Sur son dernier disque, L'horizon, les compositions de Dominique A, toujours aussi belles et poignantes, se retrouvent habillées à la perfection par d'habiles musiciens ; elles acquièrent ainsi des vertus oniriques qui captivent immanquablement l'auditeur.
Une édition variée et réussie pour le festival Sémaphore en Chanson, à Cébazat… De Christophe Adam à Dominique A, en passant par de nombreux autres artistes, la semaine dédiée à la chanson française de tous bords a permis de faire un tour d’horizon plutôt réjouissant, sept jours durant.
Christophe Adam : morceaux superbes, arrangements réussis, duos bienvenus, inédits prometteurs…
C’est entouré par une section de cordes (superbement arrangées par Marie-Jeanne Serero) que Christophe Adam a l’opportunité d’ouvrir en grandes pompes le festival 2006, le dimanche 5 novembre. On connaissant déjà l’excellent répertoire du songwriter clermontois en version réduite (une guitare sèche, un micro, une guitare électrique brillamment tenue par Daniel Larbaud et un orgue caressé par Jean-Michel « speed » Plasse), mais la version « orchestre complet plus cordes » apporte un indéniable plus à l’ensemble. La voix joliment sexy, grave et éraillée de M. Adam (demandez aux femmes ce qu'elles en pensent… ), sa guitare sèche, celle de son acolyte électrique et l’orgue ont la chance d’être placés dans un superbe écrin, avec une batterie (celle de Christophe Pie, musicien et producteur de JL Murat), une contrebasse, des violons et un violoncelle… Le set de plus d’une heure et demi proposé au nombreux public réuni à Sémaphore atteint des sommets. Si la batterie et la contrebasse boostent les morceaux dans la première partie du spectacle, par la suite, l’arrivée des cordes fait littéralement décoller nombre de titres vers des cimes inespérées. La réalisation du rêve de tout musicien (voir son répertoire magnifié par des cordes) semble inspirer Christophe Adam, qui n’a sans doute jamais aussi bien chanté ses chansons folk/rhythm and blues… La mélodie interdite, La recette de l’amour fou, L’inconsistance... les compositions marquées du sceau de la classe se succèdent, avant de laisser la place à un nouveau morceau aussi émouvant que captivant, Les roses grises… Décidément, ce Monsieur sait écrire des chansons qui marquent les esprits ! Il apprécie également de mélanger sa voix avec celles de charmantes personnes du sexe féminin : Morgane du groupe Cocoon pour le très ironique Vivre tue et Gaëlle de La Position du Tireur Couché pour l'acidulé Je déteste ça. Des morceaux superbes, des arrangements réussis, des duos bienvenus, des inédits prometteurs, vous l’aurez compris le public est reparti conquis…
Le vendredi suivant, Arman Méliès déçoit, comme lors de sa première partie de Dominique A à la Coopérative de Mai en 2005. Car si le songwriter français sait composer et chanter de jolis morceaux sur disque, il se fourvoie sur scène dans une série de démonstrations techniques superflues avec son autosampler, sa guitare et ses micros. Après avoir enregistré toutes les parties assez longuement, chaque morceau est interprété puis étiré à l’infini avec des vocalises interminables. Ce traitement aboutit à uniformiser tout le répertoire et à lasser… Et l’on se dit qu’une chanson interprétée sobrement à la guitare et sans aucun artifice serait la bienvenue…
Emily Loizeau : un concert brillant.
Juste après et malgré un public assez difficile à faire réagir, Emily Loizeau a montré tout l’étendue de ses multiples talents. Entourée par un groupe réduit mais parfait pour ses morceaux, la belle Emily évolue en toute liberté au piano et au micro. Ses textes futés, drôles et/ou émouvants sont chantés d’une voix méritant tous les louanges. Délicatement voilées et superbement modulées, les cordes vocales de Mademoiselle Loizeau font vibrer le public, ses pitreries et autres harangues drolatiques se chargeant de faire sortir l’auditoire de son mutisme. Pour en arriver finalement à faire un triomphe à l’auteur de l’album L’autre bout du monde. Les rappels seront l’occasion de voir la chanteuse à l’œuvre sans micro, prouvant ainsi, s’il était besoin, l’authenticité et la puissance de sa voix. « Brillant » est le mot qui vient immédiatement à l’esprit à la vue d’un concert d’Emily Loizeau…
Polar : très inégal.
Bruyant, c’est le premier qualificatif qu’on trouve approprié au set de Polar, le dimanche soir… La guitare électrique surmixée et la batterie recouvrent la voix et la guitare sèche du chanteur suisse d’origine irlandaise. Il faudra que nombre de personnes quittent la salle et que quelques uns expriment leur mécontentement quant au volume sonore pour que Polar se décide à baisser (un peu) le volume et à venir chanter un titre, débranché au milieu du public. Dès le début du concert, les bruits de tôle à chaque coup sur la batterie auraient dû mettre la puce à l’oreille à l’ingénieur du son… mais, en fait, non. Pour ne rien arranger, le changement de direction de Polar (chant en français et beaucoup plus forcé qu'auparavant) n’est pas du goût de tout le monde dans les rangs du public. Car, si certains morceaux fonctionnent, la plupart sonnent comme si l’on avait plaqué une grosse guitare et un chant trop emphatique sur un titre folk. Le concert est donc décousu et très inégal, avec de belles réussites - comme sur le disque Jour blanc et des détours dispensables, on pense en particulier à certains titres où le refrain est interprété à l’infini, laissant l'impression d’un manque d’inspiration flagrant.
Dominique A : un très grand moment.
Le manque d’inspiration ne semble pas affecter Dominique A, toujours aussi pertinent sur son dernier album en date, l’inépuisable L’horizon… Malgré quelques difficultés à réveiller le public du dimanche soir, M. Ané a sans doute donné l’un de ses meilleurs concerts à Sémaphore. Chant habité, musiciens parfaits (batterie, cuivres, guitares, claviers), éclairages sublimes, set list quasi idéale, il faudrait vraiment chercher longtemps pour trouver un défaut à ce concert saisissant de bout en bout… Comme Camille lors d’un concert proche du parfait le dernier jour du festival 2005, Dominique A a parfaitement tenu son rôle de tête d’affiche de la semaine. L’univers si particulier du Nantais est plus que jamais marquant sur les planches… et c’est un euphémisme. Comment pourrait-il en être autrement avec un répertoire abritant des perles à l’état brut comme La mémoire neuve, Rouvrir, L’horizon, Pour la peau, Le Commerce de l’eau, Dans un camion ou encore Le Courage des oiseaux ? Chaque titre subit un traitement de faveur à base d’arrangements aventureux et surprenants, si bien que l’auditeur/spectateur se retrouve dans une situation idéale : une sorte de tête à tête rêvé avec un artiste doué et au meilleur de sa forme… A force de tutoyer la perfection, Dominique A réussit à rendre folle l’assistance qui le réclame à corps et à cris pour des rappels, qui s’avéreront être de très grande classe. Un très grand moment que ce concert donc… Souhaitons à l’édition 2007 de Sémaphore en Chanson de pouvoir en proposer d’un tel niveau.
A lire bientôt sur le site, une interview de Dominique A réalisée le jour du concert pour Radio Campus Clermont (93.3 FM ou www.clermont.radiocampus.org)... L'entretien sera diffusé la semaine du 27 novembre au 3 décembre 2006 sur les ondes.
Dominique A - 09 Novembre 2006 - Théâtre des Salins, Martigues 1ère partie Quaisoir, enfin le chanteur tout seul Guillaume je crois. Des nouveaux morceaux très bons et une voix toujours superbe.
En ce qui concerne Dominique A, que j'adore tant pour sa voix que .../...
1ère partie Quaisoir, enfin le chanteur tout seul Guillaume je crois. Des nouveaux morceaux très bons et une voix toujours superbe.
En ce qui concerne Dominique A, que j'adore tant pour sa voix que pour ses textes, j'étais au 2ème rang au centre, super place ! Musique et voix superbes, envoûtantes, prenantes bref des musiciens méga doués et surtout Dominique A son : charisme, talent de gratteur et surtout sa voix d'enfer encore. Bref, il est génialement bon. Réagir à cette critique
Dominique A, Yann Tiersen - 25 juillet 2006 - Voix du Gaou - Six Fours on imagine sans peine quel pied ça doit être pour un artiste de se produire dans la magnificence qu'offre le cadre de la presqu'île du Gaou - et plus encore la scène B plus intime que la grosse A, .../...
on imagine sans peine quel pied ça doit être pour un artiste de se produire dans la magnificence qu’offre le cadre de la presqu’île du Gaou - et plus encore la scène B plus intime que la grosse A, plus boisée aussi - pour le prendre nous-mêmes en tant que spectateurs.
Attention ce soir là, le fameux adage « les absents ont tjs tort » s’est une fois de plus vérifié.
Pensez-vous, Dominique Ané dit Dominique A sur scène ( même en « 1ère partie » ) suivi de l’homme orchestre, Yann Tiersen, c’est par avance à ne surtout pas manquer. Les bougres le prouveront de la plus éclatante des manières. Même si la palme revient, de loin, à mon sens, à Dominique A.
C’est tout de noir vêtu que celui-ci entre sur scène. « les gothiques arrivent » lâchera-t-il avec un sens certain de l’auto dérision sachant en outre qu’il a déjà été attaqué à ce sujet là : la pleureuse n’est-elle pas en réponse une chanson qui revendique la tristesse, la mélancolie, le spleen de ses chansons.
Sur les stridulations de cigales – « on les aura ! » s’amuse-t-il à répéter se sentant concurrencer par ces insectes si chers aussi à nos cœurs - Dominique A et ses comparses( batteur, guitare, basse et cuivre parfois ) vont se livrer à une fabuleuse prestation scénique…
Non seulement, notre défenestré de la toiture comme aurait dit Pierre Dac préféré possède le sens des mots, offrant à ses chansons une livrée poétique d’éternité, non seulement il a étalé au grand jour, depuis qu’il a décidé de prendre un tournant par rapport à ses 1ères années de musique dite minimaliste ( il en était d’ailleurs à l’époque le chef de file ) qu’il était un vrai compositeur aux musiques originales, habitées et variées ( comparez la fossette son 1er opus datant de 14 ans en arrière et l’horizon le dernier en date et rendez vous compte du chemin parcouru- autant de remise en question qui l’auront fait avancer, progresser, se transformer ) mais c’est qui plus un interprète impressionnant de charisme et de présence sur scène. Difficile quand on réalise l’étendue de ses talents de ne pas croire au jansénisme.
Non y a pas à chier cet artiste à la fois précieux, exigeant ( car exact ) et accessible ( la poésie ne se confond pas avec l’alambiqué ), ténu et tendu, sobre et altier, ne manque d’aucune corde à son arc. Pendant une heure, à peu près, ses anciens chefs d’œuvre ( antonia, le courage des oiseaux, je t’ai toujours aimé etc.) alterneront avec les perles que sont « rouvrir », « par l’ouest » pour ne citer qu’elles, ne craignant pas de les habiller musicalement différemment pour leur passage sur scène. Plus rock bien sûr. Aaaah l’horizon - pour ne focaliser que sur elle - quel bijou, quel chef d’œuvre cette chanson tout en alexandrins que n’aurait pas renier Jack London ( je le sais c’est un vieux pote à moi depuis 20 ans ) tant l’onirisme et la voyage l’habitent. Certes sur scène nous n’auront pas droit aux bruitages et aux envolées mélancoliques de la version studio mais il lui conserver à l’essentiel : l’émotion, le rêve, la liberté ( voire ses contraintes ).
Il est maintenant complètement en nage, ses fringues noires lui collent à la peau, il transpire tellement mes aïeux ( faut dire que quand il se laisse transporté par sa musique il « danse » comme un épileptique :-) que ses vêtements miroitent et de ma place, on jurerait presque qu’il est tout de cuir vêtu…
La beauté c’est, je crois, tout ce qui est agréable à entendre, voir comprendre, en soi même, indépendamment de qqle utilité que ce soit. Le beau se reconnaît d’abord au plaisir qu’il suscite : alors croyez-moi, quel plaisir, ce soir là, d’écouter et de voir le talent en pleine action, se déchaîner et se livrer sans honte ni forfanterie. Quel plaisir d’entendre jouer sur scène des chansons avec des textes si dépouillés, si bien ciselés aux mots plus justes que beaux.
A ceux qui d’entre vous penseraient que je suis fan, détrompez-vous, je suis admiratif et reconnaissant.
Sa voix a beau ne pas être celle d’un stentor, elle nous fait passer par toute une gamme de sentiments et d’émotions, elle est tout en dedans, rentrée, elle est belle, exactement ce qu’il faut pour ses textes au lyrisme à bride tenue et pour ses compos. Tout est complémentaire, le parfait équilibre…
Vous savez on va encore me reprocher de partir dans mes délires mais quand on écoute pareil artiste, on se rend compte avec la plus de netteté possible de ce qui caractérise l’art. Même l’art dit mineur. Une ouvre d’art est qqchose d’irremplaçable tout comme l’individu qui l’a crée, c’est à quoi se reconnaît une ouvre d’art. Il s’agit d’exprimer l’irremplaçable de nos vies, et d’autant plus qu’elle sont ordinaires. Que la beauté soit au rendez-vous est le miracle de l’art. Ce soir et depuis longtemps, Dominique A l’a fait sien.
C’était pour la parenthèse.
quoi qu’il en soit sa musique aura ravi nos oreilles, fait frissonner nos sens et battre nos cœurs pendant à peut près 1 heure…1 heure, c’est vachement trop court…j’en veux encore…
passer après un tel talent tient de la gageure. Même si on s’appelle . Allez je vais pas vous faire le gros suspens, il a eu beau trouvé le public un ch’tit peu mollasson au début, il a beau délivrer un concert moins abouti à mon sens qu’au moulin en fin d’année 2005, c’est pas un blaireau non plus le breton, poète des sons et dompteur de sonorités, et il a quand même bien assuré.
Mais juste avant de coucher quelques lignes sur le set de tiersen et les siens, je souhaiterai saluer les prestations de celles et ceux d el’école nationale du cirque qui avaient été invités par le festival à nous distraire durant le temps mort que constitue la préparation du matos d’un artiste à l’autre.
De superbes numéros qui changent des numéros de voltiges ou jonglages habituels. Ce soir ça, tenait plus de Spiderman, Buster Keaton ou Matrix que du trapéziste avec sa surannée tenue moule burnes, si vous voulez bien me passer l’_expression arrière précieuse. Nous les avions déjà aperçu lors de la rouvrir où une nana de l’école s’était livrée à un numéro de danse mais en remplaçant la barre d’exercice de danse par une corde suspendue verticalement. Plus tard lors du concert de Tiersen, un gus viendra transformant ses yo-yo en tentacules du Dr Octopus.
Tiersen , parlons–en justement.
Si vous n’avez jamais vu Tiersen sur scène ( sans dec’ ?!? ), je peux vous dire qu’on a l’impression d’assister à un défilé de haute couture à Milan ( ou d’ailleurs ) : c’est une valse d’instruments qui passent, s’en vont, reviennent. Un vrai défilé de guitares notamment, de toutes sortes, de toutes les couleurs, de toutes formes, des anorexiques, des bien en chair, des chromées, des blacks etc.
Bien sûr il reste quand même sa marque de fabrique : violon, mélodicas, toy-piano mais ce soir ce sera plus un podium pour les guitares que l’habituelle valse de violon, guitares, clavecin, scies musicales, vibraphone, violoncelle, mélodica, accordéon, marimba.
Mais pour l’heure, fini l’équilibre savoureux entre rêves symphoniques et guinguette populaire, Tiersen a décidé de corser ses performances sur scène en leur donnant un corps bp plus rock ( je ne sais pas si l’album les retrouvailles est ainsi )– ce qui m’avait tant emballé au Moulin. Ce soir rebelote ( et c’est pas plus mal quand on veut se renouveler ) même si les morceaux interprétés passent par différentes strates. Autant agressif que par souvent torturés, parfois atmosphériques et pénétrants.
Sa musique reste un mystère : ample, majestueuse, poétique, romantique, sublime, puissante avec des réminiscences musicales totalement absorbées.
On aura quand même droit ( et je fais partie de ceux qui pensent que c’est tant mieux ) à LA améliepoulinade mais sans l’accordéon guinguette et les violons passéistes habituellement associés à cette valse musette. Non ce soir je le redis et le génial touche-à-tout et multi-instrumentiste hallucinant qui tire des sons de tout ce qui lui passe à portée de main, persiste et signe, c’est rock’n’roll baby…et franchement c’est très convaincant.
Autre nouveauté, l’arrivée du chant sur ses morceaux. Sauf que vrai
bémol ( c’est pas plus mal car à force de lire mes chroniques vous vous risqueriez à croire que je suis un impénitent thuriféraire illuminé) ça le fait pas un brin je trouve quand notre ami se frotte au chant…ouais pas un brin. Autant la voix de Dominique A est rentré, intimiste, pleine de douceur ( enfin il a une voix quoi ! ) autant Tiersen devrait éviter de chanter. C’est bien de s’essayer à d’autres choses, d’expérimenter de nouveaux champ d’investigation, d’éprouver ses limites mais c’est plus noble encore de reconnaître lesdites limites. Même son guitariste ( dont perdu je ne me souviens plus du prénom ) chante mieux que lui ( lors de la reprise d’un morceau de The Ex ).Je trouve que son chant est carrément dommageable pour les chansons.
Heureusement il invite Dominique pour un morceau.
Cela étant, au final, autant les musiciens que le public était ravi.
Pour ma part, parmi ses nouveaux titres, qqles chansons à mettre en exergue : la jetée ( à ne pas confondre avec la veillée bien trop ressemblant pour ne pas dire copie conforme de morceaux présents dans l’album Le phare, le jour de l’ouverture pour laquelle Dominique A a fait un retour sur scène, pluie d’hiver (ou un titre dans le genre il me semble) aux paroles assez sibyllines mais condamnant si j’ai bien compris notre monde ultra-libéral ( Benoît 16 et Tiersen même combat ? ).
Dimanche 2 juillet, troisième jour des Eurockéennes de Belfort 2006 toujours aussi ensoleillées et agréables, après deux belles journées (vendredi et samedi) de musiques et de chaleur. Compte rendu...
My Baby Wants To eat Your Pussy :
Malgré un nom aussi alléchant qu’évocateur pour tout homme ayant un jour dans sa vie fréquenté une femme bisexuelle, et une choriste bougeant joliment son derrière (bien ferme !), le groupe My Baby Wants To eat Your Pussy nous a laissé complètement froid. Un comble avec un nom pareil ! Cette troupe bigarrée se présente comme suit : un chanteur de hard rock couine à l’envi, un guitariste habillé en femme en fait des kilos sur ses six cordes et le reste du groupe essaie de se montrer le plus possible… Le gros problème, c’est que dans tout ça, il manque cruellement de morceaux percutants ; cet assemblage disparate de pop FM, de heavy metal à cheveux permanentés et de funk est assez dispensable. Reste le nom, dont le groupe semble très fier, puisqu’il le répète continuellement. Un nom excitant donc, pour un groupe peu bandant.
Islands :
Toute de blanc vêtue, cette secte musicale canadienne se fait fort de distiller des ambiances psyché pop/rock à la Arcade Fire. Les ex Unicorns ont fait étalage de leur talent si particulier pour trousser des pop songs bizarroïdes aux vertus euphorisantes. Voix continuellement à la limite (c’est ce qui fait sa beauté), constructions de morceaux alambiquées (ruptures de rythme, changements d’atmosphère dans la même composition), cordes partant en vrille, Islands réussit à emmener le chapiteau dans son univers bien barré, malgré une présence un peu timide et une communication limitée…
Dominique A :
« Désolé, je ne parle pas beaucoup, vous me tétanisez ! » déclare Dominique A au bout de quelques chansons ; mais personne ne semble lui en tenir rigueur, vu la qualité du set proposé. Accompagné par les excellents musiciens de la tournée précédente (qui jouent également sur son très beau dernier opus, L’horizon) et par le fidèle guitariste Olivier Mellano, monsieur Ané - pour l’état civil - donne un concert de très haute tenue. Morceaux envoûtants, interprétations habitées, orchestrations soignées : rien ne manque à l’appel… Le chapiteau - ouvert aux quatre vents - n’est pourtant pas l’endroit idéal : on entend le satané sound system au loin, mais la mayonnaise prend immédiatement. Et puis comme le dit ironiquement, l’ex chanteur nantais : « Il y a deux musiques en même temps, c’est bien, ça fait gagner du temps ! » Malgré ce « petit détail », on retiendra des versions magistrales de Pour la peau, Le commerce de l’eau, L’horizon (avec un solo sidérant) et du Courage des oiseaux, pour conclure cette prestation de fort bon aloi…
Art Brut :
Malgré un cadre inhabituel pour lui (la grande scène, en plein après-midi), le groupe Art Brut a encore une fois fait très bonne impression (après la Route du Rock 2005 et le Printemps de Bourges 2006) avec son mélange très relevé entre la pop anglaise, le punk et le hard rock…. L’intro sur Back in black d’AC/DC donne le ton : le combo n’est pas là pour faire dans la dentelle ; son but ultime est plutôt de provoquer des étincelles entre les points de frottement des différents genres abordés. Et ça marche ! Grâce à un enthousiasme communicatif, à une belle série de discours débiles d’Eddie Argos, à ses textes tous plus savoureux les uns que les autres et à une belle série de hit singles joués à l’arrache, avec une conviction rafraîchissante. C’est un peu comme si ces petits garnements venaient de découvrir le rock ‘n roll : ils n’en reviennent pas de faire du bruit avec leurs instruments respectifs et d’être applaudis, en plus.
Aberfeldy :
Le groupe Aberfeldy se fait fort de délivrer une pop fleur bleue et sautillante avec violon émouvant, claviers cheap, voix douces et choeurs bucoliques… Cela a déjà été fait avant, et cela sera encore fait après eux, mais ces jeunes gens bien sous tous rapports semblent sincères et très contents d’être ensemble sur une scène. Petit détail qui pourrait éventuellement avoir son importance au moment du jugement : Aberfeldy écrit de jolis morceaux qui rendent heureux ou joyeusement mélancoliques. Et c’est déjà beaucoup, non ?
Sigur Ros :
Toujours très impressionnants en live, les Islandais de Sigur Ros confirment juste après leurs excellentes dispositions scéniques. Mise en scène captivante, musiciens ultra concentrés, morceaux propices au décollage vers d’autres sphères, public de fans attentifs, le mega show façon Sigur Ros réussit l’exploit d’être à la fois intimiste et grandiose, puissant et délicat. On se sent un petit peu comme dans du liquide amniotique, tranquillement bercé par la fureur du monde extérieur, sans que rien ne puisse nous atteindre et altérer ce précieux sentiment de bien-être. Après une sorte de best of post rock versus pop, le set se termine sur une ode au bruit proprement renversante. A la fin, on se sent comme orphelin, seul au monde… D’autant plus qu’en sortant de la foule massée devant la scène, on se rend compte que la moitié des spectateurs est allée se presser aux abords de la grande scène pour assister à l’horrible démonstration technique de Muse. Qu’on évitera soigneusement, préférant avoir un sommeil bercé par le souvenir du concert magique de Sigur Ros… A l'année prochaine !
Pour le premier jour c'était par ici et pour le deuxième, fallait commencer par là !
Toujours d'esprit flâneur sous un soleil qui a du prendre comme nous un pass 3 jours (à moins qu'il n'ait eu une accréditation, LUI...?!), on commence tranquillement la journée en n'écoutant quasiment pas Dominique A (ouais, bon, certes c'est pas comme ça qu'on va devenir journaliste professionnel...) Cela étant il est sûr que cet artiste à la voix un peu monocorde mais aux jolis textes, dans une salle fermée, doit être sympa à écouter... moi je ne le vois toujours qu'en festival.
"We are Art Brut, any questions ?" Ouais, quelques unes. Pourquoi le chanteur est-il si vilain et mal habillé ? Connaissant l'album on soupçonnait bien qu'il chanterait mal, mais à ce point : grassouillet et probablement bourré, on dirait un supporter anglais, tout droit sorti d'un pub karaoke ... quand au groupe il est composé de gens biens lookés mais assez poseurs.
Pourquoi commencer par un riff d'AC/DC ? pour attirer le chaland ? Bref, supportant plutôt bien le groupe sur son premier album, on prête tout de même une oreille attentive au combo de, comme on dit, rock arty. Et ses chansons toutes plus désinvoltes les unes que les autres : We formed a Band, My young brother (au son sympa, mais nous désolé on a pas attendu 21 ans pour découvrir le rock),Bang bang rock'n'roll (déjanté et noisy, avec un petit côté Libertines), ou encore Rusted guns of Milan (qui pourrait se résumer en "Too drunk to fuck"). Au bout d'un moment, l'arrogance de ce type devient franchement agaçante, un petit côté tête à claque à la Pete Doherty... On est donc partis pendant Emily Kane, laissant ce groupe réfléchir à la possibilité de recruter un vrai chanteur...
Quoi qu'il en soit, l'un des rendez-vous majeurs de cette édition nous attend : Mogwai !
D'ailleurs le chapiteau dégueule de monde, impossible de s'approcher sans écraser quelques pieds quand le concert débute sur un air celtique. Le groupe a la réputation non usurpée de jouer très fort : on se fait effectivement salement ramonner les cages à miel avec plusieurs chansons du dernier album, l'excellent Mr Beast dont on a dit le plus grand bien, même si par exemple Happy songs for happy people est au moins aussi bon. Le leader, guitariste souvent et chanteur rarement (et encore, avec la voix vocodée à mort), est un ptit gars pas fier planqué sous sa casquette : Stuart Braithwaite, qui comme tous ses potes reste imperturbable, quelle que soit la tempête sonique qu'il déchaîne. On note qu'ils portent pour la plupart des bouchons dans les oreilles, quand même, les petits joueurs...
En tout cas Travel is Dangerous et plus encore, la magnifique Friend of the Night ravissent nos oreilles. Cette musique vrombissante a des effets variés : la fuite -pour pas mal de gens- ou un état second de trip extatique (que certains aident avec diverses substances). Des passages très calmes (où l'on tend presque l'oreille) sont enchaînés sans ménagements avec des déferlantes soniques, littéralement des murs de larsens que construisent, impavides à la manière d'un Ron Asheton des Stooges, le chanteur de Mogwai et sa bande. Ce son totalement anti-commercial, à rebours des modes, que l'on appelle le "post-rock", est décidément bien jouissif et rafraichissant. Dommage qu'on ne puisse pas changer d'oreilles dans une vie ... Mais on veut bien prendre le risque, quand retentit la diabolique Glasgow Mega Snake (que Muse n'arrivera jamais à écrire, car pour cela il faudrait d'abord baillonner Matthew Bellamy...). Le final tout à fait chaotique se fait après un slow très lent, en béton armé, qui doit être sur l'album HSFHP ? Le groupe nous quitte sur ce que l'on appellera un bruit "noir" : tous les instruments saturant tous en même temps, à force d'être maltraités, piétinés, cognés etc. Au final, un excellent moment expérimental qui fait du bien... même quand il s'arrête.
Bien sûr on aurait pu s'échapper plus tôt. Mais pour une fois qu'il y avait peu de groupe popeux à la Belle & Sebastian, on ne s'est pas rués pour voir la fin d'Aberfeldy(sheim*) ; un grand amateur de ces groupes mélodiques (et ch...) nous en a cependant dit du bien, avec la réserve que c'était un peu limite easy-listening variété par moments. * private joke pour alsaciens d'origine - ne pas confondre avec Mittel- et Niederfeldysheim bien sûr
Bref, on reprend ses esprits avec la fin de We are Wolves, live on the beach. Restaient seulement 10 minutes de cet excellent power trio rock, au son électro-garage (guitare, synthé et batterie), super sympa, à revoir en salles si possible !
Car animé d'un mauvais pressentiment, on a traîné des pattes avant de rejoindre la grande scène et Archive. Et notamment, on a poussé jusqu'au sound system, minuscule scène (comparée aux autres) à l'entrée du site, pour revoir un petit coup de Las Ondas Marteles, sympathique trio de musiques espagnoles déjà vu avant un inoubliable concert de -M- au Dôme. Un vrai plaisir que d'écouter de la canson tranquilla en español (un peu de calme après la tempête), des trios a capella avec carillons délicats, un rockabilly guitare/contrebasse acoustique et néanmoins endiablé qui doit s'appeler My baby left me.
Au moment où l'on remarque un truc amusant, que Sébastien Martel a comme un petit air de Manu Chao plus jeune et plus grand, voilà Camille qui arrive !! La même que hier, mais ce coup-ci à peine à trois mètres ! Trop classe. Elle est venue chanter avec Nicolas Martel (chanteur délicat s'il en est), 2 slows rock très classieux, d'une voix archi-sexy digne de Betty Boop. On les quitte à regret sur un blues, mais quelle idée super sympa que cette petite "saynette" à l'entrée du site, pour des collaborations sans façons entre grands artistes !
On rejoint cepentant quand même Archive par acquis de conscience, sur Fuck U. Bien sûr la musique est toujours très belle mais la voix du nouveau chanteur n'est vraiment pas top, bof, il n'y a rien à faire, on regrettera toujours Craig Walker, le rouquin torturé et charismatique parti il y a presque 2 ans. Le groupe joue des nouveautés de l'album Lights, un peu faiblardes a priori (en tout cas répétitives par rapport à leur dernier bon album en date, You all look the same to me, lui-même aussi beau que Londinium - on pardonnera s'il le faut beaucoup de galettes mineures aux deux auteurs de ces oeuvres sublimes).
Mais horreur ! En plus du nouveau chanteur de qualité standard, revoilà le chevelu casse-couille qui nous les a déjà brisées par le passé aux Docks des Suds. A deux doigts de filer, on est retenus par un peu de la magie d'antan, toujours reconnaissable dans les orgues en trémolos magnifiques. En plus le groupe se lance dans Again, les salauds, plus possible de partir, la guitare nous a scotché... musicalement la chanson est évidemment sublime mais vocalement aie aie aie, quand il crie ça fait presque peur (on dirait Bono !). Le concert à Rock en Seine 2004 restera donc celui du top du top d'Archive, on en reste à jamais inconsolables...
Inconsolables, ça tombe bien c'est ce qu'il faut être pour apprécier Sigur Rös. Encore du post-rock, on est gâtés, sauf que celui-ci vient d'Islande. Encore plus planant, presque aussi sonore que Mogwai, le groupe joue d'abord caché derrière un rideau aux images abstraites - dernière photo qu'acceptera de prendre mon appareil photo épuisé. Le chanteur apparaît alors, Jonssi Birgisson, pour votre gouverne borgne et gay selon le (très complet) site web du groupe, mais surtout charismatique et assez beau gosse apparemment, qui joue de la guitare avec un archet, tout en chantant avec une voix d'ange.
Le groupe interprête plusieurs chansons de l'album Takk et notamment le "tube" (ça c'est de l'info non ?). Pour être plus précis, plusieurs chansons aussi de l'album ( ), mon préféré. A ce sujet, un petit regret d'ailleurs : autant ils ont joué ( ) que j'aime bien, autant j'ai attendu en vain la très floydienne ( ), que j'adore (blague à part, la 7e sur 8, 13 minutes qui contiennent la naissance et la disparition d'un monde, cette chanson est un vrai trip, elle est belle à en mourir).
(Photo : image.freemusic.cz)
Le public, il fallait s'y attendre, est complètement euphorisé par ce son tout à fait énorme. Sur scène, il y a pas mal de monde dans l'ombre : des percus et carillons féminins, au moins 5 cuivres, et le son est un peu soporifique (mais au sens positif du terme : on a envie juste de rêver, allongé dans l'herbe), au son de la superbe ( ) (5ième, 8ième ?) qui est vraiment magnifique. Il faut dire que le hopelandic, langue inventée par Sigur Rös, est au moins aussi mélodieux en bouche que le klokobetz de Nosfell... A la fin le rideau retombe, en ombres chinoises, le groupe offre un final grandiose avec un triomphe total (petite surprise, je ne doutais pas que les gens aimaient tant ce groupe - autant de bruit que pour Mogwai...). Et pas moins de 14 personnes qui viennent saluer ! Les deux meilleurs groupes de post-rock en activité, le même jour, elle est pas belle la vie à Belfort ?
Ivre et saturé de bonne musique, il n'est plus question de se battre avec des hordes de minots en t-shirt siglé, pour aller absolument voir les frimeurs prétentieux de Muse, et leurs chansons trop écrites. Déjà vus, plusieurs fois, ils nous énervaient déjà en 2000 quand ils avaient 17 ans et un seul album au compteur. De loin, on entend Bliss et d'autres tubes "historiques", toujours plaisants à l'oreille mais aussi Stockholm Syndrome de l'album Absolution (et comme lui et tout ce que fait Muse : facile d'aimer à la première écoute, facile de se lasser à la deuxième). Le groupe n'a certes pas le génie de la composition, mais ce sont de bons entertainers, et en partant leurs chansons bien connues nous accompagneront agréablement jusqu'à la voiture.
Au final, on retient de ces trois jours une très jolie édition, rien qui nous ait rendu totalement fous (quoique, Daft Punk et Katerine ? ...) mais plein de très beaux moments. De la tempête décibelienne de Mogwaï à un p'tit blues sexy avec Camille et Las Ondas Marteles en passant par l'élixir de jouvence que nous a délivré Depeche Mode ou le prozac sonore de Sigur Rös, du délire francophone de Dionysos à celui en yaourt anglo-nippon des Polysics, une fois encore les Eurockéennes ont su nous étonner, nous amuser, nous énerver, nous faire vibrer...
Avec un engagement écologique et même citoyen (l'association Trop C trop contre la surcharge des prisons) qui ne se dément pas, une organisation sans failles aucune (y compris la météo), on est toujours dans le plus beau des festivals, alors c'est sûr, l'an prochain, on reviendra !
Longue Vie aux Eurockéennes !
A lire aussi sur ConcertandCo : (mes) Eurockéennes 2005, ou même celles de 2004, voire celles de 2003... et puis aussi un retour sur les années 1994 à 2002 !