Accueil Chronique de concert Manu Katché + Patrick Verbeke
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Chronique de Concert

Manu Katché + Patrick Verbeke

Manu Katché + Patrick Verbeke en concert

Coopérative de Mai, Clermont -Ferrand 11 décembre 2019

Critique écrite le par



Il y a des trognes qui font plaisir à revoir. Il y en a d'autres qu'il est plaisant de voir de si près pour la première fois. Quand en plus ce sont des trognes cool, talentueuses, casquettées et très bien accompagnées, alors là, c'est Noël avant l'heure ! Et, en effet, en ce mercredi 11 décembre 2019, le Père Noël a confié son travail à Jazz à la Coopé, nous emmenant dans sa hotte rien de moins que Monsieur Patrick Verbeke, pour commencer la soirée, et Monsieur Manu Katché, pour la terminer. Punaise, on a quand même dû être bien sage pour recevoir de tels présents !


Patrick Verbeke

La soirée commence donc par du blues. Du vrai. Celui dont la parfaite imperfection en fait la musique de la mouise, de celle qui colle aux godillots, de celle qui fait une vie de galère, difficile mais généreuse, rude mais vraie, sincère. Et s'il en est un en France qui peut se targuer de représenter ce blues, c'est bien Patrick Verbeke. L'homme est un peu cabossé, il doit se déplacer avec une canne, doit jouer assis. Et alors ? L'œil est toujours aussi malicieux, de celui des survivants, avec cette belle tronche à la Popeye, et avec cette voix éraillée distillée depuis deux générations pour chanter ce blues 100% pur grains. Accompagné parce son complice depuis presque 30 ans, Pascal "Bako" Mikaelian aux harmonicas, Patrick Verbeke va nous donner ce soir une belle master class de blues.



Assis, Strato à la main, harmonica en bouche, le duo attaque par un blues des années 40 composé par Charles Brown puis enchaîne par le célébrissime "Walking by Myself" de Jimmy Rogers... Ça envoie tellement que Bako ne peut rester assis plus longtemps. L'harmoniciste dandy a vraiment une classe folle, une gestuelle féline, sensuelle, un feeling parfait. Et c'est certain, avec un début de soirée comme ça je ne vois pas "de quoi j'vais me plaindre aujourd'hui". Certainement pas de ce chouette duel guitare/harmonica, ni de ce triste blues des années 20, composé par l'immense Bessie Smith, et encore moins de ce solo magique de Bako.



Les deux protagonistes sont heureux d'être là, d'être ensemble à nouveau. C'est d'ailleurs le moment d'un petit blues cajun pour lequel le public nombreux ce soir est invité à faire la rythmique à coups de remuage de clefs. Effets garantis. Patrick Verbeke parle alors, avec beaucoup d'émotion, de sa maladie, de la fidélité de Bako, d'amitié... Bako attaque alors une de ses compositions parlant de la volonté universelle bien que discutable de chacun à devenir millionnaire. Patrick en profite pour empoigner la dobro et nous sortir de bien belles lignes de slide. Le set se termine avec la venue sur scène d'une représentante de la nouvelle génération de Mikaélian, en la personne de la charmante Lucile, qui va nous mettre direct sur le cul avec une voix majestueuse de maturité, de maîtrise et de puissance. Tout cela accompagné d'un charisme digne d'une chanteuse ayant des décennies de métier... Chapeau bas !


Manu Katché

Cette première moitié de soirée passée, la seconde arrive avec un style totalement différent. Manu Katché est certainement un des seuls batteurs que n'importe quel français serait capable de citer. Normal, il est là depuis longtemps, a joué avec moult artistes célébrissimes, a œuvré sur plus de 300 albums, et aussi il est passé dans l'écran plat coins carrés. C'est aussi un des batteurs dont le touché, la frappe est reconnaissable entre mille. Et en plus il est cool !!! C'est donc avec beaucoup de plaisir que l'on va pouvoir profiter du luxe de la proximité avec un tel artiste. Accompagné de Jérôme Regard à la basse, de Patrick Manouguian à la guitare et de Jim Henderson aux claviers et aux bidouillages électro, Manu Katché va nous jouer ce soir son dernier album, "The Scope", enregistré avec ce quartet. Mêlant aussi quelques vidéos et bandes-son pour avoir l'intégralité des guests présents sur l'album mais absents pour ce soir, le quartet va évoluer très confortablement sur un son confortable et ouaté.



Sortant du registre jazz de ses albums solos précédents, Manu Katché offre sur cet enregistrement une musique résolument électro et dansante, mélangeant des influences world, jazz, hip-hop. Bref un truc fait pour se bouger le boule, avec même parfois, ô sainte horreur, du vocoder !!! Mais malgré cela, quelle classe, que de belles compositions, quelle frappe précise, parfois douce, parfois tellurique, quel groove. Tout est magnifiquement calé, les cocottes de guitares, les lignes de basses, les parties de claviers, de Fender Rhodes. Le son est moderne, enchâssé tel un joyau dans un écrin d'effets. Manu Katché intervient régulièrement pour présenter ses musiciens, les invités, les morceaux. Il nous rappelle aussi ses liens familiaux avec notre région, son plaisir d'être là. Et le public lui rend volontiers ce plaisir, écoutant attentivement ces belles compositions, vibrant à l'unisson d'un solo de batterie époustouflant, demandant un rappel semble-t-il imprévu.



Bref, une vraiment belle soirée, avec deux parties bien différentes mais marquées de la même générosité, d'un égal talent. Hé ! Le Père Noël, après une soirée comme ça, je veux bien y croire encore un peu !


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