Accueil Chronique de concert Bertrand Belin + Pain-Noir
Vendredi 22 janvier 2021 : 11352 concerts, 25885 chroniques de concert, 5284 critiques d'album.

Chronique de Concert

Bertrand Belin + Pain-Noir

Bertrand Belin + Pain-Noir en concert

La Carène, Brest 22 avril 2016

Critique écrite le par

C'est un club de La Carène complet qui est venu applaudir Bertrand Belin et la première partie de Pain-Noir, un public exigeant dans la tradition téléramesque d'une certaine qualité de chanson chantée en français. On est loin des évolutions récentes d'une scène marquée par un énième retour de l'anglais chaussette chez les groupes normalisés par les processus de sélection, tremplins, labels et médias, retour propice à un faux débat dont on se fout et qui masque le fond de ce qui nous intéresse : il y a de bonnes chansons et de mauvaises chansons, on leur rend service par l'interprétation ou non, point. Penchez-vous sur les musiques brésiliennes ou italiennes des cinquante dernières années, tombez amoureux et reparlez-moi de l'universalité d'un idiome ou de la sincérité d'un autre.




Pain-Noir

À ce stade de notre réflexion, nous saluons l'équipe de Pain-Noir qui nous a gentiment invités, peu avant son entrée en scène. Il se trouve que je viens, comme la plupart de ses musiciens, de Clermont-Ferrand, et que l'agitation créatrice des uns et des autres a fait que nos chemins se sont souvent croisés voire mêlés. De cela ne peut découler, encore moins qu'à l'habitude, le moindre espoir d'" objectivité " pour cette chronique (sans développer ce qu'objectivité et subjectivité peuvent espérer vouloir dire d'un point de vue esthétique, hors de l'usage commun de ces mots).

Pain-Noir, projet de François-Régis Croisier aperçu précédemment sous l'alias de Saint Augustine au sein du label Kütu Folk Records, a surgi des rêves de celui-ci. Accouchées dans une bienveillance bricolée par Olivier Perez de Garciaphone, les chansons, de la nécessité qu'elles avaient pour leur auteur, surent séduire, au-delà d'une première sortie chez les indispensables défricheurs de Microcultures, les oreilles de Tomboy Lab, émanation fraîchement éclose de la major Sony Music. L'emballement médiatique qui a suivi est à la mesure de la profondeur d'un disque d'abord enregistré pour soi-même.

S'ensuit une difficulté : retranscrire malgré la lourdeur des infrastructures scéniques une musique pensée en chambre. Grâce au talent des quatre musiciens - FR Croisier, Zacharie Boissau, et la paire récemment arrivée d'Antoine Pinet et Yann Clavaizolle, membres de H-Burns -, les chansons s'animent, prennent vie en visant d'emblée l'ampleur. Ce que l'on perd en intimité, on le gagne en songe, les claviers nourris au totem Grandaddy. Certes, les coutures craquent encore un peu sur les enchaînements, les dynamiques ou les interventions parlées d'un chanteur serré par l'enjeu, mais on imagine les prochains itinéraires qu'empruntera Pain-Noir s'il sait conserver son indépendance d'esprit et de cœur, s'il prend le temps de travailler et de laisser maturer un art déjà remarquable.




Bertrand Belin

Long entracte dû à un changement de plateau un peu lourd, puis Bertrand Belin arrive en scène. D'emblée on s'abandonne au charisme d'un chanteur au sommet de son art protéiforme, auteur, compositeur, interprète. À l'instar des grands, auprès desquels ses concerts le rangent, il est passeur, semant des noms comme Tarkos pour un public trop souvent oublieux que la poésie ne s'est pas arrêtée dans les années cinquante.

L'interprétation qu'induit la scène est assumée dans un travail corporel dense, fragments de langage accumulés par les heures de vol, entre travail et liberté. C'est cette aisance qui lui permet de tenir l'attention jusque dans les narrations glissées dans et entre les morceaux, des interventions évoluant suivant les inspirations, les obsessions et les écritures. Spectateur conquis deux mois auparavant, on en retrouve certaines, on en découvre d'autres. Et autour de ces narrations, d'autres encore, les chansons, les moments de concert, le concert dans son ensemble. Tout un fil d'histoires intriquées.

Le tapis musical, structuré par le roulement de sa guitare, tire à une transe qui gagne au concert plutôt qu'au salon. Les excroissances et dynamiques nombreuses, les polyrythmies de la géniale Tatiana Mladénovitch prennent les bassins des auditeurs d'Hypernuit ne s'attendant pas à une telle fête, à une telle invite. Dessus, des solos d'une classe terrible. Les musiciens sont tellement bons et à l'écoute qu'on se pince, palette large, même la parenthèse stroboscopique à la Suicide honore le fantôme d'Alan Vega.

Suite à l'œcuménique Hypernuit, je connais des déçus de Parcs et de Cap Waller qui se privent d'aller voir et écouter où Belin en est sur scène. Il est loin, très loin au-dessus.


Photo de Bertrand Belin prise à Clermont-Fd en janvier 2016 par Yann Cabello...

Bertrand Belin : les dernières chroniques concerts

Bertrand Belin et les Percussions Claviers  de Lyon en concert

Bertrand Belin et les Percussions Claviers de Lyon par Pierre Charvet
Théâtre de la ville, Valence, le 03/10/2020
Valence, ce samedi 3 octobre 2020. Pendant que la tempête Alex ravage les Alpes Maritimes, on a longtemps cru à un temps qui resterait sec à Valence. Mais la pluie a fini par... La suite

Bertrand Belin + Elliott Murphy + Red (20ème anniversaire de La Coopé) en concert

Bertrand Belin + Elliott Murphy + Red (20ème anniversaire de La Coopé) par Pierre Andrieu
La Coopérative de mai, Clermont-Ferrand, le 03/03/2020
Dans le cadre des festivités pour le 20ème anniversaire de La Coopé (dont le "point d'orgue" était la venue des dramatiques Indochine quatre jours plus tard, il est bon de... La suite

Interview de Bertrand Belin à propos de l'album Persona et de ses collaborations avec les Liminanas et L'Epée en concert

Interview de Bertrand Belin à propos de l'album Persona et de ses collaborations avec les Liminanas et L'Epée par Pierre Andrieu
La Coopérative de mai, Clermont-Ferrand, le 28/02/2020
Ça fait un moment que les chansons de Bertrand Belin nous accompagnent, qu'on les sifflotent en conduisant sur des routes de campagne ou des autoroutes, qu'on les décortiquent... La suite

Interview du groupe L'Epée (Emmanuelle Seigner + The Liminanas + Anton Newcombe) lors de son passage à Levitation France en concert

Interview du groupe L'Epée (Emmanuelle Seigner + The Liminanas + Anton Newcombe) lors de son passage à Levitation France par Pierre Andrieu
Le Quai, Angers, le 26/12/2019
Samedi 21 septembre, 16 heures, L'Épée, supergroupe composé d'Emmanuelle Seigner, The Limiñanas et Anton Newcombe, s'apprête à donner le soir même son premier concert officiel... La suite

La Carène, Brest : les dernières chroniques concerts

Bruit Noir - Mathias Delplanque - Belhom et Thimon en concert

Bruit Noir - Mathias Delplanque - Belhom et Thimon par Clement Chevrier
La Carène, Brest, le 20/04/2016
Ils ne sont pas légions, les labels qui sur le tournant de nos siècles ont su concilier exigence et existence comme Ici, d'ailleurs... et ses points de suspension. Un... La suite

Miossec en concert

Miossec par Fred G
La Carène Brest, le 20/10/2009
Un concert de Miossec à Brest ? Quitte ou double ? Un concert d'anthologie avec le voisin Tiersen en invité ou un ivrogne perdu dans ses textes ? Avec Miossec il faut... La suite

Ez3kiel par Dom
la carène Brest, le 25/10/2008
Un pur moment de bonheur ! De l'excellent son, des effets rarement vus sur scène, une énergie et des projections vidéos inégalées ! Messieurs, ce fut un des meilleurs moments de mon année musicale (pourtant il y en a eu pas mal de concerts) mais celui là reste un des meilleurs ! La suite