Le Cri Du Port, lieu indispensable du jazz à Marseille programme ce soir un OMQD (Objet Musical Qui Décoiffe) : Le stupéfiant
Ping Machine.
Sous la direction du guitariste compositeur
Fred Maurin, quatorze musiciens –treize ce soir : pas de place pour le pianiste– débarquent sur notre planète. Leurs intentions sont pacifiques, artistiques, musicales. Leur prestation parfois atonale, parfois détonnante, est souvent détonante.
Fred Maurin : guitare, composition et direction /
Rafaël Koerner : batterie et percussions /
Raphaël Schwab : contrebasse /
Andrew Crocker : trompette /
Fabien Norbert : trompette, trompette piccolo et bugle /
Quentin Ghomari : trompette et bugle /
Bastien Ballaz : trombone /
Didier Havet : trombone basse et tuba /
Florent Dupuit : saxophone ténor, flûte, flûte alto et piccolo /
Fabien Debellefontaine : saxophone alto, clarinettes et flûtes /
Jean-Michel Couchet : saxophones alto et soprano /
Julien Soro : saxophone ténor et clarinette /
Guillaume Christophel : saxophone baryton et clarinette basse.
Si le potentiel sonore, la façade instrumentale et de nombreuses saillies venteuses sont là, identifiables et familiers, on hésite à parler de Big Band tant la musique s’en décale fréquemment, et sur de longues plages. La place dévolue à une guitare électrique dans ce type de formation est déjà un indice de divergence : elle sera génératrice de nombreuses bifurcations. Le compositeur
Fred Maurin indique dans ses dispositions la musique contemporaine, la musique spectrale, et cite des noms :
Messiaen,
Ligeti, mais aussi
Gil Evans,
Ellington,
Hendrix et
Zappa…
Voilà bien où se trouve l’originalité, l’identité de
Ping Machine : un creuset, un réceptacle de nombreux produits exceptionnels générés par le XXème siècle, d’où émerge une musique protéiforme à forte identité. L’exercice est périlleux car s’il est profitable d’être érudit, de disposer de nombreuses potentialités, de les utiliser librement, en s’affranchissant de toute contrainte formelle a priori, il faut savoir faire des choix, créer ses propres règles, définir son cadre, ses formes, créer un espace, au risque de tomber dans un chaos dont on n’est plus maître.
Fred Maurin a su éviter cet écueil ; il se pose d’un bout à l’autre du concert comme la tête pensante du projet, use de tout ce matériel sans en abuser, ne dilapide pas vainement ses moyens, ni ne tombe dans l’étalage ou l’outrance.
Par ailleurs, si l’importance de l’écriture est ressentie sur chaque morceau, la traditionnelle place réservée à l’improvisation est bien là aussi, et nous apprécierons particulièrement les interventions du sax ténor, du soprano et des trompettes, chacun posant une empreinte personnelle au sein de l’identité collective. Autre caractéristique surprenante : pas d’accompagnement sonore en arrière de certains solos, pas d’accords discrets, de présence ou de toile de fond, rien. Les solos sont esseulés.
C’est de toute évidence par l’entremise de musiciens comme
Fred Maurin et d’ensembles tels que
Ping Machine que la musique d’aujourd’hui ouvre les voies de la modernité, et peut-être de son avenir, de son évolution.
Saluons la créativité de
Fred Maurin qui compose, le talent et la virtuosité de
Ping Machine qui interprète et l’audace de lieux comme
Le Cri Du Port qui programme, organise, reçoit et fait qu’une telle musique demeure accessible au public.
Pour toutes ces raisons, souhaitons leur bonne fortune et bon vent.
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