Chronique de Concert
Osees - Psychic Graveyard - Leila Bordreuil (the Echo)

Les Osees débarquent à nouveau à Marseille et cette fois-ci à l'Espace Julien. Certains se souviennent encore du concert explosif que le gang de John Dwyer avait donné dans la défunte Machine à Coudre il y a plus d'une décennie. C'est sans doute la soirée la plus attendue de l'Echo Festival dont c'est la deuxième édition cette année. Les californiens sont précédés de la franco-new-yorkaise Leila Bordreuil et des américains de Psychic Graveyard.

Leila Bordreuil est une violoncelliste franco-américaine qui évolue dans le milieu de la musique contemporaine, de la noise et du free jazz. On va avoir droit à trente minutes de pure noise qui agresse un peu les oreilles (doux euphémisme), une démarche qui peut laisser perplexe mais certains semblent adhérer au " concept ". Il faut bien sûr aimer le genre, les fans de Merzbow peuvent y trouver leur compte.

Après avoir bidouillé ses machines, la musicienne fait ensuite sortir quelques grésillement d'une espèce de tampon jex géant amplifié. Il y en a certains dans le public qui trouvent le moyen de dodeliner de la tête à l'écoute de cette espèce de bouillie sonore et de cette débauche de saturation comme s'ils entendaient Prince , ce qui est quand même assez étonnant.

Le moment le moins ennuyeux de ce set arrive à la fin quand la musicienne se saisit de son violoncelle et joue une longue note tenue avec quelques effets. On se dit que l'on va avoir droit à un long drone avec d'infimes variations, à la manière de La Monte Young, mais non, le titre s'arrête net, ce qui nous laisse un peu sur notre faim. Dommage.

Psychic Graveyard est un quatuor américain au code vestimentaire strict : cheveux très courts et vêtements noirs. Le groupe offre un mélange assez stupéfiant d'electro, d'industriel et de post punk. Le chanteur se contortionne et semble habité, il ne se départit jamais d'un rictus un rien maniaque. Il s'impose très vite grâce à une vraie présence scénique.

Deux musiciens sont de part et d'autres de la scène, chacun s'agitant derrière un mini-synthé, l'un deux se saisira d'une guitare de temps à autres. Ils dansent derrière leurs machines et ont plutôt l'air de bien s'amuser. Ils peuvent compter sur la frappe implacable et métronomique du batteur qui garde toujours un air impassible.

La musique de Psychic Graveyard est à la fois très percutante, sombre et dansante et peut évoquer Nine Inch Nails ou les Swans . Le groupe n'a pas besoin de jouer fort pour se faire entendre et dégage un étrange pouvoir de fascination. L'accueil du public est d'ailleurs enthousiaste. Une bonne surprise, donc.

On change de registre avec les Osees qui ne vont pas usurper une fois de plus ce soir leur réputation de redoutable machine de guerre scénique. Depuis une vingtaine d'années et fort d'une discographie de plus d'une vingtaine d'albums (on ne sait plus trop), ce groupe californien mené par l'hyperactif chanteur-guitariste John Dwyer a su constamment se renouveler dans un registre "garage psyché punk" en intégrant progressivement des éléments de stoner, de hardcore ou de krautrock.

Le line-up est constitué en plus de son leader de deux batteurs, un bassiste et un clavier. Leur nouvel album Sorcs 80 est franchement électronique et expérimental, aussi on pourrait croire que la dominante du concert irait dans ce sens, mais finalement John Dwyer quittera assez peu sa guitare pour un synthé analogique placé derrière lui.

Le quintet commence tout de suite très fort par un titre à la rythmique implacable (difficile d'identifier en concert les titres des Osees tant leur répertoire est dense et leur discographie pléthorique). Les deux batteurs martèlent leurs instruments, jouent quasiment à l'identique les mêmes parties, au roulement près, ce qui rajoute en puissance.

C'est une véritable une orgie sonore garage qui n'est pas sans rappeler par certains côté le Space Ritual d'Hawkwind et qui cloue tout le monde sur place. Mais la musique des Osees, en dépit d'un chaos apparent, est extrêmement maîtrisée et bien en place.

John Dwyer, qui porte toujours sa guitare très haut, se démène comme une dingue, hulule comme un dément plus qu'il ne chante et semble agir ici comme un chef d'orchestre qui donne aux autres la direction à suivre.

Il peut s'appuyer sans peine sur cette section rythmique sur laquelle il fait hurler sa guitare noyée sous de multiples effets et part de temps en temps dans des solos bien acides. Le groupe varie les plaisirs en délaissant le garage psyché pur et dur pour une brève incursion dans le punk hardcore ou bien en partant dans de longues plages krautrock.

Certaines parties semblent improvisées et peuvent un peu trainer en longueur mais le groupe ne relâche jamais l'intensité et la puissance de son jeu. Bon, il est bien évident que les amateurs de songwriting ouvragé ne trouveront pas ici leur compte et c'est ce que l'on pourrait reprocher au groupe : la quasi absence de vraies chansons dignes de ce nom.

Le set se termine au bout d'une bonne heure et demie, on redescend doucement, un peu épuisé quand même par cette débauche d'électricité.
Pour cette deuxième édition et avec cette soirée, L'Echo Festival a réussi une fois de plus le pari de s'imposer comme un festival qui compte avec une programmation audacieuse et éclectique.

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Critique écrite le 27 juin 2025 par phil2guy
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