Dès notre première découverte de General Elektriks à Marsatac, on avait noté : "un splendide concert de funk/soul chaud, sale et humide, groovy à souhait, dansant à crever dans une ambiance de sauna brésilien"... On aurait pu penser que l'impression torride était partiellement .../...

Dès notre première découverte de
General Elektriks à
Marsatac, on avait noté : "un splendide concert de funk/soul chaud, sale et humide, groovy à souhait, dansant à crever dans une ambiance de sauna brésilien"... On aurait pu penser que l'impression torride était partiellement dûe à une clim' en panne, mais non : ça nous a refait pareil - chaud partout partout, aux
Eurockéennes, dans un plein air plutôt frais, comme d'ailleurs à 5 ou 6000 autres personnes. D'ailleurs même à travers une télé à Taratata, on avait gigoté du genou : c'est LE groupe de scène français soul/funk le plus bouillant de 2010, qu'on se le dise - rien ni personne n'avait aussi bien communiqué en direct avec notre moëlle épinière depuis les immenses
Gnarls Barkley en personne,
-M- avant qu'il ne vire trop variète, et plus anciennement les fabuleux
FFF, disparus sans laisser d'adresse...
Hervé Salters, requin de studio et claviériste exilé à San Francisco (heureux homme), affole en effet sous ce pseudonyme industriel, les scènes de festivals avec un groupe de trois cadors digne du trio Bum-Cello-Martel qui accompagnait précédemment ledit
-M- (comme d'ailleurs RV lui-même à une époque !). Et notamment au renfort basse,
Jessie Chaton, extravagant chanteur en vacances de
Fancy, créature androgyne et afro en t-shirt japonais moulant immuable, aimant donner des coups de pied haut entre deux notes de clavier, autant que des coups de fesse entre deux notes de basse... Ajoutez-y le ou le(s) clavier(s) vintage aux timbres proprement tuants du leader (surtout son
clavinet, bâtard d'orgue et de guitare), un vibraphone, deux ou trois gadgets (MPC etc), batterie et guitare : vous avez le son et l'image idéal pour une surboum psychédélique et survoltée, du genre où l'on vous remixe en direct Melody Nelson et Grandmaster Flash, jusqu'à ce que vous demandiez pitié, apoplectique, dans votre t-shirt détrempé... avant de vous abandonner défoncé(e), sans aucune substance complémentaire.
Bref, groupe de scène avec un grand S, que donne-t-il sur album ? Eh bien, une réjouissante collections de funkitudes plus ou moins agitées. Le clavier à (non-de-dieu-quel-)son de basse de
Take back the instant, et les sifflements de
Raid the Radio en font des tubes instantanés, irrésistibles quel que soit votre perméabilité au groove... Plus loin, défi vous est lancé de ne pas aimer l'énorme et électroïde
David Lynch Moments, tout comme le big beat de
Helicopter (sous influence
The Go! Team).
A côté de ces démonstrations de puissance, une collection, certes pas marquante à 100 %, de jolies petites choses plus calmes, jolis hommages à la soul des années 70 comme au funk des années 80 :
Little Lady ou
Bloodshot Eyes groovent lentement, mais furieusement (il faut les imaginer sur scène, amphétaminées),
You don't listen renvoie directement trente ans en arrière,
Mirabelle Pockets incite à la glandouille et
Cottons of Inertia donne directement des envies de sie(x)te... D'ailleurs la délicate
Gathering of the Lost Loves semble chantée par
Peter Von Poehl lui-même, grand chanteur soporifique et sensuel devant l'éternel...
Au final l'album
Good City for Dreamers, 1/3 survolté, 2/3 languissant, qu'on pensait n'écouter qu'une ou deux fois suite à un retour de scène, a un étrange goût de reviens-y, et s'incrustera possiblement des semaines ou des mois dans vos playlist personnelles : c'est en tout cas le pré-requis ou le complément idéal à une découverte, indispensable, de
General Elektriks sur
scène. Le groove anglophone made in France mais qui épate les américains, c'est ici et maintenant !
(2009)