Chez ceux qui en ont fait de la musique leur métier ou leur vie, ou leur hobby numéro 1, la Fête de la Musique est souvent vécue comme une expérience douloureuse. Ils y constatent avec amertume que tout ce qui est compliqué ou parfois impossible le reste de l'année pour eux - en gros, pouvoir vivre (de) sa musique librement - est donné ce jour-là à des musiciens amateurs qui ne semblent pas forcément l'avoir mérité. Comme je l'ai précisé plus tôt à un copain disquaire, je comprends ce point de vue qui est le même que le mien vis à vis de la Fête du Vélo - je risque ma vie toute l'année dans cette ville de malades mentaux, et en échange on me donne un jour par an, et 500 mètres de Corniche pour "m'éclater" ?... Allez vous faire foutre !
Pour autant, et dieu sait que la musique est mon hobby numéro 1, je n'ai jamais pu me résoudre à ne pas sortir de chez moi un 21 juin... Cette année, c'est tout seul, sans aucun programme à part un passage prévu au Montevideo et un autre au Petit Longchamp, que je m'élance sur mon vélo le plus agile, à l'aventure. Premier constat amer mais récurrent depuis plusieurs années :
sur la Place Jean Jaurès et sur Cours Julien, il n'y a plus de Fête de la Musique, qu'on se le dise : on n'y reste donc pas.
Eh ben non, pauvres taré(e)s dégénéré(E)s qui croyez qu'il suffit de sortir des baffles qui dégueulent du son de votre bar, de votre restau ou de votre salon, vous n'en faîtes pas, de la musique !... Vous ne faîtes que de la peine à ceux qui voudraient en faire, ou en écouter. Ca fait bien 10 ans que ça dure, mais ça empire (il y avait encore 3 scènes sur le Cours Julien,
il y a 2 ans, quelqu'un s'en rappelle ? Moi, oui !). Et ne parlons même pas des petits malins qui vendent de la merguez frelatée, du gadget lumineux ou des punch même pas toujours préparés la veille (honte sur vous !), aux masses abruties et acouphénées. Quelle tristesse !
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Par contre, à Notre-Dame du Mont, allez savoir pourquoi, ça y va à la manoeuvre : il y a pas moins de trois groupes qui jouent ! D'abord un trio de blues-rock acoustique qui anime les terrasses voisines (Bar du Marché, etc) : ça a l'air pas trop mal, à vrai dire, mais c'est compliqué de les écouter sans avoir une place en terrasse.
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Ensuite, un autre groupe du même genre, qui joue plus haut sur le trottoir d'en face, et dans le mauvais sens : ils sont tournés vers la terrasse du resto qui les a engagés, mais ils ont nettement plus de public derrière le dos (ils ont du s'en rendre compte, j'espère...).
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Et même en bonus, il y a une bande de petits jeunes, pas si mauvais musiciens (bon, disons que ça sonne juste), qui chante du rock chrétien devant l'église Notre-Dame du Mont. Eh ben voilà, un peu de musique jouée en live, et du dépaysement en prime, c'est tout ce qu'on demandait finalement !
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Mais c'est pas tout ça, je devais voir un concert au Montevideo, j'arrive à l'heure annoncée + 15 minutes, mais c'est beaucoup trop tôt. Je tombe nez à nez avec des hommes qui pleurent, peut-être parce que ce lieu assez unique à Marseille est menacé d'expulsion à cause d'un litige immobilier. J'ai le temps d'aller faire un tour ! Je décide alors ce qui va déterminer la suite de la soirée, avec ce challenge un peu stupide :
apercevoir un maximum de groupes dans un maximum d'endroits, pour voir s'il existe encore une Fête de la Musique à Marseille. Une expérience scientifique, finalement !
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En direction du Vieux-Port, dans la rue Sainte, il y a deux groupes qui jouent à quelques mètres l'un de l'autre. Le premier, trio mâle, fait dans la reprise. C'est toujours casse-gueule de rester trop longtemps devant de tels groupes, on ne sait jamais s'ils ne vont pas entamer l'immonde Roxanne, la périmée Sunday Bloody Sunday ou l'abomination absolue : Quelque Chose en toi... En tout cas ça ne s'est pas produit ici, ouf !
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Je vais donc voir l'autre groupe un peu plus longuement (le temps de déguster un très bon verre de vin), qui joue également devant un parterre de gens qui mangent mais qui semblent les écouter quand même : ici, on fait du blues, peut-être bien des compositions d'ailleurs, et la fille a une jolie voix qui porte. C'est plutôt agréable, mais j'ai un tour de la ville à faire !
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Et au Vieux-Port alors, toutes ces belles terrasses, il y a quelque chose ?
Rien sur le Cours Estienne d'Orves (non, on a dit qu'on comptait pas les baffles ni les dee-jays !),
rien sur les bars branchés de Rive-Neuve... Tous ces gens se réservent sans doute pour la (ha ha)
Fête Bleue (bleu UMP ou bleu Marine, au fait ?) de la Mairie, où ils pourront aller applaudir un Débil Guetta quelconque ? Enfin, ne soyons pas méchants, hein, si ça se trouve ils n'aiment juste pas la musique !
Rien sur le Quai des Belges, rien non plus côté Mairie : des milliers de gens déambulent passivement (tels des zombies dans un bon vieux film de Romero), l'air d'attendre que quelque-chose se passe. Il y a bien quelques pitres avec un micro et un ampli qui essayent de rapper pitoyablement (ils n'ont rien préparé, manifestement), il y a bien quelques jeunes filles qui essayent de danser au milieu de la cohue mais bon :
ici non plus, personne ne joue de la musique, CQFD.
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Et tout à coup quand je n'y crois plus et que je pense ce quartier également sinistré, le miracle, celui qui redonnerait foi en l'humanité entière : je débouche sur la Place Bargemon et elle est NOIRE de monde. Des gens assis, jeunes et vieux, de toutes les couleurs et tous les styles, attentifs, et devinez ce qu'ils écoutent ? Non, pas les Black Eyed Peas invités pour l'occasion...
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De la musique classique ! Un putain d'orchestre symphonique, municipal si ça se trouve, qui joue des tubes d'il y a quelques siècles (Toreador de Bizet, etc) mais aussi des airs moins connus (pour que j'en aie pas reconnu deux des trois que j'ai écoutés, moi qui ai baigné là dedans depuis tout petit, je peux affirmer que c'était pas que des "hits" !). Le silence n'est pas parfait, le son non plus, mais ça joue et les gens sont contents ! "On a tous un cerveau, il suffit de l'allumer !", comme disait l'autre dans Nous, Princesse de Clèves. Et d'éteindre les baffles, CQFD.
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Et après, c'est comme un fil, il suffit de dérouler : les groupes sont planqués les uns derrière les autres, au pied du Panier ! D'abord, un autre groupe de reprise (dont j'ai copieusement raté les 3 photos), sur une terrasse de la Place Jules Verne (j'aurai au moins appris le nom de cette place). Ils n'avaient qu'à pas commencer à jouer du Police, et je serais resté !
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Ensuite, un groupe de jazz, assez pointu, avec improvisations et tout, qui a provoqué un joli attroupement. Je ne resterai pas assez longtemps pour entendre chanter la jeune fille, mais j'ai vu un impressionnant solo de trompette, puis de piano, applaudis par des connaisseurs massés sur les escaliers en face.
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Place de Lenche, après un compliqué gymkhana au milieu des terrasses, on aperçoit un groupe de musique orientale, avec chanteuse et déhanchements : là-aussi de quoi ambiancer la place sans la pourrir pour d'éventuels autres groupes de passage !
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Retour sur le Vieux-Port (insensiblement vers le Montevideo, si l'on suit toujours) : une femme bien habillée chante, en semi-karaoke avec un clavier, et provoque un beau bouchon piéton devant le Marengo. My Baby just cares for me, pas de quoi retourner Nina Simone dans sa tombe, mais c'est chanté avec enthousiasme !
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Retour au Montevideo pile poil pour le début du concert (22.40) : voici
Oh ! Tiger Mountain et son acolyte
Kid Francescoli, qui ont récemment fait parler d'eux avec une couverture de magazine qui les qualifiait de "retour du rock à Marseille". Pour ma part je les ai déjà vus séparément (le premier dans Nation All Dust, le deuxième sous son nom), et j'en ai plutôt de bons souvenirs !
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Ensemble, ils jouent de la chanson folk-blues-rock de leur composition, assez plaisante (ils mettront plusieurs titres à convaincre tous les gens qui fument dehors, de rentrer jeter un oeil : c'est un peu toujours comme ça dans les endroits branchés). Avec les beats minimalistes (et pour partie électroniques) d'un côté, et la guitare reverbée mais assez simple de l'autre, les deux zigues sonnent un peu comme un one-man-band, ce n'est pas pour me déplaire !
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Un peu plus tard, Kid passe au piano, puis à la caisse claire avec confettis, et Oh ! TM s'anime davantage aussi, le son de blues se muscle petit à petit : leurs chansons inspirées s'écoutent avec plaisir (sauf que si je reste, je vais devoir occire cette fille saoûle ou idiote, qui rit fort et horriblement derrière moi). "Comment est au pieu le mec qui a failli vous écraser ?" se demande le chanteur. Rigolo, comment a-t'il deviné qu'on a failli m'écraser rue Caisserie il y a juste quelques instants ?
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Après 30 minutes très plaisantes avec eux, je décide de tenter ma chance ailleurs, et je croise près de la Préfecture le duo décrété Losers de la soirée, qui jouent une reprise funky de La Mer de Trenet devant une terrasse repliée et donc une place vide, les pauvres... Je me retiens de leur souhaiter bon courage.
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A Noailles, une foule dense des grands jours, impossible de s'approcher jusqu'à l'attraction, là je donne ma langue au chat : j'ai cru entendre de la musique live, mais je n'en suis pas sûr : sans doute des MC's qui mixaient et braillaient au micro. En tout cas les gens sont contents - ça paraît un poil communautaire quand même.
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Sur la Canebière, morte en bas comme toujours, le haut n'est pas complètement sinistré : il y a d'abord ce guitariste esseulé avec une percu, qui joue un gros blues oriental avec un son franchement garage : un faux air de
Tinariwen lo-fi, ça sonne pas mal du tout, j'aime et je reste plusieurs chansons avec eux ! A signaler également, une fanfare assez bordélique qui a investi le Kiosque à Musique et massacre le thème de la Panthère Rose...
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Par contre à force de traîner, ça devait arriver : le concert de rockabilly au Petit Longchamp (une autre cible de la soirée) est fini quand je l'atteinds. Il y a du beau linge rocker dans la rue, l'occasion de papoter avec divers collègues (au propre comme au figuré, des collègues), pendant un bon moment. Hey, c'est qu'on est pas aux pièces hein !
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Ce qui me coûtera de finalement revenir trop tard à l'Enthröpy (au premier passage, on m'a promis une heure de musique en plus, eh ben non !) : la musique est finie à minuit et demi. C'est qu'ici on est une vraie salle de concert, on ne peut donc pas déconner avec le voisinage, lui dégueuler du Lady Gaga saturé et l'empuantir de dioxine de merguez morte, et tant pis si d'autres gens continueront tout ça encore trois heures de plus, en pleine rue ailleurs (cf mon introduction...).
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Quoi qu'il en soit il ne saurait y avoir de Fête de la Musique heureuse sans un passage à la Maison Hantée (où je finis systématiquement) : cette année c'est du très gros son qui tache, j'arrive à la fin du dernier groupe, du hardcore de bonne qualité, où les gens finissent de headbanguer et de se bousculer gentiment dans un déluge de décibels hargneux à la Pantera and co : un bon moment, là aussi, et divers camarades qui trainent, avec qui boire un godet bien mérité !
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Et enfin, un dernier groupe pour la route, Place du Chien Saucisse, et qui donne dans la reprise de bon goût (et c'est le batteur qui chante !) : Born to be Wild, You really Got me, Sweet Home Chicago : que du bon, ces jeunes-gens connaissent leurs classiques ... Mais pour moi, c'est bed-time après ce plutôt grand tour effectué ! Décidément, Pirlouiiiit a raison, on peut en faire, des choses, quand on est véloporté la nuit dans cette ville : à mon compteur,
16 groupes live aperçus, et six petites parties de concert vues !
Malgré les quartiers sinistrés (Plaine et Vieux-Port donc), c'est pas si mal, pour le centre d'une ville où "il n'y a plus de musique le 21 juin", ou bien ?!
PS : chronique dédicacées aux photographes accrédités en général, et à nos "pleureuses Flickr" en particulier : il y a bien une vie en dehors de la zone photo du Dôme, et des tas de musiciens amateurs qui auraient aimé bénéficier de vos compétences plutôt que des miennes !
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