Chronique de Concert
Nick Cave et Warren Ellis

En octobre 2017, pour accompagner la sortie de l'austère album "Skeleton tree", Nick Cave et ses Bad Seeds avaient donné, pour leur dernière visite parisienne, un concert d'anthologie qui est resté dans toutes les mémoires. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts et trois autres albums ont été publiés. Le premier, "Ghosteen", consacré au deuil difficile subi par le chanteur australien à la suite du décès de son fils de 15 ans, était dans le prolongement de "Skeleton tree", avec une ambiance intimiste emplie de questionnements mystiques. La tournée qui devait accompagner cet album a été annulée par les périodes de restrictions liées au Covid 19. Cela a donné du temps pour enregistrer un formidable album live en version piano solo, seul dans le hall gigantesque de l'Alexandra Palace de Londres, live au cours lequel le génial songwriter revisitait des chansons de son répertoire dans un mode crooner sombre, mais de toute beauté. Puis, il a fait paraitre l'album "Carnage" en février 2021, sans les Bad Seeds, mais accompagné du Bad seed en chef, l'hirsute violoniste multi-instrumentiste Warren Ellis. Comme "Ghosteen", c'est un album atmosphérique, calme, triste où le deuil de son fils est omniprésent, mais c'est aussi un disque marqué par la solitude et l'état d'esprit glauque des "années Covid".

C'est autour de ces trois albums, et plus spécifiquement de "Ghosteen" et "Carnage", que Nick Cave et Warren Ellis ont décidé de consacrer cette tournée sans Bad Seeds qui s'arrêtait Salle Pleyel 4 ans après leur dernier concert parisien. On savait, en prenant nos billets, que ce concert allait être différent des spectacles puissants et sensationnels que nous offrent les Bad Seeds depuis plusieurs décennies. Accompagné uniquement de 3 choristes, d'un batteur et d'un Warren Ellis oscillant entre violon et synthétiseur, Cave a donné une performance solennelle, introspective, marquée par une beauté lugubre et austère émanant des moments difficiles qui l'ont inspiré ces dernières années.

Les chansons interprétées étaient principalement construites sur un socle de boucles synthétiques, sur lesquelles se superposaient par moments le piano de Cave, le violon d'Ellis et les mélopées des 3 choristes, au service de poèmes ou des questionnements mystiques déclamés ou susurrés par une voix transmettant moult émotions. Ainsi 9 chansons de "Ghosteen" seront jouées, dont les très belles "Bright horses", "Waiting for You", "Galleon ship" et une version poignante d'"Hollywood". L'album "Carnage" était aussi omniprésent, avec 6 chansons. Plus expérimentales et rythmées, on en retiendra surtout "Carnage", "White elephant" et "Hand of god", dont la conclusion en mode decrescendo se fit dans un chant chuchoté au sein d'une salle silencieuse et respectueuse.

L'esprit du concert live solo à l'Alexandra Palace fut aussi présent dans ce concert avec de magnifiques interprétations habitées en mode piano voix de "Into my arms" et "God is in the house". On ne peut pas non plus passer sous silence les formidables versions intimistes d'"Henry Lee" et du "Cosmic dancer" de T-Rex, qui seront deux beaux moments de ce show si particulier. Il faut bien l'avouer, ce set n'était pas des plus accessibles et s'adressait principalement, si ce n'est uniquement, aux inconditionnels de l'uvre de Cave (dont je fais partie).

Les potentiels néophytes assistant à cette prestation, à moins d'être très sérieusement chargés en prozac et autres antidépresseurs, ont dû être surpris par la mélancolie désespérée, voire la tristesse, évoquées par le chanteur de 64 ans. Mais ils ont toutefois pu toucher du doigt le professionnalisme, l'intensité habitée et le charisme fou de Cave, dont la voix grave et pénétrante pourrait émouvoir un bloc de granit finistérien à la lecture d'un annuaire. Cela étant, on ne saurait trop leur conseiller de retenter leur chance dans un concert de Nick Cave and The Bad Seeds, où ces qualités sont mises au service d'un répertoire et d'un spectacle plus varié, théâtral, rock et enthousiasmant que ce concert à la beauté glaciale introspective.

Photos prises par Manu Wino à la salle Pleyel le 13 octobre 2021. manuwino.com www.facebook.com/manuwino
Critique écrite le 13 octobre 2021 par lol
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> Réponse le 14 octobre 2021, par OliWood
Ayant eu le privilège d'assister au premier des deux concerts, je souscris à ce compte rendu fidèle. Un concert intimiste, puissant, émouvant, avec un public profondément à l'écoute, assistant à un office de nature religieuse, au-delà de tout dogme et de toute idéologie autre que celle de la célébration de l'amour de la Vie, de la transcendance des épreuves et de la beauté sacrée. Une communion placée sous le sceau d'une uvre créative exceptionnelle. Inoubliable. Réagir
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