Un flow au timbre racé et un verbe tranchant sur des arrangements oscillant entre rap, slam, jazz et chanson.
Dernière actu : Abd Al Malik est de retour dans les bacs le 3 novembre prochain avec un troisième album intitulé "Dante".
Dans le cadre de la promotion de ce nouvel opus, il partira en tournée à partir du mois de mars 2009 et fera une halte au Grand Rex de Paris le 25 Mai.
Mais avant cela, Abd Al Malik sera en showcase dans les studios de France Inter le 4 novembre 2008 et à la Fnac Etoile le 7 novembre.
Abd al Malik + Ysae (Festival Avec Le Temps) - 24 mars 2009 - Espace Julien, Marseille
Troisième soirée pour nous en moins d'une semaine dans ce bien bel événement (jusqu'à mon lit de mort je refuserai le nom de Festival à tout ce qui n'offre pas de tarif "pass") qu'est la concentration de chanson française appelée "Avec le Temps". On conclut donc cette édition avec l'admirable Abd al Malik à qui nous vouons une admiration sincère .../... La suite
Troisième soirée pour nous en moins d'une semaine dans ce bien bel événement (jusqu'à mon lit de mort je refuserai le nom de Festival à tout ce qui n'offre pas de tarif "pass") qu'est la concentration de chanson française appelée "Avec le Temps". On conclut donc cette édition avec l'admirable Abd al Malik à qui nous vouons une admiration sincère depuis sa prestation en terrain conquis aux 5 Continents , et plus encore celle en terrain inconnu aux Eurockéennes, en plus de sa discographie impeccable.
Mais avant ça, il va falloir en passer par une première partie que l'immense queue à réaliser dehors (et en partie coupée grâce à un certain Pirlouiiiit) n'a pas réussi à nous faire rater en entier : Ysae. Finalement le mode d'entrée toujours aussi minablement géré de l'Espace Julien (et à qui on doit pas mal de minutes de concert ratées par le passé - à force ça doit même se compter en heures maintenant)... a parfois du bon. Réglons tout de suite le compte aux musiciens d'Ysae : ils sont très bons, notamment Cyril Benhamou, talentueux requin de salles et de studios, bien connu de nos services. L'habillage sonore est donc très correct quoi qu'en partie samplé (une guitare qui sort de nulle part).
Par contre s'agissant du chanteur/slammeur/rappeur (il ne nous a convaincu dans aucun de ses 3 registres..), aïe aïe aïe. Pas du tout charismatique, textes et rimes indigentes ("J'ai crié may day mais personne n'est venu m'aider", ouf, fallait oser), à la tonalité chelou voire putassière - qu'est-ce qu'il nous veut au juste avec son Socialement correct ? Et pourtant faisant l'objet d'un vigoureuse campagne d'affichage (bien la peine de saloper tous les murs du quartiers avec ses grandes affiches noires !)... Mais désolé, ça ne prend pas. Il ne m'a d'ailleurs pas semble que le public ait manifesté un grand enthousiasme. Zap. Son groupe Karkan a d'ailleurs l'air de sonner beaucoup mieux.
Un peu plus tard, après une introduction intriguante (ou le pianiste joue directement dans son piano), la clameur est cette fois sincère pour l'entrée en scène d'Abd al Malik qui, pas fou, a bien pensé à mettre un survet' floqué OM... Et commence avec son terrible Soldat de Plomb, avec un son plus rock que rap. Il est vrai que le groupe est ce soir composé d'une contrebasse, un accordéon, un tambourin, un piano, un MC (son frère Bilal) et une guitare (ndP : celle de Thibault Frisoni échappé notamment du David Lafore Cinq Têtes et de Melc) - pas franchement un big band donc !
Lorsqu'ils essayèrent de réanimer Malik, évocation d'un épisode qu'aucun trentenaire n'a oublié, 1986 et la bavure Malik Houssekine, toute une époque qu'il évoque admirablement (Touche pas mon pote, etc...) Puis Gilles écoute un disque de rap et son refrain déconcertant et énigmatique (c'est bon, ca cogne dans la tête, ça fait du bien d'être destabilisé un peu !) - c'est là que le slammeur nous rappelle qu'il affectionne les chorégraphies étranges et très rapides, qui nous entraînent avec lui - il restera très tonique tout le concert, notamment sur les refrains de Paris mais....
Autant était inévitable, ce qu'on pourrait appeler son single :C'est du lourd, qui agace certaines personnes - pas nous, par son côté soit moralisateur, soit motivant... question de point de vue, mais il faut savoir qu'il vient d'un quartier franchement merdique, parole de strasbourgeois d'origine... Autant je n'aurais pas parié qu'il jouerait "mon" Conte Alsacien qui, pour des raisons de racines personnelles déjà évoquées, m'a profondément ému lors de la première écoute (j'avais du me moucher au troisième refrain...). Même si elle ne sonne pas aussi "bal du village" que sur le disque, je suis à nouveau charmé et enchanté d'entendre, pour la première et probablement la dernière fois ici, de l'alsacien en version originale ! Eh non, ce n'est pas une des dizaines de langues qu'on parle au Congo...
Pour se remettre, petit interlude rock'n'roll et une furieuse 12 septembre 2001, texte bavard et florissant qui m'avait conquis dès la première écoute - même sans identifier toutes les références. Autre passage attendu, Romeo et Juliette (sans Juliette bien sûr et hélas), où l'on remarque un vrai travail sur la lumière - ce qu'il qualifiera lui-même d'effets spéciaux extraordinaires. Au fait, j'ai oublié de dire qu'il était sympa et plutôt drôle. Passage assez intense ensuite avec la vraie-fausse lecture du Marseillais (ou l'essence de Marseille captée depuis Strasbourg...), seul avec son frérot.
Curieusement, la plutôt calme Rentrer chez moi est traitée en mode rock, il la finit en hurlant dans le micro, vraiment habité. Après tous ces titres assez intense, l'interlude jazz où il présente les musiciens est donc bienvenu - chacun y va de son petit solo même s'il n'est pas très inspiré pour les introduire. La tonalité jazz est idéale pour partir sur son premier tube historique, Les Autres, qui cartonne bien sur scène - il est bon comédien pour jouer le petit con ! Mais c'est déjà la fin, dans une longue ovation de toute la salle, rallumée pour l'occasion.
Le groupe revient donc interpréter la très fumante Gibraltar, nous défiant de mettre le feu. Il continue à nous haranguer, ce mec est accro à la clameur et à l'applaudissement décidément ! Pourtant, alors qu'il a bien fait monter la sauce, il enchaîne sur un titre mélancolique et apaisé du premier album, L'alchimiste seul au micro - l'ambiance retombe aussi sec. Et le concert se finit, après moins d'une heure et demi, abruptement à notre goût, même après un long salut du groupe... Il a donc manqué un ou deux titres au rappel pour que notre bonheur de revoir Abd al Malik soit complet.
Allez, pour conclure on met trois étoiles, pour tenir compte de la première partie et inciter M'sieu Malik à jouer plus longtemps encore la prochaine fois. Mach's geut, schatzele !
>> Réponse (le 27/03/2009 par Yaps) flow de taré et photos de dingue ! merci.La suite
>> Réponse (le 30/03/2009 par Laurent13009) Bonjour
je viens de recevoir un mail,m'invitant a visionné votre critique d'Ysae, que je n'apprécie pas du tout car .../...La suite
>> Réponse (le 30/03/2009 par Lisa Viguier) On n'a pas du voir le même concert mon cher Phillipe, du moins pas la même 1ère partie,pour dire des absurdités tu .../...La suite
>> Réponse (le 30/03/2009 par Erual Nitram) Cher Philippe,
Je souhaite réagir à ton article concernant Ysaé. Il semble malvenu de parler de « textes et de rimes .../...La suite
>> Réponse (le 31/03/2009 par Philippe) Chère Laure,
merci de cet épistolaire, virile mais correcte réaction ! Je note tes remarques sur la pauvreté de mon .../...La suite
>> Réponse (le 01/04/2009 par Laure) Bonjour Philippe,
Je suis obligée de réagir à ta réponse. J'ai bien remarqué que tu as modéré ton propos. Seulement, .../...La suite
>> Réponse (le 01/04/2009 par Philippe) Bien, Laure,
j'en mets donc une dernière couche : "virile mais correcte" est une expression rugbystique qui encore une .../...La suite
>> Réponse (le 01/04/2009 par Laure) Oui, on ne partage rien en commun. Je ne te trouve ni poétique ni drôle, et j'ai du mal à percevoir la poésie dans des .../...La suite
>> Réponse (le 07/04/2009 par Lionel Modrzyk) Je viens de lire cette critique concert qui m'a littéralement consterné. C'est le parfait exemple du pigiste de base qui .../...La suite
>> Réponse (le 08/04/2009 par philippe) Merci pour cet avis. J'ai payé ma place et celle de ma copine qui ne m'a donc pas plaqué ce soir-là. Ce qui exclut entre .../...La suite
Abd Al Malik - Dante par Philippe Nouvel album, nouvelle démonstration éblouissante du petit-grand Abd Al Malik, le philosophe des cités alsaciennes, qui nous a depuis son très grand Gibraltar, enchantés à plusieurs reprises sur scène. Bien sûr, ce n'est pas vraiment un grand chanteur, ni même un grand slammeur .../... La suite
Nouvel album, nouvelle démonstration éblouissante du petit-grand Abd Al Malik, le philosophe des cités alsaciennes, qui nous a depuis son très grand Gibraltar, enchantés à plusieurs reprises sur scène. Bien sûr, ce n'est pas vraiment un grand chanteur, ni même un grand slammeur par sa diction. A vrai dire on écouterait même ses textes a capella. Mais le fait est que les musiques très léchées qui entourent ses compositions, qu'elles soient jazz, afro, trip hop ou autres, contribuent indéniablement à les mettre en avant. Et ses textes, bonne nouvelle, sont toujours d'une pertinence et d'une sensibilité admirables, résistant sans problèmes à des écoutes multiples. C'est du lourd, single annoncé, est un manifeste pour sonner la relève citoyenne des banlieues, simple et universel. Enfoncé par le constat, plus amer mais pas désespéré, de HLM Tango en fin d'album...
La mort est très présente tout au long de Dante. Elle conclut évidemment Romeo et Juliette, très joli duo tragi-comique avec Juliette Gréco, ou Circule, Petit, mort d'un petit malfrat qu'aurait pu écrire le grand Renaud il y a vingt ans. Mais qu'il parle de la mort de Malik Houssekine et du monde de l'époque (il y a déjà plus de vingt ans), ou de celle du Nègre Aimé Césaire (et de comment il disait son Ile), où même de celle d'un Marseillais connu dans sa cité (et de comment il racontait sa ville), Abd Al Malik fait preuve d'intelligence, de modestie, d'ironie, à travers une prose luxuriante, cultivée et sans ostentation. D'autres textes sont de petites tranches de vie plus joyeuses qui offrent un heureux contrepoint (Le Faqir, Paris Mais...).
Au rayon émotion, son Conte alsacien en forme de valse est le plus bel hommage a l'émigration entendu depuis longtemps : nostalgie de la terre de départ, déclaration d'amour à celle d'arrivée, tout en un. Si un alsacien exilé (ou un exilé en Alsace) peut écouter ça sans avoir les yeux humides, c'est qu'il est plus fort que moi... Et ses magnifiques Noces à Grenelle, déclaration de foi écologique tardive mais sincère, concluent admirablement un album à l'éclat d'un joyau sombre, qui s'avèrerea à n'en pas douter poignant sur scène. Alors fier d'être français ? Pas de quoi, non, en tout cas pas tous les jours... Fier d'être du même pays que Keny Arkana, MAP et Abd al Malik ? Ca, oui, et pas qu'un peu.
(2008)