Chronique de Concert
Neil Young + Promise Of The Real

Ah, Neil Young ! Que dire, si ce n'est que j'ai véritablement baigné dedans depuis mon plus jeune âge, mon père le vénérant et jouant quantité de ses titres à la guitare ? Les songbooks d'époque en portent d'ailleurs les marques... J'ai commencé à vraiment l'écouter et l'apprécier il y a une vingtaine d'années. Sa discographie est tout simplement immense et très variée avec une bonne douzaine de véritables monuments.

Je l'avais déjà vu au POP Bercy en 2001 avec le Crazy Horse et Oasis (excusez du peu) en première partie. J'avais trouvé le concert excellent, mais pas inoubliable, la faute au son un peu trop à fond, à la salle et à certains soli vraiment trop longs. J'avais acheté des places pour son concert aux Arènes de Nîmes en 2013, mais ayant déménagé à 500 km, avant le concert, j'ai dû les revendre à contrecur. Informé de sa venue dans la cité phocéenne, j'ai longtemps hésité pour finalement craquer peu de temps avant, prendre mes places et 2 jours de congés pour passer un WE au soleil. Je ne cacherai pas que j'étais un peu inquiet, le Loner accusant tout de même 70 ans au compteur et ses disques récents étant moins percutants à mon goût que ses anciennes livraisons. Le dernier que j'ai vraiment adoré est Silver And Gold en 2000 et j'apprécie également particulièrement Storytone paru en 2014. Voilà pour le décor, place au concert !

Arrivés aux alentours de 20 heures, nous prenons place, plutôt bien situés dans une salle remplie aux 3/4 (une partie sur les côtés étant fermée par des rideaux). Je n'ai pas été surpris par les 1ers morceaux joués, ce sont visiblement toujours les mêmes sur cette tournée. Cela dit, leur interprétation plante déjà bien le décor. Seul au piano sur After the gold rush et à la guitare sur l'inévitable Heart of gold ou l'excellent Comes a time (que je préfère dans cette version épurée à la version album, un peu countrysante, comme la plupart des titres de l'album éponyme, du reste), Mister Young démontre déjà l'étendue de son talent. La voix est d'une justesse et d'une sincérité désarmantes, son jeu en acoustique est toujours aussi magique. L'immense The needle and the damage done, qui m'a donnée envie de me mettre à la guitare, poursuit en beauté ce début de concert solo. Ce dernier se termine sur une version à l'orgue de Mother Earth, touchante de simplicité.

La soirée commence très bien et on a hâte d'entendre la suite. Entre en scène le jeune groupe accompagnant notre héros Canadien, Promise of the Real. Ça continue donc avec un nouveau titre du super (trop?) connu Harvest assez relax, puis le très bon morceau extrait de Harvest Moon, From Hank to Hendrix. On sent déjà une bonne complémentarité entre les musiciens et un niveau pas dégueu du tout chez la jeune classe... Le temps se suspend à chaque fin de refrain : c'est juste magnifique ! Le choix de Someday, extrait de l'excellent (encore un) Freedom où Neil Young est au piano est très judicieux et on se régale. La reprise, certes très bonne, chantée par le guitariste de La vie en rose ne restera pas mon moment préféré de la soirée, mais c'est bien fait et on sent un effort pour sonner "local". Je suis aux anges quand j'entends les 1ères notes de Only love can beak your heart, autre titre du monument After the gold rush et je me dis que je n'ai vraiment pas raté ma soirée.

On aurait pu en rester là ou sur ce type de morceaux, tout du moins, ça aurait déjà été un superbe concert. Mais la folie furieuse a véritablement débuté sur le morceau suivant. L'enchaînement Words / Winterlong / Walk On m'a tout simplement laissé sur le cul ! Ça joue très très bien, ça swingue, les soli, alternés à 2 guitares, sont magnifiques, le batteur imprime un rythme bien soutenu. En 3 mots, c'est excellent !

Et le niveau maximum de bonheur a été atteint sur la seconde moitié du concert. Quand j'ai vu Neil ranger la Gretsch Falcon et s'emparer de sa Les Paul légendaire, j'ai prévenu ma femme : "tu as tes boules quies" ? Elle m'a regardé comme si j'étais fou, l'air de dire : "c'est pas un papy qui va me casser les oreilles" ! J'ai ensuite passé une bonne heure et demie en lévitation permanente. Le volume n'était pas si élevé que prévu (il a peut être appris à le régler), mais alors le son, mon Dieu ! Neil Young a un toucher et une couleur reconnaissables entre 1000, percutante à souhait, marque de fabrique de l'immense artiste qu'il est. On a eu droit a deux bons tiers du génialissime Ragged Glory, monument de rock à guitare paru en 1990, ayant inspiré quantité de gratteux en herbe. Je n'en pouvais plus et chantais à plein poumon, remuais la tête comme un fou furieux sur les parties instrumentales entraînantes à l'envi. Même ma femme qui me disait avant le concert qu'elle le trouvait un peu mou du genou, remuait allégrement la tête et les mains. On ne peut pas en dire autant d'une bonne partie du public, qui ne connaissait sans doute que la facette folk du Loner. Elle avait l'air de s'emmerder pas mal. Un certain nombre de personnes sont même parties avant la fin du concert : ça devait faire trop pour elles.

Les soli de Love and only love ou de Love to burn étaient magnifiques et on n'a pas vu le temps passer sur ces titres d'une bonne dizaine de minutes. Pour m'achever, Old Neil n'a rien trouvé de mieux que d'intercaler des pépites entre certains morceaux ! Quelle était en effet la probabilité d'entendre le monument Revolution blues extrait d'un autre chef d'uvre moins connu (On the beach), le gigantesque Powderfinger ou des titres légendaires de ses 2 premiers albums Everybody knows this is knowhere ou I've been waiting for you (repris ni plus ni moins que par David Bowie sur Heathen) dans un même concert en 2016 ! Pas très élevée à mon avis...

L'interlude consacré aux 2 titres de son récent The Monsanto years et au nouveau morceau Seed justice passe plutôt bien au milieu de tout ça. On en a donc pris plein les yeux et les oreilles pendant près de 3 heures et le groupe salue la salle qui l'acclame. Et là, en guise de rappel on a droit à l'hymne Fuckin Up qui clôt d'ailleurs bon nombre de concerts de Pearl Jam. Mais surtout, on a l'immense honneur d'entendre ni plus ni moins que le morceau qui a donné son surnom à notre héros du soir (et pas que d'ailleurs pour moi), The Loner, extrait de son 1er album paru en ...1968.

Le groupe qui accompagne le canadien sur cette tournée lui apporte une seconde jeunesse qui lui fait beaucoup de bien. Ce ne sont pas des faire-valoir, chacun est mis en avant à tour de rôle et on sent un plaisir à leur jeu commun. Le son et les arrangements sont très intéressants, peut être plus travaillés qu'avec le Crazy Horse et ça passe très bien. L'attitude de la vedette de la soirée est exemplaire, il parle pas mal au public, fait des compliments sur la France mange des cerises et sourit à plusieurs reprises. Tout cela est bien différent de l'image de papy bougon à moitié gâteux qu'il traîne depuis quelques années, et pire de celle de pro-Trump (totalement fausse, comme il l'a expliqué à plusieurs reprises sur son site Interne). Il est visiblement heureux d'être là et ses spectateurs le lui rendent bien. Je suis face à un vieil ami, qui a ses convictions que certains jugeront un peu simplettes (écologie, anti-OGM notamment), mais qui s'y tient. Il a toujours tracé sa route, sans souci du qu'en dira-t-on et bien lui en a pris.

Je n'ai pas peur de le dire : j'ai vu ce soir l'un, si ce n'est le meilleur concert de ma vie. Neil Young est dans une forme éblouissante, sa voix est toujours aussi touchante et puissante. Son jeu de guitare si typique fait de soli que l'on dirait joués à tâtons, est ahurissant. Le son ce soir, sur tous les morceaux, aussi bien acoustiques, qu'électrique était très bon. On a assisté à un concert comme on en voit une poignée dans sa vie, avec un géant (l'un des tous derniers, si ce n'est le dernier) au sommet de son art et une setlist tout simplement fabuleuse. Un immense merci à vous Mister Young.

Setlist :
After the Gold Rush (piano solo)
Heart of Gold (guitare solo)
Comes a Time (guitare solo)
The Needle and the Damage Done (guitare solo)
Mother Earth (Natural Anthem) (Orgue solo)
Out on the Weekend
From Hank to Hendrix
Someday
La vie en rose (Lukas Nelson au chant)
Only Love Can Break Your Heart
Words (Between the Lines of Age)
Winterlong
Walk On
Love to Burn
Mansion on the Hill
Revolution Blues
I've Been Waiting for You
Country Home
Everybody Knows This Is Nowhere
Powderfinger
Monsanto Years
Seed Justice
Wolf Moon
Love and Only Love
The Loner (Rappel)
Fuckin' Up (Rappel)
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Critique écrite le 23 juin 2016 par Cabask
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