Accueil Chronique album : Elliott Murphy - Ricochet, par Jacques 2 Chabannes
Jeudi 4 juin 2020 : 11352 concerts, 25885 chroniques de concert, 5284 critiques d'album.

Critique d'album

Elliott Murphy : "Ricochet"

Elliott Murphy :

Pop - Rock

Critique écrite le 17 novembre 2019 par Jacques 2 Chabannes

Il est toujours délicat d'arriver à faire fonctionner d'aise ensemble un bouquet de chansons enregistrées à intervalles irréguliers : çà et là, au fil des ans, des projets de reprises ou hommages, de sessions radio, de concerts donnés et enregistrés en groupe ou en duo, de démos écrites/travaillée à la maison ou de chansons finalement abondonnées, rejetées ou mises de côté au tout dernier moment au cours du difficile processus d'élaboration que représente l'enregistrement d'un album studio. Autre écueil, hors ce besoin d'unité sonore attendu de légitime à l'aune de toute nouvelle sortie "officielle", celui de la voix de son auteur : instrument majeur, mais logiquement fluctuent, parce que forcément assujetti aux divers états de forme de l'humain en question et à l'inévitable érosion opérée par le temps (ce très vil "pas ami"). Une suite d'obstacles brillamment passée ici, grâce à une production fine et homogène (signée Gaspard "le fils" Murphy), une forte identité bâtie au fil de près de quarante-cinq années d'une carrière bien remplie, d'un savoir-faire évident et d'un réel patrimoine génétique.
À proprement parler, ce Ricochet n'est donc pas un véritable "nouvel abum", dans le sens premier du terme, s'entend, mais bel et bien le onzième opus des Vintage Series : des "compilations" destinées peu ou prou à mettre à destination tout ce qui aura été enregistré en marge des albums, des mutiples sessions ou des concerts donnés au cours des récentes décennies. Composé de quatorze titres (onze originaux et trois reprises), cet "Orphelins Et Prises Rejettées/Outtakes and Orphans", écumant plus précisément les années 1998-2013, mérite pourtant de s'y attarder, de prendre le temps de l'appréhender, puis de s'y plonger d'envie.
Au registre des reprises : le magnifique Dignity de son "idole" assumée de toujours, le gars Zimm' (dense, abouti), le Better Days du "pôte Bruce" (Springsteen), revisité et brillamment fait "sien", ainsi qu'une version étonnante du magistral Angel Dream #2, du regretté Tom Petty (un peu, en mode I Want You de Dylan, un peu...niveau arrangements !).
Une ballade autour du monde, entre Le Havre, Bruxelles, Stockohlm, Oslo, New York (la terre natale) et Paris (lieu de résidence et véritable nouvelle patrie), menée aux côtés de ses compagnons de toujours (Ernie Brooks, Danny Montgomery et Kenny Margolis) ou des fidèles Normandy All Stars (le regretté Laurent Pardo - trop tôt disparu - à la basse, Alan Fatras aux fûts et le virtuose ami fidèle et compagnon de route, en charge des guitares : Olivier Durand).
Entre nostalgie assumée et leg générationnel (Someday All This Will Be Yours), mythes revisités (American Stories, Part 2), passages terrestres éphémères (Whirlwind, sonnant comme la BO d'un western vintage), et mise à bas du mythe chrétien fumeux par excellence (Jesus), l'ensemble prouve, une fois de plus, c'est devenu une habitude, chez Elliott, que l'on peut se montrer à la fois, clairvoyant, profond ou pertinent, sans pour autant ennuyer, ronronner ou plomber, musicalement parlant. Douce, mélodieuse et délicate, Summer House accroche puis séduit immédiatement les pavillons, ravive en tout un chacun les souvenirs de lointains étés, d'amours partagés, réels ou fantasmés, enfuis, perdus ou toujours d'actualité...
(Trop) Rarement jouée de Live, captée cette fois en duo aux côtés d'Olivier Durand, en la lointaine 2007 à Oslo la nordique, Navy Blue crépite doucement d'acoustiques travaillées en mode orfèvre, étincelle littéralement dans la pénombre du souvenir amoureux : portée par une voix chargée d'émotion, entre humains de passage et tendres moments volés à jamais à l'immonde, mais inexorable, faucheuse...
Un (initial) projet "patchwork", soit, quoique plus qu'abouti, in fine, clôt du trucculent et aigre-doux What The Fuck Is Going On ? : blues-rock enfiévré, enregistré de Live à Stockholm en 2009 à la suite de la (de triste mémoire) crise financière des "Subprimes" ; qui pose logiquement/implacablement la question du devenir de notre monde froid et calculateur, revient sur l'inégale et honteuse (non) répartition des richesses, dénonce les multiples abus commis (sans vergogne, ni regrets) par des privilégiés nourris aux mamelles d'un système financier vicié et vérolé, s'insurge d'indignation devant les multiples errances et le noir devenir de notre monde (de la finance), la couardise et le cynisme de nos (soi-disant) "élites" politiques :
"Quelque chose ne tourne pas rond ici / Je ne sais pas exactement quoi, mais je le ressens profondément en mes tripes / Le monde, dans son ensemble, est géré par un énorme "système de Ponzi", qui ne nous laisse que des miettes / Tout en nous annonçant que nous devrions être fiers de faire partie d'un système qui nous laisse la possibilité de réussir / Si nous travaillons vraiment dur pour cela / Je ne le crois pas, ils en possèdent toutes les cartes... Qui sont-ils exactement, je n'en ai aucune idée... / Ma réalité ne ressemble en rien à cela / Je ne prends pas parti / Ni à droite, ni à gauche / Suis juste fatigué par ces politiques et la façon dont ils prétendent se battre / Ils doivent penser que nous sommes stupides / Et bien, nous le sommes peut-être, finalement... / Vers-quoi allons-nous, nous autres imbéciles... / Je travaille dur, tente d'élever une famille / Ils nous conseillent d'investir, mais cela fini toujours pas se casser la gueule et nous laisser sans rien... / Je regarde les enfants, avec mes yeux d'enfants / Mais marche avec la peur / Sans même savoir pourquoi j'ai peur, avant-même de vivre / Est-ce que j'aurais quoi que ce soit d'autre à donner, avant de partir / Afin de laisser un monde meilleur à mon fils ? Qu'est-ce qu'il se passe, bordel ? Qu'est-ce qu'il se passe, bordel ? Qu'est-ce qu'il se passe, bordel ?".

2019 (Murphyland Rec.)

Albums en série limitée dispo en exclusivité (signés par leur auteur) chez Lucky Experience/Rue des Bons Enfants/Marseille.

Elliott Murphy sera en concert à Saint-Maximin (22/11), Avignon (23/11), Arles (24/11/19). https://www.elliottmurphy.com/tour.html

 Critique écrite le 17 novembre 2019 par Jacques 2 Chabannes

Elliott Murphy : les chroniques d'albums

Elliott Murphy : Elliott Murphy Is Alive!

Elliott Murphy : Elliott Murphy Is Alive! par Jacques 2 Chabannes
07/12/2018
Le Secret (Live) Derrière LA Porte ! Comme souvent, divers sentiments se mêlent, divergent ou s'entrechoquent, lestés d'angles contradictoires, lorsqu'un artiste décide, de SON VIVANT, d'entrouvrir un rien (en grand, bientôt ?) la poussiéreuse... La suite

Elliott Murphy : The Second Act Of

Elliott Murphy : The Second Act Of par Jacques 2 Chabannes
09/02/2017
Intime En Murphyland... ("Il n'y a pas de deuxièmes actes, dans les vies américaines (F. Scott. Fitzgerald). Ça commence ici, comme bien souvent, dans la grande et belle histoire du Rock : une signature rapide, l'enregistrement d'un album majeur... La suite

Elliott Murphy : Aquashow Deconstructed

Elliott Murphy : Aquashow Deconstructed par Jacques 2 Chabannes
12/03/2015
"Déconstructif"... (Tiens, j'aurais hésité longuement entre "Déconstruit" et "Instructif", que ça ne m'étonnerait pas...) À la veille de ses traditionnels Birthday Shows (concerts anniversaires), donnés chaque année au mythique New Morning de... La suite

Elliott Murphy : Poetic Justice/a Soundtrack

Elliott Murphy : Poetic Justice/a Soundtrack par Jacques 2 Chabannes
05/03/2015
Rendre Justice À La Poésie... À la veille de ses traditionnels Birthday Shows (concerts anniversaires), donnés chaque année au mythique New Morning de Paris en compagnie du trio des Normandy All Stars, le plus Parisien des songwriters New... La suite