Steve Coleman est un homme insaisissable. Se jouant des étiquettes, il nous propose une musique neuve, avant-gardiste, et que certains pourraient qualifier de Jazz de part l’importance qu’y joue l’improvisation. Mais est-ce encore du Jazz ?
Steve Coleman qui a toujours pris du recul par rapport à cette étiquette, nous a encore prouvé, ce soir, sa vocation à s’en différencier.
Car non, le concert auquel nous avons assisté ce soir n’était pas un "simple" concert de Jazz.
De part le lieu tout d’abord, bien plus adapté, de part son cadre et son envergure imposante, aux opéras et orchestre symphoniques, qu’au Jazz, du fait de la distance imposée par le lieu.
De part la disposition des musiciens, une chanteuse, un trompettiste, un guitariste, un pianiste (jouant aussi quelques notes de synthé basse), et
Coleman au saxophone alto, rigides et concentrés face à leur pupitre.
De part la musique proposée ce soir surtout, plus proche, parfois, d’une œuvre de musique contemporaine que d’un set Jazz. Ici, pas de reprise de standards, pas de II-V-I…
Steve Coleman a créé son propre langage, s’inspirant tout autant de
Charlie Parker,
John Coltrane,
Sun Ra ou
Pharoah Sanders, que d’
Arnold Schoenbergou
Anton Webern. La musique de
Steve Coleman utilise les polyrythmies pour permettre aux musiciens d’échanger et entremêler différents thèmes, créant un support mouvant sur lequel vient se poser l’improvisation. Ne cherchez pas toutefois de thèmes aisément identifiables ou de chorus démonstratifs. Ici, les thèmes entrecroisés forment un canevas complexe, où les instruments se croisent, s’accordent, s’éloignent où se font écho. Les progressions d’accords, complexes, semblent étirées. Les chorus, quand à eux, cherchent à se fondre dans ce canevas, jouant un rôle proche de celui d’un soliste au sein d’un orchestre symphonique. Le jeu est clair, précis. Pas de growl, ou de déferlantes de notes. Les morceaux, quand à eux, se présentent sous la forme de trois longues "pièces", pour une durée de 2 heures environ.
Steve Coleman and Five Elements présentent donc une musique écrite, complexe (d’aucun diront "cérébrale"), et bien loin des standards du Jazz "Be-bop"…
Hors de toutes considérations techniques, la musique proposée est tout à la fois éthérée et rythmée. Les notes, les thèmes, les rythmes se déplacent sur la scène pour nous amener vers un état de transe. L’alchimiste
Steve Coleman mêle les
Five Elements, les instrumentistes abandonnent leur individualité au profit du groupe tout en entier. Il n’est plus question ici de se focaliser sur tel ou tel instrument, mais d’écouter l’ensemble, les thèmes entremêlés, comme un tout holistique.
Reste, toutefois, quelques longueurs, durant le second morceau notamment, sans doute liées à l’absence de section rythmique.
Steve Coleman cherche, certes, à se démarquer de l’image "Funk" qui l’a longtemps suivi du fait des grooves créés par ses polyrythmies. Mais ce soir, seul le piano faisait office d’instrument rythmique, secondé par une guitare trop timide pour offrir un support suffisant. Sans doute la présence d’une batterie ou d’une contrebasse aurait elle suffit à éviter quelques longueurs, et à rendre le propos de
Coleman plus intelligible, notamment pour les néophytes. Une partie du public, a, en effet, quitté les rangs à la moitié du concert. A en juger par le nombre de personnes présentes ce soir, pour un artiste qui ne me semble, toutefois, pas être très connu en France, et par l’âge du public, il y a fort à parier que nombre de personnes n’étaient présentes ce soir que du seul fait de leur curiosité et de leur abonnement à la salle.
Le relatif hermétisme entourant la musique jouée ce soir n’aura sans doute pas fait beaucoup de nouveaux adeptes, mais aura sans aucun doute comblé les attentes des initiés.
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