Accueil Chronique de concert Festival Jazz à Salon : Biréli Lagrène Gipsy Project + Sara Lazarus + André Ceccarelli
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Chronique de Concert

Festival Jazz à Salon : Biréli Lagrène Gipsy Project + Sara Lazarus + André Ceccarelli

Château de l'Emperi Salon-de-provence 21 Juillet 2007

Critique écrite le par

Après une longue série de marches, en plein centre ville, nous arrivons aux portes du monument qui surplombe la ville de Salon-de-provence. Il n'y a pas foule lorsque nous pénétrons dans la cour du Château de l'Emperi. Il faut dire qu'il n'est pas tout à fait 21h00 et que nous avons retenu l'horaire le plus précoce dans ceux annoncés par les différents média. Devant les gradins partant du fond de l'enceinte, des rangées plus courtes de chaises, alignées sur le pan le plus droit des murs du château, font face à l'imposante structure métallique de la scène qui termine cette perspective asymétrique. C'est au pied des gradins, sur le bord oblique du trapèze que dessine la cour, que nous sont désignées nos places.
Là, sur cette première rangée de sièges, un homme a déjà pris place. C'est lui qui est à même de nous donner des précisions sur les prises de photo. Il a assisté aux répétitions et les consignes qui lui ont été données étaient simples : pas de photographe devant la scène. Il est photographe, et n'est pas inquiet. Il suffit de jeter un coup d'oeil à l'appareil qu'il a laissé posé un peu plus loin par terre pour comprendre que de n'importe quel endroit d'où il sera placé, il fera un bon clichés. Son objectif, c'est un peu la version terrestre de Hubble. En 40 ans de carrière il en a photographié des étoiles. Et pendant une demi-heure, il nous fait part de ses meilleurs et pires concerts, des caractères des musiciens qu'il a côtoyés, des moments insolites qu'il a vécus comme lorsqu'il s'est retrouvé au piano de Keith Jarret en plein concert à la demande du musicien. Pour en revenir à celui de ce soir, qui se présente sur l'affiche comme une sorte de 3 en 1, il sait que le concert se déroulera en plusieurs parties.

En novembre 2000, j'ai eu l'occasion de voir Bireli Lagrène accompagné de Denis Chambers et Dominique Di Piazza à l'Espace Julien. Ce fut un concert d'anthologie. Pas seulement par la qualité des musiciens mais également par la façon dont le leader de Front Page mena le show. Bireli Lagrène fit monter crescendo la prestation commencée tranquillement, transcendée par un solo de batterie mémorable, et terminée par un inoubliable morceau de basse à 4 mains qu'il exécuta placé dans le dos du bassiste.

Bref, pour ce qui est du déroulement du concert de ce soir, je m'en suis fait une petite idée (peut-être trop optimiste d'ailleurs). Quant à André Céccarelli, c'est avec Trio Sud, une fois à l'Espace Julien et une autre fois à Marciac, que je l'ai vu joué en 2003. Mais j'avais eu vent que cette collaboration avec Sylvain Luc ne s'était pas bien terminée, sur quoi le photographe nous indique que le batteur n'a pas un caractère toujours commode.



21h35 La cour du château s'est maintenant complètement remplie, et les musiciens du Gipsy Project entrent sur scène. Face au public, de gauche à droite : Hono Winterstein et Bireli Lagrène assis guitares sur les genoux face à deux micros, Diego Imbert à la contrebasse et Franck Wolf au saxophone soprano debout.
La belle vie de Sacha Distel débute le set et son cortège de chorus. En la matière c'est Franck Wolf qui ouvre les hostilités. Le saxophoniste prolixe ne concède pas facilement sont temps de parole face à un Bireli Lagrène inspiré qui ne manque d' enjoliver ses chorus, placer une fantaisie, un clin d' oeil à un moment où l'on ne s'y attend pas, à un endroit que l'on pensait déjà saturé de notes. Le public, lui, est là, attentif et enthousiaste, tenant son rôle en ne manquant pas de saluer chaque chorus dès la dernière note de celui-ci, sorte de conclusion dans le dialogue des deux musiciens. Dans l' aspiration créée par le courant des leaders, Diego Imbert se laisse à son tour emporter et conclut le swing du troisième titre pas un chorus de contrebasse. En fait, seul Hono Winterstein semble impassible à ce qui se joue autour de lui, imperturbable et presque immobile, mais tenant à coups fermes de poignets une rythmique implaccable saupoudrée de quelques hochements de tête.



Avant de poursuivre avec un quatrième morceau, Bireli Lagrène nous lance un "chers amis bonsoir" et présente les musiciens qui l' entourent et celui qui n'est pas encore sur scène : André Ceccarelli.
Le batteur entame le quatrième titre, balais à la main, pour accompagner l' harmonie guitare/saxophone. L' ambiance est plus cool, Franck Wolf regarde chorusser Bireli Lagrène assis du haut de son tabouret. Puis le groove se durcit, Franck Wolf porte son instrument aux lèvres, André Ceccarelli saisit ses baguettes et, dans les gradins, le public fait vibrer les planches au tempo des battements de pieds, oubliant d'en applaudir le chorus de saxophone.



Avec l'entrée d'André Ceccarelli je pensais que le déroulement du concert consisterait à augmenter le nombre de musiciens sur scène, mais avec le départ de Hono Winterstein, c'est le début d'une espèce de jeu de chaises musicales qui s' installe.
Le tempo passe à la vitesse supèrieure avec le morceau suivant. Bireli Lagrène a épaulé sa guitare électrique et s'est mis debout alors que Franck Wolf a pris son saxophone alto. Après un long chorus, le guitariste se lance dans un jeu de question/réponse avec le saxophoniste, jeu dans lequel André Ceccarelli s' intercale en plaçant quelques mesures entre chaque passation de paroles.



Pendant que Hono Winterstein reprend place sur son siège, Bireli Lagrène, qui, depuis qu'il est debout, a parcouru la scène en large et en travers, est venu se planter devant Franck Wolf pour un numéro de duettistes, introduction au morceau suivant : le guitariste fait répéter avec insistance au saxophoniste une descente rapide qu'ils tentent de jouer à l' unisson. Lorsque le morceau débute réellement, le tempo est lent, et Bireli Lagrène est seul à la guitare...Et là le son de l' instrument n'est pas vraiment bon, ça grésille, le volume semble irrégulier. Mais la suite du morceau, une fois les autres instruments présents et le tempo augmenté, ne souffre plus de ce désagrément, la descente préparée en introduction resurgit et passe évidemment à la perfection. Bireli Lagrène nous gratifie alors d'un coup de génie avec un slap à la guitare assez bluffant.



Franck Wolf quitte la scène suivi d' André Ceccarelli qui auparavant est venu aider Bireli Lagrène à se débarrasser de sa guitare électrique. Le guitariste à qui il semble incomber de mener le show, se rassoit avec sa guitare acoustique, et parlant de son instrument : "c'est un déménagement à chaque fois, j'aurais dû la laisser à la maison". Et puis comme s'il avait oublié ce qu'il devait annoncer : "...Ha oui : Sara Lazarus".
La chanteuse donne le tempo pour It's alright with me et down with love qui s' articulent suivant un schéma couplets au chant/chorus à la guitare, entrecoupés d' applaudissements. La voix de la chanteuse est chaude et remarquablement intelligible. Mais avec l'introduction de Deed i do, la chaleur de la voix a capella est entachée à nouveau par un son grésillant dans un mauvais écho. Bireli Lagrène entre avec quelques glissés sur ce titre, où durant un chorus assez doux, il place un interlude un peu free dans les aigus de sa guitare, en dehors des frets. Même sur les accompagnements, le guitariste insère quelques extras, à l' instar d'un riff blues sur le dernier couplet.



Après les scatts de Deed i do, Sara Lazarus s'attaque à un "un grand classique" : caravan de Duke Ellington. Bireli Lagrène cède sa place à Franck Wolf, et André Ceccarelli débute le titre seul à la batterie, le meilleur mais court moment de sa prestation. La chanteuse, debout, se déplace peu, balance un peu les bras; assise, elle reste les mains sur les genoux, à regarder Franck Wolf chorusser.
This can't be love marque le retour de Bireli Lagrène et des duos guitare/saxophone et un nouveau scatt de la chanteuse. What A Little Moonlight Can Do de Billie Holiday termine le set de l'affiche cette fois au complet, et fait place à la présentation de tous les musiciens. Chacun fait son chorus, à l' exception de Hono Winterstein qui ne démord pas de ces changements rapides d'accords, mais surtout à l' exception d'André Ceccarelli (prononcé "ché-ccarelli" par la chanteuse, mais qui ne s'est pas vraiment affiché en libérateur) qui fait un prompt, et disons-le, décevant roulement de caisse claire !



23h00 Tous les musiciens se sont avancés devant la scène pour un salut final. Dès qu'il ont quitté la scène, certains tapent fort des pieds dans les gradins, d'autres se lèvent pour applaudir...Et d'autres commencent à prendre le chemin de la sortie puis s' arrêtent voyant que les artistes reviennent. Ils ont choisi d' interpréter une ballade. Hélas, force est de constater, une fois de plus, que le son est vraiment mauvais quand l' instrumentation est trop légère avec la voix seule de Sara Lazarus en introduction, et les harmoniques de Bireli Lagrène ne pourront pas y changer grand chose. Quelques couplets et un chorus de saxophone plus tard, les musiciens repartent à nouveau, laissant planer quelques minutes de confusion pendant lesquelles une moitié du public scande "how-ho-ho-ho-how" et l'autre s'en va.



Quand Bireli Lagrène revient, la moitié du public est debout sur le chemin du départ. Il est seul avec sa guitare, son talent, et son mauvais son. Derniers instants magiques, avec par exemple, ces tours de clefs pour détendre les cordes et ainsi modifier la tonalité des notes jouées.



Avec seulement 1h40 de concert je revois à la baisse ce que je pensais être un concert 3 en 1. Il y avait plusieurs possibilités dans l'ordre des noms cités sur l' affiche : l'ordre alphabétique étant écarté, il restait l'ordre d' apparition sur scène et l'ordre d'importance (en temps de présence dirons-nous). Finalement c'est cette dernière option qu'il fallait retenir. Biréli Lagrène et les musiciens du Gipsy Project sont bien ceux qui sont restés le plus sur scène. C'est d'ailleurs eux qu'on sentait les plus impliqués, avec un Franck Wolf dont le nom méritait d' être apposé à ceux figurants sur l'affiche et un Biréli Lagrène au top de sa forme. Le guitariste a en plus apportait sa bonne humeur et un entrain qui a redonné du rythme au déroulement du concert un peu cassé par le chassé-croisé des musiciens.
Sara Lazarus a assuré les standards mais avec un certain manque de présence scénique, et effectivement comme je l'ai lu : "elle n'en fait pas trop". Pour moi, elle n'en fait pas assez : quand on a vu ou écouté Mina Agossi reprendre caravan on trouve l'interprétation de Sara Lazarus un peu fade...Mais le plus décevant reste la prestation d'André Ceccarelli. Déjà il ne joue que la moitié du concert, mais en plus il fait le minimum syndical...et encore. On est loin de Live in Marciac où le batteur accompagnant Biréli Lagrène faisait, dès le premier morceau, un solo de près de 4 minutes sur softly as in a morning sunrise...

Photos WildInTheWoods

 Critique écrite le 16 août 2007 par Frédéric Bloise


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