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Lundi 28 mai 2012 : 9070 concerts, 20891 critiques de concert, 4722 critiques de CD.

Critique de concert Midnight Juggernauts + Shiko Shiko


Midnight Juggernauts + Shiko Shiko en concert


4 étoiles, bon concert

Jaime



Première au Grand Mix de Tourcoing pour notre équipe de choc et premier constat : c’est loin. Mais deuxième constat : c’est vachement cool. Une salle à taille humaine, avec une vraie proximité entre la scène et le public, et puis une ambiance des plus conviviales. Info HS mais utile quand-même : si les privilégiés que nous sommes n’ont pas droit à un bar VIP avec petits fours à volonté (eh, on peut pas tout avoir), le prix des consommations est plus que raisonnable, et c’est suffisamment rare pour être souligné.

Mais trêve de bavardage, rentrons dans le vif du sujet. C’est devant une salle bien vide que débarquent les Lillois de Shiko Shiko, chargés d’assurer la première partie du concert du soir. Un coup d’œil à leur MySpace laissait augurer de bonnes choses… Résultat : c’était avant tout bruyant et brouillon. Le chanteur est des plus véhéments (mais pourquoi tant de haine ?), bien plus d’ailleurs que son bassiste, pourtant affublé d’un masque de catcheur. Pris d’élans rageurs, le groupe assène des stridences insupportables et quelques bonnes inspirations rythmiques sont bien incapables de sauver nos tympans de ce déluge assourdissant. Les jeunes musiciens livrent une prestation confuse, brutale, décousue, parfois à la limite du cubisme acoustique, et force est de reconnaître qu’ils déploient plus d’énergie que de talent. Sur leur page, ils revendiquent : "Shiko Shiko plays noisy rock with some electronics and tribal things". Certes. Après s’être fait broyer le marteau, l’enclume et l’étrier, on parlera d’une sorte de punk expérimental braillard. A vrai dire, on a assez rapidement fui, mais le vacarme qui nous parvenait à travers la lourde porte de la salle ne nous a jamais incités à y remettre les pieds.



Une fois nos nouveaux amis sortis de scène, il était enfin l’heure de faire place aux Australiens de Midnight Juggernauts, pour leur premier concert sur le sol européen cet automne. Forts d’un immense succès critique et public en 2007, à la sortie de leur premier album, Dystopia, sur l’élan duquel ils avaient enchaîné une tournée mondiale (dont la première partie de Justice aux Etats-Unis), ils s’étaient ensuite fait un peu oublier. Les voilà de retour en 2010 avec un nouvel opus, The Crystal Axis, largement construit sur scène, et une nouvelle tournée pour en assurer la promotion.

Les trois musiciens entrent sur scène et entament Lifeblood Flow, un de leurs nouveaux titres. Entrée en matière plutôt calme, mais qui commence déjà à faire monter la sauce sur les refrains, devant un public qui remplit maintenant honorablement la petite salle. Ne s’attardant pas trop en route, le combo de Melbourne enchaîne directement sur Shadows, un de ses morceaux les plus connus, tiré de Dystopia. La recette a déjà prouvé son succès : nappes de synthés stratosphériques, soutenues par une basse disco ravageuse et des effets solaires. Les spectateurs ne mettent pas beaucoup de temps à se laisser emporter et à se dandiner en rythme. Ils n’ont pas le temps de s’arrêter puisque s’enchaîne immédiatement le troisième titre de la soirée, Lara vs. Savage Pack, nouvel extrait de The Crystal Axis. Avec son refrain pop entêtant, il délaisse le voyage intersidéral pour une petite virée qui a le mérite de ne pas faire retomber la pression. So Many Frequencies poursuit le voyage, respectant à merveille l’alternance entre titres du premier et du deuxième album et repartant dans les nébuleuses étoilées chères à la bande de Vincent Vendetta. Ce (déjà) cinquième titre continue d’envoûter un public qui ne demande plus maintenant qu’à se lâcher complètement. Il lui faudra encore un peu de patience : Vital Signs, premier extrait de leur nouvel album, permet aux Midnight Juggernauts de vendre avantageusement sur scène leur dernière livrée, puis Winds of Fortune et ses accents vintage viennent parachever la promotion.



Il est temps de passer aux choses sérieuses et le public comprend rapidement ce qui est sur le point de se passer. On sent la tension monter, voilà enfin arrivé le moment que tout le monde attendait : les premiers accords de Tombstone résonnent et emportent immédiatement le public dans un tourbillon de voix vocodée et de basses électrisées qui arrache les spectateurs du sol. Le Grand Mix saute, se trémousse, les mains s’envolent, la petite salle prend son pied et son énergie est communicative. Sur scène, les trois compères n’ont pas fort à faire tant leur morceau se suffit à lui-même : parfaitement construit, imparable, chaque montée vers le refrain est comme une montée d’adrénaline vers l’orgasme. Et ça ne rate jamais. Le batteur en profite même pour placer un solo aussi court qu’efficace en guise d’ultime spasme collectif. Une fois le public revenu à lui-même, les Midnight Juggernauts calment le jeu avec Cannibal Freeway, dont l’intro aura permis à chacun de reprendre ses esprits. Mais les Australiens ne sont pas venus pour ça, il est temps d’asséner le coup de grâce. Les premiers accords de Into The Galaxy, dernier de leurs titres stars, font vrombir les murs orangés du local tourquennois et donnent le coup d’envoi du feu d’artifice final. A l’image de Tombstone, ce dernier morceau emporte tout le monde, même si sa recette est un peu moins évidente : la jubilation gagne les rangs d’une salle qui aura eu droit à ce qu’elle était venue trouver, sans rien de plus, mais sans rien de moins non-plus. Les explosions colorées de ce qui sera l’ultime piste du set finissent d’éclabousser des spectateurs aux anges et les incite à applaudir de plus belle pour faire revenir le groupe sur scène.



Ce sera rapidement le cas : les trois musiciens reviennent pour un rappel centré autour d’une seule chanson, Road To Recovery, dont l’intro est ici particulièrement travaillée. Avec ses basses à la Justice qui pilonnent le thorax et sa voix envoûtante, le titre est une vraie merveille, même s’il n’a pas l’efficacité de certaines autres pépites du trio. Son refrain est sublime de simplicité et confirme que le groupe fait preuve d’une maestria impressionnante lorsqu’il s’agit de trouver des mélodies simples et entêtantes. Le mélange doux-amer, joué version "extended", vient clore un concert de dix petites chansons qui laisse le public nordiste à la fois satisfait et un peu sur sa faim.

En effet, voilà bien le seul problème de la soirée : le concert aura duré moins d’une heure, expédié en quatrième vitesse par un trio qui n’aura eu presque aucun mot pour son public. Hormis pour le rappel, les Australiens ne sont contentés du minimum syndical, enchaînant les titres comme à la caisse automatique. Fort heureusement, ceux-ci sont suffisamment géniaux pour faire l’unanimité et contenter les spectateurs, et peut-être ce set minimaliste est-il à mettre sur le compte de la fatigue pour un groupe qui venait à peine de poser le pied aux antipodes de ses bases, mais il faut bien avouer que ce sera le regret et le point négatif d’un concert par ailleurs maîtrisé de bout en bout, agréablement dosé et qui a satisfait sans discussion aux attentes qu’on pouvait placer en lui. Las, aura manqué ce petit plus, ce supplément de folie, de générosité, peut-être, qui fait d’un bon petit concert, un concert dont on se souvient. Midnight Juggernauts, ce soir, aura livré une prestation sans faute mais sans génie et un peu pingre.


 


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