Chronique de Concert
Penny Arcade & Les Cruz Castillo

Une semaine après Nick Wheeldon et Peter Bruntnell, encore un concert mémorable aux Vinzelles, celui des formidables anglais de Penny Arcade, bien placés sur orbite par la première partie des locaux Les Cruz Castillo.

Les Cruz Castillo
En ouverture de soirée dans l'ancienne grange des Vinzelles, Les Cruz Castillo déroulent leur traditionnel set mixant avec habileté le rock garage le plus cryptique avec la pop in french la plus bucolique. C'est parfois un peu approximatif, mais toujours bien foutu et de nature à provoquer des envies des faire "clap clap" avec ses deux mains. Les deux voix de Gaëlle Lecozannet (ex La Position du Tireur Couché) et Mathieu Gradelet (ex Las Vegas Dead Brides) se répondent parfaitement, façon "La belle et la bête", sur un mode "la douce popeuse se frotte à un rocker de la pire espèce". Au programme du jour : compositions carénées pour combler d'aise les fans d'indie pop & rock garage agrémentées de reprises obscures (mais qui donnent envie d'en savoir plus). Bien joué !

Penny Arcade
Ex membre des précieux chantres de l'indie rock lo-fi Ultimate Painting et Proper Ornaments, le songwriter et guitariste anglais James Hoare vogue désormais en solo avec Penny Arcade (un nom emprunté à une chanson du grand Roy Orbison). Le musicien un peu taciturne responsable du très bel album Backwater Collage, réalisé presque en solitaire, est entouré sur scène par le batteur du groupe Toy, absolument génial (et capable de faire des choeurs comme un as) et de deux frenchy de Montreuil (On l'a appris après. A leur façon de jouer, on croyait qu'ils étaient Américains). Cette association de bienfaiteurs de la musique indé fait des étincelles : alors qu'on s'attendait à une relecture live somme toute classique du disque, très pop et concis (entre Syd Barrett, le Velvet, les Beach Boys et les Beatles, en version "low fidelity"), Penny Arcade étire ses morceaux avec des sortes de jam sessions truffées de solos. C'est très surprenant et finalement assez raccord avec le style choisi, très "pop psyché". Dès le premier titre subissant ce traitement de choc, on embarque sur un tapis volant qui décolle grâce au "travail" du quatuor. Les rythmiques guitare/basse/batterie font monter progressivement la sauce, permettant à James Hoare de tricoter des solos trippants sur sa six cordes, en dérapant de manière joliment incontrôlée.

Certains titres sont plus courts, un peu comme sur le disque inaugural du groupe anglais, mais la plupart des morceaux subissent ce traitement de choc qui semble déplaire à deux ou trois cul serrés qui poussent (intérieurement, fort heureusement, pendant le concert) des cris d'orfraie ou de vierges effarouchées à chaque longue chevauchée guitaristique. Assez rapidement, tout cela nous fait penser à une version british de Neil Young And Crazy Horse, la face électrique du Loner (à voir en concert au moins une fois dans sa vie). Et du coup, l'on se dit que si Jean-Louis Murat - grand fan de Neil devant l'éternel - était encore vivant et s'il était là avec nous, il adorerait le côté flottant et rock and roll de ce groupe complètement libre. C'est au moment où l'on se dit que ça sonne également très Velvet Underground que Hoare & Co se lancent dans une reprise d'anthologie de "What Goes On". Plus de 10 minutes de plaisir que n'auraient pas reniés Lou Reed, Sterling Morrison, Moe Tucker et Doug Yule sur leur fameux Live 1969. La sensation de voir des musiciens humbles et passionnés faire renaître de ses cendres ce titre mythique en prenant un pied pas possible est tout simplement à pleurer de bonheur. C'est malheureusement le point final du concert, mais il est tôt et la soirée ne fait que commencer. Et elle durera jusqu'à point d'heure.
Après quelque verres, on commence par féliciter James Hoare, qui se révèle charmant et très loquace. On avait tout faux : on avait peur qu'il soit mal embouché et peu enclin à parler. Pour résumer, l'homme, qui est ravi par le son et l'accueil "5 étoiles" des Vinzelles, est très francophile. Quand on lui parle de ses passages à La Route du Rock de Saint-Malo, il répond qu'il a adoré jouer là-bas et visiter la ville. On lui glisse que l'Auvergne et ses montagnes valent également le coup, il prend note et vante la qualité de la salle et de l'écoute du public ici, "in the middle of nowhere". On lui rétorque aimablement que c'est à 10 minutes d'une agglomération de 270 000 habitants, que ce n'est pas au milieu de nulle part. Selon lui, en Angleterre, un lieu comme ça ne pourrait pas exister hors d'une ville. James Hoare conclut en précisant qu'il a pour projet de déménager en France, dans la bonne ville de Marseille. Bonne nouvelle ! On tient également à saluer le guitariste et le bassiste, qu'on pensait originaires de Tucson, Arizona. Ils sont excellents, comme on l'a écrit plus haut, mais basés tout près de Paris, à Montreuil. Le bassiste, Ben, a joué dans Cyann & Ben et Herman Dune, tandis que le guitariste - un ex Beat Mark qui joue aussi de l'orgue électrique en consultant de petites fiches où sont consignés les accords - connaît Hoare depuis 10 ans et se révèle être un grand fan de Murat, particulièrement de l'album Mustango et de la chanson "Le Lien défait", dont il nous cite quelques vers. La discussion se poursuit pendant que Charlie, le batteur, chante du Louis Armstrong quand un de ses titres passe dans la playlist "cinéma" de Monsieur Basterra... Très agréable moment avec des gentlemen (qui s'apprêtent à enregistrer un album avec ce line-up de rêve), le tout agrémenté d'alcool de prune (ou de poire ?) et de Patxaran.
Le lendemain matin, on se réveille un peu difficilement, mais tout joyeux et avec l'envie d'écouter le disque de Penny Arcade (ça tombe bien, on a acheté le vinyle la veille) et le Live 69 du Velvet Underground. Puis on saisit notre fidèle et antique Stratocaster pour essayer de grattouiller le "What Goes On" de Lou Reed & Co. Merci à James et ses potes de nous avoir remis en tête ce chef-d'oeuvre inoxydable !
Liens : lescruzcastillo.bandcamp.com/album/altmodisch-2, www.facebook.com/profile.php?id=100042806803343, pennyarcade.bandcamp.com/album/backwater-collage, www.instagram.com/pennyarcade_music, www.facebook.com/lesvinzelles, www.instagram.com/lesvinzelles, www.lesvinzelles.com
Critique écrite le 22 février 2025 par Pierre Andrieu
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