Accueil Chronique album : Sunn O))) - Monoliths & Dimensions, par Philippe
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Critique d'album

Sunn O))) : "Monoliths & Dimensions"

Sunn O))) :

Autres / DroneMetal

Critique écrite le 09 octobre 2010 par Philippe

Vous reprenez conscience avec un goût abject et collant en bouche, les bras en croix depuis que vous êtes tombé inanimé sur le sol de pierre froide à côté de l'autel (...) Quand vous réussissez à vous redresser à moitié, le sinistre moine est toujours là, vous tournant le dos, manipulant sur la table souillée quelque relique sombre et infecte. Peu à peu, sa litanie reprend, chuchotées d'un timbre obscène dans un anglais ancien (...) Ivre et à moitié délirant du breuvage qu'il vous a fait boire, vous arrivez enfin à vous relever et vous vous précipitez dans la pénombre du temple dévasté, à la recherche d'une issue (...) Le prêtre imperturbable continue ses imprécations, tandis que le son monocorde et aigre d'une trompette se fait de plus en plus fort. Sous le plancher grinçant et pourrissant de l'entrée de l'église, vous distinguez des sifflements, des craquements (...) Enfin, le silence se fait, vous n'entendez que plus que la voix du prêtre, jusqu'à ce que vous sentiez dans votre nuque le souffle rauque et méphitique du Démon...
Voilà, en résumé, l'ambiance dans laquelle vous plongent les 17 minutes du morceau Aghartha, premier titre issu de Monoliths & Dimensions de Sunn O))). Intrigant groupe qui conjugue la musique drone (de l'anglais bourdon), basée sur la répétition d'une note monocorde et vibrante, avec le metal le plus sombre : du drone metal, donc. Ils peuvent pourtant s'en éloigner et s'approcher de la musique contemporaine, avec une forte composante religieuse : le deuxième titre du même album, Big Church (...), appelle des choeurs féminins et masculins qui se répondent dans de sinistres litanies : plus coloré que le premier titre, mais dans la même ambiance de bande originale de requiem, sabbat et autres joyeuses promenades dans des cimetières pendant des nuits sans lune.
Le troisième titre repart d'ailleurs dans une ambiance vrombissante, spectrale et tellurique, pour s'achever dans un persistant sifflement de larsen. Tandis que le dernier, Alice, d'abord à l'ambiance "B.O. de film d'épouvante" (voir les trompettes, très Shining), semble curieusement s'ouvrir peu à peu vers des mondes moins sombres, évoluant insensiblement vers des sons plus gais, de type hautbois et trompettes apaisées - avec un peu d'imagination on voit clairement le ciel s'éclaircir, et le soleil percer enfin les nuages, sur les arpèges de harpe finales. Un peu comme si la malheureuse victime du premier titre avait survécu à un voyage dans différents cercles de l'Enfer et du Purgatoire, pour accéder à une rédemption possible...
Ces musiciens semblent rechercher - et trouver - dans la vibration de quelques notes de guitare sursaturées, rejouées de façon persistante, une forme de jouissance ou même, d'élévation spirituelle. Leurs concerts joués dans des tenues de moines, et souvent dans des églises, confirment en quoi leur démarche musicale va bien au delà du simple plaisir de jouer des sons monocordes. On confesse avoir gloussé bêtement à notre première rencontre avec une vidéo du groupe, qui semblait relever de l'installation sonore plus que de la musique... Mais la richesse incroyable cachée derrière leurs sons en apparence monolithiques, ne se livre pas aux oreilles pressées. C'est peut-être là le sens du titre, Monoliths & Dimensions : une apparente simplicité cachant des réalités complexes et entrecroisées. On pense pouvoir n'y survivre qu'une fois et pourtant, on se surprend à y revenir, encore et encore...
(2009)
Vignette Philippe

 Critique écrite le 09 octobre 2010 par Philippe
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