Chronique de Concert
Mule Jenny + SPRINTS
J'avais jusque-là raté Sprints, puisque c'est d'eux dont il s'agit, et la publication de Setter To Self, leur premier album incendiaire à la puissance cathartique, (faisant marcher les Irlandais) sur les traces des plus grands noms du moment, Idles et Fontaines D.C. en tête, si l'on en croit une actu des Inrocks publiée le 5 février 2024. Ah oui, quand même !
Les références invitent à une écoute plus attentive, d'autant que je considère les Fontaines D.C., vus cet été aux arènes d'Arles pour ce qui est à ce jour LE concert de l'année 2025, comme un groupe qui compte. Soit l'un de ceux qui survivra et que l'on réécoutera encore dans 10 ans, au même titre que les Kills, ou qu'un Jack White, avec ou sans les White Stripes. Et en effet, dans une veine punk tout aussi énervée que leur premier opus, All That Is Over est un album efficace et accrocheur.
Je partage avec des amis un groupe d'annonce de concerts qui nous branchent et permettent de nous retrouver à l'occasion. Inutile de préciser que lorsque Sprints apparaît sur les radars (plusieurs d'entre-eux signalent avoir déjà pris leur place), je saute sur l'opportunité. Le concert est prévu une semaine seulement après l'information dans notre groupe d'échange. Le délai est court, et la salle - Paloma, à Nîmes - n'est pas la porte à côté. Mais la mécanique se met en branle, et bientôt mon accréditation photo/chronique, est en poche !
Il aurait été impensable de rater les Irlandais, qui ne font pas d'autre écart plus proche dans le sud, à l'occasion de leur première partie de tournée. Et n'iront pas à Paris avant mars 2026. Une bonne pioche, confirmée justement par des échanges, captés au merch, de spectateurs descendus spécialement de la capitale, ou la présence de têtes connues de la scène marseillaise, qui n'ont pas hésité non plus à faire un peu de route pour pouvoir être là ce soir.
L'ambiance morne et triste d'un trajet pluvieux est vite oubliée. La Paloma, dans sa configuration club, est une salle au format chaleureux et accueillant. Une jauge idéale de 350 personnes, un patio convivial, restauration et buvette sur place. Bref, tout est réuni pour passer un bon moment.
Mule Jenny est le groupe qui assure la première partie ce soir. La configuration, plutôt inédite, avec un batteur/chanteur installé de profil par rapport au public, à droite de la scène, face à un guitariste et un bassiste, va rapidement s'expliquer. Tout tourne en effet autour de la rythmique imposée par Etienne Gaillochet, qui a composé et enregistré seul le premier album de cette formation.

Celui qui est également membre de We Insist !, a depuis été rejoint par Max Roy et Théo Guénau, qui assurent les cordes chez Lysistrata, pour ce qui apparaît donc comme une sorte de super groupe. Sur le papier, l'affiche est alléchante. Mais leur prestation tourne un peu en rond. Certains parlent de math rock, sans doute pour coller une étiquette plus valorisante que le truc un peu intellectuel qui est en train de se jouer sous nos yeux, sans véritable sens. L'impression de voir jouer des virtuoses qui s'écoutent un peu trop (l'autre définition du jazz) finit par être lassante.
Elle est surtout en décalage avec la déflagration qui s'annonce, jouée sur beaucoup moins d'accords mais procurant une énergie sans commune mesure.
Tous ceux qui sont entrés dans ce trip planant et entêtant se retrouvent projetés au sol dès qu'apparaissent Sam, Jack et Zac en une sorte de fratrie Averell, bientôt rejoints par la Lucky Luke de la bande, Karla Chubb. L'Irlandaise mène le set avec morgue et aplomb, tantôt aux claviers, tantôt à la guitare.

Someting's Gonna Happen, son introduction parlée et une montée tout en tension avant l'explosion finale, ouvre le bal. D'emblée, le ton est donné. 18 titres vont suivre, dont la totalité des morceaux de l'album dernièrement sorti, pour un concert d'environ une heure et quart. Un format généreux pour un groupe dont les titres sont plutôt concis.
Et de générosité il va être question pendant tout ce temps. La chanteuse déploie une énergie qui laisse le public exsangue. Pas le temps de se reposer. J'ai rarement vu front(wo)man faire preuve d'autant de vitalité !

Réussissant à éclipser quelques problèmes de guitare, elle court de part et d'autre, alterne murmures et hurlements, saute sur place et dans une foule qui va bientôt la porter à bout de bras, fait des moulinets avec son micro, puis organise un circle pit sur Up & Comer (un morceau taillé pour le Hellfest), avant de descendre de scène pour chanter avec le public. Entre-deux, elle aura pris le temps de boire quelques gorgées de vin blanc (?) qu'un roadie prend soin de remplir régulièrement.

Bref, c'est un spectacle dans le spectacle, et un bonheur pour le photographe. Il semble partagé par les spectateurs autour de moi. Beaucoup sont trempés, et la pluie qui a repris à Nîmes n'y est pour rien.
Le temps m'a paru filer à toute allure, ce qui est généralement plutôt bon signe, alors que le set touche à sa fin. Le groupe conclut, sans rappel, dans le déferlement de guitares de Little Fix, extrait de Modern Job, leur EP sorti en 2022.
Une sortie de scène efficace et bruyante, à l'image de ce qu'aura été cette soirée.
Critique écrite le 24 octobre 2025 par Lb Photographie
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