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Dimanche 29 novembre 2020 : 11352 concerts, 25885 chroniques de concert, 5284 critiques d'album.

Chronique de Concert

Ange

Ange en concert

Poste À Galène, Marseille 6 Février 2016

Critique écrite le par

Un Ange Passe
(Et Pourtant Ils Tournent...)


L'époque est au retour sur soi ; aux regards enfiévrés de nostalgie lancés dans le rétroviseur ; aux multiples célébrations ou anniversaires d'œuvres musicales majeures ; à la vénération du vinyle comme support audiophile absolu (autrefois vilipendé ou littéralement jeté à la rue par celles et ceux qui l'encensent de mode aujourd'hui) ; c'est un fait (avéré et entériné de fait). Lors, donc, à l'instar de ceux qui revisitent leurs albums "phares" dans la continuité et en intégralité sur scène - Bruce Springsteen et son The River, Peter Gabriel et Us, The Zombies et le fameux Odessey & Oracle, Pearl Jam et le jouissif No Code ou le duo "sisters" des Heart au niveau du trop négligé (des rock critiques) Dreamboat Annie ! -, ceux qui reforment les formations originelles pour reprendre la route - Ben Harper & The Innocent Criminals, entre autres -, ceux qui réenregistrent leurs chefs d'œuvre de façon décalée ou acoustique : Elliott Murphy et le séminal Aquashow, Nathalie Merchant et Tigerlily, Ange, son curieux et fascinant... Émile Jacotey !
Ayant manqué l'occasion d'assister à l'exécution Live du toujours génialissime Low par le regretté David Bowie à Montreux, il y a quelques années de cela (2002), je n'aurais manqué pour rien au monde cette venue de nos RockProgueurs Français en notre ville, nantis de ce bon vieil Émile "ressuscité"... nope !
D'autant que la version studio réenregistrée en amont, augmentée de quatre morceaux et réagencée d'ordre (Ôde à Émile, le clôturant désormais) sonne putain de bien grâce à des ajouts pertinents, un Christian (Descamps) en belle forme vocale et des musiciens hors pairs qui savent faire sonner le "vieillard" comme au bon vieux temps, niveau son estampillé "Prog années 70" ; de plus, devinez quoi, c'est avec ce même line up qu'ils tournent et l'interprètent sur nos scènes hexagonales... comme depuis quelques années, d'ailleurs. Promesses d'une belle soirée à venir au PAG, entérinées par la sortie ultra récente d'un 2CD+DVD (Un Pied Dans La MargeArt Disto) ayant pour but de fixer à jamais sur support l'anniversaire du susdit opus (les 7 & 8 juin 2014 à Saint-Bresson/70) malicieusement nommé : "La Foire à Émile"...
Bon, ben, si, à ce stade très précis de l'article, vous ne vous sentez toujours pas tenaillé à la tripe par un je ne sais quoi de curiosité, voire un p'tit feu follet surexcité qui piaffe d'impatience en passant d'un hémisphère à l'autre, autant vous épargner la suite du report et ses kyrielles de voyelles et consones de concours...


Good news, ce soir, c'est toujours agréable de le signaler, le PAG affiche "complet" à l'occasion de cette Décamps et consorts, venue. À l'instar de certains autres "vétérans" hexagonaux, de type HF Thiéfaine, le groupe continue à tracer sa route, sortir ses disques puis les défendre sur scène, sans dévier ni donner dans la surenchère médiatique (c'est une litote) ; ce n'est pas le cas de tous et toutes, en cette période dite charnière censée annoncer pour tout bientôt une (encore) plus large mutation du secteur du disque et de la musique en général. Quoique, on a beau nous annoncer sans cesse (sous peu) la mort du "support musical", c'est pour l'instant le vinyle (précité) qui opère un retour en force : parti pour durer, pour peu que la flambée des prix actuelle menée par l'ensemble de la chaîne - labels, distributeurs, revendeurs, grosses enseignes et magasins indépendants - ne l'enterre de nouveau de sitôt sans couronne ni fleurs sur l'autel de la démesure option pompe à fric...
Et puis, soyons sérieux, pourquoi jeter à ce point l'opprobre sur le CD - amplement au niveau, voire largement supérieur au tant vanté et idolâtré 33t, selon les sorties et références - sinon pour faire main basse sur le sombre et immatériel, mais encore plus juteux (artistes exceptés !) monde du téléchargement au format discutable et de pauvre qualité.


La première chose qui heurte de frontal, céans, c'est l'extrême concentration (fascination ?) affichée par la quasi-totalité des spectateurs présents - un gros péquin excepté, manifestement "blindé de degrés" et qui n'aura eu de cesse que de parler haut et fort, danser comme un lourdaud en fête au village et nous les péter sévère, portable au poing... fort heureusement vite exilé/relégué au "fond", au niveau du vestiaire, accompagné de sa clique, tout autant lestée de liquide !
Suite à l'initiale poussée de fièvre provoquée par la théâtrale entrée du quintet (dos tourné sur fond d'obscurité et sons samplés du terroir forgé d'Émile) sur l'inaugural : "Tombe la nuit et le cirque s'en mêle soudain / Tombe la pluie et mon cirque se gèle / Par Méphisto, par Jupiter / Et par tous les saints de l'enfer / Ne bouge plus, chaste pucelle / Goûte ma lame de caresse / Ne crie plus, jeune femelle / Adule le poing qui te blesse..." (Bêle, Bêle, Petite Chèvre) l'attention revient immédiatement envahir l'assistance. Première occasion nous est alors donnée d'admirer de pantois la quasi similitude de tessiture des voix des Déscamps père et Tristan (ce dernier se situant toutefois un rien de jeunesse au-dessus, niveaux aigus et élasticité !).
Tandis que je me surprends (je ne suis manifestement pas le seul) à rêvasser de nostalgie durant l'imparable Sur La Trace des Fées, larmes multiples perlant désormais à l'angle de ma paupière embrumée, et que le groupe négocie au mieux ce monument passé, il semble d'autant plus facile de comprendre why Ange était alors l'unique groupe de Prog french avec Magma from Kobaïa à pouvoir rivaliser with l'école Britonne, Canterbury, compris. Pour celles et ceux qui en douteraient ou feraient une bad fixette sur la tongue de Molière dans le Rock, qu'ils/elles écoutent donc la version de By The Sons Of Mandrin enregistrée autrefois par le groupe en Shakespeare patrimoine dans le texte... froggy qui s'en dédit !


Après les traditionnelles salutations lancées à l'adresse de la salle, qui n'en perd pas une note, "... petit lieu, mais grandes vibrations, merci d'être-là ce soir !" (dixit Christian), l'honni Nain de Stanislas se met en devoir de mettre la section rythmique sur le devant de la scène : un fameux travail effectué à quatre mains et paire de pieds par le costaud et "rond" comme tout Thierry Sidhoum (basse) et le forgeron appliqué et inspiré aux doigts de fée, qu'est Benoît Cazzulini (batterie) ; travail de haute volée bientôt accompagné du style précis, technique, mais toujours mélodieux, du stupéfiant Hassan Hajdi(guitare) : qui semble toujours passer ses plans sans effort apparent (ni même devoir suer ses notes) bien dans l'engeance des gratteux "sérieux" du style, durant les accortes seventies, époque dorée du genre.


Troublante, que cette image des deux Descamps en train de duettiser sur fond d'image de L'origine du Monde de Courbet, durant Gustave & Lucy ; deux origines ; deux mondes ; deux visions de la même matrice, également : "une" qui pénètre et "une" qui en est pénétrée, en quelque sorte... tandis que le gars Hassan finit quasi tout seul (non pas SE finit tout seul !) éclairant l'ensemble d'une giclée de notes tirées et vrillées qui interpelle et impressionne à la fois.
Curieusement, la foule applaudit dès qu'apparaît sur écran l'image du fameux Émile de la légende : le forgeron en profitant pour nous rappeler judicieusement que "... tout le monde a besoin de l'autre !", précieux conseil à ne surtout pas ignorer en cette période d'individualisme forcené et/ou communautarisme consanguin de bas étage. Pendant Ego & Deus, on feint de ne pas remarquer que la voix d'autrefois hésite parfois à aller (logiquement) défier sa propre devancière sur les terres 70's, 80's ou 90's ; qu'importe, puisque cela tourne d'enfer, et puis, il y a la voix du fiston, toujours prête à s'y "coller" et doubler ou remplacer de hauteurs et aigus : un "soutien" dépassé sur l'instant par la six cordes de ce diable de Hassan, qui s'envole tout de go, comme subitement lâchée de la bride... abattue ! Magistral.


Suite à une envoûtante version du poignant J'irai Dormir Plus Loin Que Ton Sommeil (nantie d'une pincée de chœurs pousse-au-rêve et à... l'oubli) c'est au tour du plat de résistance, que de décliner ses premiers atours :
"Aujourd'hui c'est les noces/Et l'église est enceinte/On oublie les cercueils qui passaient ça et là en coup de vent glacial/Et Léon le curé s'est peigné pour ce jour/Une barbe chatoyante/Et les cloches se tordent/Comme un brin de folie sans un corps qui s'exalte/Et les enfants de chœur portent dans leurs sourires/le tintement des pièces qui gonfleront leurs poches...". On pense à la verev Brel, forcément, dont ils exécutaient autrefois - au plus proche de l'os, tout en le réinventant - le glaçant Ces Gens-Là; et puis bientôt l'on ne pense plus à rien pour se laisser porter, guider puis amener au plus près de l'extase (rien moins) tout au bout de ce monument "progressif" vanté par le très actuel Steven Wilson (en guise d'intro au DVD accompagnant cette Live Résurrection) au titre de : "L'un des meilleurs et plus étranges de tous les temps !". Qu'on se le dise, ou bien en prenne bonne note. Des Noces augmentées de passages instrumentaux - entre accordéon et claviers - qui forment une nouvelle fois le cœur de l'œuvre, impressionnent, et forcent le respect.


La suite sera tout aussi jubilatoire. Le groupe restera soudé jusqu'au bout et enchaînera les moments de grâce musicale - le Marchand de Planètes et sa franche et réussie ouverture sur le Maghreb et ses sonorités - avant que d'aller légitimement torcher le cul au firmament dans la foulée d'une version de Ode à Émile à réveiller un forgeron trop vite enterré de XXIe. Autre moment spectaculaire et "scotchant", le duel, ayant opposé de plaisir, les claviers de Tristan aux cordes de Hassan, habillant la très, très, très longue intro (Floydienne en diable) de À l'Ombre des Pictogrammes : durant laquelle les doigts du guitariste, inspirés et en "liberté", toucheront parfois au sublime, en bordure de nuées et sphères.
Fort logiquement, LA Colère des Dieux s'en viendra conclure de magistral, cette performance "habitée", tendue et maîtrisée à la fois. Afin que de nous rappeler à NOTRE devoir hexagonal : celui de devoir absolument soutenir et accompagner au mieux, à chaque sortie ou occasion donnée, au cours des années à venir, ce monument de chair et sang (parce que toujours en vie et pertinent) d'inventivité et savoir, issu de notre tricolore patrimoine trop longtemps boudé ou déprécié par nos concitoyens au profit d'une "variété" (qui n'en porte que le nom, tellement elle est monochrome et consanguine) portée aux nues aux dépends de tous les autres.
À voir le blaze argenté du patriarche, le côté "habité" de son rejeton et le plaisir (pris et distillé) par le trio d'Ange, qui les accompagne, l'avenir de cet Hymne à La Vie, ce "spectacle vivant !", leur appartiens encore et toujours...


"Ô toi la Vie/Plus d'un oiseau siffle ton image/À toi la Vie/L'homme a donné corps en ton sillage/File ta laine travers ma peau/Chasse ma haine et mon ennui !/Souffle la honte aux poils des roseaux/Pour qu'elle devienne rosée après la nuit..." (Ange/Hymne À La Vie)


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