Chronique de Concert
Tom Mac Rae
Pour une fois, j'avais fait en sorte d'arriver bien tôt de façon à pouvoir assister à la 1ère partie assurée par Louis. En vérité, je pensais qu'il s'agissait d'une petite faute de frappe ou plutôt d'une légère "omission" et que j'allais pouvoir revoir ce petit groupe qui m'avait tellement plu (et surtout la chanteuse : Eléa, alias Isabelle) : Louis XIV. Mais malheureusement, il n'y avait pas d'erreur sur les affiches...
Louis arrive sur scène, seul et s'installe derrière son synthé. Il doit avoir entre 20 et 25 et chante en s'accompagnant au piano, des textes en français sur l'amour, la vie, le temps. Une chose est sûre, ce garçon a beaucoup de cran pour monter seul sur scène comme ça et chanter des chansons poétiques assez minimalistes devant un public qui n'est pas venu du tout pour lui et qui attend avec impatience Tom. A vrai dire, malgré son très bon jeu de piano, je n'accroche pas du tout.
Mon respect pour son courage m'empêche de me moquer mais les paroles gâchent vraiment tout. La mélodie est pourtant très jolie notamment celle empruntée à Leonard Cohen avec laquelle il ouvre le bal, mais les textes me choquent carrément par leur... (comment dire pour ne pas être offensant...) puérilité, manque de profondeur, facilité... Je ne sais pas, en tout cas ça ne me plait pas.
Heureusement pour lui, tout le monde n'a pas les mêmes goûts que moi et à ma grande surprise le public se met même à l'accompagner en frappant dans les mains, l'encourage un peu plus à chaque chanson. Si bien qu'après 6 ou 7 morceaux, le jeune homme s'en va tout content, non sans annoncer Tom Mac Rae et le remercier pour son invitation.
(J'en déduis que Tom non plus n'a pas les mêmes goûts que moi... Bon, en même temps, il comprend pas le français !)
Le temps d'aller prendre une binouse, de bavarder un quart d'heure et la lumière s'éteint. Tom arrive un peu après ses 4 acolytes : un batteur, un bassiste-percussionniste, un violoncelliste et un clavier. Il suffit de la moitié d'un accord pour que la salle remplie à moitié soit chauffée à blanc. Le son est bon, sa voix est majestueusement haut perchée comme le chant d'un oiseau presque. La structure des morceaux est très lancinante et la mélancolie vous transperce un peu plus à chaque accord. Les chansons sont pourtant simples mais l'harmonie est presque totale entre la voix et l'orchestration. Tout est aussi sobre qu'efficace et la mélodie légère peut laisser place en un instant à une rythmique entraînante pour terminer sur des accords bien lourds, et vice versa.
Je ne me rappelle plus de l'ordre des chansons d'autant qu'il les a rarement annoncées si ce n'est une fois ou deux. Il a en tout cas sans cesse jongler avec les deux albums et en interprétant réellement chaque morceau à la perfection, parfois mieux qu'en studio. Sa voix en tout cas était véritablement hallucinante sachant se faire forte ou douce au bon moment avec ce timbre si particulier, très légèrement éraillé. La version de A day like today, qui fait un peu penser justement à Eels (mais moins que Human Remains, que je ne me souviens pas les avoir entendu jouer) avec ce son qui fait penser aux berceuses mécaniques (à l'ancienne, celles qu'on remontent) et cette voix qui parfois se rapproche du troublant Mr E., était particulièrement réussie, tout comme l'était celle de You only disappear et de Stronger than Dirt. Je me souviens que Ghost of shark m'a filé des frissons et ensuite le son du violoncelle m'a complètement halluciné sur Karaoke Soul (le "single" -toujours un mot de merde- du deuxième album). Cette chanson m'a carrément pris au tripes tout comme Walking 2 Hawaï avec sa basse longiligne et hypnotique.
En fait, quelques jours après le concert, j'ai craqué et je me suis acheté Just Like Blood. Il n'a pas bougé de ma platine depuis et j'ai pu constater qu'il nous avait offert la quasi totalité des morceaux de ce formidable album.
On a eu le droit a un petit rappel de deux ou trois chansons plus deux coup de : "Je suis désolé d'être anglais, je n'aime pas Tony Blair, je hais cette guerre...", avec l'accent, c'était touchant. Après tout ça, je me suis renté, la tête remplie de nouvelles sonorités qui m'en rappelaient plein d'autres. Une fois encore, je regrette deux choses, d'abord de ne pas avoir écouter en boucle les deux albums avant d'y aller et ensuite de n'avoir pas bougé mon cul pour choper un passe photo. Sans ça, ce concert aurait sans doute fait parti des 10 meilleurs de ma vie. Mais, il fera à coup sûr parti du Top Ten de l'année et bravo au Moulin pour le son et l'organisation.
Critique écrite le 22 avril 2003 par Ed Dazuntski
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