Accueil Chronique album : Me As The Devil (M.A.D.) - M6asth6d6vil, par Philippe
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Critique d'album

Me As The Devil (M.A.D.) : "M6asth6d6vil"

Me As The Devil (M.A.D.) :

Metal - Hardcore / Future-Metal

Critique écrite le 09 janvier 2010 par Philippe

Quelques années après la fin du regretté combo metal Skull, retour de son frontman Marc, du batteur Nic-U et d'une nouvelle formation autour du projet personnel de l'hirsute chanteur, sobrement intitulé M.A.D. - sous-titre, Me as the Devil. La pochette du digipack déplié, toujours signée Linus/7e oeil, attire d'abord l'attention par son design à la fois sobre et énigmatique - curieuse prédominance du blanc, quoique les clins d'oeil satanistes y cotoient bien une imagerie d'apocalypse, qu'elle soit religieuse ou climatique... Mais cette ambiguïté visuelle s'avère tout à fait pertinente, puisque la musique des 5 artificiers, quoique sombre et musclée, et très malaisée à classer dans une case rassurante, comme c'est pourtant généralement le cas pour les musiques dites violentes.
D'abord parce que tout au long de l'album, la puissance de feu metal est remarquablement dosée. Le premier morceau, Bitch, démarre avec un son clair à la Faith no More, continué avec la voix aqueuse de Manson (enfin, celle de quand il était méchant), et se finit avec la furia technoïde de Punish Yourself... Evil Eyes, déjà bien connue des fans, est à l'inverse une impeccable démonstration de retenue, allant du plus violent au plus mélodique (inversion assez remarquable pour être notée, on ne la trouve guère que chez Trent Reznor !). Tandis que des titres comme Spider Face ou The Razor's Light donneront leur dose de headbang aux aficionados de nu-metal contondant, tout en les perturbant régulièrement par des ponts électroniques étranges, et par un côté presque groovy se nichant dans des orchestrations pourtant irriguées de plomb liquide... Et que l'instrumentale The Great Escape Plan, à l'inverse, évoque par sa lenteur une imagerie de fin du monde à la fois sinistre et fascinante - on repense à son écoute au monde mis en image dans le film La Route, dont elle aurait constitué une bande-son idéale...
Classement difficile aussi car à côté des aspects rythmiques constamment variés, il y a ensuite et tout au long de l'album, une inspiration mélodique assez remarquable : sur la très cinématographique Mr Renfield, on peut pratiquement entendre l'influence de David Bowie en version métallisée, avec une ligne mélodique claire sur fond de guitares et batteries heavy metal. Tandis que l'admirable People pose une voix death metal pure, et des riffs pouvant rappeler la puissance pyrotechnique de Rammstein, sur un air pourtant mélancolique et introspectif... De même les harmoniques d'Alice in Chains ou de Tool ne sont jamais très loin (Deadly Hopes, First Time) quoique ces influences soient toujours intimement mêlées à celle du groupe primitif, Skull. L'album se termine idéalement sur une longue ode à l'apocalypse, près de 12 minutes alternant les styles rencontrés au cours du trip assez hypnotique que constitue l'écoute complète de ce premier disque déjà très abouti. On y entend toutefois l'envie, la rage, l'inspiration et donc les ferments d'un prochain opus, qu'on espère ne pas devoir attendre aussi longtemps que celui-ci, tout comme l'envie d'en découdre au plus vite sur scène !
D'une ambiance et de paroles clairement d'influence gothiques, M.A.D. parvient au final à ne jamais tomber dans le répétitif ni le sinistre, et à inventer son propre son en mixant les influences du heavy metal old school et des sonorités electro fréquemment surprenantes (Staring at the moon), le son nu-metal le plus pète-sec (batterie et power-chords rugueuses) et un brin d'emo sans ostentation gênante (choeurs et piano utilisés à bon escient), le tout accompagné d'une voix polymorphe et densifiée, et sonorisé avec une production maniaquement chiadée. Gageons que Me As the Devil devrait donc trouver assez vite son public et une distribution adéquate, puisqu'il survole d'assez haut la compétition nationale voire internationale, avec cet album magistral, en plus d'ouvrir de passionnants horizons à l'indispensable renouveau du metal pour le 21ième siècle...
(2010)
PS 2012 : premier clip officiel par Antonin Bouvret, réjouissant mix gothique d'animation et de technologie, à découvrir ici !
Vignette Philippe

 Critique écrite le 09 janvier 2010 par Philippe
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