Contrairement à la soirée d’ouverture qui a été marquée par une fréquentation en net repli, la seconde soirée de la Fiesta des Suds affichait samedi soir complet. Et pour cause, elle accueillait ce soir-là Herbie Hancock. A 20h pétantes, la foule se presse sous la passerelle autoroutière pour applaudir comme il se doit l’une des dernières légendes du jazz.
Herbie Hancock arrive tranquillement sur scène avec ses 5 musiciens. Il sourit, prend le micro et parle dans un français quasiment sans accent. « Bonjour Marseille, c’est beau ce public, c’est comme la mer ». Puis il présente ses musiciens. Terence Blanchard à la trompette, le géant Lionel Loueke à la guitare, Kendrick Scott à la batterie, James Genus, l’un des plus grands métronomes de la scène jazz new yorkaise à la basse et le plus jeune de tous, Grégoire Maret à l’harmonica.
Herbie Hancock, s’installe devant son clavier et son piano et c’est parti pour 1H45 de bonheur. Car, contrairement à Vienne ou à la Roque d’Anthéron cet été où son récital était centré sur son dernier album : The river : The joni Letters, le concert de la Fiesta qui prend place dans une tournée européenne s’apparente plutôt à un Best of.
Et il va nous faire comprendre comment, en 40 ans de carrière, il a influencé aussi bien le jazz, le rock, le funk, le disco et le hip hop.
Le premier morceau, Chaméléon, de l’album Head Hunters (1973), place d’emblée la barre haut car on reconnaît immédiatement le thème jazzy et la dynamique rock. Le public ne s’y trompe pas, il applaudit à tout rompre. S’en suivra ensuite une séquence de 4 morceaux plus anciens et plus calmes qui donneront la part belle au trompettiste. Sous la passerelle où 7 000 personnes se collent, ça décolle.
Au bout de 40 minutes de concert, Herbie Hancock regarde une première fois sa montre. Une drôle d’attitude qui fait craindre le pire. Mais l’homme, qui s’est converti au Bouddhisme au début des années 70 (peut être avoir passé un peu trop de temps avec Miles Davis…), ne lâche pas le sourire qui est scotché à ses lèvres depuis le début du concert.
Nous non plus car le morceau suivant, inspiré par une rythmique africaine, nous réveille tout à fait. Nous sommes là en plein dans ce qui a fait la force de Herbie Hancock, le passage d’un style à un autre sans perdre un once de force et de justesse. Et comme tous les jazzmans, Herbie Hancock sait également s’entourer. A 70 ans, il a bien quelques compagnons de route de longue date comme James Genus, mais l’homme sait également se remettre en cause en invitant des musiciens plus jeunes.C’est le cas de Grégoire Maret à l’harmonica. Son solo et sa drôle de façon de jouer, en cadençant son souffle avec une sorte de génuflexion éclipsera tous les autres musiciens. Le public lui fera une véritable ovation.
Le morceau s’étirera sur plus de 15 minutes et le suivant n’en sera pas loin. Le batteur, qui avait été privé de solo, se lancera à son tour dans cet exercice de style et introduira avec toute son énergie rock le fameux Watermelon man, le morceau qui a fait connaître Herbie Hancock sur l’album Takin’ Off. Là encore, les solos de chaque musicien se succéderont jusqu’au dernier, celui d’Hancock.
1h15 après ce concert vraiment exceptionnel, le groupe quitte la scène mais le public, chauffé à blanc, réclame bruyamment leur retour. Il ne sera pas déçu en voyant revenir Herbie Hancock qui a tombé la veste pour porter son clavier blanc portable qui a contribué à faire de lui une icône funk dans les années 70.
Après un départ funky, il partira ensuite en bœuf avec chacun de ses musiciens, changeant à chaque fois de sonorités sur son clavier. Finalement, bien que cela ait rallongé d’une bonne demi-heure le concert, ce n’était pas forcément le meilleur moment du concert, le son du clavier étant vraiment marqué années 70 avec ses sons métalliques. Cela a quand même permis d’apprécier la technique de chaque musicien, mais ils nous avaient déjà démontrés durant l’heure précédente leur classe.
Néanmoins, ce concert demeure un moment exceptionnel en compagnie d’une des légendes du jazz. Voilà pourquoi il m’a semblé superflu d’aller jeter une oreilles aux artistes qui avaient eu la lourde tâche de lui succéder par la suite.
NdPh : Ca ne fait rien, puisque moi j'y suis allé !
Plus de photos par Pirlouiiiit (qui trop loin n'est pas du tout rentré dedans) en cliquant ici
Nul besoin d'en rajouter une chronique après un compte-rendu aussi détaillé.
Si ce n'est que le talent d'Herbie et ses musiciens pour rendre aussi accessible une musique aussi complexe que le jazz est réjouissant à plus d'un titre.
Le popeux en moi aurait peut être aimé plus d'airs familiers comme "Cantaloupe Island" mais l'ensemble était d'une telle perfection que le concert d'une durée pourtant honnête sembla bien trop court et la suite totalement superflue.