Chronique de Concert
A. Savage + Tessina

J'avais noté cette date depuis longtemps dans mon agenda. En effet, il y a encore un an je ne connaissais pas existence du groupe new-yorkais Parquet Courts (qui a quand même sorti 8 albums entre 2011 et 2021). Mais depuis plusieurs personnes m'en ont parlé comme d'un groupe référence voire comme une influence majeure de certains groupes marseillais que j'aime beaucoup. Du coup pas question de rater le premier concert marseillais d'un de ces fondateurs Andrew Savage.

Le concert est organisé par un l'asso Humeur Massacrante qui a invité en première partie TessinaTessa. Visiblement je n'étais pas le seul à vouloir les voir puisque la date de mercredi a affiché complet très vite et qu'une deuxième date, ce soir, a été rajouté. L'occasion aussi pour moi de retourner au club 27 où je n'ai pas mis les pieds depuis 2 ans (voir chronique par ici - le temps file à une vitesse ...)

À mon arrivée il y a pas mal de monde devant la porte. J'ai juste le temps de remercier Charlotte et de discuter un peu avec elle avant que ça commence. Elle m'informe que Andrew a prévu de faire un set différent de celui de la veille et que l'écoute pendant Tessina était quasi religieuse. J'avance dans la salle ; les tables et chaises situées devant la scène ont été rangées pour faire plus de place. La scène elle a été décorée d'un rideau lumineux, d'un caillou lumineux aussi, de fausses bougies et fausses plantes sur le pied de micro ...

Je me cale côté droit contre le mur. Quelques minutes après Andrew se mettra à l'opposé. Tessina dont le look a encore évolué, elle a maintenant les cheveux blancs, s'installe tranquillement. En la regardant je ne peux m'empêcher de penser à Melanie (Safka) pour le côté hippie. Par contre musicalement rien à voir.

Je suis assez curieux de revoir Tessina car autant la première fois quand je l'avais découvert en trio à la Fabulerie (voir chronique par ici), autant j'avais beaucoup moins accroché à son set solo lors de la Plaine du Rock l'année dernière (voir chronique par ici). Elle attaquera en douceur avec des sortes d'incantations que j'aurais envie de qualifier d'indiennes en s'accompagnant délicatement à la guitare.

Pas besoin de battre le rappel dans la salle, il aura suffi d'éteindre les lumières pour que le public migre en douceur et en silence vers la scène. Il semble que la magie de la veille va opérer à nouveau. Elle est concentrée, surement un peu tendue en tout cas pas souriante pendant qu'elle joue, contrairement à quand elle s'adresse au public entre les morceaux.

Je ne serais pas dire à qui elle me fait penser. Un mélange de Emily Jane White, Dolores O'Riordan, Sinead O'Connor ... mais c'est très calme et très planant. Ça part un peu dans tous les sens, mais moins que sur la Plaine. Sa voix chevrote, part dans les aigues sans structure claire (en tout cas que je n'arrive pas à percevoir). Et puis vers le milieu arrive cette chanson en français que je trouve magnifique.

Je ne connais pas son titre (Trésor ? Que je me taise ?) mais je suis complètement conquis. Suivra Hope ("est ce qu'il vous est déjà arrivé d'voir le sentiment d'avoir trop d'espoir ?") et un autre toujours en anglais No more avec quelque chose d'assez country et indien en même temps.

Elle annonce les 2 derniers morceaux "Merci pour votre silence ; vous avez satisfait mes attentes" et elle finira comme elle a commencé, en douceur .. devant un public recueilli et à l'écoute. Je n'étais peut être pas aussi à fond que d'autres dans le public, mais il y a eu des passages qui m'ont vraiment beaucoup plus ... maintenant je me dis que j'aimerais beaucoup la revoir en trio.

Après une pause pendant laquelle Tessina enlèvera la plupart des décorations, c'est autour de Andrew de monter sur scène. Premier (ou plutôt deuxième) concert dans sa ville d'adoption. En effet Andrew Savage qui officie depuis quelques années (déjà 2 albums) sous le non de A Savage a quitté New York pour s'installer à Marseille. Pour une fois j'avais écouté ces morceaux sur son bandcamp et ça me plaisait plutôt pas mal. De j'avais aussi beaucoup aimé sa sélection de disques à la Fabulerie il il y a quelques semaines (voir chronique par ici).

Bref, il ouvrira par A woman inside my soul où sa voix m'a fait énormément penser à un mélange de Leonard Cohen ou Matt Berninger (en train de reprendre ce morceau de Yoko Ono). C'est beau, c'est doux, c'est chaleureux ... et laisse présager du meilleur pour l'heure qui va suivre. Et effectivement je ne serai pas déçu. Pendant les morceaux et entre ceux-ci. "Bonsoir mes amis, merci à tous d'être venus ce soir ; je m'appelle A. Savage et j'habite à Marseille donc c'est très agréable de jouer dans ma nouvelle ville merci" et de nous expliquer dans un français plus que correct qu'il a du se faire des fiches pour nous parler car "c'est très difficile en français".

Ce soir comme il nous l'expliquera il a écrit beaucoup de chansons dans sa vie donc il se promènera entre des morceaux très anciens et quelques un nouveaux. Et d'enchainer sur une "très très ancienne" avec Picture of health de Parquet Courts (je ne suis pas devenu un spécialiste de A Savage mais j'ai eu la bonne idée de faire une photo de la setlist avant qu'il ne la remballe à la fin) pour la plus grande joie des fans de la première heure.

Je ne vais pas me lancer dans un commentaire de chaque morceau joué mais chacun raconte une histoire qu'il prend le temps de développer et qu'on est content de suivre. Le petit côté litanie n'est pas désagréable du tout bien au contraire. En cela il me fera parfois penser à Nick Cave. Si le début du set sera composé principalement de morceaux calmes, plus on avancera dans le concert, plus une certain rage se fera sentir.

En cela il me fera penser aux frères de Dessner de The National pour ce côté tension tout en retenue, mais très physique tout de même. En l'écoutant je pense à New York et quand je pense à New york au fait que le temps passe (très) vite. J'ai eu la chance de vivre à New York quelques temps autour de 2003, à une époque où Parquet Courts n'existait pas encore.

J'aimerais lui demander pourquoi il a choisi de quitter New York pour Marseille, et si lui aussi y trouve quelques points communs. Je le ferai peut-être si je le croise dans la rue un jour puisqu'il nous a invité à lui dire bonjour si on le croisait. Je reconnais déjà certains morceaux (écoutés en ligne). J'aime quand il donne l'impression de s'énerver comme sur Elvis in the army ou mieux le terrible Always back in town.

Parfaitement entrecoupés de morceaux plus posés comme Black Holes, Stars and You. Dans les temps fort ou amusant il y aura la dédicace à ses camarades de classe de l'alliance française et surtout l'intro de Buffalo Calf Road Woman morceau écrit en solidarité avec le peuple sioux mais qu'il continue à jouer pour les peuples autochtones du monde entier ... et de conclure "comme j'ai ce micro sur cette scène je dois dire : Free Palestine .." déclenchant des applaudissements logiques.

Bien aimé le petit côté Velvet Underground de Landlocked state de l'époque Teenage Cool Kids aussi. Bref un super moment qui m'a presque fait regretté de ne pas être venu la veille. Mais nous aurons d'autres occasions de nous recroiser ...

A la fin du concert, j'ai failli me laisser tenter par un de ses deux vinyles ... même si je me suis poser la question de re-passer aux CD, le prix de vinyles ne cessant d'augmenter régulièrement ... On verra la prochaine fois. La semaine n'étant pas tout à fait fini je ne trainerai pas trop, surtout quand je serai saisi par le vent froid à la sortie du Club 27 qui me ramènera à la réalité.

Setlist (recopiée) : I have a woman inside my soul (Yoko Ono) / Picture of Health / Hurtin' Or Healed / Thanksgiving prayer / Mountain Time / Elvis in the army / Black Holes, Stars and You / Buffalo Calf Road / Soul and cigarette / Landlocked state / Slide Machine* / Always back in town / Eyeballs / Outside* / Hustle cycle* / Tamago*/ Uncast shadow
* figurant sur la set list mais pas joués
Plus de photos et vidéos par Pirlouiiiit par ici



Critique écrite le 04 mai 2025 par Pirlouiiiit
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