Accueil Chronique album : You And You - You and You (and some other people), par Jacques 2 Chabannes
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Critique d'album

You And You : "You and You (and some other people)"

You And You :

Pop - Rock

Critique écrite le 08 octobre 2009 par Jacques 2 Chabannes

" Lui ET MOI ! " (Voyage à Deux...)

La première fois que j'ai jeté un regard vers " Lui ", je me suis senti morose, frileux, hésitant, incertain de l'envie : comme obligé de poursuivre et pousser plus avant une investigation menée lors d'un brillant concert goûté au plus proche de l'os - tendu sous ligaments et cordes - quelques jours auparavant, à peine ; en une lointaine terre Grenobloise baignée de sueur, enveloppée de douces senteurs (f)estivales, vacances postées à deux pas des étoiles sur voûte. Du pur plaisir...

Approcher un disque, au fond, c'est comme tenter de capter une attention, c'est établir un contact avec une froide sphère aux multiples inconnues - lorsque celle-ci est, de plus, dépourvue de toute pochette aguicheuse d'iris, ou d'une quelconque enluminure graphique - c'est chercher un regard au loin qui brille de son absence, pour y plonger le sien avec avidité et fouiller sans attendre ; en quête du miroir de légende ou de la corde qui résonnera d'interne à son écoute : " Go Ask Alice ! "... Ou quand l'on rapetisse sous substance et que l'on en sort grandi, à nu, assagi.

Pour vibrer, partir, ou/et, se souvenir, il n'est pas nécessaire d'être deux à errer - souffle coupé, prunelles baignées d'humide et organe de vie qui bat à tout rompre, qui implore sous tension - onanisme et musique semblent parfois liées au plus haut point, frisant l'autosatisfaction, le divan chuchoté à portée(s) relation à l'intime en proue sous figure ; une noire madeleine qui cuit dans l'âtre et se diffuse. Si l'on n'est pas prêt à l'accueillir, à " lui " faire une place, une place ? TOUTE la place ! Autant en rester-là et consommer le plastique. Car s'il suffit d'une paire de doigts lestes pour étiqueter, dédaigner, avaler, ou juste ranger sur étagère bien trop garnie, fonctionnelle et blasée... Il n'en va pas de même pour écouter, s'imprégner, épouser.

Si l'alchimie opère, quand l'alchimie opère : c'est mon histoire qui défile et me retient, qui me lie et m'astreint, qui délivre et se(s) pleins... Déliée et vivace, chamboulée et remuée, mise à jour, exhumée, mais comblée.
À ce stade de l'échange, peu (m')importe les mots (maux) des autres, je ne m'y attache prestement que pour mieux en glisser, m'échapper en loucedé entre pudeurs et chaînes, Houdini et marées... Pourquoi ce sourd besoin d'entrer et détailler ? Expliquer, scolariser, expliciter, traduire ou se vanter... Au juste ? Rester juste à l'orée me paraît préférable, mieux, même, propice. Quelques mots happés, ci et là, enroulés/embrumés d'une simple portée de connivence, suffisent amplement à éclairer, puis lier. Mes peines sont les siennes. Mes manques sont offerts. Mes demandes, détaillées. Mes envies me haranguent, mes joies pleines, éphémères... Ou pères ! Quand les deux font la paire, ses détails me grandissent, mes attentes sont latentes. Mon état ? Un empire !

Quand je consens enfin à sortir de mon isolement " à moi ", celui dans lequel ILS m'ont finalement plongé, dans lequel " Lui ", me maintiens sans forcer : les mots, états civils, détails instrumentaux et autres adjectifs, défilent à toute vitesse - pour me permettre de mieux y retourner en courrant par la suite ! - sans pour autant omettre de rendre grâce à ses auteurs, à ses enlumineurs, aux partenaires particuliers de cet égoïste " voyage ", il y a peu, entrepris...

Quand pour la troisième fois, je l'ai eu (sur platine) posé " Lui ", ce cinq titres " habité ", onirique et boisé : ce n'est pas (qu')une voix qui s'est imposée à moi, à mes sens en alerte, non, c'est une respiration, un rythme, un aller-retour vers l'emprise et le revenez-y, la mise en boucle assurée pour les jours et les Moi(s) à venir. Dès l'intro de Bye Bye, quelque chose en moi a bougé, exhalé. Je me suis vu sur le pas de la porte, défait, en une froide soirée estivale de rupture entérinée ; me suis surpris à siffler en appoint sur le pont, à happer les arpèges sous pulpe, à dos rond m'étirer sous les basses et hautes fréquences. Une entrée en matière quasi-parfaite, pour évoluer à rebours et se laisser doucement porter.
Nimbé d'arrangements légers, de piano notes, d'accords électriques plaqués de placide : The House On The Moon m'a ramené illico en mes vertes années. Une simple fenêtre donnant sur noirceur, un astre qui luit au loin et des rêves par poignées à jeter, ou craintes disperser... Le pire, avec icelle, c'est qu'elle ne vous quitte plus... Jamais ? Entrée au débotté, mais bâtie pour rester, elle n'aura eu de cesse que de grossir, enfler, faire souche et se développer. C'est une boîte à musique qui luit dans le noir des pensées. Un tiroir que l'on ouvre au secret. Une mélancolie que l'on tient par la main pour marcher, que l'on cherche à griser sous le vent des années. Une lèvre féminine qui s'humecte à l'écoute, qui se dessine un sourire, qui s'évade à l'envi et soupire, offerte . Ayant récemment adhéré à la " Frange Séparatiste Hexagonale des Scribouillards Intégristes Refusant l'Utilisation de LA Filiation OU des Références du Passé Jetées à Tout Va Sans Discernement Ou Nécessité ! " : je ne pourrais exprimer ici, à " qui ", ou " quels ", tout ceci me fait penser (à aucun de ces " qui " ou " quels ", d'ailleurs !) mais ces Anglo-saxons " indés " en question, dont je tairais les noms, font partie du pavé du haut en matière de qualités exprimées et mélodies à croquer. C'est un fait.

Après avoir frayé avec la lune et ses rondeurs absentes, c'est à Élise que je me suis plaisamment attaqué (en tout bien, tout honneur !).Élise, c'est ma sœur chérie, ma gâtée, c'est mon Amérique à moi, qui m'attire, qui m'aimante, qui me prend et m'emporte : c'est la tombée de la nuit, quand Alamo la rebelle tremble sous complainte, quand les trompettes de l'ennemi m'annoncent l'hallali, que je tremble et frissonne aux sons vrillés d'une fin annoncée ; une révolution terrestre achevée, une âme au frais, qui se tait, disparaît.
Ils sont quatre, mais ne sont qu'un : affiliés aux complaintes et accords balanciers qui fourmillent d'acoustiques, de cuivres contrepoints. Une galerie de fantômes bien présents qui habillent et enluminent à discrétion : une suite de roulements sourds signés Maurin (Zahnd) un banjo qui égrène une chute annoncée (Another Diving Man) un rien de clavier qui caresse çà et là, sous les doigts avares de Clément (Simounet) une basse congrue qui jamais ne se plaint (Samuel Lebouc). Lorsque Sister se pointe sous ses blondes boucles passées, que le rideau tombe sur ces rares et courts instants volés, exhumés, voici que mon doigt se raidit pour se tendre hâtivement vers l'objet désiré, " bisser " d'envie, et enfourner en re-belote.

C'est con à dire, mais, ce que j'avais tout d'abord miré à froide et respectable distance - le jour de son entrée en mes pénates - s'est peu à peu à mes sens, imposé, pour exister, cohabiter. Ce presque inconnu est pas à pas devenu un " double ", écoute après écoute, " Lui ", après " Lui ", dissection habitée assumée en sus :je ne peux que l'avouer ici, le clamer, sur papier, m'étaler...

Ça tombe plutôt bien, en somme, puisqu'ils n'ont rien de précis à vendre ces You and You, et que je n'ai rien à gagner, à " plumer " et gratter ainsi de la sorte... Et puis, ça n'est jamais qu'une mise en bouche, une entrée, un échantillon anonyme concentré ; une démo, une antichambre, une (sale) attente, un premier shoot administré sous filet, une voix... Un truc sucré/salé goûté au débotté qui colonise, qui addicte, qui joue avec nos divers taux et degrés, toujours par monts et vaux, glucides sous plaisir et coupable(s) excès. Un p'tit doigt d'engrenage, deux doigts de manque, un rien de silence, un majeur qui rassemble, ou se tend... Vers deux mains ou après, vers la suite à " passer ". Un voyage accompli, un autre qui s'avance... Rester !

You and You (and some other people) (5 titres/auto-production/2009).

Bye Bye.
The House On The Moon.
Song For Elise.
Another Diving Man.
Sister.

 Critique écrite le 08 octobre 2009 par Jacques 2 Chabannes
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