Placebo : "Sleeping with ghosts."
Les fans d'un groupe le savent bien mais se font avoir à chaque fois, c'est la nouvelle mode : quand un nouveau CD sort sous sa forme minimaliste de 12 titres, ils se jettent dessus, forcément. Et un mois plus tard sort une version avec bonus, ghost tracks et autre DVD live, et au même prix ! Coup de bol, je ne suis pas fan de Placebo, j'ai seulement tous leurs disques. J'avais donc pas pris leur dernier, Sleeping with Ghosts, qui ne me semblait pas tellement novateur par rapport à l'époustouflant Without You I'm nothing, leur meilleur album à ce jour, une tuerie pop qui a enterré vivants les mythos éphémères d'Oasis et Suede ! Et comme prévu, le CD vient de ressortir avec en bonus, un CD de 10 reprises ! Alors évidemment j'ai craqué. C'est vrai que certains titres comme This Picture, Plasticine ou même la chanson-titre, me semblent déjà avoir été enregistrés 2 ou 3 fois par Placebo ! Mais l'album vaudrait déjà le coup rien que pour son intro instrumentale, Bulletproof cupid, et pour le génial The Bitter End, trois minutes de déchainement sonique que j'étais malgré moi obligé d'écouter au casque à chaque passage à Virgin ! Quant à la chanson enregistrée en français, Protège moi (texte de Virgine Despentes), chanté par Obispo ce serait ridicule, mais chanté par Brian Molko, c'est lancinant et sublime ! Dans Placebo ils sont trois seulement et ils font un boucan pas possible avec un son incroyablement léché. Vus sur scène il y a quelques années, ils jouaient en robe de soirée et c'était déjà un pur bonheur. Mais si le travestissement était un clin d'oeil à leurs glorieux ancêtres, Bowie en tête, c'était aussi une façon de ne pas se prendre au sérieux, une des grandes qualités de ce groupe. Le chanteur de Placebo, comme chacun sait, a une voix nasillarde qu'on peut au choix adorer, ou détester. Sur le CD de bonus, visiblement enregistré pour s'amuser, il reprend quelques classiques du rock indé, entre autres : Where is my mind des Pixies, un hommage vibrant ; Bigmouth des Smiths (la première fois que j'aime les Smiths), et plus surprenant, il dynamite The Ballad of Melody Nelson de Gainsbourg en une version électro-pop sensuelle. Mais, plus casse-gueule, il s'aventure aussi dans des "grands classiques" de la FM, notamment 20th Century Boy de T-Rex, Johnny and Mary de Robert Palmer (la fameuse 'pub Renault') ou encore I Feel You de Depeche Mode, qui en ressortent rajeunis de 20 ans... Et enfin, cerise sur le gâteau, il y a une reprise électrique de Daddy Cool de Boney M, totalement jouissive ! Pour finir, l'ensemble formé par un CD très honnête de Placebo (leur moins bon album sera toujours mieux que le meilleur de Blur !) agrémenté d'un CD de covers tout à fait plaisantes, eh bien ça vaut largement ses 17 euros ! Rien que pour entendre et réentendre Brian déchaîné miauler I'm crazy like a foooooool, what'about Daddy Coooooooool !
(2004)