Chronique de Concert
Mustang (Le Dark Lab #3)

De retour à la maison pour présenter son dernier album (le recommandé Mégaphenix), le groupe clermonto-parisien Mustang a mis le feu au Lieu-Dit dans le cadre du Dark Lab, le off du Festival du Court Métrage scénarisé par Biscuit Productions. Vide, avant l'arrivée du public, la salle clermontoise semble tout droit sortie d'un film de David Lynch, avec ses dalles bicolores façon damier. Pleine à craquer comme ce soir, c'est LE club idéal pour les concerts de rock. Un club dans lequel on a vu de fabuleux shows de Svinkels et King Khan And the Shrines il y a longtemps et de Penelope Isles et Ditz, plus récemment.

Il y a beaucoup de monde, on l'a déjà dit : à vue de nez, un mélange de fans de rock et de Mustang, mais également de festivaliers (un réalisateur coréen postera même une story du show sur un réseau social tenu par le pathétique masculiniste Marc Zuckerberg). C'est devant cet aréopage bigarré que le fringuant trio attaque son set par le premier titre de son nouveau disque, le très beau mais assez sinistre et (trop ?) calme "Je ne suis plus aimé". Et oui, Mustang est un groupe surprenant qui aime faire ce que l'on n'attend pas de lui. Ce qui contribue à le rendre sympathique, puis à provoquer des cris de joie quand le tube du disque, le très rock and roll - et réussi ! - "Aérosol" arrive juste après. On adore les deux facettes du projet de Jean Felzine, Johan Gentile et Nicolas Musset, mais pour être franc, ce soir on a envie de se mettre la tête à l'envers avec cette délicieuse IPA servie au bar. Et donc que ces trois-là jouent leurs compositions les plus énervées.

Au lieu de ça, c'est l'acide Mégaphenix qui est présenté dans ses grandes largueurs - presque en intégralité - au début de set. Ce qui est finalement une bonne idée puisque cela nous réconcilie avec ce disque, qui paraissait trop sombre et pleurnichard au premier abord. Et ouais, malgré leur noirceur et leurs atours pessimistes "L'argent du beurre", "La chanson française", "La porte au nez" ou encore "Barbelé" passent très bien en live. Sur ces plages sans soleil, Jean Felzine - looké comme un chanteur de country avec sa chemise à franges - arrive à poétiser la lose avec classe, grâce à son chant d'oiseau blessé et à ses mélodies toujours séduisantes.

On note même la présence de deux tubes dans les nouveautés jouées en première partie de show... On pense à "Wikipedia", très bonne chanson rock en forme de déclaration d'amour originale à un site que déteste cette grosse merde de nazi d'Elon Musk. La qualité tubesque de l'acerbe et drôle "Aéroport", chanté sans l'impeccable Arthur Teboul de Feu! Chatterton ce soir, saute également aux yeux. Quel texte ! Quel gimmick de guitare ! Impossible que ce morceau ne fasse pas un carton... Plus tard, Mustang déroule le tapis rouge à ses hits grinçants un peu moins récents, comme "Le sens des affaires", "Pôle emploi/gueule de bois" ou encore "Salauds de pauvres".

Ces chansons ultra décalées parlent à toutes les personnes qui ne font pas partie de la désespérante start-up nation ou de la catégorie "winners" chère à Bernard Tapie. Ce n'est certes pas très vendeur d'aborder dans les paroles des thèmes si éloignés du classique triptyque "sex and drugs and rock 'n roll", mais ça fait du bien, ça défoule ! Avant le grand final, signalons que le trio de "French rockabilly" - dixit le site setlist.fm, visiblement bien informé - est en forme olympique : le flamboyant Felzine est poussé au cul par une section rythmique qui claque sa mère. Une fort jolie jeune fille nous signalera d'ailleurs au creux de l'oreille que "le batteur est très bon"... On avait remarqué et on transmet. Juste avant les rappels, Mustang conclue sa prestation avec deux perles rares, "Le Pantalon" et "Les oiseaux blessés", puis revient enfoncer le clou avec les imparables "La princesse au petit pois" et "Anne-Sophie". Cet hargneux dernier titre à la Chuck Berry in french donne une seule et unique envie, faire le rock et le roll toute la nuit.

P.S. : Merci à ce petit salopiaud de Johan Gentile de m'avoir gentiment offert du gel pour les cheveux estampillé "Mustang" quand je me suis procuré le vinyle de Mégaphénix au merch. Le fait que je n'en ai pas beaucoup, de cheveux, et que je me les rase pour éviter le syndrome Gérard Jugnot, n'est sans doute pas étranger à ce choix de "cadeau". Ma vengeance sera terrible, mais là, présentement, je ne peux rien dire de mal sur lui, il était parfait ce soir. Même quand, avant le début du concert, il a fendu le public compact du Lieu-Dit avec en bandoulière son énorme basse... Façon rock star, le mec. Bref, j'attendrai le moment opportun, tapi dans l'ombre.
Photos : Thibaud Dechance www.instagram.com/tibopalula
A lire, une interview de Jean Felzine à propos de l'album Memento Mori...
Liens : legroupemustang.bandcamp.com/album/m-gaph-nix, www.facebook.com/legroupemustang, www.instagram.com/legroupemustang, twitter.com/legroupemustang, official.shop/legroupemustang, www.facebook.com/lelieuditruefontgieve, www.facebook.com/biscuitproduction...
Critique écrite le 18 février 2025 par Pierre Andrieu
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