Quartet 29 avril 2010- Le Cri du Port - Marseille Déjà remarquable dans le Paris Jazz Big Band sous la direction de Nicolas Folmer et Pierre Bertrand, voilà Fabien Mary de retour dans la région avec son propre Quartet.
Une heure et demie de standards de jazz laissant la part belle à la trompette, sans jouer de Miles Davis ni même jamais prononcer son nom, c’est déjà un exploit auquel je .../... La suite
Déjà remarquable dans le Paris Jazz Big Band sous la direction de Nicolas Folmer et Pierre Bertrand, voilà Fabien Mary de retour dans la région avec son propre Quartet.
Une heure et demie de standards de jazz laissant la part belle à la trompette, sans jouer de Miles Davis ni même jamais prononcer son nom, c’est déjà un exploit auquel je n’avais jamais assisté.
Son trompettiste et compositeur préféré à lui, c’est Kenny Dorham dont il jouera trois pièces : Il débute par le curieusement nommé Short Story dans lequel la trompette puis la guitare nous racontent chacune une longue et belle histoire. Il terminera par le bien nommé Philly Twist (composé en fait par le batteur de Kenny Dorham). La trompette y est intarissable sur une rythmique typique du début des années 60. Il choisira enfin une samba au nom prédestiné pour un rappel : Una Mas.
La setlist n’est pas écrite. Fabien Mary choisit les titres au feeling, prenant soin d’alterner des pièces tendres et d’autres plus âpres ou plus vivaces.
Au rayon tendresse, du Benny Golson (sourdine de trompette, contrebasse subtile), du Dizzy Gillespie (merveilleuse ballade que Fabien Mary dédie "à Luigi Trussardi, contrebassiste disparu hier"), du Thad Jones (excellent solo de contrebasse). Dans ces cas-là, Mourad Benhammou sort ses balais pour dépoussiérer délicatement ses caisses et ses cymbales.
Au rayon âpreté, du Jackie McLean, la pièce où la trompette se révèlera la plus piquante de la soirée.
Au rayon vivacité, du Cole Porter (sprints enchaînés de la trompette et de la guitare) et le divin Pendulum At Falcon’s Lair d’Oscar Pettiford : s’y succèdent des soli plus prenants les uns que les autres : vélocité de la trompette, loquacité de la guitare dans un silence religieux en l’absence de tout accompagnement, détermination de la batterie avant le retour de la trompette pressée.
Fabien Mary a signé les arrangements mais on peut regretter l’absence de compositions personnelles dans ce programme. En revanche, on ne peut qu’apprécier la qualité et l’implication des quatre musiciens.
Fabien Mary Quartet : Fabien Mary (trompette) / Samuel Hubert (contrebasse) / Hugo Lippi (guitare) / Mourad Benhammou (batterie).
Setlist : Short Story (Kenny Dorham) / Along Came Betty (Benny Golson) / Right Now ! (Jackie McLean) / I Waited For You (Dizzy Gillespie) / Dream Dancing (Cole Porter) / Mean What You Say (Thad Jones) / Pendulum At Falcon’s Lair (Oscar Pettiford) / My Reverie (Debussy) / Philly Twist (Kenny Dorham)
Dmitry Baevsky Quartet 18 Mars 2010- Le Cri du Port - Marseille En préambule de cette soirée, le Directeur de Jazz Hot évoque les 75 ans que fête cette année sa revue. Il présente la soirée anniversaire qui aura lieu le 23 mars au Caveau de la Huchette à Paris. C’est un peu loin pour nous autres provinciaux, surtout un jour de grève. Mais le jazz vient à nous ce soir et nous pouvons découvrir le Dmitry Baevsky .../... La suite
En préambule de cette soirée, le Directeur de Jazz Hot évoque les 75 ans que fête cette année sa revue. Il présente la soirée anniversaire qui aura lieu le 23 mars au Caveau de la Huchette à Paris. C’est un peu loin pour nous autres provinciaux, surtout un jour de grève. Mais le jazz vient à nous ce soir et nous pouvons découvrir le Dmitry Baevsky Quartet.
Dmitry Baevsky est un saxophoniste originaire de Saint-Petersbourg émigré à New York en 1996. Deux musiciens américains et un français l’entourent. La pièce initiale permet d’apprécier leurs qualités : le batteur et son assistant contrebassiste arbitrent un chassé-croisé saxophone / guitare de premier choix.
Que ce soit sur un thème hispanisant de Duke Ellington, sur le virevoltant Tangerine, sur le zénissime Last Night When We Were Young ou une beaucoup plus enlevée reprise de Nat King Cole, le saxophone alto de Dmitry et la guitare de Joe Cohn jouent à chat perché.
Leurs digressions sont plaisantes, sur les standards ou sur les compositions originales. Chaque titre est décliné pendant une dizaine de minutes pendant lesquelles les deux solistes font montre de leur inventivité. Ainsi sur Decision, dont les premières mesures font penser à Hit The Road Jack, le swing emporte le saxophone sur un terrain différent, un soupçon moins classique mais tout autant séduisant.
Dmitry Baevsky : saxophone alto / Joe Cohn : guitare / Mathias Allamane : contrebasse / Joe Strasser : batterie.
Uli Wolters 4 février 2010- Le Cri du Port - Marseille Quatre mois après trois cinés-concerts donnés à la Mesón dans le cadre du festival Jazz Sur La Ville, Uli Wolters remet trois fois le couvert. Une séance un mercredi après-midi pour en faire profiter un public familial, une le jeudi après-midi pour les scolaires, une ce jeudi soir pour ceux qui peuvent se coucher tard.
Rappelons le principe du .../... La suite
Quatre mois après trois cinés-concerts donnés à la Mesón dans le cadre du festival Jazz Sur La Ville, Uli Wolters remet trois fois le couvert. Une séance un mercredi après-midi pour en faire profiter un public familial, une le jeudi après-midi pour les scolaires, une ce jeudi soir pour ceux qui peuvent se coucher tard.
Rappelons le principe du ciné-concert : proposer des raretés du cinéma muet en agrémentant la projection d’une musique d’ambiance. Autrefois, un pianiste tapi dans l’ombre improvisait des thèmes un œil rivé sur l’écran, passant d’une mélodie tragique à une autre plus légère selon les scènes.
Uli Wolters n’a pas de piano. Ceux qui l’ont vu au sein de Kabbalah connaissent avant tout ses talents de saxophoniste. Il maîtrise également les boucles et va utiliser sa loop-station pour se faire superposer divers instruments : saxophones soprano et ténor, flûte, vibraphone et percussions variées, mégaphone et probablement une clarinette (aperçue à la fin du concert mais le moment de son utilisation m’a échappé). Autant dire que Le Rat Des Villes Et Le Rat Des Champs, rareté s’il en est du russe Starewitch (une seule copie subsiste de ce film de 1926) prend un bain de jouvence avec l’ajout de ces différents instruments et quelques bruitages (klaxon, miaulements…).
Ce film d’animation était certainement une prouesse pour l’époque. Il a en commun avec le film suivant un humour toujours efficace plus de 80 ans après sa création.
On gravit toutefois plusieurs échelons dans la qualité avec The Blacksmith de Buster Keaton (1922). Un petit joyau que j’ai revu avec le même plaisir.
D’abord en tant que cinéphile. Buster Keaton y est au sommet de sa forme. L’apprenti maréchal-ferrant qu’il campe nous offre quelques moments d’anthologie : lorsque l’aimant de l’enseigne attire tous ses outils, lorsque sa maladresse lui fait transformer la belle limousine d’un client en épave.
Ensuite pour le soin apporté à la "bande son" : un sac plastique froissé pour bruiter le passage dans l’eau des fers rougis par le feu, le vibraphone percuté pour les coups de marteau sur la forge…
Enfin en tant que mélomane. Les thèmes écrits par Uli Wolters sont en effet plaisants et s’adaptent parfaitement à l’image. Et les différentes couches qui les composent leur donnent un tel relief qu’on a du mal à croire qu’Uli est seul, là, dans le noir, à droite de la scène.
Lorsque les mots The end apparaissent et que la salle s’allume, on est surpris. Uli salue les spectateurs qui lancent : "Déjà ??"
Le programme précisait bien que les films duraient respectivement 14 et 22 minutes mais ça passe si vite ! Ce format qui convient à un jeune public frustre les plus grands. C’est le seul bémol de la soirée. Je pensais qu’Uli allait nous faire une démo lumière allumée. Et comme Stéphane Galeski était dans le public avec sa housse de guitare, j’ai même espéré qu’ils allaient faire un bœuf. Il n’en fut rien.
Nous descendons alors au bar où nous cernent les portraits expressifs et colorés de Nicolas Le Luherne, jeune artiste visiblement inspiré par l’univers graphique des Gorillaz (expo jusqu’au 12 février). Uli Wolters y confie qu’il souhaite poursuivre ces projets de ciné-concerts et mettre en musique des longs métrages. Cette fois-ci, on pourra vraiment se coucher tard.
Eric Longsworth + Phare Ouest 13 décembre 2009- Le Cri Du Port - Marseille Horaire inhabituel pour le Cri du Port habitué aux jeudis soirs à 20h30. Nous sommes un dimanche en fin d’après-midi dans le cadre du Festival Jazz En Scènes proposé dans tout l’Hexagone par la Fédération des Scènes de Jazz et de musiques improvisées. Le principe de ce festival est le suivant : chaque club accueille deux groupes : un groupe .../... La suite
Horaire inhabituel pour le Cri du Port habitué aux jeudis soirs à 20h30. Nous sommes un dimanche en fin d’après-midi dans le cadre du Festival Jazz En Scènes proposé dans tout l’Hexagone par la Fédération des Scènes de Jazz et de musiques improvisées. Le principe de ce festival est le suivant : chaque club accueille deux groupes : un groupe ‘parrain’ qu’il choisit et un groupe ‘export’, présenté par une scène de jazz d'une autre région.
Eric Longsworth est le groupe parrain à lui tout seul. Quand on évoque un violoncelliste en solo, on pense immédiatement au Prélude de la mythique Suite pour violoncelle de Bach. Mais proposer une heure de ce seul instrument en jazz, le projet est ambitieux ! C’est en tout cas une première pour moi.
"Etre seul sur scène comme être seul dans la vie, ça peut être difficile" nous dit-il en préambule. Il se facilite la tache en quelques secondes en nous conquérant d’emblée. Son archet, posé sur une chaise à ses côtés, est comme nous, spectateur, pendant la quasi-totalité de la première pièce, à admirer les doigts de sa main droite pincer les cordes et étouffer les notes. Il est ensuite acteur pour un magistral final. L’heure va être trop courte. D’autant qu’Eric Longsworth aime la solitude, les grands espaces et faire partager ses carnets de voyage. Une anecdote sur sa rencontre avec une famille d’ours nous fait comprendre le titre de son album I Hear You. Entre chaque pièce, nous côtoyons des ours, des mouflons, un loup, des lapins et un caribou. Tant pis si la volubilité du violoncelliste nous prive de quelques moments de musique supplémentaire, le récit est savoureux et participe à ce moment de magie.
Il frappe, pince, frotte les cordes de sa main, les percute avec un crayon, les caresse de son archet. Le répertoire va du blues au folklore saupoudré de classique et de sonorités orientales.
Six pièces somptueuses et presque autant d’expéditions dans les grands espaces. Il nous faut bien un vin chaud pour nous remettre. Les odeurs de cannelle montent jusqu’à l’étage car le Cri du Port a prévu de nous offrir un goûter pour conclure cette belle année 2009.
Eric Longsworth nous avait dit du bien du groupe suivant, Phare Ouest : "leur seul défaut est de ne pas avoir de violoncelle".
Je serai moins enthousiaste en début de set. Leurs deux premières interprétations, le pourtant dynamique Arithmétique Sous Influence et le sirupeux Phare Ouest me font craindre une fin de soirée longuette. D’autant qu’à ma droite, ma femme me regarde bizarrement, genre "on s’en va quand tu veux".
Mais ça monte en puissance. Heroes Of Love et surtout En Attendant Bagdad me font changer d’avis. Il faut dire que François Cordas a troqué son saxo baryton contre un ténor et qu’il y a eu du Sonny Rollins dans son solo. Suivent deux titres au soprano pendant lesquels les chaises se vident quelque peu. Le ténor revient pour Ah, Si J’Avais Un Lasso… mais c’est le dernier titre, Fiat 500 de Philippe Canovas qui me récompense d’avoir évité de regarder à ma droite : une intro tout en délicatesse à la guitare, un soprano et une guitare qui véhiculent la nostalgie. Avec ma femme, on avait le modèle au-dessus, la 850 et au retour, on a évoqué de bons souvenirs...
Phare Ouest : François Cordas : saxophones / Jean-Pierre Almy : contrebasse / Andy Barron : batterie / Philippe Canovas : guitares