Victory and the lads, Headwar, Torture Nounours, Talibam 19 octobre 2006- Miroiterie, Paris Au carrefour du jazz, du hardcore, du rock instrumental, des Shaggs, avec une pincée de n'importe quoi, l'Orgakliton s'est fait une spécialité de nous faire découvrir des musiques déglinguées. C'est très frais, ça se mange sans faim et sans fin.
Ce soir, le tarif d'entrée était de quatre euros pour quatre groupes. Cela devait commencer à .../...
Au carrefour du jazz, du hardcore, du rock instrumental, des Shaggs, avec une pincée de n'importe quoi, l'Orgakliton s'est fait une spécialité de nous faire découvrir des musiques déglinguées. C'est très frais, ça se mange sans faim et sans fin.
Ce soir, le tarif d'entrée était de quatre euros pour quatre groupes. Cela devait commencer à 19h avec Victory and the lads, un groupe de quatre américains. Nous n'en vîmes que deux, bien après 19h. Un garçon et une très jolie fille dans une robe de gaze noire. Les deux autres, deux mâles, étaient en train de se perdre dans les rues de Paris. Amputés de ces deux lads, Victory nous a quand même interprété deux morceaux, sur le pouce. Deux titres, c'est un peu court pour se faire une idée. Surtout, ces deux là, assez horribles, bordéliques, gueulards et désaccordés. Plus tard, je suis allé sur le net vérifier et je puis vous dire que Victory and the lads vaut mieux que ça.
Vint ensuite Headwar, des Amienois. Il est moche leur nom. Il devrait le franciser. Edouard, ce serait beaucoup plus original et puis ça éliminerait cette bête image de guerre. Headwar, c'est bon pour un banal groupe de death métal. Or Headwar n'est pas banal. Des jeunes qui s'inspirent des Melvins (métal déviant) ne peuvent pas être banals.
Ils s'inspirent de Sonic Youth, aussi, ce qui est beaucoup moins original, mais en fin de compte ce n'est pas leurs influences que j'ai retenues, mais leur personnalité ainsi que les manches trouées du chanteur-clavier-perceuse.
Ils ont des tronches, des sourires, une manière bien à eux de faire du barouf. Joyeuse, innocente, et malgré tout convaincante. Il manquait quatre touches au clavier.
Torture nounours, en voilà un nom qui est beau. Trois gars de Paris. Comme une réincarnation de Black Flag. Un chanteur hardcore, très énervé, en colère peut-être, qui serre très fort son micro et va sans cesse au contact du public et, derrière, un batteur et un bassiste qui tricote leur truc. C'est assez spectaculaire. Et acrobatique. Car s'il est conseillé de regarder le chanteur, il faut bien faire attention à concentrer ses oreilles sur le travail des deux instrumentistes, beaucoup moins simpliste qu'il ne parait.
Talibam ! Ca aussi, c'est un super nom de groupe. De Brooklyn. Ils peuvent être trois. Ils ne sont que deux. Un batteur et un clavier. Premier voyage en Europe. Je ne sais pas dans quelle mesure, le nom Talibam peut renseigner sur le contenu philosophique du spectacle. Car il y en a un de contenu philosophique. Le batteur est intervenu à plusieurs reprises pour nous faire quelques déclarations. Je n'ai rien compris. L'accent de Brooklyn.
Bon, sinon, pour ce qui est de la musique… Est-ce que j'ai compris ? Pour moi, son principe était de faire le maximum de bruit avec ces deux instruments que sont la batterie et le clavier. Un peu comme s'il s'agissait de se venger de voisins pénibles, en créant le pire raffut possible, vraiment le truc désagréable, sans structure, sans rythme, de la pure nuisance sonore.
Je ne suis pas sûr que ces dernières lignes vous incite à vous pencher sur les œuvres de Talibam (au design graphique unique à partir de vieilles pochettes de disques), mais je ne saurais trop vous encourager à en vous rencarder sur les activités très régulièrement proposées par l'Orgakliton (d'autres exemples de concerts passés là, là, là et encore là). C'est pas cher, ça surprend, et ils sont sympas. Ils ont toujours une table avec des disques à vendre, des trucs pas communs comme l'excellent dernier Glen or Glenda. Et c'est la première fois que je vois ça, vous pouvez ramener le disque s'il ne vous plaît pas.
NB:la Miroiterie est un squat situé en haut de la rue de Ménilmontant, dans le XXème arrondissement, à deux pas d'une salle du circuit "conventionnel", la Maroquinerie. Allez-y. Réagir à cette critique
TG + Chichi y los Putos + Agripon + Glen or Glenda + Radikal Satan 12 décembre 2004- La Miroiterie - Paris
Et nous revoici à la Miroiterie pour la suite et la fin du festival klit. Cinq groupes vont se succéder pour, à chaque fois, de courtes performances d’une durée moyenne de 30 minutes.
TG, est le premier à se lancer ce soir. Se lancer n’est pas le terme le plus approprié puisque le garçon est du genre timide, engoncé dans son anorak, la .../...
Et nous revoici à la Miroiterie pour la suite et la fin du festival klit. Cinq groupes vont se succéder pour, à chaque fois, de courtes performances d’une durée moyenne de 30 minutes.
TG, est le premier à se lancer ce soir. Se lancer n’est pas le terme le plus approprié puisque le garçon est du genre timide, engoncé dans son anorak, la casquette vissée sur la tête et des baskets très rouges pour que nous regardions tous ses pieds. Pour le premier morceau, il tourne le dos au public, penché sur un synthé. Il envoie une grosse rythmique minimaliste qui noie ses paroles. On est dans une ambiance lo-fi typique, très proche de Casiotone for the painfully alone. Et justement, il enchaîne avec un très beau solo de claviers, puis reprend le micro, et la parole, pour une sorte de hip hop où il répète « Jamais t’aurais dû arrêter la 8°6 ». C’est la seule phrase à peu près intelligible qu’il prononcera. Le message n’en a que plus d’impact, d’autant qu’il appuie ce propos en vidant une canette de cette infâme boisson. Une lampée de bière et le voilà attrapant une guitare désaccordée dont il tire une série de riffs saturés tout en continuant à chanter en anglais. Il terminera sa performance avec cette même guitare, sans plus chanter, ni rapper. Il la secoue, sans toucher les cordes, des sons en résultent. Ca n’est pas très drôle. Sous sa casquette il n’a pas le sourire. Et je n’ai toujours pas compris pourquoi, à la fin, il a dit merci.
Hier soir, je n’ai bu aucune bière et c’est patiemment que j’ai vu Chichi y Los Putos prendre la relève de TG. Ils sont deux. Une fille, espingouine ou latino, et un garçon, français on dirait. La fille, cela doit être Chichi, elle boit du maté, et le garçon cela doit être Los Putos, il a des lunettes.
Ils commencent par un grand cri, puis avec un clavier, une basse, un ukulélé joue une musique naïve évoquant les anciens intermèdes musicaux, qui autrefois apparaissaient sur l’écran de la télévision lors des interruptions momentanées (et involontaires) des programmes.
Leur set, lui-même, contient quelques interruptions momentanées. Il y a une liste de chansons, mais Chichi a dû l’écrire seule dans son coin, alors Los Putos est un peu perdu… Les deux chantent, le plus souvent en français, et c’est mignon tout plein. Extraits des paroles : « On va jouer à l’arc en ciel et on va s’amuser », « Dis-moi, dis-moi, je suis ton papa », « Méfie-toi bébé ne t’approche pas de la vache, c’est un robot pas sympa ».
Un accordéon, un violoncelle sont tour à tour convoqués et ce dans l’improvisation la plus bordélique. Au milieu, il y a aussi deux caisses claires pour taper dessus dans les moments rock où Los Putos fait parler la bête qui est en lui : « Le début de l’amour est un moment qui devrait disparaître », « Suce ma bite et fait jaillir mon sperme ». A ce moment, ça part en couilles comme il se doit, et cela m’a rappelé les premiers enregistrements d’Half Japanese (deux frères américains + des copains à partir de la fin des années 70).
Après ces bêtises très rafraichissantes, Los Putos renvoya la charmante, mais néanmoins toujours rastaquouère, Chichi dans le public. Il enleva son pull, dévoila un joli tee-shirt rayé multicolore et se transforma en batteur d’Agripon. Il fut même rejoint par le guitariste d’Agripon, pour ensemble former… Agripon. Agripon est, vous allez être surpris, un duo, guitare-batterie.
C’est instrumental. C’est bruyant. Des fois même, le jack de la guitare ne marche pas, cela provoque une coupure générale d’électricité dès le deuxième morceau, et alors, Agripon révèle sa véritable nature de lâche en refusant de jouer plus longtemps.
Glen or Glenda, joue un peu dans le même registre, pas celui de la lâcheté, celui du jazz bruitiste. Il y a une personne en plus, c’est un trio, sax-synthé, guitare, batterie. La batteuse est une fille, elle ne porte pas de tee-shirt rayé, mais elle est mince et très jolie.
Les deux autres sont des garçons. Ils jouent très sérieusement la bande-son de scènes de massacre. Chacun montre son talent de soliste, pour ensuite construire de beaux motifs autour d’une ligne de basse, d’un effet de guitare, d’un rythme new-wave.
C’est vraiment très, très bien interprété, avec un son de tout aussi bonne qualité. Et ils mettent autant de talent à jouer la terreur qu’à interpréter une berceuse autour d’un xylophone.
Radikal Satan est un groupe d’Agentins vivant à Bordeaux. L’Argentine c’est Maradona et le tango. Enfin, c’est ce qui me vient à l’esprit en premier lieu. De fait, leur premier morceau est un tango. Il débute doucement puis petit à petit, la tension s’installe, le contrebassiste violente ses cordes, l’accordéon s’essouffle, des paroles sont crachées comme des insultes jusqu’à l’ultime râle.
On imagine ces deux gars comme deux anciens employés d’un cirque. L’un comme clown, l’autre comme membre de l’orchestre. Ils ont été renvoyés après avoir essayé d’introduire la tête de l’homme canon dans le con de la femme à barbe. Le genre de personnage avec qui il ne faut surtout pas partager le pot de l’amitié.
Le contrebassiste présente un morceau en expliquant qu’il s’appelle « Avant midi », « vous savez vous rencontrer quelqu’un, vous passez une soirée et vous vous réveillez…avant midi… » il arrête là l’explication. La musique donne quelques indices et cela ne ressemble pas à une romance. Les doigts plein de talc l’accordéoniste néglige son piano à bretelles pour un clavier piteux, maculé de taches de peinture jaune. Il en tire des notes sinistres au moment où se comparse délire en français et en espagnol : « Assessino ! »
31 Knots + GI.Joe 11 décembre 2004- La Miroiterie Paris Bon, les amis, autant vous le dire tout de suite, il y avait deux autres groupes à l’affiche ce soir là, Liliput Orchestra de Toulouse et Superlucertulas d’Italie. Je ne les ai ni vus, ni entendus. J’étais occupé à encourager le boycott d’un cinéma à Montparnasse, pour protester contre le renvoi d’un projectionniste, et donc je ne suis arrivé à la .../...
Bon, les amis, autant vous le dire tout de suite, il y avait deux autres groupes à l’affiche ce soir là, Liliput Orchestra de Toulouse et Superlucertulas d’Italie. Je ne les ai ni vus, ni entendus. J’étais occupé à encourager le boycott d’un cinéma à Montparnasse, pour protester contre le renvoi d’un projectionniste, et donc je ne suis arrivé à la Miroiterie qu’à 20h30. C’est la première fois que je pénétrais dans ce squatt et je fus bien heureux de découvrir un lieu où la canette de 50 cl de bière est vendue 2 euros. Et en plus, c’est plutôt joli, caché au fond d’une ruelle, avec des mosaïques en verre et un mur couvert de chouettes affiches.
Tout triste, d’avoir raté deux groupes, j’eus à peine le temps de me consoler en ouvrant ma bière que GI Joe lançait l’appel aux armes.
Equipé d’une batterie et d’une basse, ce duo italien nous a fait une démonstration de sa technique de combat rock. Il s’agit d’une méthode plutôt expérimentale oscillant entre punk, funk et free jazz. La basse bourdonne comme une guitare saturée et la batterie ne se contente pas de créer un rythme, mais s’exprime comme un deuxième instrument solo, l’effet recherché étant de suer et de produire un bruit libérateur.
Illustration de leur univers, une de leur chanson s’intitule, « Los instrumentos sexual del senor Walsh ». A la fin du set, le bassiste remisa sa quatre cordes pour s’asseoir derrière d’autres fûts de batterie.
GI JOE se lança alors sauvagement dans deux morceaux à quatre baguettes, leur performance s’achevant dans les bris de bois.
Une canette plus tard, se présenta la vraie raison de ma présence à la Miroiterie : 31 Knots, un trio de Portland dans l’Oregon sur la côte ouest des Etats-Unis. Je n’en avais jamais entendu parlé jusqu’à il y a peu. C’est Jamie Peterson, la batteuse d’Old Time Relijun, un autre groupe issu de la même région, qui m’avait annoncé leur passage à Paris en me promettant un concert exceptionnel.
Avant de partir à l’aveuglette, je suis allé sur le site web où j’ai pu écouter trois de leurs chansons. Ces échantillons ne m’ont guère excité, un vague son pop-rock, sans grande originalité. Mais bon, j’étais décidé à vérifier de visu.
Or donc, ils sont trois (Joe Haege, Jay Winebrenner, Jay Pellici) à se partager une guitare, une basse et une batterie. Ils ont déjà sorti deux albums et sont actuellement en tournée en Europe pour promouvoir « The curse of the longest day », leur dernier EP, 4 titres.
Leur concert débute en douceur par quelques accords répétitifs de la guitare, avant l’entrée progressive des autres instruments. Ca sonne d’ailleurs comme du rock progressif. Mais une chose me frappe d’entrée : c’est la manière dont Joe Haege et Jay Winebrenner bougent en jouant. C’est très sensuel. Les deux tiennent leurs guitares haut sur le corps et les portent comme s’il s’agissait d’un organe issu de leur ventre. Ils ne sautent pas comme des cabris, mais ondulent, se tordent, suivant les tourments de leur musique.
Celle-ci souffle le chaud et le froid, tout en gardant une intensité constante, et du rock progressif on glisse au hardcore dans une sorte de transe. Il n’y pas d’excès de solos, mais de brefs accords plaqués du bout des doigts, sans médiator, créant des sons psychédéliques.
Leur interprétation sur scène dépasse de loin leurs enregistrements sur disque. On change nettement de dimension. Chaque note est décuplée. De plus, les musiciens sont si près du public qu’ils n’ont pas de mal à transmettre cet envoûtement. Sur la dernière chanson, le chanteur abandonne sa guitare après avoir enregistré une boucle, le bassiste devient guitariste et les trois atteignent leur zénith.
Joe Haege danse tel un égaré, hurle dans son micro, se jette dans le public, traverse la salle, pendant ce temps Jay Winebrenner joue de sa guitare comme s’il s’agissait d’un rituel voodoo, la dressant au ciel avant de s’effondrer sur elle. Après coup, Joe m’expliquera qu’il agit toujours de la sorte lors de ce morceau. Et pourtant ce n’est pas prémédité, il se sent juste guidé par sa musique.