Rodolphe Burger / Marcel Kanche 25 Avril 2008- Cargo de Nuit - Arles Les musiciens de moyenne montagne
Soirée très attendue que ce vendredi 25 Avril 2008, et ce, à double titre. Déjà, j'allais découvrir sur scène un artiste plus tout jeune mais découvert très récemment… Enfin en ce qui me concerne, puisque je ne .../...
Soirée très attendue que ce vendredi 25 Avril 2008, et ce, à double titre. Déjà, j'allais découvrir sur scène un artiste plus tout jeune mais découvert très récemment… Enfin en ce qui me concerne, puisque je ne connais Marcel Kanche que depuis son avant-dernier album : "Vertiges des Lenteurs". Ensuite, j'allais revoir pour la énième fois Rodolphe Burger, le géant des Vosges, près de quinze ans après mon premier concert de Katonoma. Et pour couronner le tout, ces deux-là côtoient et collaborent à l'occasion avec les acteurs des meilleurs albums français de ces dernières années comme, entre autres, Alain Bashung !
Va Chevalier
Marcel Kanche, un jeune auteur compositeur inconnu ? Que nenni ! MONSIEUR Marcel Kanche habite la scène musicale depuis presque 30 ans. Et si je dis "Monsieur", c'est qu'au travers de groupes punks sophistiqués et expérimentaux (comme "Un Département"), il jouera avec Fred Frith, les Rita Mitsouko, ou encore Père Ubu… La légende raconte même qu'alors que lui et son groupe en assuraient la première partie, il vola la vedette, dans un club de New-York, à (excusez du peu) Alan Vega ! Et puis Marcel Kanche n'est pas totalement inconnu, puisque c'est lui qui a écrit le tubesque "Qui de nous deux" pour -M-.
De son magnifique et habité "Vertiges des lenteurs" sorti en 2005, et dans lequel on retrouve ses influences, ou les intonations de sa meute (Bashung, Gérard Manset, mais aussi Fred Frith ou Vega) on entendra aucun titre ce vendredi soir au Cargo de Nuit. Dommage : j'aurais souhaité ouïr "Petit grimpeur" ou "à l'orée de toi" en voyant le loup du Loir-et-Cher en chair et en os. La courte set-list de la soirée (première partie oblige) sera composée principalement de titres issus de son dernier album "Dog songe", plus sombre encore que le précédent, plus "intimiste".
Le résultat est un moment magnifique, qui prendra aux tripes les plus attentifs, donnera des frissons à l'homme endormi, et fera germer les larmes aux coins des yeux d'une jeune fille à côté de moi. Messe païenne, où les prières sont de splendides poèmes noirs, où les transitions sont des moments de sourires paternels ou amoureux du vieux loup à l'égard de ses musiciens (comme pour relâcher la tension qui plane pendant les chansons). Messe pendant laquelle ses paroles sont bues dans un "Vase d'or". Receuillement pendant lequel cet "ange déchu" nous porte sur ses "épaules nues" (sur "Y seras tu ?").
Marcel Kanche n'est pas un auteur facile. Il n'a jamais cherché à l'être, n'a jamais cherché le succès. Mais les méandres de sa route artistique l'ont sans doute menées là où il voulait : le loup solitaire est encore là après 30 ans de carrière intransigeante à la recherche d'une qualité qui s'entend tant dans la musique que dans ses splendides textes.
Ses concerts sont aussi habités que ses disques, et cette trop courte première partie ne donne qu'une envie : le revoir sur la longueur.
A noter que Kanche est accompagé par une famille de musiciens impeccables (Julien & Laurent lefèvre aux violon et violoncelle, Jef Morin à la guitares et Isabelle Lemaitre. K au chœur), et attentifs aux moindres mouvement de ses sourcils.
Un Nid ? Pour quoi faire ?
Seconde partie, seconde expectative. La dernière fois que j'ai vu Rodolphe Burger, c'était pour un concert à Cavaillon (le 13 Mai 2005), concert qu'il avait donné suite à une résidence (avec Johan Guillon de Ez3keil, Lionel Pierres, Dgiz et son comparse Olivier Cadiot). Concert mélangeant savamment musique électronique, slam, et rock, concert durant lequel avait été interprété pour la première fois le remarquable "Un Nid ?" (qui a été composé pendant la résidence à Cavaillon), dernier titre du dernier album de Burger : "No Sport".
Burger est sans aucun doute aussi intransigeant que Kanche, menant sa barque rock sans concession depuis les débuts de sa Dernière Bande : Katonoma et leur premier album "Cupid" en 1988. Elu "plus grand groupe de rock du monde" par la presse française lors de la sortie de "Stock Phrases" en 90, Katonoma et Burger souffriront (?) d'une étiquette "intello" qui ne leur permettra pas d'atteindre les sommets annoncés. Mais Katonoma reste effectivement (jusqu'en 2004, année de la séparation) un des plus grands groupes de rock du monde, ce qui leur assure un public fidèle depuis les débuts.
Le travail de Burger (et des autres ex-membres du groupe) en solo (il faut écouter aussi les splendides opus de "l'amiral" Philippe Poirier) ne fait que renforcer cette affirmation péremptoire. À la manière d'un Raymond Depardon et de ses Profils paysans, Burger explore depuis des années la musique française, concevant des albums ethnologiques (samplant, par exemple des voix de "gens du cru") avec son compagnon de route, l'écrivain Olivier Cadiot : "Welche, On n'est pas des indiens, c'est dommage" dans une vallée des Vosges, "Hotel Robinson" sur l'île de Batz, ou "Before Bach" en compagnie d'Erik Marchand. Mais Burger est aussi l'auteur de trois albums solo "Cheval Mouvement", "Meteor Show" et le récent "No Sport" aussi différents que captivants, mêlant des influences originelles (le Velvet Underground) à ses rencontres électroniques (Doctor L.), inventant une musique originale, quintessence de la musique pop-rock-blues, accompagnée de textes originaux de haute volée, ou extérieurs et triés sur le volet.
En plus de ces qualités créatives indéniables, Rodolphe Burger est sur scène tout ce qu'on peut attendre d'un interprète de son acabit, et même plus. Car outre sa voix et sa présence (des yeux perçants de la couleur de la ligne bleue des Vosges et un physique de dernier ours de la même chaîne de "moyenne montagne"), il accompagne ses textes et ses compositions avec un jeu de guitare que l'on peut qualifier de GUITAR HEROesque.
Si on a déjà eu une guitare dans les mains, quand on a déjà essayé de faire trois accords, ou tenté un arpège, voir Rodolphe Burger jouer provoque un sentiment d'incompréhension total. Il fait partie de ces guitaristes qui donnent l'impression d'être plusieurs sur scène. Le tout avec une apparente économie de moyens, une efficacité terrible, et une aisance qui peut faire penser que les différentes guitares qu'il utilise (j'en ai compté six) sont des excroissances de ses bras.
Burger commence son set assis (comme à l'habitude pour cette tournée 2008), enchaînant cinq des six premiers titres de son dernier album. Assis, certes… Mais plein d'énergie tout de même, emplissant à la seconde où il commence, la salle du Cargo de Nuit du son si particulier dont il enrobe ses guitares. "Avance, avance, oui, un peu par là, tourne toi[…] ne bouge plus, voilà… voilà, c'est toi" sont les premiers mots qu'il chante. Et effectivement, on ne bouge plus, absorbé que nous sommes par sa voix, sa guitare, la batterie d'Alberto Malo et la basse de Julien Perraudeau.
Suivent les superbes "Elle est pas belle ma chérie ?", "Rattlesnake" et "Vicky". Extrait :
L'amusante "Je tourne", est suivie par les duos avec Rachi Taha ("Arabecedaire") et James Blood Ulmer ("Marie") dont les présences sont assurées grâce à l'inséparable sampler de Burger.
"Marie" est une adaptation (pour les paroles en français) de "Take a message to Mary", chantée en son temps par Bob Dylan, et reprise par Katonoma sur leur premier album. Sur celle-ci, c'est le quatrième changement de guitare… enfin guitare, c'est un bien grand mot quand on voit l'objet : une basse électroacoustique au corps de violon transformée en guitare-cithare à trois cordes. Le côté bricolé de l'instrument n'a cependant pour égal que la maestria avec laquelle Burger joue (une fois de plus), sortant de cette "chose" un son qui vient du fin fond de la Louisiane, paré de la touche Burger.
Burger est debout pour prendre sa guitare mythique (une forme de Telecaster, mais une lutherie entièrement métallique) et chanter "Un nid?", sur laquelle on ne peut plus s'empêcher de bouger, en tout cas moi (le rythme est entêtant). Il restera debout jusqu'à la fin du concert qui s'achèvera par "Ensemble", potentiel tube de gauche : "ensemble non, ensemble tout, n'est pas possible. Ensemble oui, mais sans toi, si possible".
Trois chansons pour les rappels : "Billy The Kid" (chanson éponyme du troisième album de Katonoma) , "Moonshiner" (reprise de Dylan, également, présente sur son avant-dernier album, "Meteor Show"), puis "Ethics of love" (il me semble) pour conclure…
Voir Rodolphe Burger sur scène pour la dixième fois est toujours un plaisir, tant ses performances sur scène sont différentes et de qualité. Le voir pour la première fois doit être carrément impressionnant. Il a encore quelques date de programmées cette année, donc celle du 12 Juin à L'Alhambra de Paris… Courrez-y ! Réagir à cette critique
>> Réponse (le 28/04/2008 par Francis) Très belle critique de l'ami Phil.
Un bémol, toutefois, à ce concert: le prix plus que prohibitif de ce concert. 23 .../...La suite
Interview de Daniel Darc 12 Avril 2008- Le Cargo - Arles Little Big Man
Pour une fois dans une interview, plantons le décor car il a de l’importance. Après avoir été acceptée, puis, refusée, puis à nouveau acceptée la veille, l’interview de Daniel Darc a eu lieu samedi 12 avril au Cargo de nuit d’Arles .../...
Pour une fois dans une interview, plantons le décor car il a de l’importance. Après avoir été acceptée, puis, refusée, puis à nouveau acceptée la veille, l’interview de Daniel Darc a eu lieu samedi 12 avril au Cargo de nuit d’Arles deux heures avant le concert. On arrive un peu sur la pointe des pieds en se demandant à quelle sauce on va être mangé puisqu’on n’a pas forcément l’air d’être le bienvenu. Mais, on se trompe sur toute la longueur (on se trompe souvent dans ce métier). La petite équipe d’une dizaine de personnes est prête à passer à table, Doudou, le manager appelle Daniel qui arrive immédiatement et commande un Picon bière. Petit, légèrement voûté, des jambes étonnamment pliées, le visage coupé à la serpe, jean troué, tee-shirt avec un Elvis crucifié sur la croix, boots, Daniel Darc revient de loin et ça se voit.« On va manger, tu viens avec nous, on fera l’interview pendant ce temps ». Et nous voilà parti pour 1 heure de conversation totalement free jazz entre salade et chili con carne où il se montrera sous toutes ses coutures : avenant, curieux, désordonné, fuyant, passionné, tatoué, profondément humain et un rien dictatorial.
Vous avez déclaré avoir conçu votre nouvel album « Amours Suprêmes » en pensant au Love Suprême de John Coltrane. Pourquoi ?
Parce que Love Suprême, l’album que le Trane écrit en 1965, 2 ans avant sa mort, est pour moi l’un des plus grands disques de tous les temps. C’est un de mes disques de chevet. Parce qu’après, qu’est ce qu’on a inventé en musique ? Sans Coltrane, il n’y aurait pas eu Iggy Pop qui déclarait vouloir hurler comme le saxophone de Coltrane. Et sans Iggy Pop, il y aurait quoi aujourd’hui ? Le rock aujourd’hui, ça me fait chier, tous ces puceaux parisiens qui se la jouent, c’est de la merde. Moi, je ne suis qu’un recycleur, mieux un voleur. Et je préfère voler aux génies qu’aux merdeux.
Mais qu’est ce qui est free Jazz chez Daniel Darc ?
Les concerts. Demande à mes musicos, chaque soir, c’est différent. J’en ai rien à foutre de la mélodie, Je ne pose jamais ma voix au même endroit, je change les paroles de mes chansons, je cherche, je cherche comme Coltrane. Miles Davis, lui avait ce génie de trouver à chaque fois la bonne note, mais Coltrane, lui se consumait en cherchant nuit après nuit la bonne note. Moi aussi, je cherche la bonne note, le bon endroit. Et dans ma quête, j’ai besoin que le groupe joue comme un orchestre de jazz. Dans le rock, faut toujours se caler sur la basse, moi, j’aime bien entendre chaque instrument sur scène. Après, tout dépend de l’état dans lequel je suis.
Et dans quel état aimez-vous être sur scène ?
Je souffre de phobie sociale, tu sais. Quand je suis à jeun, c’est terrible, il ne faut pas être là, j’ai peur de tout le monde. C’est entre autre pour ça que j’ai pris du speed puis de l’héro. 15 ans de dépendance, 4 hépatites et je te passe les détails. Je suis clean maintenant. Mais faut pas rêver, je ne peux pas monter sur scène sans rien. Je picole encore, pas de vin, je préfère la bière, forte de préférence. J’ai besoin de ça pour m’ôter cette peur qui me hante.
Malgré ça, vous aimez la scène ?
J’adore la route surtout. J’aime être en décalage, dans mon propre espace temps. J’adore me réveiller sans me rappeler dans quelle ville on se trouve ou apprendre le ukulélé à 4 heures du matin. Et puis, il y a le groupe. Nous n’en sommes qu’à la neuvième date et on va jouer jusqu’à la fin août, dans les grands festivals. Mais contrairement à la tournée qui a suivi « Crève cœurs », là, c’est moi qui ai choisi mes musiciens. On forme une famille, un gang, comme celui d’Elvis à Memphis (là, il me sort sa carte d’adhérent du fan club d’Elvis et un fac-similé du permis de conduire du King qu’il garde comme une relique). Faudra que je revende toute cette merde. Je déteste les collections. Quand je rentre à Paris, je vais m’installer à l’hôtel.
Dans « Crève cœur », votre précédent album qui a marqué votre renaissance, le thème de la religion était très prédominant. Dans « Amours suprêmes », vous vous adressez plus à une femme ?
C’est la même chose. A l’époque de Crêve-cœur, j’étais encore dans cette foi du converti (Daniel Darc est un juif converti au protestantisme depuis une dizaine d’années). A chaque fois que je voyais un journaliste, je l’emmerdais avec ça. C’était plus fort que moi. Peut-être parce que mon baptême protestant a été la plus belle chose de ma vie… Avec mon premier shoot d’héroïne. Mais aujourd’hui, les doutes sont revenus. C’est d’ailleurs bien la preuve que j’ai la foi. Alors disons que sur Amours suprêmes, je ne suis plus habité, je suis en location.
Par quel processus d’écriture passez-vous pour écrire une chanson telle que « Serai-je perdu ? »
J’écris chaque jour, mais je jette 95% de ce que j’écris. Cette chanson, comme les autres, vient de ce qu’il reste. Plus jeune, je rêvais d’être écrivain. Hemingway, Bukowski, Kerouac font autant parti de mon panthéon personnel que Coltrane. J’ai essayé, je te jure, j’ai essayé durant des années, mais je n’arrive pas à développer une idée et à la suivre sur la longueur. C’est mon défaut. C’est l’un de mes défauts. Alors, j’écris des chansons. Mais, j’ai toujours en tête Léautaud qui disait « Il pue l’adjectif ». Moi, je veux que mes chansons ne puent pas, je veux qu’il ne reste que l’essentiel.
Dans la condition humaine, André Malraux a écrit « La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie ». Est-ce que ça vous parle ?
Moi, la phrase que j’aurais voulu écrire, c’est Christophe Miossec qui l’a sorti : « Ne me secoue pas, je suis plein de larmes ».
Ensuite, Daniel Darc m’a montré ses tatouages et notamment une croix qui occupe tout son dos (« Une croix trop lourde à porter qui pèse et m’écartèle » dans Je me souviens, je me rappelle »), m’expliquant ensuite qu’il avait totalement recouvert son bras gauche quand il avait vu « toutes les petites connes se faire des tatouages de dauphin sur l’épaule). Puis il m’a expliqué qu’au creux de son bras, il avait reproduit l’affiche de l’homme au bras d’Or, film de Preminger de 1952 avec Sinatra dans le premier rôle de junkie. J’ai touché son bras noirci, il était froid, mais dans son regard, il y avait le feu.
>> Réponse (le 24/04/2008 par zeu western manooch) merci pour ce bout d'gras (et d'chili apparemment !) taillé avec DD, bande de veinards va ! Un bon moment de lecture en .../...La suite
Daniel Darc 12 avril 2008- Le Cargo de nuit - Arles Voyage en Mer Noire ce soir pour le Cargo de nuit, le vénérable Capitaine Darc tenant la barre d’une main ferme et expérimentée, même si son équipage était manifestement monté à bord en plusieurs fois et à l’occasion d’escales bien .../...
Voyage en Mer Noire ce soir pour le Cargo de nuit, le vénérable Capitaine Darc tenant la barre d’une main ferme et expérimentée, même si son équipage était manifestement monté à bord en plusieurs fois et à l’occasion d’escales bien différentes.
Effectivement, aux côtés du mythe Daniel Darc, dont l'apparition renvoie malgré lui à un passé déjà un peu lointain, un désormais compagnon de route guitariste (puisqu'il était déjà présent sur la dernière tournée), très rock’n’roll attitude dans le sens le plus classique du terme : Yves Botté, plus connu sous le nom d'Alice Botté (qui a entre autres joué avec Charlélie Couture et Jad Wio).
Alice Botté
Egalement un claviériste de qualité, Rémy Bousseau aka Kalim B (du groupe nu-jazz Kalimbe dans lequel il officie en tant que multi-instrumentiste et dont il est – on s’en doute- le leader), mais trop peu présent à mon goût, sans que ça vienne de lui puisque de toute façon il était difficile de l'entendre jouer, même quand il jouait beaucoup !
Daniel Darc et Kalim B
Et enfin un véritable groupe dans le groupe, trois jeunes énergiques instrumentistes de la formation punk Asyl (Benjamin et Nicolas Freidline, respectivement à la batterie et à la guitare, et Antoine de St-Antoine à la basse), auxquels Daniel ne manqua pas de manifester son respect voire sa dévotion, semblant (re)découvrir toute la mesure de leur technique et de leur dextérité, s’agenouillant à leurs pieds ou encore prodiguant caresses de cheveux ou grosse pelle.
Une configuration gage de diversité donc, mais hélas un peu déséquilibrée, l’influence d’Asyl éclipsant un peu les autres, y compris le chanteur, voire l’originalité et la subtilité des musiques et arrangements de certains titres (notamment le travail de qualité du compositeur Frédéric Lo) transformés en gros rock bruyant et parfois un peu caricatural.
Ceci dit, beaucoup étaient choisis parmi ceux s’adaptant très bien à une configuration rock, et le résultat était donc excellent dans ces cas.
Et globalement, une bonne impression.
L’excellente salle y fut aussi pour beaucoup, car je trouve toujours appréciable de pouvoir me retrouver si près des artistes, dans une ambiance intimiste.
La scène du Cargo de nuit, vue du plateau à l’étage
Ce n’est pas que ça ait permis de donner beaucoup plus de chaleur à la relation Daniel Darc / public, le terme n’étant pas le plus approprié, mais au moins une plus grande proximité, dans tous les sens du terme. Et malgré la noirceur toujours dominante (que ce soit dans les textes, le regard ou les nombreux et ténébreux tatouages), on a pu sentir une certaine légèreté, voire un semblant de lumière poindre. Daniel s’est exprimé entre les titres. Et si pour les méridionaux au gros accent du Midi dont je suis, ce n’est pas toujours évident de saisir le sens de tout ce qu’il raconte, avec son accent parisien et son mode de diction si singulier, c’était très appréciable de l’entendre. Même quand il se moquait gentiment du public. A ceux qui avaient levé la main après qu’il ait demandé qui avait voté aux municipales : « Cette chanson est pour vous : Remords ! ». Ou encore : « Prends la porte et casse-toi » à quelqu’un ayant demandé en criant sa reprise de Comment te dire adieu ? de Gainsbourg.
Niveau chansons, une très forte volonté d’ancrer le concert dans le récent, avec une dominance des deux derniers albums, Crève-Cœur (2004) et Amours suprêmes (2008), chacun étant représenté par sept titres. Un choix très compréhensible, bien que tout amateur des périodes précédentes de Daniel Darc reste forcément un peu sur sa faim. Taxi Girl ne fut ravivé que le temps de deux titres. N’importe quel soir d’abord, servi par un jeu très très énergique (un des rares extraits de Seppuku dont je ne suis pas fan puisque je ne l’avais même pas reconnu au début, mais il faut reconnaître qu’il est toujours efficace en live, a fortiori avec un combo punk-rock). Puis en rappel Cherchez le garçon, dans une version là aussi plus rock mais cette fois sans perte du côté un peu naïf (donc très bien vue), titre indispensable mais pas acquis puisque à l’époque du groupe il n’était pas toujours joué en live, pour prendre volontairement à contre-pied ceux qui ne connaissaient d’eux que ce tube !
Des premiers opus en solo de Daniel Rozoum sous son nom de Darc, seuls trois titres des années 90, de l’album Nijinski, dont le titre éponyme consacré au grand danseur russe, très appréciable bien que chanté d’une façon plus monocorde que dans les versions studio, Haute surveillance en ouverture de concert, et Il y a des moments, eurent droit de cité.
Certains autres auraient été les bienvenus, comme, pour la période Eighties, l’une des perles noires de Seppuku ou encore Cette fille est une erreur. Pour les années 90, j’aurais bien aimé entendre Le feu-follet ou le sympathique dernier titre avant Crève-Cœur, 18/12.
Bref, V2 sur mes souvenirs ! (autre bombe que j’aurais fortement apprécié) mais après tout nous étions au Cargo résolument dans les années 2000 !
Parmi les autres titres joués, un choix plutôt judicieux, avec quelques valeurs sûres, les deux meilleurs singles de Crève-Cœur : Je me souviens, je me rappelle et surtout le magnifique La pluie qui tombe (très bon mais l’exemple type du titre à la musicalité amoindrie en live), ainsi que le premier issu de Amours suprêmes : J'irai au Paradis.
Une petite video de J'irai au Paradis d’ailleurs :
D’excellents titres également comme La main au coeur (assez proche de l’original), Un an et un jour ou La seule fille sur Terre, magnifique dans la musique ou dans le texte, écho revenu 20 ans après très amplifié et bonifié de Le seul garçon sur Terre.
Je retiens aussi l’adaptation scénique réussie de Elegie #2, épurée de ce son répétitif de voix féminine entêtant jusqu’à l’obsession et finalement renforcée dans sa force.
Et des bonnes surprises niveau « orchestration », avec les prestations de Daniel sur ses 5 harmonicas (pas en même temps quand même, je vous rassure), ou quelques rares titres chantés avec pour seul accompagnement M Botté à la guitare ou Kalim B au piano.
De l’inattendu et de l’audacieux aussi, avec ces cover totalement a cappella et un peu hasardeuses du Redemption Song de Bob Marley et du grand standard du jazz My Funny Valentine de Richard Rodgers, ou encore cette inspiration religieuse l’amenant à jouer une version plus lourde de son Psaume 23 (psaume de David) ou à lire un autre passage de la Bible (D’Arc aurait-il entendu des voix ?). Pas une complète surprise pour autant, l’empreinte religieuse étant présente depuis quelques années et en filigrane depuis longtemps (son premier album ne s’appelait-il pas, sous forme de semi-boutade Sous influence divine ?).
Bref, à la fois prévisible et surprenant, mais toujours prenant, en tout cas un superbe moment passé en la compagnie de Daniel Darc, à qui on souhaite de continuer à suivre sa route, toute sinueuse et trouée d’ornières qu’elle puisse être, en espérant égoïstement qu’il pourra encore nous offrir de beaux albums.
Un grand merci à Chloro Phil pour ses belles photos, sa petite video, ses compléments d’infos sur le groupe et sa mise à contribution pour la distribution de flyers Lim...
Je vous renvoie aussi à l’interview très bien mené et sympa de Stéphane : ICI
Fanga 11 Avril 2008- Cargo de Nuit - Arles Un cargo en Arles, je ne pensais pas que ça existait et pourtant si .Il est même très beau ce Cargo accessible aux personnes handicapées avec son espace lounge où l’on peut boire un verre dans un canapé moelleux en laissant ses yeux vagabondés sur .../...
Un cargo en Arles, je ne pensais pas que ça existait et pourtant si .Il est même très beau ce Cargo accessible aux personnes handicapées avec son espace lounge où l’on peut boire un verre dans un canapé moelleux en laissant ses yeux vagabondés sur les expos photos et les dessins qui sont accrochés aux murs. La salle de concert est elle aussi fort joliment décoré avec ses bouées en forme de C.
Malheureusement elle sonne un peu creux ce soir avec seulement une petite centaine de personne venue applaudir FANGA .
Fanga signifie Force (spirituelle) en Dioula, un des nombreux dialectes d'Afrique de l'ouest.
Groupe français de 7 musiciens nourris du feu de l'afrobeat, musique crée et propagée par Fela Kuti dans les 70's -mélange de musique africaine, jazz et funk- Fanga est né de la rencontre entre Serge Amiano, programmeur hip hop et le rappeur burkinabais Yves Khoury aka Korbo .
Sous sa forme actuelle Fanga dénote des formations afrobeat classiques. L'absence de section de cuivres, les quelques samples et sons electro qu'ils utilisent les font dévié du contexte typique et leur confèrent plus un son de groupe que de collectif. Le chant de Korbo à mi-chemin entre le rap et le spoken word apporte lui aussi une couleur moderne, synthétisant naturellement la croisée entre l'Afrique et le hip hop.
Après un premier album « Afrokaliptyk » en 2004, un Ep Vinyl « Akli Yèlè » 2005 et de nombreux concerts & festivals (France, Italie, Suisse), Fanga sort un maxi Vinyl avec 2 titres tirés du nouvel Album « Natural Juice » paru en avril 2007 et avec en featuring : Tony Allen, Segun Damisa, Kadi Diarra et Mike Ladd sur un remix.
Sur scène le groupe ne ménage pas ses efforts pour réchauffer l’ambiance « un peu figée ». Pendant près de deux heures (hormis une petite pose).il enchaine les tubes de son album « natural juice » et reprend même « no agreement » de FELA.
Mon photographe préféré est aux anges et moi aussi, que demander de plus sinon un rappel qui nous permettra de réentendre le morceau titre de l’album.
Je ne peux que vous conseiller d’aller les voir le 7 mai à la MJC D’AUBAGNE.
Brooklyn Funk Essential 20 mars 2008- Cargo de nuit - Arles Ce groupe est vraiment énorme, ils ont une pêche d'enfer. Un concert de BFE, c'est démoniaque ! Des musiciens et chanteurs hyper talentueux, qui ont un groove impressionnant, une patate d'enfer, et vraiment proche du public !(bon, au Cargo, on n'a .../...
Ce groupe est vraiment énorme, ils ont une pêche d'enfer. Un concert de BFE, c'est démoniaque ! Des musiciens et chanteurs hyper talentueux, qui ont un groove impressionnant, une patate d'enfer, et vraiment proche du public !(bon, au Cargo, on n'a pas trop le choix de toute façon!)
Si jamais vous déprimez, c'est bien le remède qu'il vous faut !! Réagir à cette critique
Nosfell 19 Janvier 2007- Cargo de Nuit - Arles L'univers de Nosfell me fascine. depuis que je l'ai découvert, je ne cesse de prendre des claques à chacun de ses concerts. Un univers hors-norme viscéral, drôle, obsessionnel, une musique fascinante, des musiciens à la fois habités, attachants, .../...
L'univers de Nosfell me fascine. depuis que je l'ai découvert, je ne cesse de prendre des claques à chacun de ses concerts. Un univers hors-norme viscéral, drôle, obsessionnel, une musique fascinante, des musiciens à la fois habités, attachants, inquiétant.
Une fois encore, la magie opère dès le premier morceau, Günel, un violoncelle obsédant, une mélodie onirico-orientale à la guitare qui lui répond, la voix du lutin Nosfell nous invite à partager un voyage avec lui. De la même gorge sort une voix plus sombre qui lui répond, suggérant sans doute que le voyage ne sera pas aussi féerique, que dans tout conte, il y a une part sombre. La montée est progressive. Des boucles instrumentales se forment, le violoncelle est oppressant, hypnotique. Nosfell gémit à la lune, Pierre Lebourgeois lui répond dans un échange envoûtant. Le morceau se conclut de façon hallucinante avec des hurlements obsessionnels de Nosfell.
Ils nous invitent en effet ensuite dans des contrées plus légères avec Jaün Sev'Zül. Rappelons en effet que ceci n'est pas un concert mais un voyage en Klokochazia, univers dont seul Nosfell détient les clefs mais qu'il partage volontiers. La filiation avec l'univers du conte est évidente. Un lutin facétieux nous fera d'ailleurs à chaque fois le plaisir de nous guider, tout en se perdant un peu lui-même dans ses divagations, avant chaque morceau. Jaün Sev'Zül donc avec cet air de guitare léger qui nous accompagne tandis qu'on dodeline, enchanté du voyage. Mais bien évidement, un conte ce n'est pas si simple, à la fin du morceau une voix plus lugubre se fait plus menaçante. Heureusement que le lutin vient nous chercher pour nous rassurer.
A celles et ceux qui ne connaissent pas Nosfell, il va bien falloir avouer qu'ils ne sont que deux sur scène (dans leurs têtes ils sont sûrement plus nombreux !). L'ogre Pierre Lebourgeois à l'obsédant violoncelle, à la basse et aux choeurs et le lutin Nosfell au conte, la guitare, les boucles, la danse, les voix. Ouais les voix. Il est capable de passer du lutin à l'ogre en via une beat box. De Jeff Bucley à Trent Reznor. Hallucinant.
On croit ensuite reconnaître The Wise Left Hand. On croit car tous les morceaux sont réarrangés, enrichis. Cela fait quatre fois que je les vois en concert et certains morceaux ont connus des arrangements différents à chaque fois ! J'avais déjà était surpris au Poste à Galène et là encore le morceau est modifié ! Cet étape au Cargo d'Arles sera marqué par une touche plus noisy et improvisé apportée par un batteur, rappelant parfois le free punk des No Means No ! Ils avaient d'ailleurs l'air fort amusé de leur performance, se souriant souvent entre eux.
Le voyage durera plus de deux heures. Deux heures passées ailleurs. Nous vivrons toutes les étapes du conte : l'enchantement, l'angoisse, la rêverie, la violence. Deux heures entres chuchotements, cris, gémissement, voix apaisante, enfantine, terrifiante... Deux heures où Pierre Lebourgeois fera sortir de son violoncelle des mélopées apaisantes, chamaniques, comme des rythmes angoissants. Deux heures où, musicalement, on sera si souvent au bord des larmes, l'estomac noué, ou bien un sourire incompressible aux lèvres.