Fish + Lazuli - 03 Décembre 2007 - Espace Julien - Marseille 3 mois après le passage de Steve Hogarth, c'est autour de l'ex-chanteur de Marillion de faire une halte à Marseille, ville la plus à même d'accueillir un artiste dont le dernier best-of s'intitule Bouillabaisse. On a souvent comparé Derek William Dick a.k.a Fish à Peter Gabriel pour son chant et son jeu de scène théâtral, mais si ce dernier a .../...
3 mois après le passage de Steve Hogarth, c'est autour de l'ex-chanteur de Marillion de faire une halte à Marseille, ville la plus à même d'accueillir un artiste dont le dernier best-of s'intitule Bouillabaisse. On a souvent comparé Derek William Dick a.k.a Fish à Peter Gabriel pour son chant et son jeu de scène théâtral, mais si ce dernier a résolument tourné une page en se séparant du groupe qui l'a rendu célèbre, lui semble attaché à en conserver la flamme (divergence encore d'actualité : en 2006 Peter Gabriel ne se joint pas à la tournée de réunification de Genesis, en 2007 Fish donne un concert aux côtés de ses anciens compagnons, événement qu'il sous-titre avec humour d'un "il y a un Dieu !"). Habitué à interpréter des titres écrits au sein de Marillion, Fish s'est lancé depuis deux ans dans la célébration des 20èmes anniversaires des derniers albums qu'il a composés avec le groupe : Misplaced childhood en 2005 avec la tournée Return to childhood, Clutching at straw cette année avec une tournée intitulée Clutching at star. Cette dernière sera également l'occasion pour le chanteur de présenter son dernier opus 13th star.
Entre amoureux des premiers Marillion et fidèles de Fish, je m'attendais à ce que cela réunisse plus de monde à l'espace Julien, d'autant plus qu'un mois auparavant Lazuli annonçait dans sa newsletter qu'il assurerait la première partie, ce qui représentait à mon sens une affiche des plus attrayantes. Mais à 19h40, c'est une salle quasi vide qui s'offre à moi, une salle amputée d'une partie des gradins par un rideau noir. Il semblerait en fait, que l'ajout d'un première partie ait bien été annoncé mais sans que l'heure du début de concert ait été actualisée, 20h30 restant l'heure diffusée.
19h55 La musique d'ambiance style sophrologie s'est enfin tu et les musiciens de Lazuli viennent retrouver leurs instruments déposés sur la généreuse scène où s'étalent l'imposant matériel des 2 groupes. Au fond de la scène, la pochette du dernier album de Fish continue d'être rétroprojetée, et les lumières restent allumées alors que Domique Léonetti a déjà commencé à entonner sereinement sa première chanson. On ne doit pas être plus d'une quarantaine de privilégiés, lorsque le noir se fait et que, sans crier gare mais en "en avant doute", un mur de décibels s'abbat sur nous et engloutit en un instant la salle : le son a pris possession de l'espace. Un son à la fois puissant et nuancé grâce auquel la singulière musique acoustico-électrico-électronique de Lazuli prend toute sa dimension : du xylophone qui tintinnabule à la warr-guitar qui gronde, des percussions martelées au cri de vibrato, des murmures au éclats de voix en passant par la palette des sons de la léode, tout semble à la fois se détacher de façon intelligible et se fondre harmonieusement dans une orchestration puissante.
Le groupe a choisi pour cette courte prestation le nectar de ses compositions où les titres s'enchaînent au rythme des annonces métaphoriques du chanteur : "l'histoire d'un couple sous toutes ses formes et ses déformes", "un Ogre qui vivait dans une maison blanche"... La qualité et la teneur de chaque interprétation est du même niveau que celle d'il y a 6 mois au hot-brass, avec en plus ce soir des musiciens qui s'appliquent particulièrement à jouer sur les tensions : pause appuyée en leurre de fin et reprise éclatante sur Laisse courir et Mal de chien, introduction etouffée sur L'impasse ou au contraire résonnant comme une véritable détonnation avec L'arbre. Ce titre est sans doute le plus réussi de la soirée, une interprétation très en relief dès l'explosion du début, avec des basses vibrantes et des aigus chantant et un passage de percussions mémorable aux résonances des tambours du Bronx. Après 40 minutes de concert, Cassiopée clôt de façon aussi naturelle qu'En avant doute a débuté la soirée, avec sa seconde partie instrumentale au solo gilmourien de léode.
Tout ceux qui sont arrivés en cours du concert de Lazuli, et ils sont nombreux, n'ont pour seule consolation que l'annonce par le chanteur d'un "concert intégral" à Vitrolles le 21 Décembre.
setlist :
1- En avant doute
2- Laisse courir
3- Film d'aurore
4- Mal de chien
5- Le repas de l'Ogre
6- L'impasse
7- L'arbre
8- Cassiopée
L'espace Julien s'est finalement bien rempli, et c'est le moment idéal pour distribuer les flies pour Lazuli, qui est revenu sur scène non pas pour de nouveaux titres, mais pour débarrasser la scène. La musique de fond s'est durcie : AC/DC, Red Hot, King's X, Rage against the machine,...
21h00 Le noir se fait, et un rideau rouge s'ouvre sur l'écran, flash-back en 1987 : "Vous souvenez-vous?". Sur la gazza ladra, pendant près de 3 minutes, un film illustre chaque année passée depuis la sortie de Clutching at Straw, au travers d'un évènement qui a marqué les esprits, mais commenté d'un sous-titre loufoque, établissant souvent un lien de cause à effet entre la vie de Fish et ledit événement : 1989, le mur de Berlin est cassé par des fans en colère suite au split de Marillion, 1999 les pouvoirs de Fish provoque une éclipse de soleil...(la vidéo est visible sur youtube). Un film d'autant plus drôle qu'il était inattendu, une introduction franchement réussie qui annonce la teneur du concert qui va suivre : un tiers de nostalgie, un tiers de nouveautés, un tiers de mise en scène...et un très grand tiers d'humour (à Marseille ceci est possible, c'est juste une question de grandeur de tiers).
Après que le groupe a pris place sous la bande son de Sergent Pepper's, c'est presque de manière évidente que Slàinthe mhath débute le set, nous renvoyant, avec l'air de Rossini qui accompagnait le film, à l'ouverture de l'album live qui suivit la sortie de Clutching at Straw en 1988. La fidélité de l'interprétation nous plonge instantanément dans l'album de 1987 et même si la voix de Fish semble se dérober par moment, malgré (ou à cause) des effets de micro qu'il éloigne et rapproche sans cesse, celle-ci est compensée par l'énergie et le talent des musiciens qui l'accompagnent. Ceci se vérifiera sur tous les titres tirés de Clutching at Straw, où ces derniers y apporteront une touche plus pêchue : jeu de batterie de Gavin Griffiths plus soutenu que celui de Ian Mosley que l'on ressent notamment sur les passages au toms de Hotel hobbies ou sur un passage de double pédale sur Incommunicado, jeu de guitare de Frank Usher plus technique et plus hard-rock que celui de Steve Rhotery sur les soli, ou tout simplement la présence d'une seconde guitare qui dope le volume par exemple sur l'intro de Warm wet circles et son arpège doublé. On sent une sorte de synergie opérer entre Fish et ses comparses à chaque fois qu'ils dépoussièrent un de ces titres : en tant qu'incarnation de Clutching at Straw (dans le sens où il est ce soir le seul compositeur des titres, et qu'il s'agit d'un album très introspectif) il amène ses musiciens, parfois même en les aidant à se caler pour les passages périlleux de That time of the night, qui eux mêmes le poussent et le soutiennent instrumentalement mais aussi avec la voix sous forme d'excellents choeurs - jusqu'à remplacer avec brio les parties vocales féminines de the last straw. Ensemble ils semblent réssuciter l'âme de l'album en chacun de nous, nous qui nous laissons aller à reprendre en choeur des "warm wet circles" qui trouvent un écho dans les accords aux allures de voix synthétiques de Foss Paterson, à succomber aux premiers arpèges évocateurs de Sugar mice ou à danser les bras levés pour taper des mains avec frénésie sur Incommunicado.
Mais pour que le concert ne prenne pas des allures de revival, Fish a choisi de ne pas aligner les titres de Clutching at Straw mais de les mélanger à des titres de ses derniers albums dont le tout récent 13 star. Dès le deuxième morceau du set, on découvre la couleur musclée de cet opus avec Circle line puis Square go, au riff de basse tonitruant où guitaristes et bassiste headbanguent sur un chorus métal et final en forme de déclamations de "fucks" du chanteur, et d'autres compositions résolument péchues mais aspirant toujours au progressif avec des alternances d'atmosphères comme Manchmal ou Dark star et son introduction abyssale. Bien que musicalement écrites par Steve Vantsis, on semble y retrouver la patte de l'hyperactif Steve Wilson (en concert ce même soir avec Porcupine Tree) dont the perception of johnny punter sera le seul titre de sa création (et un des deux seuls titres non tirés du dernier album). La hargne de ces titres, incarnée par la voix de Fish que l'on sent plus à son aise qu'avec ceux de Clutching at straw, ne s'efface que dans le temps d'un cool et pop Arc of the Curve et un Cliché, ballade avec un thème en tapping et violonning avec un énorme solo de circonstance (presque un cliché du hard-rock : une mise en abyme ?) de Frank Usher. Dans le public, la ferveur semble la même que pour les titres de Marillion : on reprend à tue-tête "So-o-o-" sur So Fellini, on observe un silence religieux pendant la fausse fin de The perception of johnny punter...
Tout au long du concert, les titres sont illustrés sur un écran par des projections et sur la scène par un Fish résolument en grande forme. Réalité et imaginaire se mêlent sous forme de clips ou de diaporama : film en noir et blanc avec un boxer pour Square go ou en couleur avec une vue subjective d'un hélicoptère sur des paysages bosniaques pour The perception of johnny punter, des animations de Mark Wilkinson avec un périple sous un orage d'étoiles filantes pour Dark star ou le visage du héros Torch devant une ronde de souris autour d'un verre d'alcool pour Sugar Mice...
Dépassant de 2 têtes son guitariste Chris Johnson, vêtu d'un pantalon au motif de kilt écossais, d'un débardeur ou d'un maillot de football, d'un grand chale et d'une étoile de mer en guise de pendentif, le chanteur donne vie à ses textes : trace des formes dans les airs, pointe comme une arme à feu son index qu'il exécute sur sur une frappe de cymbale...Même s'il sait s'immobiliser et prendre la pose, pendant une partie instrumentale, le foulard sur le nez pour reproduire la couverture de Sunset of empire, c'est le plus souvent avec énergie qu'il exprime en sautant seul à pieds joints ou entraînant ses musiciens dans une gigue en rang serré de droite à gauche.
Mais si le charismatique de Fish s'affiche pendant chaque titre, il en est encore plus éclatant entre les morceaux. En effet, c'est vraiment durant ces instants privilégiés avec le public, trop souvent des passages à vides pour de nombreux concerts, que le chanteur excelle d'aisance. Sous forme de monologues ou dialogues avec le public ou ses musiciens, ce sont de véritables sketches que nous livre l'artiste. Avec beaucoup d'humour et souvent d'autodérision, il captive l'Espace Julien avec des propos bien ciblés. Il se joue des barrières de la langue déclarant : "I don't speak french, I don't speak english, I speak a dialect" pour faire allusion à son accent écossais, dont le roulage de -r- dans les albums de Marillion nous est devenu familier, et n'hésite pas à répondre aux interpellations des plus fervents : à "You are the best !" il répond "I'm the best fish on this stage...I'm the only fish on this stage !", ou bien lorsqu'il ne comprend pas, il préfère feindre une question impromptue : "my tee-shirt ? I can't give you my tee-shirt". Devant des marseillais, il choisit de parler foot-ball sitant les noms de Chris Wadle et revenant sur l'infortune des bleus avec un avis tranché (mais partagé !) : "fucking italians !" "spanish referee : poum poum poum". Il s'interdit de boire du vin sur scène avant 22h00 sur ordre de sa maison de disque, s'accomode du peu de personnes qui possèdent son dernier album et déclarant que pour les autres se sera ce soir "a fucking surprise", et nous conte de véritables petites histoires comme celle de cet homme incapable d'ouvrir son coeur et de prononcer le mot "love", prétexte à des béguéments à répétitions et à une chute dramatico-comique.
Au fil de ces interventions, je ne peux m'empêcher de penser à la prestation de Michel Jonasz au Jazz des 5 continents . Et si certains fans de ces artistes ont les cheveux qui se dressent sur la tête au vu de cette comparaison, j'enfoncerai le clou en disant que même sur ce sujet capillaire les deux artiste déclinent un numéro quasi thérapeutique (on notera que cette préoccupation n'est pas nouvelle chez Fish : il y a 20 ans le chanteur s'inquiétait de la disparition de ses cheveux au fil des clips de Marillion - The Videos 1982-86, qu'il envisageait comme une intrigue de roman d'Agatha Christie).
Ainsi défilent deux heures de concert mélangeant habilement des titres séparés par deux décennies, deux heures de complicité dans l'intimité de l'espace Julien. Impossible de pas repenser au concert de Trust la veille, où Bernie réclamait l'adhésion du public. Ce soir on fredonne, on chante, on danse, on rit, on applaudit, on siffle, on crie, on hurle, on tape des pieds, on tape sur des panneaux de bois, on tape sur tout ce qui fait du bruit... On fait un vacarme à tout rompre lorsque Fish et ses comparses se retirent, et au terme d'un second rappel, on sent que c'est un chanteur et des musiciens qui ont tout donné et été touchés par l'enthousiasme du public qui viennent se présenter et saluer longuement la salle.
setlist
0- La gazza ladra / Sergent Pepper's (Bandes sonores)
1- Slàinthe mhath
2- Circle line
3- So Fellini
4- Square go
5- The perception of johnny punter
6- Manchmal
7- Hotel hobbies
8- Warm wet circles
9- That time of the night
10- Arc of the Curve
11- Dark star
12- Sugar mice
13- White russian
Rappel 1 :
14- Cliché
15- Incommunicado
Rappel 2:
16- The last straw
Ce concert est l'un des meilleurs que j'ai pu voir cette cette année.
Lazuli + Ange - 7 Juin 2007 - Hot-Brass Aix-en-Provence Au milieu d'une route de campagne, le domaine du Hot-Brass s'étend de part et d'autre de la chaussée. Nous quittons notre voiture dans un parking rangé au cordeau, et nous pénétrons dans l'établissement : une boîte de nuit avec sa piste encaissée et ses dalles à la saturday's night fever entourée de tables basses, un bar, des écrans LCD sur chaque .../...
Au milieu d'une route de campagne, le domaine du Hot-Brass s'étend de part et d'autre de la chaussée. Nous quittons notre voiture dans un parking rangé au cordeau, et nous pénétrons dans l'établissement : une boîte de nuit avec sa piste encaissée et ses dalles à la saturday's night fever entourée de tables basses, un bar, des écrans LCD sur chaque mur, des balcons vitrés au-dessus de la piste au travers desquels on voit des gens assis, et au plafond, de longs cheveux d'ange suspendus et une vitre qui permettra au coucher de soleil d'accompagner la première partie de soirée.
Il y a, à quelques jours près, un an, je découvrai Lazuli qui fut pour moi la révélation de l'édition 2006 du ProgSud. Après huit mois passés à attendre la sortie de leur troisième album, dont était déjà issu la majorité des titres interprétés à ce festival, ce n'est pas sans un certain enthousiasme que je retrouve cette formation dont l'originalité s'affiche rien que par les instruments qui les attendent sur scène. On y trouve vibraphone, marimba, percussions, métallophone, warr guitar (qui n'est pas une arme de destruction massive, mais un instrument apparenté au stick chapman, se présentant comme une basse au manche très large, et un double jeu de cordes symétrique permettant de jouer, comme au piano, accompagnement et mélodie dans un jeu en tapping à deux mains), et le plus original à juste titre, la Léode, sorte de guitare sensitive reliée à un expander midi, inventée par son interprète Claude Léonetti qui lui a donné son nom (LÉOnetti+clauDE=LÉODE).
20h45 Les musiciens de Lazuli entrent sur scène, avec en tête Dominique Léonetti. Après un amical « Bonsoir les amis », il entonne En avant doute, premier titre de l'album éponyme. Un excellent titre d'introduction, avec une atmosphère calme d'arpèges à la guitare sèche et la voix impeccable de Dominique Léonetti, qui m'avait déjà impressionné au ProgSud. L'instrumentation s'étoffe au premier refrain de notes cristallines de marimba, de violonnings de guitare et de Léode, qui donnent un côté symphonique au morceau, une ambiance William Sheller. Des battements électroniques viennent appuyer le second couplet, faisant monter l'intensité du morceau jusqu'à l'éclat de voix de « en avant doute » à vous coller la chair de poule. Le morceau explose, l'espace sonore est envahi de la puissance de toute l'instrumentation du groupe. On est littéralement submergé par la vague d'énergie libérée par Lazuli qui nous entraîne ensuite dans une espèce de vertige musical, une mélodie rapide au vibraphone et à la Léode, sur un déchaînement de percussions et de râles de guitare électrique. Dans une aspiration soudaine, la vague se retire, laissant réapparaître l'instrumentation délicate du début de morceau et son refrain symphonique. Sorte de douche écossaise, ce titre, un de mes préférés, a immergé en quelques minutes le public du Hot-Brass dans le monde créatif et inventif de Lazuli. Seule ombre au tableau (pour paraphraser un titre du groupe), le manque de fréquence basse dans le son; un son qui sera corrigé et en constante augmentation tout au court du set.
Le groupe enchaîne avec une « chanson qui parle de chansons » : chansons nettes. Petit flottement en début de morceau qui aurait pu passer inaperçu si les musiciens ne s'étaient pas trahis par de multiples échanges de regards et de sourires révélateurs. On notera d'ailleurs avec ce deuxième titre que le jeu de mot est l'un des credo de Lazuli. Laisse courir vient tromper tous les spectateurs avec sa fausse fin, le solo de guitare exécuté au vibrato venant interrompre les applaudissements précoces du public. Avec ce solo, Gédéric Byar montre l'originalité de son jeu en tirant des sonorités particulières de son instrument. Guitare,Léode et warr guitar viennent parfois à se confondre dans le jeu en violonning des trois multi-cordistes.
Film d'aurore révèle aussi le côté très visuel du groupe. L'originalité des instruments confère aux musiciens des postures très particulières, à l'image de Yohan Simeon batteur debout ou de Frédéric Juan muni de deux baguettes à chaque main devant son vibraphone. Dominique Léonetti prend des airs inquiétants, le visage seul éclairé d'une lumière blanche dans une atmosphère sombre, un peu comme s'il nous racontait une histoire d'épouvante en s'éclairant le visage d'une lampe torche. Pour ce morceau il a quitté sa guitare acoustique, et se fait doubler par Yohan Simeon au chant. Le volume sonore qui n'a pas fini d'augmenter fait maintenant vibrer le sol. Suit un hiver avec son thème d'introduction oriental et sa fin jouée en solo par Sylvain Bayol au manche imposant de sa warr guitar. Vient Mal de chien, morceau en deux parties. Première assez tranquille accompagnée d'une harmonie de guitare, Léode et warr guitar. Une sorte de bruit d' accélération de moteur sorti de la Léode amène une seconde partie instrumentale, ponctuée de coups de cymbales à deux mains du chanteur, comme le fait Thomas Fersen sur la fin de croque.
Lazuli nous conte alors Le repas de l'Ogre dont le personnage terrifiant ne vit hélas pas dans un monde de fables. L'éclairage noir et rouge écarlate reproduit l'ambiance carnassière du clip réalisé par le groupe. Dans la même veine que En avant doute, le morceau alterne douceur et énergie. Les couplets sur fond de mélodie de boîte à musique jouée au vibraphone sont rattrapés par les cris de Léode sur les refrains. Sur la fin, le morceau se déchire entre les bruitages de la Léode et la voix aigüe de Dominique Léonetti qui fond sur le micro tel un rapace les bras déployés de toute leur envergure. À un peu plus de la moitié de la prestation, le balcon est maintenant debout pour l'impasse dont les applaudissements qui suivent le morceau ne laissent pratiquement plus la place aux paroles de Dominique Léonetti. Ce dernier prendra un certain plaisir à se demander « je ne sais pas si celle-là vous la connaissez » avant que le groupe ne commence la seconde partie Capitaine coeur de miel, titre de la tête d'affiche de la soirée. Courageux de la part de Lazuli et excitant pour le public qui aura droit aux deux version du morceau ce soir. Un titre terminé par un chorus de Léode qui se substitue à la guitare de l'original, sur des gros accords en distorsion de Gédéric Byar.
La valse à 100 temps, dont les paroles pourraient être le quatrième temps et les suivants de la valse à mille temps de Jacques Brel, souligne le deuxième credo de Lazuli : le temps qui s'écoule. Un thème récurrent dans les textes du groupe, un combat de Don Quichotte qui ne laisse que des blessures superficielles si l'on sait profiter des instants simples (je m'excuse pour le raccourci auprès des auteurs). Le morceau se termine par un superbe solo de scie, aux couleurs fantomatiques, sorti de la Léode dont le surprenant éventail des sonorités semble sans limite. Toujours applaudi sans relâche, le groupe interprète Nos voix se mélangent, morceau aux allures plus pop, avec un rythme plus « batterie conventionnelle » et un refrain chanté en choeur par les musiciens. Le chorus de guitare , durant lequel Gédéric Byar transforme son instrument en sitare, ne clotûre pas le morceau : Dominique Léonetti lance seul un gimmick rock à la guitare acoustique prélude à de nouveaux chorus de Claude Léonetti et Gédéric Byar. L'arbre est ce soir dédicacé à Patrick et Sylvie. Le titre mêle sonorités tribales et sonorités électriques, duo percussions de Yohan Simeon et Frédéric Juan et chorus en distorsion de Claude Léonetti.
La fin approche, le chanteur interroge le public avec un « une autre ? », un public qui depuis quelques titres réclame une Amnésie. Une séquence électronique, pour un morceau calme et lancinant, vient satisfaire le public qui lance un « merci » en retour. Rappelé bien que Claude Léonetti signifie « nous aussi on veut voir Ange », Lazuli interprète Cassiopée, qui est pour moi leur meilleur titre. Un titre assez néo-progressif dont la deuxième partie, précédée de quelques bruitages de guitare, laisse éclater un solo de Claude Léonetti qui par la sonorité,le phrasé et l'interprétation rappelle David Gilmour sur atom heart mother : fantastique ! Le groupe ne pouvait choisir meilleur final, et même si au terme d'une prestation d'1h20 le public réclame un autre morceau, le chanteur ne pourra leur donner qu'un « une autre fois ? ».
Une demi-heure pour nous rafraîchir et nous rappeler au moment de payer les boissons que ne nous sommes pas dans une salle de concert comme les autres...
22h35 Noir...Fumée...Rien...Un ange passe (facile)...Même pas...Ou alors pas celui qu'on attendait....5 minutes plus tard, re-fumée...Une bande en fond sonore...Les musiciens d' Ange viennent s'aligner un à un devant la scène pour déclamer à tour de rôle les vers de caricatures.
Une fois cette introduction théâtrale achevée, Tristan Décamps retrouve ses claviers, Thierry Sidhoum sa basse et Benoît Cazzulini sa batterie pour accompagner un Hassan Hajdi survolté à la guitare. Allant et venant sur la scène, le guitariste martèle le riff rock-heavy accrocheur d' Aujourd'hui c'est la fête chez l'apprenti sorcier affichant un enthousiasme bondissant. Le charismatique Christian Décamps, seul membre original du groupe de 1970, vient le rejoindre pour se présenter comme « l' arrière-arrière grand-père d'Harry Potter » capable, entre autres, de « transformer les flics en citrouilles », vêtu d'une toge blanche et paré d'une tétine autour du cou.
En contraste, Caroline Crozat vêtue comme un ange noir, après quelques choeurs, vient saupoudrer le chant de Christian Décamps de confettis argentés. Musique et mise en scène sont réunies pour nous plonger dans la féerie du groupe, mais un ronflement constant vient gâcher le plaisir. Heureusement le chanteur éradique l'incongru, non pas d'un coup de baguette magique, mais d'une formule peu poétique mais efficace : « c'est pas une fréquence qui va nous faire chier ». Ne laissant pas de place au temps mort, Christian Décamps nous présente la protagoniste du titre suivant qui « a quitté sa bourka pour faire des ricochets très loin ». Il installe une ambiance plus calme avec sa guitare folk. Caroline Crozat vient chorégraphier les paroles ricochets, s'agenouillant devant le bassiste ou dessinant des ronds dans l'air. Hassan Hajdi en guitariste inspiré, fait planer son chorus les yeux fermés.
Retour à l'énergie et aux essences du rock progressif avec histoire d'outre-rêve qui débute par une introduction très jazz-rock. Le morceau aux multiples mouvements s'achève par des vocalises poignantes et déchirantes de Caroline Crozat. Une petite histoire d'un point d'interrogation précède les cocottes funkies et le son des claviers 80's de vu d'un chien. L'ineffable Hassan Hajdi est rejoint par de nouvelles et douces vocalises de Caroline Crozat qui laisse le micro pour déambuler sur la scène en faisant tournoyer une laisse métallique accrochée à son cou. Christian Décamps, un os en plastique à la main, entame la chanson avec un timbre de voix à la Charlélie Courture. Avec Caroline Crozat, ils s'investissent de leur rôle canin, aboyant ou se disputant l'os à pleines dents. Alors que le guitariste s'est une fois de plus lancé dans un solo effréné, Christian Décamps se sert du fil du micro comme d'un fouet, avant que retentisse une fin rock académique.
Avant de se lancer dans des explications sur la fonction de micro pour chien de son os en plastique, le chanteur nous fait part de son triste constat sur le climat de notre région : « il fait toujours beau, sauf quand j'y vais ! ». Derrière nous, certaines personnes plantées au comptoir ont des préoccupations autres qu' atmosphériques, et hélas autres que musicales, et leur verbe un peu trop haut est quelque peu agaçant (pour rester poli). Pas de formule magique pour faire baisser le ton, il faudra être patient, il s'estompera au cours de la soirée. Si j'étais le Messie vient à point nommé pour montrer qu'il y a dans la salle un public plus assidu et acquis à la cause de Ange : lorsque Christian Décamps déclame « Et les gens s'étonneraient, criant » le public répondant du tac-o-tac « Au nom du père ! », et a le mot de la fin sur « Il est venu d'ailleurs, d'une autre galaxie,Et les gens l'ont » avec « tué... ». Le texte est entièrement illustré du début à la fin par Caroline Crozat qui se fait l'interprète visuelle du chanteur. Elle poursuit dans une danse muni d'un sari rouge sur jour après jour et son introduction orientale, terminant dans des pas plus flamenca. Mais elle s'affiche surtout avec le titre entre foutre et foot. Débutant par un monologue, ou plutôt un dialogue sans réponse avec Tristan Décamps, elle interprète le morceau sur lequel Christian Décamps officie à l'accordéon.
Comme le disait Andy Warhol, « tout le monde aura son quart d'heure de célébrité », et c'est donc au tour de Tristan Décamps, jusque là assez discret, de passer au premier plan. Seul derrière son piano, il interprète le très mélancolique Harmonie d'une voix éclatante et touchante qui emplit la salle du Hot-Brass. Le morceau ne pouvait se terminer sans le retour de Hassan Hajdi et ses chorus transpirants de feeling. Avec son titre digne d'une fable de La Fontaine, Le chien la poubelle et la rose marque un nouveau retour au gros son et au progressif. Après quelques arpèges, le groupe se déchaîne sur un riff hard-rock illuminé par une rampe de projecteurs, dont les watts nous flashent les pupilles. Christian Décamps et Caroline Crozat se lancent dans une course au tambourins sur un solo de guitare. Court passage basse/batterie pour calmer la cadence et laisser place aux chorus posés de Tristan Décamps et Hassan Hajdi qui prennent fin sur les cloches actionnées virtuellement par Christian Décamps, sonnant le temps de la ballade. Le chant passe d'un musicien à l'autre jusqu'au roulement de caisse claire militaire de Benoît Cazzulini. Hassan Hajdi, que l'on voit jouer à blanc, volume coupé, doigts en actions, lorsque sa guitare n'a pas la parole, s'arrache des starting-blocks, pour un solo affichant technique et dextérité, entraînant dans son sillage tous ses comparses dans un final en crescendo.
Il est temps pour Christian Décamps de présenter « l'Ange éternel », un groupe qui à la fois montre ses années d'expérience avec une maîtrise et un art de la scène, et sa vitalité extraordinaire à l'image de son guitariste. La formation qui a connu plusieurs line-up semble plus que jamais en symbiose, dans un équilibre où chaque musicien a la place pour exprimer son caractère et son talent.
Le cool Jazzouillis laisse apparaître une Caroline Crozat à la voix et mimique des chanteuses jazz, et une nouvelle rupture métallique amenée par Hassan Hajdi. Père Décamps après une histoire de vin de messe, bénit son public à coups de micro. « Mais il est tard monsieur, il faut que je rentre chez-moi » lance ce dernier dans un baiser d'au revoir.
Les musiciens restés sur scène accueillent le retour du chanteur maintenant vêtu d'une casquette et d'une veste de marin, dans une main du rhum blanc, dans l'autre une canne. C'est le temps de Cap'taine coeur de miel. Un capitaine enivré qui titube sur scène, malmené par les chorus de Hassan Hajdi. Il lance quelques râles : «...pauvres flics, pauvre système... », et regardant sa bouteille d'alcool : « no fucking message in the bottle ». Après une dérive sur une mer de bruitages, des coups tombass de Benoît Cazzulini résonnent comme portés par roulis monotome. Dans cet atmosphère lourde et pesante, Christian Décamps dans un chant tourmenté poursuit la complainte de Cap'taine coeur de miel, celle même que Dominique Léonetti chantait deux heures plus tôt. Le ryhtme de batterie, fait jusqu'ici de roulements, part sur le premier « couteau dans la plaie ». Le capitaine, avec sa canne, regarde alors le solo de guitare qui s'étend à perte de longue-vue.
0h30 Le plébiscite du public est remercié par un « Merci d'exister » de Christian Décamps qui évoque alors ses souvenirs du dernier passage à Aix en 1981 également dans une discothèque : le Krypton. Souvenirs encore avec ces gens-là, reprise de Jacques Brel, qui fut le premier gros succès du groupe en 1973. Douche sur Tristan Décamps qui d'une voix quasi-lyrique entonne Quasimodo. Commence alors un extraordinaire jeu de questions/réponses entre la voix de Tristan Décamps, qui est sorti de derrière ses claviers, et la guitare de Hassan Hajdi qui lui fait face. La voix monte et le morceau se durcit tirant vers le hard-rock, transformant le jeu en véritable duel. Le chanteur l'emporte sur le guitariste, qui s'échappe dans un solo, prétexte à un tirage de langue envers le public.
Tous les musiciens reviennent sur scène pour un chaos final dans lequel Christian Décamps glisse un « que la vie soit un rêve et que la nuit vous soit douce ».
Après 2h10 de concert, chose que j'entends pour la première fois, le public scande « Merci, merci, merci » au pied des musiciens regroupés pour le salut.
Festival Prog'Sud : Paul Whitehead + Éclat + Lazuli - 26 Mai 2006 - Jas'Rod, Les Pennes Mirabeaux La salle est comble comme la veille mais cette fois j'ai prévu le coup en arrivant plus tôt.
21h05 Le cyborg Paul Whitehead débarque de la planète Prog sous un masque de métal. Accompagné d'Alex Carpani au clavier,Marco Fabbri à la batterie, Fred Schneider à la basse (tous deux membres d'Éclat) également masqués, il orchestre le show aux .../...
La salle est comble comme la veille mais cette fois j'ai prévu le coup en arrivant plus tôt.
21h05 Le cyborg Paul Whitehead débarque de la planète Prog sous un masque de métal. Accompagné d'Alex Carpani au clavier,Marco Fabbri à la batterie, Fred Schneider à la basse (tous deux membres d'Éclat) également masqués, il orchestre le show aux commandes de son ordinateur. Il s'interrompt régulièrement pour donner la parole au cinquième cyborg qui avec un accent de chez-nous mal dissimulé, nous conte l'histoire d'un détective d'une galaxie lointaine venu espionner la vie terrienne pour découvrir une espèce de conscience collective animée par une seule chose... Je ne sais pas si c'est l'ambiance atmosphérique et les tempo lents de la musique qui portent l'histoire ou une mauvaise interprétation du premier message répété des envahisseurs « Toute résistance est inutile », mais je vois autour de moi nombre de personnes sombrer dans un sommeil au bout de 20 minutes. J'avoue que j'ai un peu de mal à rester attentif mais ma curiosité est plus forte : comment va être utilisée cette cymbale plantée devant la scène ? Paul Whitehead va-t-il la fracasser tel Roger Water à Pompeï ? Non, armé d'un archer il fronte délicatement durant 10 bonnes minutes ladite cymbale, sans que je n'arrive vraiment à savoir le son qu'elle produit car il est couvert par les nappes du clavier et les sons du Macintosh. 21h45 l'ovni repart dans sa galaxie, laissant le monde des humains dubitatif....
22h15 Changement de décor pour un set qui s'annonce plus rock. La salle se remplit. Éclat, également organisateur du festival, est très attendu par son public qui n'a pas manqué de revêtir le tee-shirt du groupe. Je retrouve Thierry Massé et Alain Chiarazzo aux mêmes postes (clavier et guitare) qu'il y a trois semaines au sein de Quartiers Nord où ils scandaient « Pastis,Orgeat, Mauresque ».
Le quatuor marseillais entame son set instrumental par un hommage au groupe Soft Machine, avec une intro au clavier en 5 temps, sur un rythme latino. Puis, vient Le Cri de la terre, titre éponyme de leur dernier album, « qui ne date que de 4 ans » comme le rappelle Alain Chiarazzo. On sent enfin qu'au bout de 3 jours de concerts la basse va se mettre en avant. D'abord avec le titre Méditations , où Fred Schneider exécute une ligne de basse à 2 mains à la Victor Wooten, puis sur un hommage à Zappa et sur Énergie avec des solos de basse au son fretless, et dans un groove basse/batterie avec un slap digne d'Alain Caron. Les morceaux sont hyper variés, teintés de sonorités tantôt orientales (Mare nostrum), tantôt latino, tantôt rock avec des mises en place aux millimètres. Les solos de guitare, exécutés parfois au bottleneck, et de claviers sont à couper le souffle et soutenus par une section rythmique basse/batterie impeccable pendant près d'une heure et quart.
00h10 Une demi-heure n'est pas de trop pour changer complètement la face de la scène qui se trouve alors remplie d'instruments atypiques : stick Chapman, marimba, vibraphone, percussions, guitares... et la léode, mélange de guitare et de synthétiseur, imaginée par Claude Léonetti. Ne connaissant pas Lazuli, et à en juger à l'instrumentation je m'attends à un set plutôt calme présenté comme un « voyage poétique ». Mais dès le premier refrain porté par une voix aérienne, la déclamation d'un en avant toute nous scotche à nos sièges. Calés, grâce à leur oreillette, sur des samples électroniques björkesques, les 6 instrumentistes nous livrent une musique résolument originale emmenée par les superbes textes très imagéesde Dominique Léonetti ( le repas de l’Ogre ). Pendant plus d'une heure le plaisir est à la fois auditif et visuel. Auditif avec les sonorités multiples de la léode (violoning style guitare, distorsion, scie,...), les mélodies cristallines du vibraphone, les solos de guitare tout au vibrato. Visuel avec les gestes amples du percussionniste, le jeu à deux mains sur les 12 cordes du stick ou encore avec le final du chanteur, bras tendus, aux cymbales sur mal de chien. 10 titres plus tard, c'est devant un public complètement conquis que le groupe interprète amnésie pour son premier rappel. De nouveau acclamé debout, les 6 membres du groupe se rassemble autour du marimba pour un ultime morceau instrumental.
Avec le prestation de Lazuli on a l'impression que quelque chose d' assurément exceptionnel s'est passé au ProgSud tant les gens se disent avoir été touché par leur musique à la sortie du JasRod.
LAZULI - 29 mai 2003 - Sax'Aphone - Montpellier (34) Excélent groupe dont les chansons emplies de sens sont portées par une musique éclectiques mais toujours envoutantes. A ne pas manquer et à suivre via leur nouveau site : www.lazuli-music.com