Accueil Chronique album : Grégoire - Toi + Moi, par Philippe
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Critique d'album

Grégoire : "Toi + Moi"

Grégoire :

Autres / Néant

Critique écrite le 13 juin 2009 par Philippe

L'idée était pourtant sympa à la base, issue de la génération myspace : auto-produire par souscription des internautes, des artistes plébiscités par le grand public mais non signés, avec la fondation du label MyMajorCompany.com. A première vue, on se dit que le test peut être intéressant : que veulent exactement entendre ces gens, qu'ils n'entendent pas déjà ? En auraient-ils (miracle !) marre de la soupe tiède versée dans leur tronche par l'ensemble de la bande FM ?
Sauf qu'elle porte en elle un paradoxe, cette idée : si un artiste comme Grégoire est à la fois grand public ET plébiscité, pourquoi diable n'est-il pas signé ? Pourquoi ne réussit-il pas, au contact de la scène ou en envoyant une démo à qui de droit, à se faire remarquer d'un Pascal Nègre quelconque, voire à remporter un télé-crochet ou à s'y faire remarquer ?
Eh bien, peut-être juste parce qu'il est mauvais. Entendez par là, encore plus mauvais que les chanteurs que signent les "vraies" majors, au hasard et de pire en pire : Bénabar/Cali dont on ne peut sauver respectivement que leur premier album, Obispo/Pagny/Calogero pour l'ensemble de leur oeuvre, sans parler des légions d'ectoplasmes improbables générés chaque année par la Star Academy... Attention ! Le présent site n'a jamais fait le procès de la chanson française de variété, que ce soit la grande et belle que d'aucuns diraient peut-être snob (Alain Bashung, Daniel Darc, Renaud, Christophe, -M-, Vincent Delerm ...) ou la simplement écoutable et qu'aime un large public : on y a aussi défendu personnellement (et parfois sous les sarcasmes d'autres plumes) Anaïs, Grand Corps Malade, Mademoiselle K et Olivia Ruiz, tout récemment les prometteurs Julien Doré, Berry et Zaza Fournier et même (ouch !) Steve Estatof, alors surtout pas de procès en élitisme, merci !
Influencé, lit-on, par Jean-Jacques Goldman (pas de sa meilleure époque alors), mais aussi par Bruce Springsteen (pfff...), les Beatles (pfffgrh...) ou David Bowie (aaaargh !! non arrêtez c'est trop !), le brave chanteur aligne donc ici 12 terrifiantes scies, dont la terminale, A la Claire Fontaine, fallait oser, enfin les tout-petits vont peut-être aimer qui sait ? Encore plus mièvres, encore plus déjà-entendues, encore plus indigentes au niveau des paroles et encore plus cheap au niveau musical, que tout ce que le rayon Variété Française a produit l'an passé ? Il fallait le faire, Grégoire l'a fait, respect.
Il faut croire que dans la France apathique et décérébrée de 2009, qui laisse crever de faim ou presque de bons artistes émergents, en téléchargeant leurs albums tout en allant plus les voir sur scène, parfois même en les traitant en bonus de feignasses et de profiteurs, il y a encore un public pour écouter ce genre de choses, tellement rebattues que même les requins d'Universal n'osent plus y miser leurs billes. Que c'est ça, pour répondre à la question du début, que ces pauvres gens voulaient re-re-re-re-écouter.
On ose espérer que le Grégoire en question n'est pas bête au point de douter de sa propre vacuité, et que ce n'est qu'un petit malin qui a flairé une niche marketing de libre ! Je me souviens avoir reçu il y a quelques mois, à mon grand étonnement, un mail m'invitant sympathiquement à venir donner mon avis sur le clip du tube à venir de Grégoire, Toi + Moi, et de ma réponse : "Eh bien puisque vous avez la gentillesse de venir me demander mon avis sans que je n'aie rien demandé, il me paraît courtois de vous le donner le plus honnêtement possible : c'est de la merde !".
"Oui je sais ma chanson est naïve et même un peu bête", semble y répondre Grégoire dans un éclair de lucidité. Donne-moi une chance, ajoute-t-il ? Ben voilà, c'est fait, écouté en entier et même chroniqué. Content le Grégoire ? Fallait pas me chercher, je suis publiphobe. Au fait, il semble qu'il soit aussi mauvais, voire consternant, sur scène, sauf pour les tout-petits. Il est vrai qu'il va bien falloir songer à remplacer Henri Dès, et Chantal Goya un ces jours, mais quand même, les pauvres minuscules vont y perdre au change.
(MyMajorCompany, 2009)
Vignette Philippe

 Critique écrite le 13 juin 2009 par Philippe
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